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1 août 2006 2 01 /08 /août /2006 19:49
Le Mexique, les élections et les observateurs internationaux

par Marcos Roitman R.

Depuis les années 80 du XXe siècle, pour éviter des fraudes et des transgressions électorales, les pays du Premier monde fournissent un mécanisme de contrôle sur les démocraties « en transition » d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie. Il s’agit de confirmer que les processus électoraux sur ces continents sont propres. Que gagnent les candidats qui ont le plus de voix dans les urnes et non ceux qui volent, brûlent ou ourdissent une escroquerie le jour des élections.

Pour cela, rien de mieux que de disposer d’observateurs impartiaux. Ainsi, avec un manuel sous le bras et des années d’expérience de vote en démocratie, une fois terminée la guerre froide, la vieille Europe communautaire, toujours aussi matinale, s’engage avec ses observateurs accrédités et ses institutions. Elle envoie des parlementaires, des représentants de la culture et des sciences, des prix Nobel, des ex-chefs d’Etats, des députés, des sénateurs et tout sujet souhaitant participer. Ce n’est qu’une question de budget.

Des professeurs de science politique, des boursiers, des militants et des conseillers. Le spectre est large et couvre tout le champ idéologique. La tournée des élections. Tous les tant de temps, partis, syndicats et autres organisations récompensent avec un voyage en qualité d’observateur international. Il y en a qui ont parcouru toute l’Amérique latine, du Mexique au Chili. Il n’y a rien à craindre. La situation est sous contrôle et ce n’est qu’une simple formalité. Il s’agit de tourisme électoral. On découvre des gens, des paysages, des plats exotiques, on peut draguer et en plus on exerce un certain pouvoir, ce qui n’est jamais mauvais.

Les premières occasions qu’ils eurent de voyager, ce fut en Amérique centrale. Le Nicaragua plongé dans une guerre de basse intensité et avec une armée contra fut une situation sous contrôle. Les sandinistes perdirent, rien à objecter. Les élections furent propres. Puis suivirent le Salvador, le Guatemala, le Honduras. Bref, depuis la dernière décennie du XXe siècle, avec autant d’élections, les observateurs sont débordés. Ils arrivent avec quelques jours d’avance et se retirent quand ils le souhaitent. Ils en profitent pour donner des conférences, se faire des relations ou connaître le lieu. Ils partagent avec les vainqueurs la joie du moment. Ils produisent un rapport qui loue le bon comportement civique de la population, reconnaissant qu’il n’y a pas eu d’incidents graves, qu’il n’y a pas d’indices de fraude ni de violence pendant le processus électoral.

Ils rédigent un autre communiqué pour remercier les autorités d’avoir mis à leur disposition des moyens pour réaliser leur travail et enfin ils se félicitent du résultat jusqu’à la prochaine opportunité. Non sans avoir d’abord souligné le grand sens de responsabilité des citoyens pendant la fête de la démocratie qu’est le fait d’aller voter. En d’autres termes, que les bulletins de vote étaient à leur place, les votants en train de voter, les présidents de bureaux électoraux, les délégués de partis, les urnes, tous étaient à leur place, et l’attirail fonctionnait. Les règles du jeu étaient suivies à la lettre. Les heures de vote furent respectées. La paix fut maintenue, les forces de l’ordre public agirent pour protéger la citoyenneté et les institutions donnèrent les résultats à temps. Rien de bizarre.

Parfois, des divergences surgissent et quelques observateurs notent des problèmes mineurs qui ne ternissent pas ou ne contredisent pas le comportement démocratique des citoyens. Ainsi s’écoule la journée de travail. Ils se répartissent le pays, selon la hiérarchie. Monsieur James Carter, par exemple, sera dans la capitale et sera déplacé selon les besoins. Tout est parfaitement organisé. Ils couvrent tout l’espace géographique et sont payés par leurs organisations respectives. Il est bien évident que leur honorable présence, diront certains, en cas de conflit peut légitimer un processus électoral. N’oublions pas le Venezuela [1], par exemple. Mais il ne faut pas se faire d’illusions. Si on veut faire un coup d’Etat ou invalider un processus électoral, cela se fera avec ou sans observateurs.

Or, nous voyons qu’au Mexique la fraude pendant ces élections présidentielles [2 juillet 2006] a été monumentale [2]. Et où étaient les observateurs ? En train de manger des tamales, des tacos ou des enchiladas ? Ou encore ils ont été frappés par la « vengeance de Moctezuma » [3] et cela a joué en faveur du PAN. C’est une honte que la délégation du Parlement européen s’en sorte par une pirouette et en reste à des généralités. Il ne pouvait en être autrement. On avalise le processus électoral, son porte-parole était du groupe du Partido Popular espagnol (Parti populaire [4]). Mais ils n’ont pas vu la fraude ? Ils n’étaient pas au comptage et à la fermeture des urnes ? Où étaient-ils ? Et ne me dites pas qu’ils étaient peu nombreux et qu’on les a envoyés justement là où il n’y a pas eu de fraude.

Je m’interroge : quel est le sens du maintien d’une figure internationale, telle que celle d’observateur international, si quand des problèmes apparaissent il fuit ou baisse la tête et regarde ailleurs. Cela veut dire qu’il ne sert que quand les élections sont cuisinées, il n’y a pas de problème et il part pour passer un moment agréable en compagnie d’amis, d’adversaires et de coreligionnaires.

Ce qui est vraiment dolosif c’est le discrédit d’une option politique qui pourrait être réellement utilisée à l’échelle internationale comme contrôleur, sauf que, comme d’habitude, elle sert à des fins bâtardes de type propagandiste du Premier monde. Jamais on n’enverra d’observateurs aux Etats-Unis, en Espagne ou dans un autre pays européen. Leurs processus se contrôlent eux-mêmes. Question qui est plus que mise en doute si nous regardons l’Italie, par exemple. Ainsi, dans le cas qui nous occupe, le Mexique, ils font mauvaise figure quand tout indique qu’ils sont partis par la petite porte au premier indice de problèmes.

C’est pour cela qu’il vaut mieux en finir avec cette comédie une fois pour toutes. Si on veut faire du tourisme il y a d’autres moyens et pas aux dépens des processus politiques et des luttes démocratiques des peuples d’Amérique latine. Le personnage de l’observateur international électoral ne fonctionne pas, c’est un conte, mais il y en a beaucoup qui en vivent, comme des parasites. Comme d’habitude.

NOTES:

[1] [NDLR] L’auteur fait référence au référendum révocatoire du mandat du président Chavez le 15 août 2004. Ce processus de référendum a été remporté largement par le camp « bolivarien » et avalisé par les observateurs internationaux comme le Centre Carter et l’Organisation des Etats américains (OEA). L’opposition a dénoncé une fraude sans jamais apporter la moindre preuve sérieuse.

[2] [NDLR] Consultez à ce sujet les articles déjà publiés dans le dossier « Election présidentielle 2006 » sur le RISAL.

[3] [NDLR] Expression populaire faisant référence à l’empereur aztèque Moctezuma II tué lors de la Conquista et qui désigne la fameuse diarrhée du voyageur.

[4] [NDLR] Le Parti populaire est le parti conservateur espagnol, actuellement dans l’opposition après huit ans au pouvoir avec le gouvernement de José Maria Aznar.

Source: RISAL - Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine

URL: http://risal.collectifs.net/

Source : Le Jornada (www.jornada.unam.mx), Mexique, 22 juillet 2006.

Traduction : Cathie Duval, pour le RISAL (www.risal.collectifs.net).

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Published by Rouges et Verts - dans Alternatifs du Paillon
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