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21 mai 2006 7 21 /05 /mai /2006 23:42

Nicolas Sarkozy

plébiscité par les medias

 par Marie-José Cloiseau.
 
Figure paradigmatique de la décomposition avancée des institutions de la Ve République, Nicolas Sarkozy a su s’imposer au cours des derniers mois comme le sauveur de toutes les situations scabreuses auxquelles est confrontée l’actuelle majorité. Il aura fallu pour cela une campagne de communication adroitement menée et relayée dans la presse et sur les ondes.

Si le ministre de l’intérieur est aujourd’hui en mesure de répondre aux questions posées dans tous les domaines de la vie politique, c’est qu’il est le premier à les poser et qu’au besoin, il les provoque. Sans que quiconque d’autre ait eu le loisir de poser une autre question ou de la poser autrement. C’est là que réside son génie de la communication. Et dans la bonne volonté des medias à se plier au cadre qu’il a fixé. L’absence de réflexion politique, le dénigrement systématique de toute alternative, le silence qui recouvre toute tentative de résistance, font le lit de ce qu’il faut bien nommer un totalitarisme.

La question des banlieues

Il a su, avant même les premiers incendies dans les banlieues, se composer une image détonante dans notre pays, jusque là peu touché par les dérives hollywoodiennes dont on se gaussait quand elles se manifestaient de l’autre côté de l’Atlantique. Mieux qu’Arnold Schwarzenegger : il suffisait à l’époque d’allumer la télé pour trembler (ou se pâmer) devant notre Terminator national entouré de ses robocops. Et comme le scénario manquait d’argument dramatique pour être crédible, c’est lui-même qui a trouvé les mots qui, répétés en boucle par tous les éditorialistes, allaient alimenter la bande annonce de sa série. « Karcher », « racaille »... Les mots sont forts ? Normal, ils sont faits pour frapper. Mais ce qui aurait pu passer pour une série de bourdes a été curieusement récupéré à son avantage.

On connaît la suite : des jours et des nuits d’émeutes filmées de façon spectaculaire sur toutes les télés, qui vont déboucher sur la « Loi pour l’égalité des chances ». La question posée, ce n’était pas, pour Nicolas Sarkozy, celle des conditions de vie, de l’éducation au rabais, du délitement du lien social. C’était celle de la mise au pas de toute la jeunesse, à commencer par les jeunes banlieusards qu’il fallait mettre au travail dès leur plus jeune âge. Tant pis pour le premier ministre, qui n’a rien compris, et qui en profitera pour glisser en force par le 49-3 un projet de contrat dans le dispositif livrant toute une jeunesse qui n’avait rien demandé de tel à un patronat qui ne l’avait pas demandé non plus. Toute la classe politique se jette alors sur le CPE en occultant tout le reste et exige son retrait, alors que les étudiants et les lycéens se battent pour le retrait de toute la loi pour l’égalité des chances (apprentissage à quatorze ans, zones franches, menaces sur les allocations familiales,...) et mettent en avant des revendications qui posent de vraies questions de société : retrait du CNE, postes aux concours d’éducation.... Sarkozy a gagné contre de Villepin, mais aussi contre les jeunes, et la victoire contre le CPE sera saluée par tous, à gauche comme à droite, comme la seule possible. Fin de la lutte...

La question de l’immigration

« ...si certains se sentent gênés d’être en France, je le dis avec un sourire mais aussi avec fermeté, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas, parce que nous, notre pays, nous l’aimons ! » (Sarkozy aux adhérents de l’UMP). Qu’on se le dise : nous sommes chez lui, et si cela ne nous convient pas, nous pouvons aller voir ailleurs. Aller voir ailleurs, les riches le font couramment : Johnny Hallyday, pour payer moins d’impôts, et bien d’autres, pour bénéficier de lois moins contraignantes ou d’une main d’œuvre meilleur marché. Mais chacun a compris que c’est la question de l’immigration que pose Nicolas Sarkozy, parce qu’en même temps, il y apporte une réponse, brutale, bien dans son style : les rafles, les reconduites à la frontière, l’immigration choisie. Et toute la presse de constater le silence gêné des partis de gauche, qui n’ont pas de réponse. Mais qui a posé cette question, à part Nicolas Sarkozy, et l’extrême-droite qui en a fait depuis toujours son cheval de bataille ? Peu importe, elle a été au centre du premier débat présidentiel organisé par Arlette Chabot sur France2 le 27 avril, et on peut déjà imaginer la place qu’elle tiendra dans la future campagne.

En attendant, le site de l’UMP fait une large place aux interviews données par Nicolas Sarkozy à Patrice Poivre d’Arvor sur TF1 et au Monde au sujet de sa loi sur l’immigration choisie. Ce n’est que justice pour ce travail de professionnels de la communication.

La question du communautarisme

Puisque Nicolas Sarkozy est chez lui, il a organisé sa maison comme il l’entend : chacun dans sa communauté, les chefs sont chargés de maintenir l’ordre, en échange de quoi ils sont élevés au rang d’interlocuteurs institutionnels. La communauté doit s’interposer entre l’individu et la République afin de garantir l’absence de discrimination, puisque ladite République, Ve du nom, ne garantit plus rien.

Les medias vont même au devant de ses préoccupations : le Monde a rendu public les 23 et 24 avril un sondage réalisé en janvier dernier par l’Institut CSA destiné à évaluer, auprès des Français originaires des Départements d’Outre Mer, la nécessité de la mise en place du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires)... déjà décidée par Nicolas Sarkozy.

Le véritable enjeu de cette communautarisation de la vie publique est d’occulter les difficultés sociales croissantes de certaines populations par des raisons religieuses ou ethniques. Si on laisse s’imposer cette conception raciste et essentialiste de la vie sociale, quoi d’étonnant alors que des jeunes viennent des banlieues pour dépouiller les manifestants à Paris ? Comment la vie commune serait-elle possible si chaque particularité religieuse ou ethnique fait du citoyen un étranger, un concurrent ou une menace pour ses propres voisins ? Là encore, la Loi sur l’égalité des chances offre une réponse globale : les ghettos communautaires pourront être pourvus de leur propre bassin d’emploi, où règnera une loi particulière (les zones franches).

Le maire de Montfermeil nous montre qu’ensuite, il ne reste plus qu’à traquer tous ceux qui enfreignent la frontière invisible qui devrait les maintenir dans leurs quartiers. A quand un mur ?

La concentration des pouvoirs

Sérieusement mises à mal par les divers partis godillos qui se sont succédés depuis l’avènement de la Ve République, et plus encore avec la montée en puissance des institutions Européennes, les institutions républicaines n’en peuvent plus d’agoniser, sous les coups de boutoir répétés infligés par le dernier gouvernement : Etat d’urgence, 49-3, initiative des lois confiée à l’UMP sous la présidence de ... Nicolas Sarkozy. Ce dernier semble occuper tous les postes, il rassemble tous les pouvoirs : l’initiative des lois, le pouvoir exécutif, les medias (on lui demande son avis pour nommer certains journalistes). Au point que la démission du premier ministre, ridiculisé et traîné dans la boue, n’apparaît même plus comme nécessaire ni même souhaitable. Qui mettre à sa place, sinon Nicolas Sarkozy, qui a bien mieux à faire ? Le Président de la République lui-même, après avoir dû s’en remettre, dans l’incohérence la plus totale, au ministre de l’intérieur-chef du parti-candidat à la présidence pour se sortir du pétrin du CPE, pourrait en être réduit à l’inauguration des chrysanthèmes, s’il n’avait trouvé les « addictions » pour occuper la fin de son mandat.

Nicolas Sarkozy a déjà annoncé qu’il avait des projets au sujet des institutions. Mais pour le moment, il est prudent, ce qui signifie que quiconque s’aventurera sur ce terrain miné le trouvera en face de lui. Avis à ceux qui pourraient être tentés par l’idée d’une Assemblée Constituante : il a déjà écrit la Constitution de la VIe République, qui augmentera les pouvoirs du Président de la république, diminuera ceux du Parlement et fixera les limites de la concertation.

Futur président de la République ?

Il a été plébiscité par tous les medias. Alors que la cote de popularité de Dominique de Villepin atteint les profondeurs, Nicolas Sarkozy est déjà considéré comme le favori pour toute la droite, celui qui a le plus de chances de l’emporter contre tout candidat de gauche, même contre Ségolène Royal. Sa campagne est donc ouverte. Et elle se déroule, nous l’avons vu, exclusivement sur son terrain. Certes, il est critiqué, controversé, il agace, il fascine, il est bouillant, il gesticule, il est partout. Nul autre que lui n’aura su utiliser avec un tel talent le rôle ingrat de président de parti, qu’il dirige par la terreur. La gauche peine à trouver un projet ? Normal, elle n’en a pas. Dès lors que le cadre de l’économie de marché à l’intérieur de l’Europe est considéré comme indépassable, comment imaginer qu’on ne doive pas flexibiliser l’emploi pour le rendre attractif, et s’en donner les moyens, y compris policiers ? Le programme de Nicolas Sarkozy est déjà fin prêt, et d’ailleurs il n’attend pas 2007 pour le mettre en œuvre. Sa campagne se fera donc tambour battant, il a l’avantage d’être déjà dans les lieux, visible comme aucun autre candidat, ayant écrasé toute concurrence dans les rangs de la droite. Et laissant tous les autres sans voix.

http://www.info-impartiale.net/

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Published by Rouges et Verts - dans Alternatifs du Paillon
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