Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Sur l'agenda

logo-Ensemble-jan2014.png

Recherche

Mobilisation

14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 18:07
  

     Réfugiés dans le lit du Var, à cause de l’absence d’emplacement disponible, un groupe de roms est menacé par les crues de ce fleuve. Alors que le préfet, dans un premier temps, propose une installation provisoire, Estrosi et Ciotti, qui, depuis des années font concurrence au Front National, s’opposent à cette installation. Selon le maire de Nice qui cherche à dresser la population contre les étrangers, la présence des Roms est contradictoire avec la construction d'une cantine scolaire et la création d'une nouvelle voie de 40 m liée au projet Ikea. Quant au député Ciotti, il reprend la thématique raciste du risque d’invasion en fustigeant la circulaire du gouvernement, pourtant bien timide, qui retarderait l’expulsion en Roumanie et créerait un “appel d’air”. 

  

 C’est maintenant le préfet lui-même qui accélère l’exécution de la décision d’une justice visiblement sensible aux arguments d’Eric Ciotti. Il renforce ainsi la position de ces édiles de l’UMP pour lesquels tous les hommes ne se valent pas !


    Encore plus grave : il décide de renoncer à l'hébergement que, pourtant, la circulaire Valls préconise pour les familles insérés dans le tissu local et, comble du comble, il décerne des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), pour expulser vers la Roumanie des ressortissant-e-s européen-ne-s. C’est l’Europe forteresse qui s’impose, non seulement pour les migrant-e-s, mais aussi pour ses propres habitant-e-s.

    Les Alternatifs, totalement partie prenante des actions que mènent les diverses associations de la ville et du département pour empêcher que ces familles ne se retrouvent à la rue et soient expulsés, favorables à la libre circulation et installation des personnes, s’opposent vivement au traitement inhumain et dégradant que la France fait subir aux roms depuis plusieurs années Dans la vallée du Var, ce traitement est aggravé par les déclarations des principaux élus UMP, visant à faire des roms les boucs-émissaires du ressentiment populaire.


    Ne nous trompons ni de colère ni d’adversaire ! C’est contre les patrons voyous qui licencient français-e-s et immigré-e-s à tour de bras et contre les politiciens complices, particulièrement dans les Alpes-Maritimes, que, toutes et tous ensemble, nous devons lutter.

La coordination départementale des Alternatifs

Nice, le 13 mai 2013

Repost 0
Published by Rouges et Verts - dans Droits et libertés
commenter cet article
1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 12:11

 

El Watan, 1er Mars 2013

 

- Ennahda a émis contre vous un mandat d’amener pour «dénonciation calomnieuse». Quelle est votre version des faits ?

Au terme d’un intense débat, la Commission des droits et des libertés (chargée de l’écriture de la deuxième Constitution tunisienne, ndlr) a voté, à onze voix contre dix, un article, très respectable, sur la liberté d’expression et de création. Mais la Commission de reformulation, qui, comme son nom l’indique, est chargée d’améliorer la formulation des textes, est intervenue sur le fond, en ajoutant des restrictions préalables à ces libertés. Des restrictions relatives, par exemple, à la sécurité ou à la morale publique, transformant le texte que nous avions voté en article liberticide. J’ai alors dénoncé un abus de confiance. Le rapporteur de la Commission, dans sa plainte, a écrit que je remettais en question sa «moralité», ramenant tout à sa personne, alors que je parlais d’une situation et d’un problème d’ordre éthique et moral.
Vous n’êtes pas la seule à être poursuivie pour délit d’opinion. Le doyen de la faculté des lettres de l’université de la Manouba est aussi dans le collimateur des islamistes.
Oui ! Pour s’être opposé au port du niqab à l’université !

 

- Vous dénoncez les autorités de vouloir «museler l’intelligentsia tunisienne». Dans quel but ?

Parce que c’est elle qui défend le plus le projet démocratique et laïque. Le parti Ennahda est tiraillé entre un idéal démocratique et des fondements islamistes. Pour l’instant, ce sont eux qui l’emportent.

 

- Craignez-vous pour votre vie ?

J’ai reçu des menaces de mort sur facebook. Mais je n’ai pas peur.

 

- Qu’est-ce qui change entre le régime de Ben Ali et le pouvoir actuel ?

La liberté de parole. La révolution nous a libérés. Aujourd’hui, on peut manifester pour défendre nos droits. Les réseaux sociaux ont aussi changé les choses : il n’y a qu’à voir la vitesse à laquelle mon cas a été médiatisé. Mais il faut aussi parler de la tyrannie de la rue, de la foule instrumentalisée. Heureusement, la Tunisie peut compter sur un tissu d’ONG et sur une société civile très active.

 

- Aucun signe qui montre que le pouvoir s’attaque davantage aux mœurs...

Dans le discours, Ennahda accepte le jeu démocratique. Mais jusqu’à quel point ont-ils intégré les valeurs démocratiques ? On voit bien que leur seul projet, c’est la gestion des mœurs et la sexualité des femmes.

 

- Mais faut-il voir les islamistes comme un bloc ?

Non, bien sûr. Il y a une génération très attachée à la littérature islamiste, et une nouvelle génération à laquelle appartient par exemple Djebali, plus démocrate, qui se distingue par une forme de pragmatisme. Samir Dilou, le ministre des Droits de l’homme et de la Justice transitionnelle, est un démocrate convaincu. C’est la raison pour laquelle Ennahda et les partis islamistes pourraient ressembler à la droite conservatrice européenne. La preuve : en ce moment, le débat tourne autour du ministre de l’Intérieur : doit-il être indépendant ou pas ? Le débat est devenu politique, pas religieux.

 

- Mais cela pourrait aussi répondre à une tactique, comme celle du PJD au Maroc : les politiques affichent une certaine respectabilité en sachant que les militants se chargent de mettre la pression sur les questions religieuses au cœur même de la société...

Oui, c’est ce qui est en train de se passer : Ennahda se sécularise pendant que les salafistes prennent en charge l’islamisation de la société. On voit actuellement l’impunité dont bénéficient les salafistes. C’est la raison pour laquelle nous demandons l’application de la loi. Car quand la loi n’est pas respectée, l’idéologie religieuse finit toujours par l’emporter. Ceci dit, nous ne sommes pas dans un scénario iranien : plus personne n’ose défendre un modèle théocratique. Personne ne remet en cause la démocratie comme modèle politique.

Pétition en faveur de Raja Benslama pour la défense des libertés en Tunisie :

Les signataires de la présente pétition dénoncent les poursuites pour délit d’opinion engagées par le pouvoir islamiste en Tunisie contre Raja Benslama, psychanalyste et professeur à l’université de Tunis. Ils s’indignent qu’un mandat d’amener ait été lancé contre elle, le 21 février dernier, pour avoir critiqué un dirigeant du parti Ennahda à l’Assemblée constituante. Ils découvrent avec stupéfaction que le ministre de la Justice a autorisé ces poursuites sur la base d’une loi abrogée, après la révolution.

Ils constatent que les agressions et les persécutions contre les intellectuels (artistes, journalistes, universitaires, humoristes, etc.) s’amplifient de jour en jour. Le doyen de la faculté des lettres de la Manouba est traîné devant les tribunaux, depuis plus d’un an, sous des prétextes fallacieux.

Devant ces graves atteintes aux droits et aux libertés, ils exigent des autorités tunisiennes l’abandon de toutes les poursuites. Ils demandent aux dirigeants des Etats européens d’adopter une position ferme face au parti Ennahda et à son supposé «islamisme modéré».

 

Melanie Matarese

 

Source:http://www.elwatan.com/culture/raja-ben-slama-psychanalyste-professeur-a-l-universite-de-tunis-j-ai-recu-des-menaces-de-mort-mais-je-n-ai-pas-peur-01-03-2013-205103_113.php

 

Repost 0
Published by Rouges et Verts
commenter cet article
1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 11:23
Un mandat d'amener a été lancé, le 21 février, contre la psychanalyste Raja Benslama (professeure à l'université de Tunis), par un juge d'instruction au motif de « dénonciation calomnieuse ». La raison en est la reprise sur sa page Facebook de la dénonciation par des députés de l’Assemblée Constituante, de la falsification d'un procès verbal par le rapporteur général de la constitution, un membre du parti islamiste Ennahda.
 

Alors que des actes de violences graves, commis par des extrémistes quotidiennement, restent impunis, le pouvoir islamiste en Tunisie poursuit des artistes, des intellectuels et des journalistes, à la moindre occasion et sous des prétextes fallacieux. Après le doyen de la faculté des Lettres, Raja Benslama est visée aujourd'hui à cause de l’audience importante rencontrée par ses critiques du parti islamiste sur les réseaux sociaux. Notons que la loi en vertu de laquelle elle est poursuivie a été abrogée, après la révolution. 

Fethi Benslama


Vous pouvez signer la pétition en sa faveur en cliquant ci-dessous:
http://www.petitions24.net/petition_en_faveur_de_raja_benslama_et_pour_les_libertes_en_tunis

 

Tunis, le 25 février 2013

Après le mandat d’amener lancé contre la professeure Raja Ben Slama, l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires dénonce cette décision et exprime sa solidarité avec la professeure menacée d’arrestation

Un mandat d’amener a été lancée contre   l’universitaire Raja Ben Slama, professeur de littérature arabe à la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba, le 21 février 2013 et elle a été informée que des poursuites judiciaires avaient été engagées contre elle sur la base d’une loi abrogée après la Révolution,   pour un délit d’opinion en relation avec une critique adressée à un constituant du parti Ennnadha.

Face à cette décision grave qui porte atteinte à la liberté d’expression et qui vise à réduire au silence les voix libres, l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires exprime sa solidarité sans faille avec  Raja Ben Slama et  dénonce ce nouveau procès qui s’ajoute à la liste des poursuites judiciaires intentées contre plusieurs intellectuels et créateurs et particulièrement Habib Kazdaghli, doyen de la Faculté des lettres, des arts et des humanités de la Manouba.

Elle considère le recours à ce genre de poursuites comme une nouvelle tentative de la part des autorités  d’instrumentaliser   la justice et de l’impliquer dans des controverses intellectuelles, un soutien, une couverture aux campagnes savamment orchestrées menées par certaines parties pour porter atteinte à la liberté d’opinion et museler l’intelligentsia tunisienne et leur légitimation.

Elle appelle, pour toutes ces raisons, les autorités concernées à l’abandon  de toutes les poursuites à l’encontre de Raja Ben Slama, de tous les universitaires et les créateurs tunisiens.

  

Pour le bureau de l’Association tunisienne de défense des valeurs universitaires

Habib Mellakh

                            

Hier, un député de l'Assemblé Nationale Constituante (Mourad Amdoune), a confirmé en pleine séance l'information que Raja Benslama avait donnée sur sa page Facebook, selon laquelle le rapporteur de la Constituante avait falsifié le procès verbal de la Commission des Libertés sur un point important. Il a dénoncé les poursuites dont Raja fait l'objet pour avoir commenté cette falsification, devenue publique. Par ailleurs, Raja a comparu jeudi 28 février devant un juge, en présence de ses avocats.
Repost 0
Published by Rouges et Verts
commenter cet article
5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 16:07

 

Économiste franco-égyptien, Samir Amin est directeur du Forum du Tiers-Monde.
Le 23 janvier 2013.
L'intervention française au Mali a suscité dans les rangs des progressistes et des anti-impérialistes des positions parfois conradictoires. Ce texte émanant d'un militant anti-impérialiste et tiers-mondiste incontestable est une importante contribution au débat. Il replace l'intervention française dans le cadre de la géopolitique mondiale.
Je suis de ceux qui condamnent par principe toute intervention militaire des puissances occidentales dans les pays du Sud, ces interventions étant par nature soumises aux exigences du déploiement du contrôle de la Planète par le capital des monopoles dominant le système.
L’intervention française au Mali est-elle l’exception à la règle ? Oui et non. C’est la raison pour laquelle j’appelle à la soutenir, sans néanmoins penser le moins du monde qu’elle apportera la réponse qu’il faut à la dégradation continue des conditions politiques, sociales et économiques non seulement du Mali mais de l’ensemble des pays de la région, laquelle est elle-même le produit des politiques de déploiement du capitalisme des monopoles de la triade impérialiste (États-Unis, Europe, Japon), toujours en œuvre, comme elle est à l’origine de l’implantation de l’Islam politique dans la région.

 I.- L’Islam politique réactionnaire, ennemi des peuples concernés et allié majeur des stratégies de la triade impérialiste [1]

L’Islam politique – au-delà de la variété apparente de ses expressions – n’est pas un « mouvement de renaissance de la foi religieuse » (que celle-ci plaise ou non), mais une force politique archi-réactionnaire qui condamne les peuples qui sont les victimes éventuelles de l’exercice de son pouvoir, à la régression sur tous les plans, les rendant par là même incapables de répondre positivement aux défis auxquels ils sont confrontés. Ce pouvoir ne constitue pas un frein à la poursuite du processus de dégradation et de paupérisation en cours depuis trois décennies. Au contraire il en accentue le mouvement, dont il se nourrit lui-même.
Telle est la raison fondamentale pour laquelle les puissances de la triade – telles qu’elles sont et demeurent – y voient un allié stratégique. Le soutien systématique apporté par ces puissances à l’Islam politique réactionnaire a été et demeure l’une des raisons majeures des « succès » qu’il a enregistrés : les Talibans d’Afghanistan, le FIS en Algérie, les « Islamistes » en Somalie et au Soudan, ceux de Turquie, d’Egypte, de Tunisie et d’ailleurs ont tous bénéficié de ce soutien à un moment décisif pour leur saisie du pouvoir local. Aucune des composantes dites modérés de l’Islam politique ne s’est jamais dissociée véritablement des auteurs d’actes terroristes de leurs composantes dites « salafistes ». Ils ont tous bénéficié et continuent à bénéficier de « l’exil » dans les pays du Golfe, lorsque nécessaire. En Libye hier, en Syrie encore aujourd’hui ils continuent à être soutenus par ces mêmes puissances de la triade. En même temps les exactions et les crimes qu’ils commettent sont parfaitement intégrés dans le discours d’accompagnement de la stratégie fondée sur leur soutien : ils permettent de donner de la crédibilité à la thèse d’une « guerre des civilisations » qui facilite le ralliement « consensuel » des peuples de la triade au projet global du capital des monopoles. Les deux discours – la démocratie et la guerre au terrorisme – se complètent mutuellement dans cette stratégie.
Il faut une bonne dose de naïveté pour croire que l’Islam politique de certains – qualifié à ce titre de « modéré » – serait soluble dans la démocratie. Il y a certes partage des tâches entre ceux-ci et les « salafistes » qui les déborderaient dit-on avec une fausse naïveté par leurs excès fanatiques, criminels, voire terroristes. Mais leur projet est commun – une théocratie archaïque par définition aux antipodes de la démocratie même minimale.

 II.- Le Sahélistan, un projet au service de quels intérêts ?

De Gaulle avait caressé le projet d’un « Grand Sahara français ». Mais la ténacité du Front de libération national (FLN) algérien et la radicalisation du Mali de l’Union Soudanaise de Modibo Keita ont fait échouer le projet, définitivement à partir de 1962-1963. S’il y a peut être quelques nostalgiques du projet à Paris, je ne crois pas qu’ils soient en mesure de convaincre des politiciens dotés d’une intelligence normale de la possibilité de le ressusciter.
En fait le projet de Sahélistan n’est pas celui de la France – même si Sarkozy s’y était rallié. Il est celui de la nébuleuse constituée par l’Islam politique en question et bénéficie du regard éventuellement favorable des États-Unis et dans leur sillage de leurs lieutenants dans l’Union européenne (qui n’existe pas) – la Grande-Bretagne et l’Allemagne.
Le Sahélistan « islamique » permettrait la création d’un grand Etat couvrant une bonne partie du Sahara malien, mauritanien, nigérien et algérien doté de ressources minérales importantes : uranium, pétrole et gaz. Ces ressources ne seraient pas ouvertes principalement à la France, mais en premier lieu aux puissances dominantes de la triade. Ce « royaume », à l’image de ce qu’est l’Arabie Saoudite et les Emirats du Golfe, pourrait aisément « acheter » le soutien de sa population clairsemée, et ses émirs transformer en fortunes personnelles fabuleuses la fraction de la rente qui leur serait laissée. Le Golfe reste, pour les puissances de la triade, le modèle du meilleur allié/serviteur utile, en dépit du caractère farouchement archaïque et esclavagiste de sa gestion sociale – je dirai grâce à ce caractère. Les pouvoirs en place dans le Sahélistan s’abstiendraient de poursuivre des actions de terrorisme sur leur territoire, sans pour autant s’interdire de les soutenir éventuellement ailleurs.
La France, qui était parvenue à sauvegarder du projet du « Grand Sahara » le contrôle du Niger et de son uranium, n’occuperait plus qu’une place secondaire dans le Sahélistan [2].
Il revient à F. Hollande – et c’est tout à son honneur – de l’avoir compris et refusé. On ne devrait pas s’étonner de voir que l’intervention qu’il a décidé ait été immédiatement soutenue par Alger et quelques autres pays pourtant non classés par Paris comme des « amis ». Le pouvoir algérien a démontré sa parfaite lucidité : il sait que l’objectif du Sahélistan vise également le Sud algérien et pas seulement le Nord du Mali [3]. On ne devrait pas davantage s’étonner que les « alliés de la France » – les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, sans parler de l’Arabie Saoudite et du Qatar – sont en réalité hostiles à cette intervention, qu’ils n’ont accepté du bout des lèvres que parce qu’ils ont été mis devant le fait accompli – la décision de F. Hollande. Mais ils ne seraient pas mécontents de voire l’opération s’enliser et échouer. Cela redonnerait de la vigueur à la reprise du projet du Sahélistan.

 III.- Gagner la guerre du Sahara

Je suis donc de ceux qui souhaitent et espèrent que la guerre du Sahara sera gagnée, ces Islamistes éradiqués dans la région (Mali et Algérie en particulier), le Mali restauré dans ses frontières. Cette victoire est la condition nécessaire incontournable, mais est loin d’être la condition suffisante, pour une reconstruction ultérieure de l’Etat et de la société du Mali.
Cette guerre sera longue, coûteuse et pénible et son issue reste incertaine. La victoire exige que soient réunies certaines conditions. Il faudrait en effet non seulement que les forces armées françaises n’abandonnent pas le terrain avant la victoire, mais encore qu’une armée malienne digne de ce nom soit reconstituée rapidement. Car il faut savoir que l’intervention militaire des autres pays africains ne pourra pas constituer l’élément décisif de la victoire.
La reconstruction de l’armée malienne relève du tout à fait faisable. Le Mali de Modibo était parvenu à construire une force armée compétente et dévouée à la nation, suffisante pour dissuader les agresseurs comme le sont les Islamistes d’AQMI aujourd’hui. Cette force armée a été systématiquement détruite par la dictature de Moussa Traoré et n’a pas été reconstruite par ses successeurs. Mais le peuple malien ayant pleine conscience que son pays a le devoir d’être armé, la reconstruction de son armée bénéficie d’un terrain favorable. L’obstacle est financier : recruter des milliers de soldats et les équiper n’est pas à la portée des moyens actuels du pays, et ni les Etats africains, ni l’ONU ne consentiront à pallier cette misère. La France doit comprendre que le seul moyen qui permettra la victoire l’oblige à le faire. L’enlisement et la défaite ne seraient pas seulement une catastrophe pour les peuples africains, elles seraient tout autant pour la France. La victoire constituerait un moyen important de restauration de la place de la France dans le concert des nations, au-delà même de l’Europe.
Il n’y a pas grand chose à attendre des pays de la CEDEAO. Les gardes prétoriennes de la plupart de ces pays n’ont d’armée que le nom. Certes le Nigeria dispose de forces nombreuses et équipées, malheureusement peu disciplinées pour le moins qu’on puisse dire ; et beaucoup de ses officiers supérieurs ne poursuivent pas d’autre objectif que le pillage des régions où elles interviennent. Le Sénégal dispose également d’une force militaire compétente et de surcroît disciplinée, mais petite, à l’échelle du pays. Plus loin en Afrique, l’Angola et l’Afrique du Sud pourraient apporter des appuis efficaces ; mais leur éloignement géographique, et peut être d’autres considérations, font courir le risque qu’ils n’en voient pas l’intérêt.
Un engagement de la France ferme, déterminé et pour toute la durée nécessaire implique que la diplomatie de Paris comprenne qu’il lui faut prendre des distances à l’égard de ses co-équipiers de l’OTAN et de l’Europe. Cette partie est loin d’être gagnée et rien n’indique pour le moment que le gouvernement de F. Hollande soit capable de l’oser.

 IV.- Gagner la bataille diplomatique

Le conflit visible entre les objectifs honorables de l’intervention française au Mali et la poursuite de la ligne diplomatique actuelle de Paris deviendra rapidement intolérable. La France ne peut pas combattre les « Islamistes » à Tombouctou et les soutenir à Alep !
La diplomatie française, accrochée à l’OTAN et à l’Union européenne, partage la responsabilité de ses alliés dans les succès de l’Islam politique réactionnaire. Elle en a fournit la preuve éclatante dans l’aventure libyenne dont le seul résultat a été (et cela était prévisible et certainement voulu, au moins par Washington) non pas de libérer le peuple libyen de Kadhafi (un pitre plus qu’un dictateur) mais de détruire la Libye, devenue terre d’opération de seigneurs de guerre, directement à l’origine du renforcement d’AQMI au Mali.
Car l’hydre de l’Islam politique réactionnaire recrute autant dans les milieux du grand banditisme que chez les fous de Dieu. Au-delà du « djihad », leurs émirs – qui s’autoproclament les défenseurs intransigeants de la foi – s’enrichissent du trafic de la drogue (les Talibans, l’AQMI), des armes (les seigneurs de guerre libyens), de la prostitution (les Kosovars).
Or la diplomatie française jusqu’à ce jour soutient les mêmes, en Syrie par exemple. Les médias français donnent crédit aux communiqués du prétendu Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, une officine connue pour être celle des Frères Musulmans, fondée par Ryad El Maleh, soutenue par la CIA et les services britanniques. Autant faire crédit aux communiqués d’Ansar Eddine ! La France tolère que la soit disant « Coalition Nationale des Forces de l’Opposition et de la Révolution » soit présidée par le Cheikh Ahmad El Khatib choisi par Washington, Frère Musulman et auteur de l’incendie du quartier de Douma à Damas.
Je serais surpris (mais la surprise serait agréable) que F. Hollande ose renverser la table, comme De Gaulle l’avait fait (sortir de l’OTAN, pratiquer en Europe la politique de la chaise vide). On ne lui demande pas d’en faire autant, mais seulement d’infléchir ses relations diplomatiques dans le sens exigé par la poursuite de l’action au Mali, de comprendre que la France compte plus d’adversaires dans le camp de ses « alliés » que dans celui de ses « ennemis » ! Cela ne serait pas la première fois qu’il en serait ainsi lorsque deux camps s’affrontent sur le terrain diplomatique.

 V.- Reconstruire le Mali

La reconstruction du Mali ne peut être que l’œuvre des Maliens. Encore serait-il souhaitable qu’on les y aide plutôt que d’ériger des barrières qui rendent impossible cette reconstruction.
Les ambitions « coloniales » françaises – faire du Mali un État client à l’image de quelques autres dans la région – ne sont peut être pas absentes chez certains des responsables de la politique malienne de Paris. La Françafrique a toujours ses porte-parole. Mais elles ne constituent pas un danger réel, encore moins majeur. Un Mali reconstruit saura aussi affirmer – ou réaffirmer – rapidement son indépendance. Par contre un Mali saccagé par l’Islam politique réactionnaire serait incapable avant longtemps de conquérir une place honorable sur l’échiquier régional et mondial. Comme la Somalie il risquerait d’être effacé de la liste des Etats souverains dignes de ce nom.
Le Mali avait, à l’époque de Modibo, fait des avancées en direction du progrès économique et social comme de son affirmation indépendante et de l’unité de ses composantes ethniques.
L’Union Soudanaise était parvenue à unifier dans une même nation les Bambara du Sud, les pêcheurs bozo, les paysans songhaï et les Bella de la vallée du Niger de Mopti à Ansongo (on oublie aujourd’hui que la majorité des habitants du Nord Mali n’est pas constituée par les Touaregs), et même fait accepter aux Touaregs l’affranchissement de leurs serfs Bella. Il reste que faute de moyens – et de volonté après la chute de Modibo – les gouvernements de Bamako ont par la suite sacrifié les projets de développement du Nord. Certaines revendications des Touaregs sont de ce fait parfaitement légitimes. Alger qui préconise de distinguer dans la rébellion les Touaregs (désormais marginalisés), avec lesquels il faut discuter, des Djihadistes venus d’ailleurs – souvent parfaitement racistes à l’égard des « Noirs » –, fait preuve de lucidité à cet endroit.
Les limites des réalisations du Mali de Modibo, mais aussi l’hostilité des puissances occidentales (et de la France en particulier), sont à l’origine de la dérive du projet et finalement du succès de l’odieux coup d’état de Moussa Traoré (soutenu jusqu’au bout par Paris) dont la dictature porte la responsabilité de la décomposition de la société malienne, de sa paupérisation et de son impuissance. Le puissant mouvement de révolte du peuple malien parvenu, au prix de dizaines de milliers de victimes, à renverser la dictature, avait nourri de grands espoirs de renaissance du pays. Ces espoirs ont été déçus. Pourquoi ?
Le peuple malien bénéficie depuis la chute de Moussa Traoré de libertés démocratiques sans pareilles. Néanmoins cela ne semble avoir servi à rien : des centaines de partis fantômes sans programme, des parlementaires élus impotents, la corruption généralisée. Des analystes dont l’esprit n’est toujours pas libéré des préjugés racistes s’empressent de conclure que ce peuple (comme les Africains en général) n’est pas mûr pour la démocratie ! On feint d’ignorer que la victoire des luttes du peuple malien a coïncidé avec l’offensive « néolibérale » qui a imposé à ce pays fragilisé à l’extrême un modèle de lumpen-développement préconisé par la Banque mondiale et soutenu par l’Europe et la France, générateur de régression sociale et économique et de paupérisation sans limites.
Ce sont ces politiques qui portent la responsabilité majeure de l’échec de la démocratie, décrédibilisée. Cette involution a créé ici comme ailleurs un terrain favorable à la montée de l’influence de l’Islam politique réactionnaire (financé par le Golfe) non seulement dans le Nord capturé par la suite par l’AQMI mais également à Bamako.
La décrépitude de l’Etat malien qui en a résulté est à l’origine de la crise qui a conduit à la destitution du Président Amani Toumani Touré (réfugié depuis au Sénégal), au coup d’État irréfléchi de Sanogho puis à la mise sous tutelle du Mali par la « nomination » d’un Président « provisoire » – dit de transition – par la CEDEAO, dont la présidence est exercée par le Président ivoirien A. Ouattara qui n’a jamais été qu’un fonctionnaire du FMI et du Ministère français de la coopération.
C’est ce Président, dont la légitimité est aux yeux des Maliens proche de zéro, qui a fait appel à l’intervention française. Ce fait affaiblit considérablement la force de l’argument de Paris bien que diplomatiquement impeccable : que Paris a répondu à l’appel du Chef d’Etat « légitime » d’un pays ami. Mais alors en quoi l’appel du chef de l’Etat Syrien – incontestablement non moins légitime – au soutien de l’Iran et de la Russie est-elle « inacceptable » ? Il appartient à Paris de corriger le tir et de revoir son langage.
Mais surtout la reconstruction du Mali passe désormais par le rejet pur et simple des « solutions » libérales qui sont à l’origine de tous ses problèmes. Or sur ce point fondamental les concepts de Paris demeurent ceux qui ont cours à Washington, Londres et Berlin. Les concepts « d’aide au développement » de Paris ne sortent pas des litanies libérales dominantes [4]. Rien d’autre. La France, même si elle gagnait la bataille du Sahara – ce que je souhaite – reste mal placée pour contribuer à la reconstruction du Mali. L’échec, certain, permettrait alors aux faux amis de la France de prendre leur revanche.

Visitez les sites du Forum du Tiers Monde :


NOTES

Dans le souci de conserver à cet article sa brièveté et sa centralité sur la seule question malienne j’ai écarté des développements sur les questions majeures adjacentes, réduits à des indications en notes de bas de pages, évitant ainsi de longues digressions.

L’article ne traite pas de l’agression d’In Amenas. Les Algériens savaient que s’ils ont gagné la guerre majeure contre le projet d’Etat dit islamiste du FIS (soutenu à l’époque par les puissances occidentales au nom de la « démocratie » !) le combat contre l’hydre reste permanent, à mener sur deux terrains : la sécurité, la poursuite du progrès social qui est le seul moyen de tarir le terrain de recrutement des mouvements dits islamistes. Sans doute l’assassinat d’otages américains et britanniques contraint-il Washington et Londres à mieux comprendre qu’Alger a opéré comme il le fallait : aucune négociation n’est possible avec des tueurs. Je ne crois malheureusement pas qu’à plus long terme cette « bavure » des terroristes infléchisse le soutien des États-Unis et de la Grande-Bretagne à ce qu’ils continuent de qualifier d’Islam politique « modéré » !

Texte de Samir Amin diffusé par le M’PEP avec l’autorisation de l’auteur.
Repost 0
Published by Rouges et Verts - dans International
commenter cet article
29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 15:09

 

"Les mutuelles ont des frais de gestion trop élevés", "elles cachent leurs comptes", "elles dépensent des fortunes en publicité" ou "disposent de réserves considérables" : les frais de gestion des mutuelles font l'objet de nombreuses critiques approximatives et souvent mensongères. Retour sur les principales idées reçues.


Les mutuelles ne devraient pas avoir de frais de gestion
Faux. Pour fonctionner, toute entreprise doit consacrer un minimum de ressources à sa gestion. Mais les mutuelles étant des organismes à but non lucratif, leurs frais de gestion servent à protéger les adhérents et non à rémunérer des capitaux. Ces frais de gestion incluent aussi la délivrance de services tels que la gestion du tiers payant, les démarches contractuelles avec les professionnels de santé, l'animation de la vie démocratique, la prévention, l'éducation à la santé et l'action sociale, qui constituent la vocation même des mutuelles.


Les frais de gestion des mutuelles sont très élevés
Faux. Les frais de gestion des mutuelles représentent 16% des 20 milliards de cotisations qu'elles perçoivent de leurs adhérents. Pour se faire une idée des proportions, le secteur caritatif affiche des frais de gestion à un niveau comparable à celui des mutuelles : 17% en moyenne (frais de collecte et de fonctionnement, source : www.capital.fr).


Les frais de gestion de l'assurance maladie sont beaucoup moins élevés que ceux des mutuelles
Vrai. Les frais de gestion de l'assurance maladie obligatoire (4%) sont bien moindres que ceux des mutuelles. Mais cette comparaison n'a pas de sens. Contrairement aux mutuelles, les caisses primaires n’ont pas à leur charge la perception des cotisations, ce sont les Urssaf et l'Etat qui le font. La Sécu n'a pas non plus à "aller chercher" ses bénéficiaires puisqu'elle n'a pas de concurrent. Ces 4% ne comprennent pas les services de prévention ou d'action sociale. Autre différence : l'assurance maladie n'est pas, comme les mutuelles, taxée à hauteur de 13,27%, dont 6,2% consacrés à financer la CMU complémentaire.
Enfin, les mutuelles ont l’obligation d’être en équilibre financier et de constituer des réserves pour faire face à leurs engagements envers les adhérents. Ce n’est pas le cas de l’assurance maladie, si on se souvient que le fameux "trou de la Sécu" fait régulièrement la "une" des journaux !


Les mutuelles dépensent des fortunes en publicité
Faux. Les dépenses de marketing et de communication - appelées "frais d'acquisition" - représentent 5% des charges qui pèsent sur les mutuelles. C'est bien moins que les frais d'acquisition des assurances commerciales qui représentent 12% de leurs charges (source : rapport 2011 de la Drees sur la situation financière des complémentaires santé).


Les services inclus dans les frais de gestion ne servent à rien

Faux. Ces services ont des impacts directs et souvent immédiats pour les adhérents. Le tiers payant facilite l'accès aux soins des bénéficiaires en supprimant l'obstacle financier que constitue l'avance des sommes à payer. Mais la liquidation des prestations et la gestion du tiers payant ont un coût : ils représentent 4% des charges des mutuelles.
Les démarches contractuelles avec les professionnels de santé et la mise en place des réseaux de soins assurent, quant à elles, la qualité des soins délivrés et limitent le reste à charge. Les actions de prévention et d'éducation à la santé améliorent l'état de santé et retardent la survenance ou l'aggravation des maladies. L'action sociale met en œuvre des solidarités qui permettent aux adhérents de continuer à se soigner et à conserver leur mutuelle en cas de coup dur financier. Enfin, les revues mutualistes sont un important vecteur d'information santé.


Les mutuelles ont d'importantes réserves
Vrai. Tout organisme qui pratique des activités d'assurance – et les mutuelles en font partie au regard du droit européen – doit anticiper tous les risques, courants ou exceptionnels, liés à son activité : c’est ce qu’on appelle la "marge de solvabilité". En conséquence, il a l’obligation de provisionner des sommes lui permettant de couvrir tous ces risques.
Concrètement, les réserves des mutuelles sont en moyenne de 350 euros par personne protégée, soit l'équivalent de 7 mois de cotisation moyenne.
Dans son rapport de 2011, l’Autorité de contrôle prudentiel a mis en évidence que le niveau de réserves des mutuelles était conforme à ses recommandations. Mais elle souligne aussi que ce niveau est le plus faible des organismes complémentaires d’assurance maladie. En effet, il est de 421% pour les sociétés d'assurance, de 434% pour les institutions de prévoyance, et, seulement, de 336% pour les mutuelles. On ne peut donc pas accuser les mutuelles de faire des réserves excessives : elles sont prudentes, conformément à leurs obligations.


Les mutuelles investissent les sommes qu'elles ont en réserve
Vrai. Les mutuelles sont des organismes non lucratifs. Elles ne distribuent aucun dividende à quiconque. Leurs résultats, quand ils sont positifs, sont reportés dans les réserves pour renforcer leur solidité financière. C'est d'ailleurs la principale source de renforcement de leurs fonds propres.
Bien sûr, les cotisations des adhérents sont placées et ne dorment pas à la banque ! La réglementation impose cependant que les réserves des mutuelles, tout comme leurs provisions, soient investies de manière sûre. Elles sont donc investies de façon diversifiée et sécurisée : les trois quarts des actifs des mutuelles sont constitués de placement obligatoires de bonne qualité – titres en détention directe ou OPCVM (organisme de placement collectif en valeurs immobilières). Ces différents principes ont notamment permis aux mutuelles de ne pas être otages des effets de la crise financière.


Les mutuelles cachent leurs frais de gestion
Faux. Chaque mutuelle publie annuellement ses comptes dans lesquels figurent les frais de gestion. Ces dépenses sont notamment présentées lors de leur assemblée générale annuelle. Par ailleurs, chaque adhérent a accès aux comptes de sa mutuelle, par exemple via son site Internet ou sa revue mutualiste.


Les mutuelles ont obtenu un report de la publication de leurs frais de gestion
Vrai. Un arrêté prévoit que la publication harmonisée des frais de gestion des mutuelles soit obligatoire pour tout organisme complémentaire. Initialement, cette publication était prévue pour le 1er janvier 2013. Mais cette mesure, qui entraîne des changements importants dans les outils de gestion des complémentaires, ne sera mise en application qu'à partir du 1er janvier 2014. Ce report doit permettre aux organismes complémentaires d'adapter et d'harmoniser la présentation de leurs comptes en fonction des nouvelles règles définies par les pouvoirs publics.

 

Source: http://www.mutualite.fr/L-actualite/Assurance-maladie/Frais-de-gestion-des-mutuelles-Vrai-Faux/%28language%29/fre-FR


Repost 0
Published by Rouges et Verts - dans Santé
commenter cet article
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 16:49

Régularisation

 

PETIT PAPA MANUEL
C'est la belle nuit de Noël,
La neige étend son manteau blanc,
Et les yeux levés vers le ciel,
à quoi pensent certains enfants ?
Avant de fermer les paupières,
ont une dernière prière.
Petit papa Manuel
Quand tu m’enverras au ciel
Avec tes amis policiers
N’oublie pas, j’allais au lycée
Mais avant de partir
Je voudrai quand même te dire
En France, je me sentais chez moi
C’est un peu à cause de tes droits
Il me tarde tant que ton peuple se lève
Pour crier qu’il faut me laisser…
Vivre ici un peu plus longtemps mes rêves
Et me donner des papiers
Petit papa Manuel
Si tu regardes bien le ciel
Les étoiles y brillent par millier
Comme moi dans mon petit lycée
Je voulais aussi te dire toute ma peine
Et combien de fois j’ai tremblé
En imaginant cette triste scène
Celle de mon père arrêté
Petit papa Manuel
Quand tu envoleras au ciel
Mon petit papa adoré
N’oublie pas qu’il va me manquer
La circulaire est arrivée
Et moi je reste dépité
J’avais vaguement imaginé
Pouvoir rester et m’intégrer
Alors je prépare mon bachot
En attendant des jours plus beaux
Petit papa Manuel
Si tu regardes bien le ciel
Les étoiles y brillent par millier
Tant de mondes que j’aimerais explorer
Toi aussi un jour tu as eu mon âge
Et la France elle t’a adopté
As-tu oublié tous ces bons visages
Qui-t'ont laissé t’installer
Petit papa Manuel
Regarde bien dans ce ciel
La valse des petits papiers

N’oublie pas mon petit soulier

Repost 0
Published by Rouges et Verts - dans Droits et libertés
commenter cet article
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 16:05

 

En finir avec la compétitivité

 

Nous reproduisons ici la synthèse du rapport  de la Fondation Copernic. La totalité du rapport est disponible en PDF sur le site de la Fondation Copernic et accessible par le lien suivant:

 

pdf.png

Version complète

 

Le thème de la compétitivité est un marronnier des débats de politique économique. c’est une obsession tenace malgré la difficulté à en proposer une définition claire et admise par tous, sinon sous une forme tellement vague qu’elle se prête à toutes les interprétations : « la définition généralement retenue de la compétitivité d’une nation est la capacité à améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants et à leur procurer un haut niveau d’emploi et de cohésion sociale », nous dit le cae1. les auteurs ne cachent pas « les réserves méthodologiques que le concept suscite»2 et ils rapportent même le propos de Paul Krugman « contre la “dangereuse obsession” de compétitivité de l’administration Clinton et de l’Union européenne » car « la compétitivité est un mot vide de sens lorsqu’il est appliqué aux économies nationales »3. vide de sens, mais symbolisant très bien les stratégies patronales de pousser encore plus avant la libéralisation de l’économie et du « marché » du travail en particulier, malgré « l’inscription de la cohésion sociale dans les politiques de compétitivité »4 affirmée par la Stratégie de Lisbonne. concernant la France, la rengaine est connue : notre pays souffrirait d’un déficit de compétitivité dû à un coût du travail trop élevé. les pertes de part de marché et la comparaison avec l’Allemagne sont évoquées pour justifier ce diagnostic, le patronat prônant un « choc de compétitivité » basé sur un allégement massif des cotisations sociales transférées sur les ménages par le biais d’une augmentation de la CSG et/ou de la tva. Le Journal du Dimanche, dans son édition du 28 octobre, titrait à sa une : « l’ultimatum des grands patrons ». Dans ce journal, le lobby du haut patronat, regroupé dans l’association française des entreprises privées (afep), fait valoir haut et fort ces exigences : une baisse massive des dépenses publiques et du coût du travail.

 

Les vraies raisons de la fragilité de l’industrie française

certes, les aspects compétitivité hors-prix, c’est-à-dire liés à la qualité des produits, leur degré d’innovation technologique, l’adaptation à la demande… ne sont pas totalement ignorés. il serait difficile en effet de ne pas voir, si on en reste à la comparaison avec l’allemagne, le niveau insuffisant de la r&D en france : 2,1 % du piB contre 2,8 %. ce différentiel est également très marqué si l’on considère les dépenses en r&D du secteur privé : 15 milliards d’euros de ce côté-ci du rhin, contre 31 milliards de l’autre en 2008. De même, tout le monde s’accorde pour pointer le problème des rapports entre les grands groupes industriels et leurs sous-traitants. l’externalisation des activités des grandes firmes a uniquement pour objectif de faire baisser les coûts en les reportant sur les PME sous-traitantes, multipliant ainsi les pratiques abusives. la dépendance par rapport aux grands groupes, qui peuvent les abandonner pour accroître leur rentabilité, explique en partie la difficulté des pmeà avoir accès au crédit bancaire. Sur ces points aussi, la différence avec l’Allemagne est patente. enfin, la sensibilité des exportations françaises au taux de change de l’euro est largement connue. entre janvier 2002 et avril 2008, l’euro s’est réévalué de 78 % par rapport au dollar. conséquence, depuis 2002 cette hausse aurait freiné les exportations françaises à la hauteur de 0,3 point en moyenne par trimestre. le contraste est manifeste avec l’Allemagne qui, se situant sur des créneaux haut de gamme, est moins sensible aux variations de prix. ces faiblesses de l’industrie française, si elles ne sont pas ignorées, sont de, fait, laissées de côté par la plupart des commentateurs. les résultats du commerce extérieur sont mobilisés pour dramatiser la situation sans que jamais la validité des chiffres ne soit elle-même interrogée. ainsi, la stratégie des firmes dans la mondialisation n’est que très rare ment évoquée. le redéploiement des processus productifs a pour conséquence une différence croissante, et variable selon les pays, entre la compétitivité d’un espace national et celle des firmes « nationales ». Dans le cas des firmes allemandes, la sous-traitance internationale est utilisée systématiquement, mais la phase finale d’assemblage se fait en Allemagne. Une part importante des exportations allemandes correspond donc, en fait, à du simple réexport pour une bonne partie du produit fini. A contrario par exemple, les importations vers la France des « Logan » produites dans les usines Renault de Roumanie sont comptées comme exportations roumaines. la contribution à la performance du pays peut se dégrader à partir du moment où les firmes réalisent une partie croissante de leur chiffre d’affaires à l’étranger. c’est le cas des grands groupes français, dont le chiffre d’affaires réalisé en france augmente très lentement, toute la croissance se faisant en Europe et dans le reste du monde. ce phénomène de croissance sur le marché mondial peut se combiner avec l’utilisation des prix de transfert entre sociétés membres d’un même groupe, de manière à localiser le bénéfice final dans un pays à fiscalité avantageuse, voire dans un paradis fiscal. rappelons que le commerce entre filiales d’un même groupe représente environ un tiers des échanges de la France. les statistiques des exportations nationales s’en trouvent donc largement biaisées. ainsi, plus de la moitié du déficit commercial de la France vis-à-vis de l’Allemagne (10 milliards d’euros) serait due à une manipulation des prix de transferts.

 

Le coût du travail, bouc émissaire

le débat public se concentre sur le coût du travail sur la base de données souvent discutables. en effet, les données de référence d’Eurostat posent problème tant sur la comptabilisation des heures de travail qui sous-estime la durée du travail en France, que sur le calcul de la masse salariale qui surestime le poids, en France, de la formation professionnelle dans le coût du travail. De plus, ce débat est en général biaisé. D’une part, il ne prend que rarement en compte la productivité du travail, c’est-à-dire le coût salarial unitaire. or les écarts de productivité entre pays sont plus grands que les écarts de coût horaire. D’autre part, il mêle allégrement coût du travail dans l’industrie et dans les services marchands. or la productivité augmente plus faiblement dans les services que dans l’industrie. le coût salarial unitaire baisse en moyenne dans la zone euro sauf pour le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, l’Espagne et la Grèce. en France, il baisse de 0,5 % par an de 1996 à 2008, en Allemagne de 0,7 %. Globalement, on constate une tendance à la convergence des coûts salariaux unitaires dans la zone euro, avec une baisse dans l’industrie et une hausse dans les services. ces constats, combinés au caractère biaisé de certaines données statistiques, démentent l’affirmation selon laquelle il y a eu en France une dérive du coût du travail qui plomberait la compétitivité des entreprises.

 

Le coût du capital passé sous silence

Mais surtout, on met toujours en avant le coût du travail alors que le coût du capital n’est quasiment jamais évoqué. pourtant, les revenus nets distribués représentent aujourd’hui 9 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières, niveau historique record depuis la Seconde Guerre mondiale, contre 5,6% en 1999. la part dévolue aux actionnaires a donc crû dans des proportions considérables ces douze dernières années. autrement dit, la complainte patronale faisant de la baisse du taux de marge la raison profonde des faibles investissements et du moindre effort en matière de recherche et développement, passe sous silence le fait que, crise ou pas crise, la part de plus en plus lourde que les entreprises choisissent de distribuer aux propriétaires du capital affaiblit leur capacité à faire face à tous les aspects de la compétitivité. Dans cette situation, l’exigence patronale d’un transfert massif des cotisations sociales vers les ménages (en grande majorité salariés) apparaît pour ce qu’elle est : le refus de toucher aux dividendes versés aux actionnaires. cette demande est d’autant moins fondée que le bilan des exonérations actuelles de cotisations sociales est pour le moins problématique. voici ce qu’en dit la cour des comptes en 2009 : « la cour avait relevé que les nombreux dispositifs d’allègement des charges sociales étaient insuffisamment évalués en dépit de la charge financière croissante qu’ils représentaient pour les finances publiques (27,8 milliards d’euros en 2007, soit 1,5 % du piB). S’agissant des allègements généraux sur les bas salaires, leur efficacité sur l’emploi était trop incertaine pour ne pas amener à reconsidérer leur ampleur, voire leur pérennité. » pourtant, c’est une nouvelle baisse de cotisations sociales que préconise le rapport Gallois. l’argument de l’emploi est laissé de côté au profit de celui de la compétitivité. les 30 milliards d’allégements qu’il prône se décomposeraient en 20 milliards d’allègements de cotisations patronales et, plus inédit, 10 milliards d’allègements de cotisations salariales. Dans le cas d’une baisse des cotisations employeurs, il y a gain pour les employeurs, neutralité pour les salariés en termes de salaire direct et baisse de pouvoir d’achat des ménages, s’il y a compensation par la fiscalité et si celle-ci prend la forme d’une augmentation de la CSG et/ou de la tva. Dans le cas d’une baisse des cotisations salariales, il y a, en instantané, neutralité pour les employeurs et gain de salaire direct pour les salariés, ce gain pouvant toutefois être plus ou moins annulé par une augmentation correspondante de la fiscalité. au total, il s’agit bien de faire payer aux salariés et aux ménages une prétendue déficience de compétitivité, le niveau des profits, surtout celui des profits distribués, restant bien sûr incontesté.

 

La compétitivité au détriment du travail est une voie non coopérative sans issue

La baisse du coût du travail ne prend pas comme seule forme celle des allégements de cotisations sociales. S’y combine un accroissement de la flexibilité du travail. la déréglementation brutale du marché du travail est un élément essentiel des politiques de compétitivité. assouplissement des conditions de licenciements, modulation de la durée du travail, temps partiel imposé touchant essentiellement les femmes, remise en cause de la durée légale du travail…, la liste est longue des mesures visant à remettre en cause la norme du contrat de travail à durée indéterminée. on assiste partout en Europe à une attaque sans précédent des droits des salariés. il s’agit en théorie avec ces politiques de favoriser les exportations. comprimer les coûts pour gagner des parts de marché à l’export, tel est l’impératif catégorique que l’on veut nous imposer. mais cette logique est prise dans des contradictions dont elle ne peut sortir. en effet, l’essentiel des relations commerciales des pays de l’Union européenne a lieu à l’intérieur de l’Union. les clients des uns sont les fournisseurs des autres et les déficits des uns font les excédents commerciaux des autres. vouloir, dans cette situation, que tous les pays copient le modèle allemand et se transforment en exportateurs est impossible. la contraction de la demande interne dans tous les pays, produite par la réduction des coûts salariaux et les coupes dans les dépenses publiques, pèse sur le commerce extérieur de tous. où exporter lorsque tous les pays réduisent leur demande ? la baisse de la demande interne ne peut qu’entraîner une réduction des exportations et aboutir à une récession généralisée. c’est la situation actuelle en Europe qui voit même l’Allemagne aujourd’hui touchée par la contraction économique.

 

Vers un autre modèle de développement

La compétitivité est donc une voie sans issue, économiquement absurde et socialement destructrice. c’est un autre modèle de développement qu’il faut aujourd’hui promouvoir tant pour des raisons écologiques que pour des raisons sociales. il faut en finir avec la logique même de la compétitivité qui, basée sur la concurrence de tous contre tous, aboutit à un état de guerre économique permanent qui appauvrit les populations et détruit les équilibres écologiques. ce nouveau modèle de développement doit être fondé sur les principes de la coopération, de la rupture avec un consumérisme destructeur, de la réponse aux besoins sociaux, de la réduction des inégalités et de l’ouverture d’une transition écologique. cette dernière suppose notamment une véritable révolution énergétique aux antipodes de la fuite en avant dans le nucléaire, dans les combustibles non conventionnels tels que les gaz de schiste, comme le préconise, de fait, le rapport Gallois, ou dans des projets d’infrastructures inutiles et destructrices et de surcroît rejetées par les populations5. c’est dire que le débat sur la compétitivité ne peut se réduire à une discussion étriquée sur des recettes, inefficaces au demeurant, pour soi-disant relancer la croissance, mais doit poser la question de la société dans laquelle nous voulons vivre.

1. conseil d’analyse économique (cae), « compétitivité », rapport de Michèle Debonneuil et Lionel Fontagné, 2003, paris, la Documentation française, p. 8, http://www.ladocumentationfrancaise. fr/var/storage/rapports-publics/034000199/0000.pdf.

2. Ibid., p. 11.

3. Ibid., p. 7.

4. Ibid., p. 11. 4 en finir avec la compétitivité

5. l’exemple actuel étant celui du nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Repost 0
Published by Rouges et Verts - dans Economie
commenter cet article
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 14:09

Comment évoluent les très hauts revenus en France


Observatoire des Inégalités, le 18 décembre 2012

JPEGLes 0,01 % les plus riches ont gagné 100 000 euros de revenus annuels supplémentaires entre 2004 et 2009. Un gain équivalent à huit années de Smic...



L’évolution des hauts revenus est mal connue. Pour l’Instant, l’Insee ne diffuse de données que pour l’intervalle 2004-2009. On en sait un peu plus grâce aux travaux des économistes Thomas Piketty et Camille Landais, mais beaucoup reste à faire dans la connaissance du haut de la distribution.

Evolution à court terme et moyen terme

- L’évolution des niveaux de vie

Entre 2004 et 2009, les 0,01 % les plus riches ont vu leur revenu annuel (salaires et revenus du patrimoine compris) s’accroître de 18 %, soit de 100 000 euros (données avant impôts), passant de 552 400 à 651 300 euros : une augmentation équivalente à plus de huit années de Smic... Et encore, il s’agit de la frontière (revenu minimum) des 0,01 % et non du revenu moyen de cette tranche, encore bien supérieur... A noter tout de même qu’il s’agit de données avant imposition.

Les 1 % les plus riches ont engrangé beaucoup moins, mais leurs 6 200 euros (+8 %), représentent tout de même la valeur du travail de plus de six mois d’un smicard. En même temps, la moitié de la population a obtenu 1 200 euros supplémentaires au cours de ces quatre années (+7 %).

La part des revenus déclarés par les plus aisés est passée, entre 2004 et 2009, de 1,7 % à 1,9 % pour les 0,1 % les plus riches, de 4,8 % à 4,9 % pour les 0,9 % suivants alors qu’elle a stagné pour le reste de la population (72,6 % en 2009 contre 72,8 % en 2004).

Depuis 2008, la crise financière a fait lourdement chuter les revenus du patrimoine, il est fort probable que l’évolution des hauts revenus soit, même si elle reste bien supérieure au commun des mortels, moins avantageuse. Mais on ne peut encore en dresser le bilan.

Hausse des revenus entre 2004 et 2009
Evolution des revenus annuels déclarés par personne

2004 (en euros)
2009 (en euros)
Hausse (en %)
Hausse en valeur (en euros)
Les 50 % des personnes les plus riches gagnent au moins 17 400 18 600 + 6,9 + 1 200
Hausse des plus hauts revenus
Les 10 % les plus riches gagnent au moins 35 400 37 400 + 5,6 + 2 000
Les 1 % les plus riches........ 80 500 86 700 + 7,7 + 6 200
Les 0,1 % les plus riches........ 201 300 223 100 + 10,8 + 21 800
Les 0,01 % les plus riches........ 552 400 651 300 + 17,9 + 98 900
Ces revenus ne prennent pas en compte les impôts et les prestations sociales.
Source : Insee
Evolution de la part des revenus déclarés détenue par les plus riches entre 2004 et 2008
Unité : %

2004
2009
Part détenue par les 0,1 % les plus aisés 1,7 1,9
Part détenue par les 0,9 % suivants 4,8 4,9
Part détenue par les 9 % suivants 20,7 20,6
Part détenue par le reste de la population (90 %) 72,8 72,6
 
Source : Insee, France métropolitaine - personnes appartenant à des ménages fiscaux dont les revenus déclarés sont strictement positifs

- L’évolution des salaires

Entre 1996 et 2008, la part dans la masse salariale des 1 % des salariés à temps complet touchant la rémunération la plus élevée au sein du secteur privé est passée de 5,5 % à 6,9 % (voir graphique ci-dessous). Les salaires perçus en moyenne par les 1 % des salariés les mieux rémunérés ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux des autres salariés.

Selon l’Insee, les 132 000 personnes représentant les 1 % des salariés à temps complet les mieux rémunérés ont touché en moyenne en 2008 un salaire brut de 221 400 euros. Les 10 % des salariés les mieux rémunérés percevaient un salaire de 73 800 euros (trois fois moins), tandis que le salaire moyen de l’ensemble des salariés du privé s’élevait à 33 010 euros (sept fois moins).

Evolution de long terme

Comme le montrent les données publiées par le chercheur Camille Landais, la part du revenu national détenue par les 1 % les plus riches est en nette augmentation depuis le début des années 1980. Elle est passée de 7 % en 1981 à 9 % en 2006, avec une baisse assez nette entre 1988 et 1996.

- Pour en savoir plus :

Riches : toujours plus

L’évolution des inégalités de revenus en France

Photo / © Jérôme SALORT - Fotolia.com

Repost 0
Published by Rouges et Verts - dans Economie
commenter cet article
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 13:48

 

Le Point

Ce citoyen israélien a reçu des mains de Christiane Taubira le prix des droits de l’homme de la République française. Portrait.

"Un sage radical de gauche." C’est ainsi que le décrivent ses amis. Mais Michel Warschawski, c’est d’abord un original. Un homme qui a baigné dans le judaïsme toute son enfance - son père était le grand rabbin de Strasbourg - et qui finira par devenir, il le dit lui-même, "complètement athée". Il reste cependant un traditionnel un peu "vieux jeu", s’amuse son ami Dominique Vidal, ancien journaliste du Monde diplomatique. "Michel ne loupera jamais un shabbat", lâche-t-il en riant. Son apparence traduit son âge : les cheveux gris tirés en arrière, le front dégarni, la peau basanée, une moustache à la Brassens comme seuls les sexagénaires savent la porter.

Michel Warschawski émigre en Israël peu avant sa majorité, dans les années 60. Aussitôt, il adopte la cause palestinienne, qui sera sienne pour le restant de sa vie. Il se fait très rapidement connaître pour ses positions radicales contre l’occupation israélienne dans les Territoires palestiniens. Il devient un anticolonialiste notoire, un juif renégat, un homme honni du pouvoir. Alors que sa foi disparaît, son engagement politique, lui, ne cesse de croître. Il se rapproche du mouvement trotskiste. Il y rencontrera des intellectuels de gauche comme Edwy Plenel.

"Nous, on l’appelle tous Mikado. C’était son pseudo, puis c’est devenu son surnom. Michel est un ami que je n’ai jamais perdu de vue", se souvient l’ancien directeur de la rédaction du Monde. "Nous sommes tous les deux issus d’un trotskisme non sectaire, internationaliste, profondément humaniste. C’était ne pas accepter les agissements d’Israël, tout en s’opposant à l’instrumentalisation de la Palestine par les pays arabes", poursuit-il. Aujourd’hui encore, les deux moustachus se voient autant que possible. Le lendemain de la remise du prix des droits de l’homme par la ministre de la Justice Christiane Taubira, lundi, ils déjeuneront ensemble... avec trois ambassadeurs palestiniens. On ne se refait pas. "Nous étions traités comme des parias" (Warschawski)

Jusqu’à la guerre du Liban, Michel Warschawski connaît en Israël une vie de marginal. "Nous étions traités comme des parias", raconte-t-il. "Nous vivions dans un ostracisme le plus total. À cette époque-là, c’était moins une répression policière qu’une répression sociale", se rappelle-t-il. En 1982, après les massacres des camps de Sabra et Chatila, la société civile israélienne se soulève. La population est scandalisée. "Nous qui étions des exclus, on devient presque de bon ton, explique Mikado. On commence à faire de la télé, on est invités à des colloques."

En 1984, il fonde le Centre d’informations alternatives (AIC), une des très rares ONG à avoir la double étiquette israélo-palestinienne. Son rôle ? Faire circuler les informations, dénoncer ce que Michel Warschawski estime être des exactions. "Nous aidions des organisations pro-palestiniennes à publier des tracts. Certaines étaient liées à l’Organisation de libération de la Palestine [à l’époque considérée par Israël comme une organisation terroriste, NDLR]. Nous l’assumions", soutient le militant. "On a tiré sur l’élastique des libertés publiques jusqu’au maximum, peut-être même au-delà", concède-t-il. Ces faits lui valent une réputation d’extrémiste, voire de terroriste, puis un procès. Il est condamné à huit mois de prison pour "prestation de services à organisations illégales". "Israël, le chien de garde de l’Occident" (Warschawski)

Lorsqu’il se rend à la prison pour y purger sa peine, Michel Warschawski a alors 41 ans. Ses amis organisent un cortège de voitures. Il s’en souvient avec nostalgie : "Les voisines, yéménites ou kurdes pour la plupart, nous avaient même apporté des gâteaux dans la rue. Elles m’ont dit un truc du genre : Ouais, on sait que t’es un communiste, on dit pas mal de choses dans ton dos, mais on t’aime bien quand même." À partir des années 2000, le militant ressent de nouveau un rejet latent de la cause pour laquelle il se bat. "La vérité, c’est qu’au moment des accords d’Oslo en 1991 on a cru qu’on atteignait des sommets. Puis on a dégringolé, on a compris que c’était seulement une parenthèse", soupire-t-il.

Mikado reprend alors son combat. Il ne mâche pas ses mots, il ne l’a jamais fait. Son discours est radical. Il ne voit "aucune symétrie" dans les rapports Israël-Palestine. Si ses amis lui prêtent une "grande sagesse", Warschawski n’est jamais mesuré dans ses propos. Cela lui cause du tort. Il dépeint les crimes des Israéliens comme des évidences. Les Israéliens le dépeignent comme un agité. "Israël n’aurait jamais trois milliards de dollars par an s’il n’y avait pas la guerre, s’agace-t-il. Je ne sais plus quel général disait qu’Israël était le chien de garde de l’Occident. Mais le rôle d’un chien n’est pas toujours de mordre. Et le problème d’un chien, c’est qu’il n’en fait parfois qu’à sa tête." Ses détracteurs l’accusent alors de dénoncer les exactions israéliennes, mais de cacher celles commises par la Palestine. Michel Warschawski s’en défend ardemment : "C’est complètement faux. J’ai toujours dit que la cause palestinienne était un moyen utile pour les dictatures arabes de détourner l’attention des masses." "Pas de récompense pour les traîtres" (Dora Marrache)

En France, Michel Warschawski est peu connu. Le seul fait de prononcer son nom fait frissonner une partie de la communauté juive. Lorsque sa nomination au prix des droits de l’homme a été connue, les tribunes ont commencé à pleuvoir. Sur le blog des radios juives francophones, Dora Marrache signe ainsi un billet intitulé "Non, non et non ! Pas de récompense pour les traîtres". La chroniqueuse écrit : "La pire catastrophe qui puisse arriver à Israël serait d’être gouverné par des gauchistes, des traîtres comme vous qui, pour se faire bien voir de la communauté internationale et des Arabes, se plieraient à toutes les exigences des Palestiniens."

Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), écrit lui aussi une lettre ouverte à Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Il y dénonce cette nomination. Du côté de la CNCDH, on répond simplement que le prix récompense un projet, celui du Centre d’informations alternatives, et pas un homme. En coulisse, on affirme cependant que Christiane Taubira a fait preuve de "courage politique en remettant ce prix à Warschawski". Une source raconte : "En 2009, on avait remis le prix au réseau des ONG palestiniennes. Ça avait fait un petit scandale. Du coup, Bernard Kouchner l’avait remis à Sciences Po, en catimini." "Michel honore la France" (Leïla Shahid)

"On présente souvent Michel comme une espèce d’antisémite. Moi, à chaque fois qu’on m’a traité de cette manière, j’ai demandé un droit de réponse. Mais pour lui les choses sont différentes. Je suis citoyen français d’origine juive. Lui est citoyen juif israélien. L’avis du Crif, il s’en fout", explique Dominique Vidal. Naturellement, Warschawski a aussi son avis. "Je lis souvent des revues américaines juives et, croyez-moi, j’ai beaucoup de sujets de désaccord avec elles. Mais la réflexion des intellectuels juifs français qui abordent la question palestinienne est désolante. C’est un véritable gâchis."

Pour tous les ardents défenseurs de la cause palestinienne, la remise de ce prix est une très grande victoire symbolique. Edwy Plenel en est profondément ému : "Dans quelques années, on se demandera pourquoi des gens comme Mikado n’ont pas été entendus. Il dit le juste, le raisonnable, la vérité." Leïla Shahid, déléguée générale de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, amie de longue date de Warschawski, acquiesce : "Ce prix n’honore pas seulement Michel. Il honore une vie dévouée au respect des droits de l’homme. Michel honore la France." Pour sa part, Warschawski retrace son existence par un nouveau paradoxe, une phrase que son père aurait prononcée lors du cinquantenaire d’Israël : "Je suis fier de ce que fait mon fils, mais j’aurais préféré qu’il le fasse avec une kippa sur la tête."


- http://www.lepoint.fr/monde/warscha...

Repost 0
Published by Rouges et Verts - dans Solidarité Palestine
commenter cet article
27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 17:29

 

attac_asterix_nddl.png

UN DESSIN VAUT MIEUX QU'UN LONG DISCOURS, surtout au pays de Goscinny

Repost 0
Published by Rouges et Verts
commenter cet article