Cimentiers
ou incinérateurs ?
Après Lafarge, à Contes (06), c'est Vicat qui demande l'autorisation de brûler divers déchets dans sa cimenterie de La Grave de Peille (06) et d'en incorporer d'autres dans le ciment qu'elle produit.
Les vallées des Paillons, où se situent ces deux cimenteries, se battent pour faire barrage à cette évolution de l'industrie cimentière qui remet en cause les acquis d'années de luttes.
Le Paillon, fleuve côtier à régime torrentiel, a quasiment disparu à Nice, recouvert progressivement depuis le début du XXe siècle par des jardins, des parkings, un théâtre, un palais des expositions, un musée, un palais des congrès, des hôtels, un lycée. Mais il reste important dans l'imaginaire niçois et les vallées qu'il forme au nord de la ville fond partie depuis toujours de l'économie niçoise.
Les deux vallées principales de ce cours d'eau aux sources multiples, celle de Contes et celle de l'Escarène, se rejoignent à moins d'une dizaine de kilomètres au nord de Nice. Entourées de reliefs imposants (jusqu'à 1500 m), elles forment une cuvette à la climatologie particulière. C'est dans chacune de ces deux vallées rurales que se sont implantées au siècle dernier des activités industrielles, dont deux cimenteries, Lafarge et Vicat.
Rurale ou ouvrière, la population est restée une population aux revenus modestes et votant traditionnellement à gauche. Aujourd'hui encore les deux cantons qui rassemblent les treize communes des Paillons envoient à l'Assemblée départementale des conseillers généraux communistes.
Fin 1998, Lafarge, désirant rentabiliser au maximum son usine de Contes, obtenait, malgré l'opposition de la population à travers une association créée pour la circonstance, l'autorisation préfectorale de brûler annuellement 20 000 T de déchets. Ayant perdu la première manche, c'est par un recours auprès du Tribunal administratif que les associatifs vont gagner la seconde : juillet 2002, le TA annule l'arrêté préfectoral de décembre 1998.
Victoire partiellement compromise par le Préfet qui, arguant de la nécessité impérieuse de détruire "localement" les boues d'épuration des parfumeries de Grasse ordonne à Lafarge de reprendre le brûlage de ces boues.
Mais Lafarge ne s'arrête pas en si bon chemin. En 2004, il fait une nouvelle demande, avec un dossier autrement mieux préparé, de brûlage de déchets. Les quantités ont changé, la nature des produits demandés a partiellement changé aussi, mais la volonté reste la même. De nouveau les associations "épluchent" le projet, mobilisent la population en vue de l'enquête publique, convainquent le commissaire enquêteur qui émet un avis défavorable… qui n'empêche pas le préfet d'autoriser l'incinération, délicatement baptisée "valorisation énergétique des déchets".
Pour ne pas être en reste, Vicat, a tenté de profiter d'un effet d'aubaine en proposant de brûler les farines animales du temps de la "vache folle", mais a du renoncer devant la mobilisation qu'elle avait suscitée. Maintenant il demande l'autorisation de brûler 105 000 T de « déchets non dangereux » (20 000 T de boues de stations d'épuration urbaines séchées, 40 000 T de déchets encombrants broyés, 15 000 T de résidus végétaux désaromatisés, etc.) et, pour faire bonne mesure, d'incorporer dans le ciment qu'il produit 30 000 T de mâchefers, résidus de l'incinération des ordures ménagères de l'Ariane, à Nice! Le dossier est très bien présenté et argumenté. Un écobilan et la description des rejets en CO2, dioxines et furannes, et métaux lourds sont inclus dans le dossier. Vicat met en avant le caractère économique de remplacement des carburants par des déchets, la valorisation des encombrants broyés ainsi brûlés, l'élimination des produits toxiques et la fixation dans le ciment de mâchefers dont on ne peut rien faire. L'écobilan annonce une réduction de production de CO2 de 56 000 T. Son projet s'appuie sur une installation de séchage des boues des parfumeurs de Grasse qui devrait être réalisée par la société « Terre d'Azur » (Veolia + la Lyonnaise) à Bar sur Loup, près de Grasse. Cette installation devrait traiter 52000T de boues humides par an et soulève aussi bien des questions en particulier sur le mode d'élimination des solvants toxiques.
Trop, c'est trop.
A l'heure où l'incinération des déchets est partout remise en cause parce que polluante (malgré l'amélioration des performance des filtres) et antagonique avec la diminution des déchets à la source et avec le recyclage, les cimentiers tentent de profiter du problème de l'élimination des déchets, tout en assurant vouloir rester essentiellement des producteurs de ciment.
Cette situation est particulièrement intolérable dans un environnement tel que celui des Paillons où les fumées stagnent dans les fonds des vallées peu ventilées, où, sur quelques km2, on trouve non seulement les deux cimenteries déjà décrites, mais aussi l'usine d'incinération des ordures ménagères de l'Ariane (quartier nord de Nice).
Les deux associations d'environnement du Paillon de Contes, celle du Paillon de l'Escarène et celle de l'Ariane sont extrêmement mobilisées et combinent leurs efforts pour convaincre le préfet de renoncer à accorder son autorisation à la demande de Vicat (l'enquête publique vient de se terminer). L'investissement de la population est très important. Les Alternatifs, avec leur élue, adjointe au maire de Bendéjun et siégeant au conseil communautaire du Pays des Paillons, ont déposé une contribution à l'enquête publique.
Noël Albin, conseiller général communiste du canton de l'Escarène a réussi à faire adopter à l'unanimité des cinquante-deux conseillers généraux (très largement majoritairement de droite et présidé par Christian Estrosi) une motion demandant au préfet des Alpes-Maritimes de « s'opposer à ce projet afin que priment, avant toutes autres considérations, les impératifs de santé publique et de respect de l'environnement ».
Dernier épisode en date, les associations d'environnement (ACME, Paillon environnement, Paillon vert, Comité de défense de l'Abadie, Amis des sources, Pour la terre) et des maires de onze des treize communes des Paillons ont constituer un collectif pour s'opposer aux ambitions de Vicat. Le Préfet quant à lui affirme que la population est « manipulée » par Greenpeace et que les conseillers généraux n'y connaissent rien. Il est vrai que, si le Plan départemental des déchets (ordures ménagères) a été approuvé il n'en est pas de même du PREDI (Plan régional des déchets industriels) arrivé à expiration fin 2005 et toujours en cours de révision et que de nombreux projets rencontrent une forte opposition des populations.
De nombreuses questions restent posées :
Comment éviter l'évolution de l'activité de nos deux usines cimentières vers plus d'incinération au fur et à mesure que cela leur donnera plus de profits ?
Quel sera la traçabilité des ciments ainsi complétés ? Trop souvent, l'important est dans ce qui n'est pas dit ! Il est légitime d'exiger une information complète et des mesures de contrôle réelles.
Autoriser les brûlages est une solution de facilité alors qu'il faut porter l'effort sur la réduction des déchets et le recyclage.
C'est au plus près de la production du déchet qu'il faut agir. Prenons l'exemple des grignons d'olives, issus des moulins à huile, nombreux en Provence. Traditionnellement ils servaient à chauffer le moulin ou à nourrir le sol des olivaies. On trouve maintenant des moulins modernes chauffés au gaz ou au fuel et les grignons deviennent un déchet à éliminer. L'absence de réflexion lors de la conception des moulins et le facteur d'échelle génèrent un problème nouveau et Vicat propose de brûler 1 000 T de ce qui est devenu du déchet.
A tous ces aspects se rajoute celui des transports de ces matériaux et de la pollution, du risque, du bruit et de l'encombrement qu'ils génèrent !
Le problème des déchets se pose à toutes nos collectivités. Il doit être pris à la mesure de ses conséquences. Des efforts très importants d'organisation et de recherche-développement sont indispensables et doivent devenir une priorité.
Anne-Marie Dubois, adjointe au maire de Bendejun (06)
Alain Ribière (Coaraze – 06)
Article paru dans "La lettre des élu-e-s Alternatifs" (trimestriel - n°37 - février 2006)
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LE BLOG DES ALTERNATIFS
Le maire de la Trinité s'est emparé du 20e anniversaire de l'accident de Tchernobyl pour se livrer à une charge anticommuniste et antisoviétique dans le bulletin municipal. Il y dénonce les effets d'un système opaque et antidémocratique à la racine d'une catastrophe sans précédent. Il aurait été plus convainquant s'il avait abordé le volet français de la catastrophe et l'attitude de ses amis politiques au pouvoir lors de l'accident. En effet, à l'époque, le premier ministre se nommait Jacques Chirac, son porte-parole était A. Juppé, le ministre de l'environnement, A. Carignon. En lisant la chronologie des évènements, on s'apercevra que sur la question du nucléaire l'opacité, le mensonge et le cynisme de l'état RPR valent bien ceux du système soviétique. Avec une nuance de taille, le premier dirige toujours la France, tandis que second s'est effondré depuis 17 ans.
Uni(e)s contre une immigration jetable
Au conseil municipal de Nice du 16 décembre 2005, Bruno DELLA SUDDA, conseiller municipal Alternatif, était intervenu lors de la délibération de la mise aux normes de l'usine d'incinération de l'Ariane et en révélant l'analyse d'un laboratoire indépendant sur les olives des jardins de l'Abadie. Cette mise aux normes européennes était obligatoire et indispensable pour limiter les pollutions créées par l'usine. Mais les énormes sommes d'argent dépensées pour cela ne doivent pas nous faire oublier l'essentiel : l'incinération reste une technologie dépassée, très dangereuse pour la santé (rejet de dioxines et furanes - cancérigènes - et de métaux lourds). Cette mise aux normes ne doit pas faire oublier le but : la fermeture de l'usine à l'horizon 2018, comme le prévoit le Plan Départemental d'Elimination des Déchets Ménagers (PDEDM) et comme l'a confirmé le conseil général (qui a en charge le suivi de ce plan) et son remplacement par le tri sélectif, économe et écologique, sans danger pour la santé publique.