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5 juillet 2006 3 05 /07 /juillet /2006 15:00
Quand Israël saura-t-il tirer des leçons ?
Rifat Odeh Kassis



"Un citoyen français qui sert dans des territoires occupés en violation de la Quatrième Convention de Genève dont la France est signataire, je ne suis pas sûr de comprendre la position officielle du gouvernement français..."

Quand j’ai entendu pour la première fois parler du soldat israélien kidnappé par des Palestiniens et que j’ai entendu l’appel à le libérer adressé aux groupes palestiniens par Abu Mazen puis par des dirigeants arabes et étrangers, j’ai d’abord cru qu’il avait été enlevé dans un café à Tel Aviv.

Cette impression s’est renforcée quand j’ai entendu sur al-Jazeera le porte -parole de l’armée israélienne en appeler aux ravisseurs, leur demandant de lui garder la vie sauve et de le renvoyer à sa famille et ses parents.

J’ai fini par comprendre que ce n’était pas du tout ça quand j’ai appris par la BBC que l’homme porté disparu était un tankiste capturé dans une attaque menée avant l’aube par des militants à partir d’un tunnel creusé sous la barrière qui est la frontière de Gaza, près du point de passage de Kerem Shalom. Que l’on dise un « homme » et non un « soldat » m’a néanmoins perturbé.

J’ai appris que ce soldat /homme (ne contrarions pas la BBC) a été capturé lors d’un combat qui a eu lieu à un check point militaire à l’intérieur de la Ligne verte. Etant donné qu’il est tankiste, je suppose qu’il a pris part aux bombardements de Gaza et est probablement responsable de la mort de civils, peut-être même d’enfants ou des pique-niqueurs sur la plage de Gaza.

Israël a immédiatement et comme d’habitude fait porter la responsabilité sur l’Autorité palestinienne, y compris le Président, bien que l’incident ait concerné des militaires et pas des civils. L’ Associated Press a écrit : « Malgré les efforts continus d’Abbas pour contraindre ses rivaux du Hamas à la modération, Olmert a dit qu’il tenait toute la direction palestinienne, y compris le Président, pour responsable de la spirale de la violence. "Qu’il soit clair que pour nous l’Autorité palestinienne à tous les niveaux, du président jusqu’en bas, est l’élément responsable de cette opération et de tout ce qui en découle", a dit Olmert en faisant référence à Abbas ».

Plus tard j’ai découvert que le soldat, en plus d’être israélien, est aussi un citoyen français. Le gouvernement français a été alerté et a annoncé qu’il ferait son possible pour sauver la vie du soldat et le ramener à sa chère famille et à ses amis.

Un citoyen français qui sert dans des territoires occupés en violation de la Quatrième Convention de Genève dont la France est signataire, je ne suis pas sûr de comprendre la position officielle du gouvernement français, mais pour autant que je sache, il encourage en général ses ressortissants à ne pas se rendre en Cisjordanie ou à Gaza.

Aussi je ne comprends pas comment, dans ce cas, le gouvernement français peut approuver la présence à Gaza d’un citoyen français qui ne s’y rend pas pour un pique- nique sur la plage mais pour violer délibérément le droit international.

Je reconnais que je suis une personne non violente. Je désapprouve les activités violentes et je ne pense pas qu’un conflit puisse ou doive être résolu par la force et la violence.

Mais je crois aussi fermement au Droit international qui donne aux peuples occupés le droit de résister contre leurs occupants de toutes les manières possibles. Gaza, comme la Cisjordanie et Jérusalem-est est toujours sous occupation, et non pas « libérée » ou « contestée » selon la terminologie employée par Israël et certains médias.

Dès 2004, bien avant le retrait israélien unilatéral de Gaza, le Rapporteur Spécial de la Commission des Droits Humains des Nations-unies, le Professeur John Dugard, écrivait dans son rapport officiel à la Commission : « Israël n’a pas l’intention de relâcher son emprise sur Gaza. Il prévoit de conserver le contrôle ultime de Gaza en contrôlant ses frontières, terrestres, maritimes et aériennes. En conséquence, au terme de la loi il restera un Etat occupant et restera tenu à ses obligations sous la Quatrième Convention de Genève ».

Dans sa dernière note après sa visite dans les Territoires palestiniens occupés, du 9 au 17 juin 2006, le Professeur Dugard a écrit : « Gaza est assiégée. Israël contrôle son espace aérien et a repris les bangs supersoniques qui terrorisent et traumatisent les gens. Les assassinats ciblés de militants sont en augmentation. De manière inévitable, comme dans le passé, ces assassinats entraînent la mort ou les blessures de passants innocents.

Israël contrôle aussi les eaux territoriales de Gaza et tire des missiles sur le territoire à partir de la mer. A l’intérieur de Gaza, les services médicaux ont été gravement touchés par l’interdiction du financement de l’achat d’équipement et de matériel médical assuré par l’Autorité palestinienne dirigée par le Hamas.

Les salaires des employés de l’Autorité palestinienne n’ont pas été versés et cela affecte à la fois les hôpitaux et les écoles car les employés ne peuvent plus payer le coût des déplacements pour aller travailler.

Le chômage et la pauvreté sont en augmentation.

Après une longue période de fermeture du point de passage commercial de Karni, le passage a été ré-ouvert mais il ne laisse toujours passer qu’un nombre limité de camions, avec pour conséquence que Gaza est toujours en manque de produits alimentaires de base et est dans l’incapacité d’exporter ses produits ».

Pire encore, quand Aljazeera a demandé à un porte parole militaire si Israël arrêterait l’invasion plannifiée de Gaza si le soldat était relâché, il a répondu que c’était deux affaires séparées. En d’autres termes, d’une manière ou d’une autre, Gaza sera envahie. D’après le quotidien israélien, Yediot Ahronot, l’invasion de Gaza était prévue bien avant l’enlèvement du soldat. Et cela veut dire que non seulement les enfants prisonniers ne seront pas libérés en échange du soldat, mais que d’autres enfants seront probablement tués au cours de l’invasion prochaine.

Ainsi, le président palestinien et d’autres dirigeants régionaux et internationaux demandent en réalité la libération du soldat mais dans le même temps ils demandent aux Gazaouis de s’attendre à une invasion israélienne de grande ampleur.

Le message est que les Palestiniens ne doivent pas résister - ils doivent se contenter d’attendre les Israéliens chez eux, dans les cours d’école, dans les rues, prêts à la mort.

Les Palestiniens ne doivent pas se défendre ni défendre leurs enfants, ils doivent seulement attendre d’être tués sans résistance parce que toute résistance, même si elle vient de la victime, est un acte de terreur.

Pendant ce temps, Associated Press and Reuters ont écrit : « ... la famille du soldat a brisé le silence lundi pour supplier ses ravisseurs de le traiter avec humanité et de se souvenir qu’il a une famille aimante à qui il manque cruellement. Noam Shalit, dans un entretien avec la Télévision d’ Associated Press, a décrit son fils comme un garçon tranquille et obligeant qui a suivi son frère aîné dans le corps de blindés de l’armée. La seule chose qui nous reste maintenant c’est l’espoir, rien de plus a-t-il dit ».

Ces lignes déchirantes m’ont amené à comparer cela avec ce qu’une mère palestinienne a dit sur Aljazeera, après un bombardement récent par Israël, où elle racontait que le concept même d’espoir avait été effacé de sa conscience. Ce que ressent la famille Shalit maintenant est exactement ce que presque chaque famille palestinienne ressent ou a ressenti à un moment ou un autre.

Cela, tous les Israéliens doivent le savoir. Ils doivent savoir que les Palestiniens sont humains, comme eux. Les Palestiniens sont en deuil quand leurs enfants sont tués et ils sont désespérés quand leurs enfants sont emprisonnés.

Il faut mettre fin à ce cycle vicieux de violence. Il faut qu’Israël mette un teme à l’occupation une fois pour toutes et ne laisse aucun problème en instance, comme il le fait d’habitude.

Ils doivent se retirer totalement de Gaza et de Cisjordanie, y compris Jérusalem -est et donner aux Palestiniens leurs droits politiques et économiques. Les Israéliens doivent donner aux Palestiniens la chance de vivre près d’eux, dans la prospérité et en paix -une paix juste.

Kidnapper un soldat israélien ne nous rapprochera pas d’un pouce de la paix, mais les attaques en représailles ou les attaques préventives ou les punitions collectives par Israël, telles que l’arrêt de l’approvisionnement en nourriture, en électricité ou en eau, non plus.

La seule réponse israélienne logique, qui pourrait satisfaire la famille Shalit et les autres familles israéliennes ou palestiniennes en deuil, serait de mettre fin à l’occupation.

Et c’est maintenant. Ca a toujours été maintenant. Israël, quand sauras -tu tirer des leçons ?


Rifat Odeh Kassis est Coordinateur International et Directeur de Projet du Programme d’Accompagnement Oecuménique en Palestine et Israël (EAPPI).

Publié sur l’agence de presse palestinienne MAAN NEWS le 29 /06/ 2006.

Traduction : Claude Léostic, Afps

photo : chars à la frontière nord de Gaza le 3 juillet 2006 (Yahoo).




Article publié sur le site de
l'Association France Palestine Solidarité : http://www.france-palestine.org

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Published by Rouges et Verts - dans Alternatifs du Paillon
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