LE BLOG DES ALTERNATIFS
Bilan depuis dernière réunion CN
Sur la candidature MG Buffet
Plusieurs intervenants ont redit leur déception, voire leur colère à propos de la décision de candidature de Marie-Georges Buffet.
Suite à sa déclaration sur TF1 il a été redemandé fortement que cessent toutes ambiguïtés sur le fait que MG Buffet représenterait le rassemblement antilibéral. La délégation du PCF a indiqué que cette ambiguïté n’existe pas, qu’il est acté par tous depuis le Collectif national du 21 décembre qu’il n’y a pas de candidature commune du rassemblement des forces antilibérales à l’élection présidentielle et qu’il n’y a pas matière à s’inquiéter sur ce sujet qui serait donc « réglé ».
Sur la signification de cette candidature
Sur les raisons de l’échec
Plusieurs ont été évoquées :
impossibilité de contourner le piège de la 5ème République que seul un candidat « trait d’union » était à même de faire (Carassus),
interrogation sur la méthode dite du consensus (Coquerel),
incapacité du PC à s’extraire du schéma de l’unité « autour » de lui (Debons, Coquerel),
incapacité du Collectif à donner la priorité à l’objectif historique qui était le notre par rapport aux objectifs à court terme de chaque organisation politique ou même de chaque personnalité quelle que soit la légitimité de ces intérêts (Picquet).
JL Gonneau a dit que les fautes étaient partagées. C. Picquet a répondu que c’était vrai mais quel l’on ne pouvait mettre sur le même plan des fautes politiques délibérées et majeures comme celles commises par la direction de la LCR, puis du PCF, ou même le retrait unilatéral de J. Bové, et des erreurs comme celle de la pétition demandant le retrait de MG Buffet dont plusieurs signataires avaient justement admis que la formule sur le retrait de M.-G. Buffet était de nature à brouiller les termes du débat.
Pour le PCF, ce n’est pas la volonté de rassembler autour de lui (ce qui n’est pas sa politique) qui explique la situation actuelle, mais le constat que le blocage constaté lors de la réunion nationale des collectifs des 9 et 10 décembre ne pouvait pas être surmonté : les différentes réunions qui ont suivi (composantes politiques le 18 décembre et CN le 19) ont montré qu’aucune proposition de candidature ne pouvait faire consensus et ont vu le rassemblement se rétracter encore, notamment avec le départ de PRS. Surtout, il apparaît que la divergence principale a porté sur la conception même du rassemblement : s’engager comme l’a fait le PCF pour des candidatures communes des forces antilibérales en 2007 ou pour une recomposition à gauche ou à gauche de la gauche allant jusqu’à la constitution d’une nouvelle force politique n’est pas la même demande et n’est pas porteur du même projet.
Sur la « recomposition » :nouvelle force ou nouvel espace ?
Beaucoup d’interventions ont justement porté sur cette question, en s’inscrivant en faux sur cette idée que l’entrée en campagne de MG Buffet serait justifiée par la question de la recomposition et l'évolution supposée des stratégies des uns et des autres dans la démarche. Autrement dit serait devenu prioritaire l’objectif d’une nouvelle force alors que le cadre que nous formions ensemble se centrait sur l’émergence de la gauche antilibérale sur le plan électoral.
Claude Debons ou Eric Coquerel ont indiqué que c’était un faux prétexte et que dans le « changer la donne à gauche » il était bien question de recomposition, même si le vocabulaire peut changer, avec la notion de créer un nouvel espace à gauche (et non une nouvelle organisation politique) qui ne signifiait pas pour autant l’effacement des partis actuels. De cela il a souvent été question que ce soit dans les discussions du CN ou des échanges avec le PC.
Le PCF rappelle que, dans le texte du 10 septembre comme dans ces échanges, il a en effet toujours été question de rassemblement durable des forces antilibérales, pour lequel il milite : campagne collective pour des candidatures communes, décisions prises en commun après les élections, groupe parlementaire commun, travail se poursuivant ainsi sur plusieurs années entre militants et élus qui induirait une force nouvelle de travail et de coopération. Pour le PCF il n’est cependant pas exact de dire que cet objectif induit, même implicitement, celui d’une recomposition.
Les conséquences
Beaucoup ont insisté sur la rupture que signifiait la candidature MG Buffet et que du coup le cadre unitaire créé à partir de l’appel du 10 mai n’était plus. Ces intervenants ont expliqué que l’on ne pouvait considérer cela comme un « accident » dont les effets ne se limiteraient qu’aux Présidentielles. Dans la démarche en cours présidentielles et législatives étaient indissociables, à partir du moment où une candidature unitaire à la présidentielle n’est plus d’actualité, nous sommes confrontés à un changement de cadre politique.
Si cette analyse est largement partagée, les avis divergent sensiblement par contre sur les enseignements à en tirer.
Pour certains, en dehors de « l’unité d’action », il n’est plus d’actualité d’envisager de poursuivre la démarche unitaire avec la direction du PCF.
D’autres estiment que, quelles que soient les critiques que l’on peut faire au PCF, et à la LCR, ces forces restent dans le camp de la gauche antilibérale et que, si l'objectif stratégique demeure l'unité de l'ensemble de cette dernière, que l’on ne peut exclure toute alliance électorale à l’avenir même si le cadre fixé par l’appel du 10 mai est brisé.
Des interrogations s’expriment sur la nécessité de poursuivre le CN ou du moins avec une délégation officielle du PCF (sur ce dernier point B. Guibert, F. Mérat notamment) qui pourrait devenir observateur. JF Gau rappelle qu’à la différence de la LCR, le PCF est signataire de l’appel du 10 mai et donc membre à part entière du CN.
Pour le PCF, le blocage qui n’a pas pu être surmonté ne doit pas conduire à passer par pertes et profits la volonté de poursuivre exprimée par les militants des collectifs et la démarche pour laquelle nous nous sommes engagés : le rassemblement des forces antilibérales pour ouvrir une autre voie à gauche en 2007, selon la stratégie définie le 10 septembre et le programme élaboré les 14 et 15 novembre. Il s’affirme donc favorable au maintien du Collectif national, à la réactivation de ses groupes de travail unitaires et propose de travailler à des candidatures communes aux élections législatives, comme ont commencé à le faire des collectifs locaux, à partir des dispositions prévues dans le texte commun et du groupe de travail constitué à cet effet.
Beaucoup (Villiers, Picquet, Claude Michel) précisent que notre échec est une victoire pour le PS et le bipartisme. Mais a également été réaffirmé le potentiel antilibéral en France qu’aucune des candidatures actuelles ne pouvait espérer capter à la hauteur de ce qu’étaient nos objectifs. C. Picquet a estimé que notre travail n’a d’ores et déjà pas été inutile et va marquer la gauche ne serait-ce que parce que s’est révélée à elle-même une force politique.
Il pouvait y avoir démoralisation, sentiment antiparti (que certains intervenants expriment mais contre lequel la plupart disent nécessaire de lutter) mais que l’on sentait aussi la volonté de poursuivre.
Sur les collectifs :
Le premier bilan a porté sur les réactions des collectifs.
Claude Debons voit quatre cas de figure : ceux qui ont enregistré l’échec de notre processus, ceux qui n’en sont pas encore persuadés et qui espèrent toujours qu’une solution commune va être trouvée, ceux qui en sont déjà à la séparation entre les tenants d’une candidature Buffet et les autres, ceux qui sont pour continuer malgré ce qui vient de se passer et s’interrogent aujourd’hui sur le comment.
La très grande majorité des intervenants confirment la force du désir des collectifs de persévérer dans l’action commune. Plusieurs interventions pointent des sentiments de déception, de frustration, voire de ressentiment et de colère à l’égard de la direction du PC s’expriment également dans des collectifs, mais qui ne vont pas jusqu’à ne plus vouloir militer avec les camarades communistes.
Le PCF indique qu’avant de tirer des conclusions sur ce que pensent les collectifs locaux, il faut examiner les avis qu’ils expriment et donc constituer un groupe de travail pour examiner leurs procès-verbaux.
Décision est prise de réanimer la commission pluraliste chargée de dépouiller les compte- rendus.
Perspectives
Candidature
Le dernier collectif national avait acté qu’à ce stade il n’existait pas de candidature unitaire de notre rassemblement.
Le PCF s’en tient à ce constat : personne ne doit se réclamer de la légitimité de notre rassemblement. Pour lui, la candidature de MG Buffet, décidée à partir de l’impossibilité de dépasser le blocage enregistrée, vise à faire entendre la voie d’une gauche populaire et antilibérale porteuse de l’espoir d’une gauche ne renonçant ni au changement ni au pouvoir.
Certains ont avancé que cela n’était pas définitif et que l’on pouvait, les appels et pétitions le montrant, toujours envisager une candidature Bové qui ensuite mettrait devant leurs responsabilités la LCR et le PC.
D’autres intervenants ne pensent pas nécessaire de rajouter de la division à la division en tentant une 3ème candidature. Eric Coquerel (Mars) pense que l’on ne peut déserter le champ électoral et que ceux qui aspirent à une gauche antilibérale unitaire doivent se faire entendre. Il faut donc imaginer des interventions pendant la campagne présidentielle et surtout ne pas mettre entre parenthèse les législatives, des candidats pouvant représenter la gauche antilibérale et unitaire même s'il est clair que ce ne pourra être dans le cadre qui fut le notre jusqu'à maintenant et qui découlait de l'appel du 10 mai.
Christian Picquet a lui estimé que jusqu’au bout il fallait réaffirmer la nécessité d’une candidature commune de toute la gauche antilibérale.
Réunion nationale des 20 et 21 janvier
L’idée d’une réunion nationale des collectifs avait été évoquée lors du CN du 21 décembre et avait reçu l’assentiment de toutes les forces à l’exception du PCF avait indiqué qu’il n’était pas contre par principe, à condition qu’elle débouche du positif après l’échec du 9/10 décembre. Il fallait donc préciser son ordre du jour et le type de décisions qui pourraient y être prises.
Pour le PCF, il ressort de la discussion qu’une telle réunion devrait avoir pour objectif un échange sur les raisons de la situation créée et sur les perspectives. Les raisons : il s’agit pour la plupart des intervenants des responsabilités du PCF, évoquées plus haut ; de l’écart entre la demande issue du 29 mai et l’offre politique des partis. Les perspectives : aller en conséquence vers la création d’un nouvel espace politique. Nouvelle force politique ? Confédération ?Pour quelle attitude en vue de la présidentielle ? Une nouvelle candidature ou non ? Ce sont toutes ces questions que doit traiter la réunion des 20 et 21.
La délégation du PCF a constaté que le point de départ du débat proposé est la rupture avec la candidature de MG Buffet (C Villiers) et son objet la constitution d’une nouvelle force politique. Personne ne peut empêcher personne de se rencontrer en vue d’une telle construction, mais le PCF ne peut évidemment pas s’engager dans la préparation d’une réunion ayant un tel objectif.
Plusieurs intervenants, dont Henri Merme, Roland Mérieux ou Claude Debons, enregistrent cette décision et H. Mermé propose que ceux qui veulent organiser une telle réunion donnent rdv le 8 janvier à 18 heures chez les Alternatifs. H Mermé précise « qu’il faut être cohérent avec la nouvelle situation créée par la décision unilatérale de la direction du PCF de présenter MG Buffet en dehors du rassemblement unitaire, la réunion des 20 et 21 ne peut être co-organisée avec la direction du PCF ». Claire Villiers propose une réunion sur deux jours : un samedi sur le bilan pour tous les collectifs et le dimanche pour tous ceux qui veulent discuter de la construction d’un nouvel espace à gauche.
Alain Faradji et Eric Coquerel se retrouvent pour estimer qu’enregistrer cet état de fait de rupture sur le 20/21 sans en débattre plus longtemps est une erreur et que l’on doit tenter d’appeler à cette réunion nationale au nom du Collectif national. Un ordre du jour commun est possible qui n’édulcore aucune question sans pour autant tourner au règlement de compte. Soit une vraie discussion politique, l’état des lieux sur la question des Présidentielles (le CN étant d’accord unanimement pour dire qu’il n’y avait aucune des candidatures réclamées qui représentait notre rassemblement) et des Législatives, un débat sur comment maintenant changer la donne à gauche et créer les conditions du "rassemblement durable", autant de termes qui sont dans le texte fondateur du 10 mai et qui ne peuvent donc être considérés, si on se met d'accord, comme la réunion fondatrice d'une nouvelle force politique même si aucun débat n'est interdit. Avec cet ordre du jour il y aurait toute légitimité à ce que la réunion nationale des 20 et 21 soit bien une réunion des collectifs.
Le PCF attire l’attention des membres du CN qui souhaitent organiser une telle réunion sur le fait qu’aucune ambiguïté ne doit peser sur son caractère : il ne s’agira pas pour lui d’une réunion nationale des collectifs locaux à l’appel du CN, avec les exigences en termes de représentativité des précédentes réunions nationale, mais d’une réunion nationale ouverte à qui le souhaite.
Les décisions prises
Pour le moment le Collectif national est maintenu au moins jusqu’à la réunion nationale des 20 et 21 janvier avec une prochaine réunion le 16 janvier à 18 heures Place du Colonel Fabien.
Dans cette période il se charge de relancer trois commissions :
Le site : à la demande du PCF qui juge le traitement éditorial du site trop "partisan", le comité pluraliste qui s’en occupe va mieux se coordonner.
Le dépouillement des comptes rendus de collectif : la date de clôture des retours des collectifs est fixée au 12 janvier. Le groupe pluraliste chargé de les dépouiller se réunira le 12 janvier (contact Roland Mérieux). Il est proposé que ceux qui ont déjà travaillé sur ce second dépouillement s’y joignent (France Coumian, JL Gonneau).
Le programme. Il est proposé une réunion des responsables d’atelier des différentes parties du programme afin de le finaliser en tenant compte de la réunion de la commission de synthèse des 9 et 10 décembre et des amendements reçus.
La réunion nationale des 20 et 21 janvier, réunion de ceux qui veulent l’organiser : le 8 janvier 18 heures chez les Alternatifs
Pour le collectif national : Eric Coquerel
La candidature Bové,
l’élan unitaire
et la reconstruction de la gauche.
Il suffisait de s’appesantir quelques minutes devant la diversité des signataires pour apercevoir un phénomène qui va bien plus loin que notre seule sympathie à Bové, sympathie à laquelle nos critiques auraient bien voulu nous réduire. Notre mouvement se regroupe autour de la figure de José, parce qu’il incarne un large éventail du mouvement social français, mais nous ne pouvons pas nous réduire à observer cette confluence du nombre autour d’un seul. Nous devons nous penser nous pour envisager le projet que nous pouvons porter et l’envergure du mouvement. Si l’on fait une sociologie assez rapide des signataires, nous pouvons apprécier différents éléments pour tenter de répondre à la question "qui sommes-nous et que projetons-nous ?".
1) Dans les cent premiers signataires, nous retrouvons des personnalités plus ou moins connues dans le champ politique des mouvements sociaux, des organismes militants, des collectifs de critique du néo-libéralisme, des syndicats divers, des partis politiques minoritaires de la gauche et de l’extrême gauche. En définitive, nous pouvons résumer cette observation superficielle en considérant ces acteurs comme représentatifs du coeur du mouvement altermondialiste qui a renouvelé la vie politique française et internationale depuis la chûte du Mur de Berlin et la fin des utopies. Sans se réduire, s’opposer ni se confondre, l’autre composante majeure parmi ces premiers signataires est la présence d’individus issus de ce que nous pouvons caractériser comme la gauche intellectuelle française. Artistes, écrivains, professeurs, journalistes, etc, qui participent d’un mouvement de revitalisation de la critique et de sortie de la morosité de l’intelligentsia française depuis les désillusions post-68. Cette convergence hétérogène entre divers acteurs de la société civile pour tenter une réunification de la gauche dans le panorama politique français semble alors symptomatique d’un bouleversement à l’oeuvre et qui engage une rupture sur le long terme. Il n’y a pas une ligne politique déterminée selon un héritage politique unanime, le rassemblement dénote alors plus un processus en devenir qu’un événement qui marquerait la fin de quelque chose.
2) Si l’on se pose maintenant la question de la cartographie de ce soulèvement citoyen en faveur de Bové, ou qui utilise Bové comme alibi, comme point commun par défaut, nous sommes assez impressionnés de constater l’impossibilité d’une certaine logique géographique. Les initiateurs du site sont visiblement originaires du sud de la France, on parle de Marseille, Montpellier, le Larzac, cette France du sud qui a toujours plutôt subi l’hégémonie politique du nord et avant tout, l’hypertrophie parisienne. Mais la pétition ne montre aucune homogénéité territoriale, tous les points de la métropole sont touchés, et au-delà : en outre-mer et quelques voix par delà la Manche, l’Atlantique, la Méditerranée soutiennent cet élan unitaire. On ne peut non plus constater un flux de personnes géographiquement déterminées, comme on aurait pu imaginer le déplacement de la rumeur de villes en villes, pensons à la Révolution française. Il n’en est rien, sans doute doit-on considérer dans ce phénomène l’outil de l’internet qui permet la virtualisation de la participation politique, la synchronisation des forces et la déterritorialisation des paroles.
3) Si l’on considère maintenant la gamme des statuts socio-professionnels, on est stupéfait de la diversité des activités de chacun. De l’étudiant à la retraitée, de l’intellectuel au jardinier, du médecin à l’informaticien, du chômeur au "mécano citoyen". On rajoute le mot "citoyen", comme quelque chose de en plus, de pas donné d’avance, pas évident. Celà révèle comment la responsabilité "citoyenne" des signataires de l’appel obéit à un élan spontané, par delà une légitimité institutionnelle, symbolique, médiatique à porter un projet politique. La responsabilité incombe à l’anonyme, l’invisible autant qu’au "dominant symbolique", comme qui dirait le bon vieux Bourdieu (style Michel Onfray). Les absents dans la liste, pourtant si variée, sont les dominants socio-économiques traditionnels, cadres supérieurs, entrepreneurs...
4) Enfin, l’activité hors reconnaissance institutionnelle, explicitée dans la case auxiliaire après la profession légale, permet une définition personnalisée du signataire. Allant de l’auto-définition ironique (activité : mille), activiste (militant intel, syndicaliste, maire) étendue (citoyen du monde), précise (grand-mère), optimiste (vive 2007) témoigne d’un rapport très personnel à l’activité politique. La relation est faite entre le sujet individuel et le sujet politique. La participation à la sphère politique inclut la singularité du citoyen. La politique (politeia : vie de la cité) n’est plus réservée à un corps auto-proclamé ou légitimé socialement comme seul propre à mener les affaires publiques. Nous pouvons rapprocher ce fonctionnement de l’idée d’autonomie de Castoriadis, contre l’hétéronomie, (l’hors société) du pouvoir décisionnel. Chacun se réserve le droit, non pas métaphysiquement (tous les citoyens naissent libres et égaux) mais "foncièrement" de projeter sa voix dans le débat, provocare, provoquer l’ordre institué.
5) Et pour faire une analyse socio-politique classique, l’identification politique de chacun montre que tous les groupes de l’activité politique traditionnelle (de gauche uniquement, cela va de soi) sont représentés. Des partis (Verts, LCR, PC, PS, LO ?), des syndicats (CGT, FO, CFDT, la Conf...), des collectifs divers que nous n’énumérerons pas ici, pour que la lecture reste quelque peu digeste !, les mouvements altermondialistes (ATTAC, Fondation Copernic, etc), des médias et sites web autonomes (Zalea, Rushes, 69.3...). Convergent des individus de toutes ces entités, transcendant les barrières et clivages traditionnels, contredisant les guerres de chefs et d’ego.
Nous pouvons ainsi, après une sociologie rapide de notre force en gestation entrevoir un mouvement qui dépasse les structures instituées, une convergence d’individus citoyens, autonomes, pour un rassemblement unitaire. En allant plus loin, nous constatons d’une certaine manière que ce conglomérat de voix va bien au-delà de Bové (contre les réductions hâtives ou dédaigneuses) et c’est bien plutôt une unité dans l’hétérogénéité. Bové est un point de convergence, une possibilité d’accord, par la médiatisation maîtrisée de son travail, par son refus de s’attacher à une ligne orthodoxe, normative, par l’absence d’une hiérarchie autour de lui qui fermerait l’identification et la représentation du corps électoral. Nous pourrions dire que la candidature Bové à cela de grand que l’ego est petit. Bové est l’arbre qui cache la forêt, et cette forêt n’est peut-être rien d’autre que le peuple de France qui apparaît subrepticement le 21 avril, le 29 mai, contre le CPE, contre le karcher, contre les OGM... Alors, les pré-carrés de chacun vont-ils encore longtemps éclipser la forêt dans l’ombre qui attend ? Ou saura-t-elle à nouveau redonner de l’oxygène à notre bonne vieille Gaule ?
Montredon, le 15 janvier 2007.
Chers amis, chers camarades,
La pétition « José Bové peut et doit être le candidat de l’alternative à gauche » est déjà un immense succès : 15000 signatures en neuf jours !
Je tiens à remercier tous les signataires de la confiance qu’ils me font et, surtout, du geste citoyen qu’ils accomplissent pour forcer les appareils politiques à faire le choix d’une candidature unitaire à l’élection présidentielle.
J’ai toujours dit que j’étais disponible pour incarner, sur le bulletin de vote, une campagne collective et unitaire de la gauche antilibérale, écologique, alternative et solidaire, si deux conditions étaient remplies : une dynamique populaire pour légitimer cette candidature ; une démarche de rassemblement avec toutes les forces du « non » de gauche à la Constitution européenne.
La dynamique populaire est en marche, la démarche unitaire reste un combat. Je n’ai pas l’intention de fuir mes responsabilités. C’est pourquoi je voudrais lancer aujourd’hui un appel à l’espérance.
J’appelle tous les citoyens qui se reconnaissent dans la mobilisation unitaire pour en finir avec la logique de chômage, de précarité et d’inégalités sociales à signer massivement la pétition. Notre objectif doit désormais être de plusieurs dizaines de milliers de signatures avant la fin du mois de janvier.
J’appelle tous les jeunes et habitants des quartiers populaires, toutes les victimes de discriminations à prendre part activement au débat électoral. J’entends bien les aider à ce que leurs préoccupations soient au centre de la campagne.
J’appelle tous les citoyens écologistes à considérer que le combat pour sauver la planète est indissociable d’un combat contre l’économie libérale et productiviste. Nous ne pouvons faire confiance ni à la gauche traditionnelle ni à la droite pour mettre en œuvre un véritable pacte écologique.
J’appelle tous les militants des collectifs unitaires de la gauche antilibérale à mettre la richesse de leur expérience et de leur diversité au service de la mobilisation unitaire. La réunion nationale des 20 et 21 janvier doit être l’occasion de poursuivre le combat pour une candidature de rassemblement, sur la base de la pétition, avec l’ensemble des sensibilités et des personnalités qui ont participé à cette démarche depuis le printemps 2006.
J’appelle tous les élus antilibéraux à manifester leur solidarité en offrant publiquement leur parrainage pour une candidature unitaire de la gauche antilibérale. Je pense plus particulièrement aux élus communistes, aux élus verts et aux élus « divers gauche » qui se sentent privés de cette perspective.
J’appelle Olivier Besancenot et Marie-George Buffet à construire ensemble une campagne unitaire sur les bases suivantes : programme antilibéral des 125 propositions, meetings communs reflétant toutes les sensibilités du rassemblement, partage équitable des temps de parole officiels. Je leur propose une rencontre dans les meilleurs délais pour examiner toutes les dispositions pratiques d’une telle campagne.
J’appelle tous les collectifs unitaires à se préparer à mener campagne pour l’élection présidentielle, mais aussi pour les élections législatives. Notre objectif doit être de présenter dans toutes les circonscriptions des candidats unitaires de la gauche antilibérale.
Chers amis, chers camarades,
Au vu de la poursuite de la mobilisation populaire et unitaire autour d’une candidature de l’alternative à gauche, je dirai, à la fin du mois de janvier, si je reste disponible pour l’incarner sur le bulletin de vote. Un formidable mouvement est en passe de ruiner les logiques de division qui ont prévalu jusqu’alors. Amplifions-le encore et nous gagnerons !
Fraternellement,
José
J’ai donné une interview au Journal du dimanche sur la gauche antilibérale. Dans la foulée, une dépêche de l’agence Reuters a inondé les rédactions avec un titre ahurissant : “ Clémentine Autain n’exclut pas un soutien à Ségolène Royal ”. Depuis samedi soir, me voici annoncée à la télé, à la radio ou dans Libération d’hier comme une nouvelle alliée de Ségolène Royal, prête à devenir ministre dans sa majorité ! Après m’être assurée que nous n’étions pas le 1er avril, je me suis inquiétée de la construction de l’information puisque les journalistes (ou apparentés) semblent, et particulièrement le week-end, se recopier les uns les autres sans davantage de réflexion ou de vérification. En réalité, j’ai juste réaffirmé dans cet entretien dominical que je voterai pour le ou la candidat-e de gauche présent au second tour de la présidentielle, pour battre la droite ou l’extrême droite. La dépêche insinue également que je serais prête à participer à un gouvernement dominé par le PS. Là encore, ma position n’a pourtant pas varié. Le PS n’a pas fait le choix de rompre avec les politiques économiques libérales menées depuis vingt-cinq ans dans ce pays. Or, les collectifs antilibéraux veulent s’affronter à la logique du profit et de la concurrence, et développer les services publics, les protections sociales, les droits attachés à la personne, les libertés. Si je ne confonds pas droite et gauche, je ne participerai pas à un gouvernement dominé par le PS, dans son orientation actuelle. Ce n’est pas une posture, celle qui consisterait à ne jamais se confronter aux responsabilités - je suis d’ailleurs élue à Paris, en charge de la jeunesse – et de se cantonner à une logique de pure contestation mais la conviction que participer à un gouvernement n’a de sens que si la ligne politique commune permet de transformer la société. La question est donc : ministre, pour faire quoi ? Si les bases politiques d’une alliance gouvernementale ne permettent pas de changer les conditions d’existence du plus grand nombre et de mener les ruptures nécessaires au partage des richesses, des pouvoirs, des savoirs et des temps, à quoi bon ? Je suis donc furax des raccourcis journalistiques. Et je pense que ce bug en dit long sur la vague médiatique en faveur du duel Sarkozy/Royal. C’est comme si nous étions décidément toutes et tous sommés de rejoindre Ségolène Royal, comme happés par son ascension ! A-t-on le droit de rester soi-même, fidèle à une orientation politique et de ne pas courir après ce qui, à un moment donné, apparaît comme le sens du vent ? Je reste convaincue que le rassemblement de toutes les forces antilibérales est le seul moyen de faire vivre une gauche de transformation sociale.
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