LE BLOG DES ALTERNATIFS
F. Preneau (Les Alternatifs)
L’exigence d’un cessez-le feu immédiat dans le conflit meurtrier qui oppose les troupes géorgiennes et russes ne peut plus masquer la défaite militaire et politique du président géorgien Mikheil Saakachvili et une nouvelle redistribution régionale des cartes au bénéfice de la Russie.
En prenant l’initiative d’une attaque militaire sur l’Ossétie du Sud et sa petite capitale, Tskhinvali, le 6 août dernier, Mikheil Saakachvili a fait un double pari : le premier, sans doute le plus important pour lui, ressouder dans une union nationale une population de plus en plus mécontente et défiante vis-à-vis de sa politique ultralibérale qui accentue de façon criante les inégalités et nourrit la misère, le second en considérant que l’ouverture des jeux olympiques et la présence, au côté de Bush, de Poutine à Pékin pouvait lui donner un répit. Il est aujourd’hui clair qu’il les a perdu tous les deux et que son aventurisme ouvre une situation bien pire pour les peuples de la région et notamment pour le peuple géorgien. La dépendance énergétique de la Géorgie à l’écart de la Russie fait d’ores et déjà craindre un hiver particulièrement difficile pour les géorgiens. Sans parler de la situation dramatique des habitants d’Ossétie du sud dont la plupart des villes et villages est ravagée.
En voulant imposer par la force l’allégeance à la minorité Ossète, qui a proclamé son autonomie en 1989, Saakachvili est resté prisonnier d’une conception ethniciste de la nation qui nie l’intégration des non-géorgiens comme citoyens à part entière et, nourri par ses difficultés intérieures, il a cru pouvoir passer outre l’histoire récente avec notamment les affrontements armés de 1992 et 2004 qui s’étaient déjà terminés par des désastres militaires et politiques pour la Géorgie.
Aujourd’hui, pour Saakachvili et le gouvernement géorgien, l’impasse est totale. Ne doutons pas un instant que la Russie de Poutine va pousser son avantage jusqu’au bout – et au prix là encore de dizaines voir de centaines de morts civils – en renforçant son emprise sur les minorités nationales ossètes, abkhazes et adjars et en dictant aux autorités géorgiennes un « compromis » sur mesure que valideront bien sûr les Etats-Unis et l’Union Européenne.
Et c’est en premier lieu la Géorgie qui va sortir exsangue de cette guerre. L’avenir politique de Mickheil Saakachvili, réélu en début d’année au prix de fraudes massives, semble désormais bien compromis. Mais l’absence d’alternative conséquente répondant aux besoins sociaux, écologiques et démocratiques des populations, avec l’adhésion de l’essentiel des partis politiques géorgiens à l’ultra-libéralisme et à l’hyper nationalisme, va continuer de peser encore longtemps sur la région.
Le cessez- feu acquis, nous n’en sommes hélas pas encore là, viendra le temps de l’aide internationale indispensable à la reconstruction de l’Ossétie du sud et de la Géorgie. Et des échanges et débats citoyens sur les origines et conséquences d’un drame imputable pour l’essentiel aux orientations politiques ultra-libérales et nationalistes de la nouvelle classe politique géorgienne. C’est à ces rendez-vous que les Alternatifs devront être présents.
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