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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 22:57
Henri ROSSI, président de la Ligue des Droits de l'Homme Cannes-Grasse, raconte...

Une manifestation dans les règles

À notre "déclaration de manifester", le sous-préfet nous répond, par courriel de la préfecture, la veille du rassemblement annoncé, au moment où quasiment plus personne n’est joignable en sous-préfecture et en préfecture. On nous écrit alors l’interdiction, d’une part, de nous rassembler devant le Monument aux morts et d’ aller nous réunir sur les Allées de la Liberté et d’autre part, le refus du trajet proposé pour notre défilé, pour cause de « salon de la plaisance », sans aucune alternative.

 

Un sous-préfet provocateur

Pour comprendre sa provocation, car cela en est une, il faut savoir qu’en nous proposant de nous réunir sur les Allées de la Liberté, le sous-préfet ne pouvait pas ignorer que se tenaient à ce moment-là de façon hebdomadaire : une exposition de plusieurs dizaines d’artistes venus exposer leurs œuvres, une brocante très fréquentée, de nombreux joueurs de boules, tous espaces prolongés par des terrasses de café ...et une multitude de promeneurs ! Où devions-nous nous rassembler ? Au milieu des commerces et de la foule, sur le terrain de boules ? N’était-ce pas irresponsable ? Lorsque j’ai posé cette question au cabinet du préfet, au reçu du mel, on m’a confirmé l’ordre, sans que je ne puisse parler à personne. La sous-préfecture était injoignable.

 

Le maire circonspect

Le samedi matin, le maire appelé ne comprend pas la position du sous-préfet : un rassemblement sur les Allées est impensable et pour le défilé il considère que "le salon de la plaisance ne commence que lundi". Il nous autorise donc à nous rassembler comme prévu devant le Monument aux morts et à défiler ensuite sur l’itinéraire choisi, avec des escortes de la police municipale (PM). A 14h20, le responsable du dispositif de la PM, se met à notre disposition.

 

Un ordre c’est un ordre

Mais à 14h30, un gradé de la police nationale, arrivé précipitamment avec deux autres agents, me déclare que le maire n’a aucune compétence pour nous laisser défiler et que la voie publique est du ressort du sous-préfet. Donc il appliquera sa décision et nous interdira de partir, tout en reconnaissant qu’il n’est pas possible d’aller sur les Allées ...même si c’est un ordre du sous-préfet !

 

La grande récré ...et première tentative d’intimidation

Après ma prise de parole et devant la volonté des 250 participants de ne pas en rester là, nous décidons collectivement de parcourir une cinquantaine de mètres, symboliquement, pour faire un sitting au carrefour tout proche et nous disperser ensuite. Les policiers, butés, exigent que l’on arrête immédiatement notre mouvement. Comme réponse, les manifestants partent dans l’autre sens et au bout de 100m font un nouveau demi tour ! Nous sommes à nouveau arrêtés tandis qu’à deux reprises le chef des policiers m’interpelle, voulant me conduire au commissariat une première fois (menace de garde à vue ?). Devant la réaction de plusieurs camarades du collectif, il renonce et me donne 2mn, "pas une de plus" (sic) pour faire évacuer la voie publique.

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No pasaran...inversé
photo

 

"Ras l’bol" du peuple

J’insiste en soulignant que tout cela est le résultat d’un ordre stupide du sous-préfet et de l’exaspération de la population, lassée des provocations et de la politique liberticide du Chef de l’Etat, population qui pourtant ne manifeste ici aucun énervement. Aux RG présents de traduire dans leur rapport, cette situation, car je reconnais que pour notre part, nous sommes effectivement dépassés par le nombre et par autant de détermination et de résistance, mais qu’à voir le public, ce n’était ni des "jeunes en capuches", ni des "terroristes barbus", mais des gens simples, jeunes et moins jeunes, bref le peuple, la situation étant parfaitement maîtrisée par le collectif. Au bout de 10 mn nous annoncions la dispersion, sans aucun incident ...et le policier prenait mes coordonnées en vue d’une prochaine convocation pour "25 minutes d’occupation illicite de la voie publique" !

Les Alpes maritimes : laboratoire de la répression

Ajoutons pour dépeindre l’ambiance dans le département que le préfet harcèle les cercles de silence depuis le mois de juillet, pour qu’ils se déclarent, malgré leurs deux ans d’âge sans aucun incident ? Des policiers municipaux, dans plusieurs de nos communes, n’ont-ils pas menacé toute la semaine les militants qui diffusaient nos tracts sur les marchés ? Enfin et surtout, évoquons seulement les violences faites aux sans-papiers et aux demandeurs d’asile. Et si l’on considère l’info ci-dessous, sur l’attitude des pouvoirs publics à Paris, aux antipodes de l’attitude de nos préfet et sous-préfet il est urgent, hygiénique même, à notre avis, par une action en justice de les ramener aux principes républicains.

Henri ROSSI

 

Droit de manifester

Témoignage : "La préfecture m’a appelé pour me dire qu’ils n’étaient pas en mesure d’interdire cette manifestation. Je le regrette", a assuré le maire du IIe arrondissement Jacques Boutault qui avait écrit au préfet de police de Paris fin août. La PP "souhaite rappeler son attachement au droit de manifester prévue par la Constitution" rappelant que depuis le début de l’année, 3.438 rassemblements se sont tenus à Paris. "L’exercice des libertés publiques devant toujours être préférée", dit-on à la préfecture de police, la jurisprudence a établi qu’une manifestation peut être interdite en cas de menace "exceptionnellement grave" pour l’ordre public et si "aucun dispositif policier ne parait adapté pour se prémunir contre un risque de trouble grave à l’ordre public". Conformément à cette jurisprudence, ajoute-t-on de même source, la préfecture de police de Paris avait, en juin, interdit l’"apéro saucisson pinard", car elle estimait que "de forts troubles à l’ordre public n’auraient pas manqué de résulter du caractère provocateur de cette manifestation, dans le quartier de la Goutte d’Or". Mais en revanche pour samedi, "aucun élément ne permet d’interdire le rassemblement", assure-t-on à la PP. Pour autant, la préfecture de police, "comme elle le fait pour toute manifestation de voie publique, mobilisera des moyens de police adaptés pour que ce rassemblement se déroule dans des conditions de sécurité satisfaisantes".

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Published by Rouges et Verts - dans Droits et libertés
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