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6 décembre 2010 1 06 /12 /décembre /2010 17:58

Notre amie Michèle Rival (née Bayvet), 
 
nous a quittés le 1er décembre 2010
 
Une cérémonie civile aura lieu dans la salle d’Oraison 
du Crématorium de Nice 
le mardi 7 décembre 2010 à 16 h 
 
Puis elle rejoindra Robert et maman Denise 
dans le jardin de Ker Helen
 
 
Selon son désir, l’amitié et le soutien que vous lui avez apportés au quotidien
serviront de fleurs et de couronnes.

 

 

 

Michèle Rival, Beilouno 3 pl 8 Mai 1945, 06510 CARROS

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 22:32

 

Pour Michel Winock, prof à Sciences-Po, la contestation actuelle vise l'hyperprésident et son manque de perspective pour la France.

Des policiers près de la raffinerie de Grandpuits, au sud-est de Paris, le 22 octobre 2010 (Benoit Tessier/Reuters).

Prof émérite à Sciences-Po, cofondateur de la revue L'Histoire, Michel Winock se penche depuis une quarantaine d'années sur les comportements des Français et sur leurs institutions. La revue Agents d'entretiens a recueilli son analyse du mouvement social, qui tourne autour de notre hyperprésident.

 

Agents d'entretiens : Quelle est, selon vous, l'explication sous-jacente à ce mouvement social ?

Michel Winock : Je crois que le chef de l'Etat est aujourd'hui profondément contesté pour toutes sortes de raisons. Qu'il s'agisse de sa personnalité, de son style, de ses discours, de ses décisions sur le terrain de la sécurité, du hiatus entre le discours et la réalité sur cette question, etc, il y a une usure évidente de la présidence. On peut se demander à ce moment-là si ce ne sont pas les institutions qui sont en défaut, s'il ne faut pas rééquilibrer le système politique français.

Nous nous trouvons encore une fois devant une question historique. Depuis la Révolution, la France a échoué à établir une système d'équilibre entre les pouvoirs. Nous avons eu en alternance tantôt un pouvoir exécutif fort et un pouvoir législatif faible, ou vice versa. En France, nous n'avons pas réussi sur le plan constitutionnel, c'est un des échecs de la Révolution.

Nous en payons encore le prix, notamment dans cette cinquième République où le déséquilibre s'est renforcé cette fois au profit de l'exécutif, et plus particulièrement avec Sarkozy qui n'a pas eu la prudence de la distanciation nécessaire entre la législation et lui-même, le Premier ministre paraissant totalement tributaire du chef de l'Etat. On a appelé ça « l'hyperprésidence ».

Par conséquent, le mouvement social va concentrer toutes ses forces sur une cible qui s'est autodésignée. On verrait, dans un régime plus équilibré, les responsabilités réparties qui permettraient aux contestataires de discuter avec un ministre spécialisé, mais il n'existe pas. On connaît certes un peu leurs noms, monsieur Woerth, oui, mais quelle est leur marge de manœuvre ?

 

Dès le début de son mandat, nombreux étaient ceux qui pointaient le risque que cette hyperprésidence se retourne contre celui qui, seul, l'incarnait…

Vous abordez là un problème psychologique, facilité par nos institution. Nous avons affaire à un homme qui a certainement toutes sortes de qualités mais qui a un défaut évident, qu'il arrive difficilement à corriger. Je cherche le mot exact : orgueil, vanité, démesure, mégalomanie… En tout cas, cette tentation qu'il a de se mettre en avant, ce qui est normal pour un président de la République, mais d'être omniprésent sur tous les fronts, non !

Il y a un mot du cardinal de Retz, qu'il ne faudrait jamais oublier, ni en politique, ni ailleurs. Ce personnage haut en couleur, écrivain, héros de la Fronde au milieu du XVIIe siècle, notait avec acuité qu'il faut différencier « le frivole et la substance ». Sans aller jusqu'au frivole, j'ai le sentiment que notre Président s'occupe de tout, de la substance, bien sûr, mais aussi de l'accessoire. C'est un trait de caractère. Peut-être croit-il être le seul à pouvoir régler tous les problèmes ?

 

Nicolas Sarkozy bouleverse-t-il les codes de la droite française, telle que l'avait par exemple analysée votre confrère René Rémond ?

René Rémond avait distingué trois droites. Une droite contre-révolutionnaire qu'il appelait légitimiste, une droite modérée libérale, dite orléaniste, et la droite bonapartiste. Il faudrait, je crois, y ajouter la droite populiste ou national-populiste qui correspondrait à celle de Le Pen ou de sa fille : le Front national, à l'exception de son aile traditionaliste, se situant à mon sens loin des légitimistes.

Très franchement, je ne vois Nicolas Sarkozy dans aucune de ces filiations, ou alors dans toutes. Mon collègue et ami Alain-Gérard Slama a eu récemment ce mot sur France Culture : « Des trois droites de René Rémond, Sarkozy a su prendre tous les défauts. »

Du côté du légitimisme, ce sont notamment ses imprudences en matière de laïcité. Son dernier voyage à Rome est assez étonnant dans notre tradition laïque, c'est une rupture par rapport à ses prédécesseurs, y compris le général de Gaulle qui était pourtant très catholique. Aux Orléanistes, il a emprunté le côté « gouvernement des riches ». Enfin, il a pris l'autoritarisme à la droite bonapartiste.

Cela reste une boutade, mais je ne vois pas chez lui une véritable tradition. Il est très largement opportuniste. Regardez la manière dont il a fait l'ouverture : tantôt il est de gauche, tantôt de droite dans ses réformes -ce qui le rapproche du bonapartisme, mais on ne sent pas une ligne générale. C'est ce qui me préoccupe le plus. On pouvait certes aussi dire la même chose de Jacques Chirac, mais aujourd'hui, je ne vois pas de projet de société, de ligne de conduite.

Fut un temps où des hommes d'Etat savaient donner des directions. Prenez le discours de Chaban-Delmas sur la nouvelle société. C'est un grand discours qui a été prononcé en 1969 après l'arrivée de Pompidou au pouvoir. Chaban-Delmas, Premier ministre, avait fait avec Jacques Delors et Simon Nora un discours magnifique qui appelait les Français à fonder la nouvelle société. Il donnait une perspective.

Ne parlons pas de de Gaulle qui a voulu remettre la France au premier rang. Pompidou parlait de « l'impératif industriel », Giscard de « la modernisation nécessaire », etc.

Tous nos chefs d'Etat en général et nos premiers ministres ont tenté de donner une perspective aux Français. Avec Sarkozy, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu'il veut. On dirait qu'il est dans l'immédiat, ou à tout le moins dans le court terme. On ne sait pas où il veut entraîner les Français.

Il aurait pu faire de l'Europe, par exemple, un vrai cheval de bataille. C'est une grande cause. Quand il a pris la tête de l'Union, on a vu qu'il était capable d'agir dans ce sens. Ensuite, terminé, il est passé à autre chose. Le problème, c'est qu'il passe toujours à autre chose. On ne le voit pas saisir cet ensemble dans une perspective historique. C'est pour ça, je pense, que les Français ressentent un malaise profond : ils ne savent pas du tout où on les mène, ni où ils se mènent eux-mêmes.

 

Comment expliquez-vous le malaise, la mal-être français, en général ?

Des sondages européens montrent régulièrement que les Français forment le peuple le plus pessimiste d'Europe. Une tentative d'explication que j'ai donnée, une parmi d'autres bien sûr, est historique. Selon moi, les Français sont plus ou moins conscients que nous ne sommes plus au premier rang.

Jusqu'en 1940, la France a été une des grandes nations qui comptaient dans le monde. En toile de fond, la France, c'était Versailles, la Révolution, Napoléon et sa conquête de l'Europe, Clémenceau, la victoire, certes difficile, de 14-18. Et brutalement, en 1940, c'est le choc, la rupture dans la confiance en soi. La plus grande armée du monde, ainsi qu'on le disait, se fait battre en quelques semaines. C'était imprévisible.

Michel Winock (Agents d'entretiens)Succède à cette débâcle l'épouvantable régime de Vichy, servile vis-à-vis de l'occupant. C'est la honte. Les Français vont retrouver la confiance par intermittence, notamment avec de Gaulle qui la rétablit parce que cet homme-là était un homme supérieur, un grand patriote qui redonnait de l'espoir aux Français, qui prenait des décisions intrépides sur le plan international, qui a doté la France de l'arme nucléaire. Le tout en pleine croissance économique.

Mais lorsque survient la crise des années 70, la fin des Trente Glorieuses, le retour du chômage, la désindustrialisation, ces Français qui assistent à la fin de la grande sidérurgie, aux délocalisations, voient leur pays s'affaiblir.

Notre cas est très différent de celui d'autres pays qui ont toujours vécu avec plus de modestie, peut-être avec plus de bons sens. Je pense notamment aux Etats du Nord. Il y a belle lurette que les Danois n'ont plus rêvé de grandeur, pour reprendre un mot gaullien. Ce pessimisme français n'est donc pas conjoncturel, il est le fruit d'une histoire.

Michel Winock, « Parlez-moi de la France » - Histoires, Idées, Passions, 2010, 347 pages

 

Source: http://www.rue89.com/2010/10/25/winock-sarkozy-sest-designe-cible-du-mouvement-social-173202

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:16

Le drapeau rouge hissé sur la raffinerie de Donges 22/10/10
Alors que de plus en plus de salariés soutiennent et participent à la lutte contre la réforme des retraites, l'Etat français réquisitionne les grévistes des dépôts de pétrole et des raffineries en envoyant l'armée (gardes mobiles) sur les entreprises occupées. L'Etat français bafoue le droit de grève et le code du travail.
L'attitude du gouvernement n'endigue cependant pas la colère sociale, les salariés de la raffinerie de Donges viennent de reconduire la grève jusqu'au vendredi prochain. Nous appelons à amplifier le mouvement et à participer aux actions de blocages économiques, dans la perspective des mobilisations unitaires de la semaine prochaine.
De même l'ensemble des salariés et précaires sont appelés à la solidarité ces prochains jours, d'une part avec les salariés en grève, mais aussi en soutenant les travailleurs poursuivis par la justice comme le 27 octobre prochain à Rennes.

http://www.breizhistance.tv
BREIZHISTANCE - Indépendance et Socialisme
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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:07

Le Monde dimanche 24 octobre 2010


Ils sont tous derrière l'intersyndicale. L'ensemble de la gauche radicale affiche un soutien sans faille aux mobilisations contre le projet de réforme des retraites. Toujours présents dans les manifestations, ils demandent à l'unisson de FO et de SUD le retrait de la réforme. Mais derrière cet appui répété, quelques dissonances se font encore entendre entre le Front de gauche, d'un côté, et le NPA, de l'autre.


Le Parti communiste s'était, dès les premières heures de la rentrée, mis dans les roues des centrales syndicales. Lors de la Fête de L'Humanité à la mi-septembre, Pierre Laurent, secrétaire national, avait expliqué que son parti se mettait au service du mouvement social. "C'est le moment pour la gauche d'être à la hauteur et nous ferons tout pour que personne ne faiblisse ni ne déserte", avertissait le numéro un.


Depuis, pas une once de critique à l'égard de la tactique syndicale unitaire. Journées d'action, manifestations unitaires ou opérations de blocage, tout est bon. Et si la majorité des syndicats jugent que la grève reconductible n'est pas jouable, ils ont raison. "Faut pas mégoter. Les syndicats ont très bien fait leur boulot dans une situation tendue. Il faut leur faire confiance et se mettre derrière à fond", explique Pierre Laurent encore aujourd'hui. Les militants communistes sont présents en masse dans les cortèges, tous autocollants et banderoles dehors.


Son homologue du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, est dans la même posture. S'il réclame toujours un référendum sur les retraites, le député européen continue à s'aligner derrière les syndicats : "Nous marchons dans les pas des syndicats : on veut le retrait de la réforme, donc on tient notre part de tranchée", affirme-t-il.

Dans cette stratégie de soutien, le Front de gauche a décidé de franchir un pas de plus en organisant, samedi 23 et dimanche 24 octobre, des collectes de solidarité. "Se mettre en grève est un engagement courageux quand on a un petit salaire et qu'on a du mal à finir les mois", insiste M. Laurent. "Un geste fraternel", qui se situe dans la tradition des drapeaux rouges tendus dans les meetings dans les années 1970.


Au NPA, la mobilisation se vit plus en direct. Les militants sont tous sur le front des manifestations, des blocages de raffineries et surtout des "interpros", ces collectifs unitaires interprofessionnels qui avaient surgi dans les grèves de 2003 (réforme Fillon). Là, enseignants, fonctionnaires territoriaux, salariés du privé ou étudiants se retrouvent pour décider d'opérations communes. C'est dans cette frange la plus militante que le NPA trouve le meilleur écho à ses slogans.


Le discours a cependant bougé. Fini les appels à la grève générale et l'insistance sur les arrêts de travail reconductibles comme seules actions à la hauteur de l'enjeu. Depuis début octobre, Olivier Besancenot a rangé ses critiques à l'égard des syndicats jugés trop mous et ses appels à un "nouveau Mai 68". Trop décalé dans une situation où les militants se rendent compte que le mot de grève générale est incantatoire et pas crédible sur les lieux de travail. Même les militants ont "du mal avec leur fiche de paye", reconnaît-on dans son entourage.

Alors ils collent aux plus radicaux. "Nous nous appuyons sur toutes les initiatives, notamment les blocages, qui peuvent faire accélérer et amplifier le mouvement", assure Pierre-François Grond, bras droit de M. Besancenot. Sur les ondes, le leader postier a trouvé une nouvelle formule : "L'unité et la radicalité, ça peut aller ensemble."

Sylvia Zappi

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:05


LEMONDE.FR | 23.10.10 | 08h52  •  Mis à jour le 24.10.10 | 14h23

 

Le mouvement contre la réforme des retraites peut-il durer ? Alors que commencent des vacances de la Toussaint perturbées par les blocages de raffineries et de dépôts de carburants, les syndicats appellent à des mobilisations les 28 octobre et 6 novembre. Et des blocages pourraient continuer pendant les vacances.

Une "grève par procuration", comme en 1995 ? Organisé par des groupes de militants qui rassemblent des syndicalistes de divers secteurs, les blocages se poursuivent même si le taux de grévistes reste faible. Cette persistance depuis début septembre fait penser au mouvement de l'hiver 1995, analyse le sociologue Philippe Corcuff : "Un secteur minoritaire de la population est en grève, il y a une mobilisation massive dans les manifestations et un soutien très large dans la population." Et de rappeler ce que le politologue Stéphane Rozès avait qualifié en 1995 de "grève par procuration". Ceux qui sont mobilisés aujourd'hui le font "pour" les salariés qui ne peuvent pas faire grève pour des raisons financières ou parce que leur secteur n'est pas mobilisé.

Président de la société de conseil Cap et enseignant à Sciences Po, Stéphane Rozès explique aujourd'hui que le même phénomène est à l'œuvre, mais que sa nature est différente. "En 1995, au travers du mouvement social, les Français envoyaient un message à [Jacques] Chirac. Aujourd'hui, ils disent qu'ils souhaitent une réforme des retraites mais jugent le contenu de celle du gouvernement injuste et inefficace. Ils se servent des sondages pour exprimer leur soutien au mouvement social." Vendredi 22 octobre, un sondage BVA rapportait que 69 % des Français étaient solidaires du mouvement et 46 % soutenaient le blocage des raffineries.

Le parallèle avec 1995 s'arrête pourtant assez vite, estime Guy Groux, directeur de recherche du CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po et spécialiste du syndicalisme. "En 1995, la totalité de la SNCF et de la RATP était en grève, on avait le sentiment d'une économie à l'arrêt, et surtout les taux de grévistes étaient beaucoup plus élevés", analyse-t-il, soulignant que "la situation politique était également différente : l'hiver 1995 arrivait six mois après l'élection de Chirac, alors qu'en 2010, nous sommes déjà dans la préparation de la présidentielle de 2012 pour Nicolas Sarkozy". 

Un mouvement multiforme. Comparer le mouvement avec mai 1968 n'est pas non plus pertinent, prévient Lilian Mathieu, sociologue et auteur de Comment lutter ? (Textuel). "En 1968, on a une grève générale de longue durée, ce qui n'est pas le cas en 2010 : certains secteurs sont partiellement en grève, d'autres connaissent des grèves de basse intensité, uniquement pour les journées d'action. D'autres salariés se relaient pour assurer la continuité du mouvement, tout en limitant les pertes de salaire."

C'est certainement une des spécificités du mouvement, estime Philippe Corcuff. "On est dans un mouvement polyphonique, composite, les gens vont parfois aux manifestations, parfois non, ils peuvent participer une fois à une action, une autre fois non. On peut entrer et sortir du mouvement à sa guise. C'est une sorte de guérilla sociale, durable et pacifique, dans la majeure partie des cas", explique-t-il.

Les modes d'action ne sont pas nouveaux, mais ils puisent dans les expériences des mouvements altermondialistes, comme le démontage du McDonald's de Millau en 1999 ou les Faucheurs volontaires d'OGM. Jeudi, un groupe de syndicalistes à ainsi tenté d'aller murer les locaux du siège de l'UMP à Paris.

Dans les manifestations, certains militants plaident pour un blocage total de l'économie. Une référence indirecte à l'ouvrage L'Insurrection qui vient (La Fabrique), que la police a attribué à Julien Coupat, mis en cause dans l'affaire de Tarnac ? L'idée fait sourire Eric Hazan, éditeur de La Fabrique, mais il y voit un "écho certain".

Pour Guy Groux, la raison d'être de ces modes d'action est plutôt à chercher du côté de la faiblesse du mouvement syndical. "Les syndicats maîtrisent de moins en moins leur base, beaucoup de choses leur échappent, estime-t-il. Les syndicats sont pris dans une contradiction : d'un côté ils appellent à des manifestations répétées et d'un autre côté ils n'arrivent pas à enclencher des grèves reconductibles suivies." "On aurait tort de penser que tout est contrôlé par les directions syndicales", acquiesce Lilian Mathieu.

Comment continuer ? Dans ces conditions, le mouvement peut-il se poursuivre après le vote de la loi, voire après les vacances scolaires ? "Oui, sous la forme d'une mobilisation semi-permanente", assure Philippe Corcuff, qui y voit une comparaison avec le "mai rampant" italien des années 1968-1969, qui s'était étendu sur plusieurs mois, bien au-delà des revendications d'origines.

Depuis les premières journées de mobilisation, les slogans et les affiches ont évolué : aux côtés des mots d'ordre contre la réforme des retraites, les revendications catégorielles et, globalement, le rejet de Nicolas Sarkozy, s'expriment de plus en plus. "Pour beaucoup de gens, ce n'est plus seulement la question des retraites, mais aussi un désir d'en finir avec le cynisme, l'arrogance, l'injustice", s'enthousiasme l'éditeur Eric Hazan.

Au contraire, le chercheur Guy Groux y voit un danger pour les syndicats : "Après les vacances, on va changer de cap. Quand la loi sera entérinée et promulguée, on va entrer dans un autre jeu, celui de contester la démocratie parlementaire par la démocratie sociale." Il pointe également un risque de déception chez les militants syndicaux, si le pouvoir ne cède pas d'un pouce.

"Pour l'heure, l'opinion s'est cristallisée derrière le mouvement", prévient Stéphane Rozès. Mais un retournement de l'opinion pourrait être fatal au mouvement. "Les gens sont solidaires mais ils sont aussi des consommateurs, des vacanciers, des automobilistes", énumère Guy Groux, qui pense que les blocages économiques vont provoquer une cassure avec la population. "Le sentiment d'être soutenu par l'opinion est très important pour les syndicalistes. Dans les assemblées générales, on discute de la manière de maintenir cette sympathie", raconte Philippe Corcuff.

Pour l'instant, cette cassure n'a pas encore eu lieu. Stéphane Rozès, comme d'autres, souligne que d'"éventuels débordements provoqueraient une telle rupture avec l'opinion". "Cela pourrait relégitimiser le discours de Sarkozy sur la sécurité", prévient Philippe Corcuff, qui estime que l'enjeu, pour la suite du mouvement, est plutôt d'arriver à assurer une coordination entre les syndicats de salariés et la jeunesse, en misant sur des modes d'actions "ludiques" et sur l'"inventivité" des militants.

Nabil Wakim

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:00

Ce qui c'est passé place Bellecour à Lyon, le 21 octobre 2010, ne peut pas être la simple décision d'un préfet. Le gouvernement est aux abois, et comme tout monstre à l'agonie, il peut être très dangereux. Ces gens qui nous gouvenenent sont des malades, sans grande culture et pas très intelligents, mais ils ont un réflexe de survie et un pouvoir de malfaisance aigus. Le gouvernement a donc choisi que la grande leçon soit donnée à Lyon, place Bellecour le 21 octobre 2010. Alors, apprenons cette leçon, découvrons ce gouvernement dit d'ouverture qui enferme les jeunes tout un après-midi, pour les gazer, les matraquer, les affoler.

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses, puisque nous devions nous retrouver, avec quelques collègues, dans un restaurant de la place Bellecour. À 20 heures, calme et désertée, la place était encore bloquée. Après avoir parlementé avec des robocops qui interdisaient l'accès, et ne semblaient pas comprendre grand-chose : oui, non, faites le tour, c'est aussi bloqué, l'un d'eux nous a accompagnés, un collègue et moi, jusqu'au restaurant, devant lequel était garée une fourgonnette d'autres robocops. Des collègues étaient déjà là. Nous avons trinqué, et de l'autre côté de la vitre, un robocops qui ôtait son harnachement, a symboliquement trinqué avec nous, brandissant une bouteille  de vin presque vide, heureux d'être con et vulgaire, comme son pote à la Rollex et aux talonnettes.

Retour sur l'action des forces de l'ordre place Bellecour 21/10/10

Le témoignage de 5 étudiants
parqués comme des bêtes

En ce 21 octobre, nous avons vécu ce que l'on pourrait appeler une garde à vue à ciel ouvert Place Bellecour à Lyon.

Tout commence en début d'après-midi, nous savons qu'un rassemblement pacifque est organisé place Antonin Poncet par l'UNL et la CGT (dans son petit break blanc). En tant que citoyens et concernés par l'amalgame jeune = casseur il nous semble important d'aller manifester dans le calme avec les jeunes et les syndicalistes.

Le dispositif policier déployé est impressionnant et dès la rue Victor Hugo on assiste à des barrages fltrants. Les CRS nous laissent passer sans aucun contrôle à notre grand étonnement. Nous sommes donc sur la place Bellecour.

Un grand nombre de personnes tentent d'accéder à la place Antonin Poncet, nous avons le cortège en visu. Cependant, le GIPN est présent et lourdement armé. Une ligne de CRS bloque de tous les côtés l'accès à la place d'où doit débuter la manifestation. Nous pensons qu'il s'agit juste d'une mesure temporaire.

Nous tentons de regagner la place en passant par la rue de la Barre. C'est alors que nous découvrons deux blindés anti-émeutes armés de canon à eau placés respectivement à l'entrée de la rue du Président Édouard Herriot et à la rue Gasparin. Ça commence à chauffer là où les CRS bloquent l'accès à la manifestation : premiers tirs de gaz lacrymo sur les personnes agglomérées dans la place Antonin Poncet et celles de l'autre côté de la ligne de démarcation.

Nous demandons alors aux CRS disposés en ligne rue de la Barre si nous pouvons sortir de cette place. « On ne veut pas se prendre des cailloux, ni des gaz nous voulons juste manifester pacifquement de l'autre côté de la rue» . Réponse sèche nous disant que de toute façon le secteur est bouclé et que les ordres sont clairs. Personne ne sort. On nous dit alors d'aller nous mettre au fond de la place (côté Saône) pour éviter les gaz et que « peut-être » là bas nous pourrions sortir.

La situation est inédite, nous faisons le tour de la place, toutes les rues adjacentes sont bloquées, à chaque barrage où nous demandons de sortir on nous répond toujours que c'est impossible. Et pourtant nous voyons des personnes qui arrivent à passer sans problème les barrages de CRS. Les personnes de plus de 25-30 ans sortent sans problème de cette place. Il est clair que le mot d'ordre est de laisser entrer les « jeunes » dans la place et de ne pas les laisser sortir pour une durée indéterminée.

Nos inquiétudes sont confrmées par un CRS qui nous dit que de toute façon « vous les jeunes vous ne sortirez pas avant 20h et même 21h si cela est nécessaire ».

Cela fait déjà 1h30 que nous attendons. Pas de mouvement, on croirait que le temps s'est arrêté. Il semble que le commandement central soit muet, les CRS au milieu de la place en petit groupe sont plus que détendus, enlèvent leurs casques, fument et parlent même avec les jeunes. L'hélicoptère de la gendarmerie ne cesse de tourner au-dessus de nous, équipé d'une caméra il passe et repasse au dessus des jeunes. Le climat est presque détendu. Mais il ne le restera pas longtemps : des groupes de CRS font des rondes, passent et traversent la place Bellecour pour « réveiller » les jeunes, peut-être trop calmes ? Deux policiers de la BAC tournent sur une moto depuis une bonne demi-heure dans la place.

Nous attendons, encore, toujours. C'est au bout de 3 heures que le harcèlement policier commence à porter ses fruits. Les jeunes au début très dispersés et calmes commencent à se rassembler et demandent à sortir.

Les jeunes sont pris dans un mouvement de foule, la police toujours en bloquant les sorties de la place, tire des grenades lacrymogènes sur le groupe nouvellement formé.

Des jeunes après s'être fait gazer se font matraquer. Il est impossible de sortir.

Les forces de l'ordre délivrent alors un message hallucinant depuis les fourgons blindés anti-émeutes : « Attention. Si vous ne vous dispersez par maintenant, nous allons devoir faire usage de la force ». Mais comment vont se disperser les jeunes alors que tout est bloqué ?

Au même moment, nous étions bloqués à un barrage en tentant de sortir pour la « 10e » fois. Les forces de l'ordre donnent l'assaut et balance la sauce sur des jeunes non armés, totalement encerclés et sans aucune protection : Canon à eau, gaz lacrymo sous toutes ses formes, matraquages, fumigènes, bangs, ...

Après cet assaut insensé il nous est ordonné de nous présenter à une sortie (enfn ouverte !) direction quai de Saône. L'humiliation continue : Contrôle d'identité avec des agents recensant toutes les infos sur chaque personne présente, fouilles corporelles et photographies. De plus la presse est là pour flmer la prise du jour. Tutoiement et petites blagues racistes de rigueur. On fait passer tous les « beurres » chez le photographe des RG. Ceux qui n'ont pas de pièce d'identité seront systématiquement mis en garde à vue et « stockés » dans les cars que nous voyons au loin sur le pont Bonaparte.

Voici comment l'État français traite sa jeunesse et ne résout en rien les problèmes d'insécurité. Il faut noter que seulement FR3 Rhône-Alpes et TLM ont fait état de ce qu'il s'était passé (à demi-mot cependant). FR2, chaîne de service public, à quand même réussi à dire que la place Bellecour était prise « toute l'après-midi par des casseurs ».

J'hallucine, les casseurs il n'y en avait que très peu, le reste est resté bloqué sous l'œil des caméras qui ont pu tourner des images et contribuer à la désinformation gouvernementale.

Ce sont des méthodes dignes d'un régime fasciste :

  • Humiliation
  • Violence gratuite
  • Atteinte au droit fondamental d'aller et venir

Un seul mot me vient à l'esprit : RÉSISTANCE.

5 étudiants
parqués comme des bêtes

Sources et informations complémentaires

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 17:27
Réseau Action Climat France
vendredi, 22 octobre 2010 / Réseau Action Climat - France

Trois ans après les engagements des tables rondes du Grenelle de l’environnement et le discours enflammé de Nicolas Sarkozy le 25 octobre 2007, le Réseau Action Climat fait le point sur le dossier « climat-énergie ».

Montreuil, le 22 octobre 2010« Le moins que l’on puisse dire c’est que le « New deal » écologique promis par le Président de la République n’a pas eu lieu », constate Olivier Louchard, Directeur du RAC-France. « Au contraire, ce que certains redoutaient déjà en 2007 est arrivé : les petites avancées que le gouvernement affiche ne doivent pas masquer l’absence criante de mesures de rupture, structurantes et réellement efficaces ».

Télécharger le Bilan détaillé du Grenelle de l’Environnement par le Réseau Action Climat - France

PDF - 143.7 ko
Grenelle :
Le bilan



L’enterrement de la taxe carbone, emblème de l’hypocrisie du gouvernement

« L’abandon de la taxe carbone au lendemain des élections régionales aura eu un mérite : faire tomber les masques, commente Karine Gavand, responsable climat à Greenpeace. Il est clair désormais que l’environnement est avant tout une tactique électorale, et l’opportunisme politique de Nicolas Sarkozy sans bornes. La mise en place de cette mesure, structurante et structurelle, vendue par le candidat à la présidentielle comme le pilier de sa politique environnementale, aurait eu le mérite d’enclencher une réelle prise de conscience au sein de la société française. Le renoncement du gouvernement, après le fiasco de Copenhague, encourage, dangereusement, le sentiment d’un « à quoi bon ? ».


Transports : le dossier noir

Côté transports, c’est la consternation. « Malgré certaines avancées, les résultats du Grenelle ne sont pas à la hauteur des enjeux. Aucun financement pérenne des transports urbains et ferroviaires n’a été mis en place, le vélo reste ignoré par l’Etat et les investissements routiers sont relancés au mépris de tout bon sens. » déclare Jean Sivardière, président de la FNAUT.


Énergie : des objectifs ambitieux, des moyens modestes

Alors que des objectifs satisfaisants ont été fixés sur l’énergie (23 % d’énergies renouvelables en 2020, - 38% de consommation d’énergie pour le bâtiment existant...), les outils mis en place ne sont pas du tout à niveau. Pour Raphaël Claustre du CLER, « le Grenelle a pourtant suscité des envies, les acteurs des territoires se mobilisent, les collectivités, les entreprises et les associations agissent maintenant ensemble. Mais l’Etat semble reculer de plus en plus face à ce mouvement ». En soufflant le chaud et le froid sur les énergies renouvelables, le gouvernement empêche le développement serein de ces filières pourtant créatrices d’emplois locaux.


Concernant les autres sujets majeurs, le bilan est tout aussi insuffisant (voir note détaillée ci après) : absence de mesures climat sur l’agriculture, imposture sur les agrocarburants, taxe sur les incinérateurs dépouillée de son contenu, deux EPR programmés, etc. A noter néanmoins quelques avancées sur les politiques territoriales et l’urbanisme.

Contacts

- Olivier Louchard – Réseau Action Climat : 01.48.58.83.92 – 06.26.40.07.74
- Karine Gavand – Greenpeace : 06.77.04.61.90
- Jean Sivardière – FNAUT : 04.76.75.23.31
- Raphaël Claustre – Comité de Liaison Energies Renouvelables : 06.03.85.87.96

 

 

Source RAC  http://www.rac-f.org/Grenelle-de-l-environnement-3-ans.html



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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 02:02

 

Par Europe1.fr avec Arthur Helmbacher

Publié le 23 octobre 2010 à 00h33 

Les employés de la raffinerie de Grandpuits, une première fois débloquée, ont pu faire suspendre l'arrêté préfectoral par la justice. Mais la préfecture a depuis déposé un second arrêté. 

Son arrêté suspendu par la justice, la préfecture en a formulé un second pour débloquer la raffinerie.

Après le ton ferme, le gouvernement a tenté la manière forte et multiplié les déblocages de raffineries. La raffinerie Total de Grandpuits, en Seine-et-Marne, dont les accès étaient bloqués par les grévistes depuis plusieurs jours, a ainsi été réquisitionnée vendredi matin par la préfecture. Mais les syndicats ont saisi la justice, provoquant une bataille des arrêtés préfectoraux.

 

Le premier arrêté suspendu par la justice

 

Le préfet de Seine-et-Marne, Michel Guillot, en compagnie de certains de ses collaborateurs, "est venu lui-même donner les réquisitions au personnel dans le but d'alimenter les stations-service et tous les clients de Total, tout ça sous prétexte d'un code Défense", s'est insurgé Charles Foulard, coordinateur CGT du groupe pétrolier Total. "Nous ne sommes pas en guerre, nous ne sommes pas en état de siège, le code défense ne s'applique pas dans ce cas-là", a-t-il martelé.

 

Ayant obtenu la suspension de l'arrêté préfectoral par le tribunal administratif de Melun, les syndicats pensaient avoir gagné une bataille.

 

La préfecture contre-attaque

Mais la préfecture a ensuite déposé un deuxième arrêté pour empêcher un nouveau blocage du site. "Le préfet relance une réquisition, cette fois-ci pour l’approvisionnement des grandes distributions permettant le ravitaillement des services publics prioritaires", a dénoncé Charles Foulard, coordinateur CGT du groupe pétrolier Total.

"De tout façon, nous réattaquons au tribunal de Melun, c’est le jeu du chat et de la souris", a-t-il ajouté. Mais le syndicat ne compte pas s’en tenir là : il a prévu d’attaquer au pénal le préfet de Sein-et-Marne. La bataille juridique ne fait que commencer.

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 00:16

Malgré les dénégations des autorités, vidéos et témoignages montrent que la police empêche la presse d'informer le public.

« Il n'y a évidemment pas de consigne », répond officiellement la police nationale quand on l'interroge sur plusieurs cas de journalistes dont le matériel a été matraqué ou confisqué par des CRS, quand les personnes n'ont pas été elles-mêmes violentées ou interpellées. Plusieurs documents et témoignages recueillis par Rue89 montrent pourtant une nervosité assez fréquente pour empêcher ces journalistes de rapporter au public des images des manifestations.

Il y a eu ce cas du mardi 12 octobre au soir, près de la Bastille à Paris : un preneur de son de TF1 et un journaliste de Canal + avaient été frappés et molestés par des CRS. Le second n'était pas en service, mais l'IGS, la police des polices, a tout de même été saisie.

Sur cette photo inédite qu'a obtenue depuis Rue89, on voit le journaliste de Canal+, à terre, brandissant sa carte de presse. Encore plus parlant est le haut de la scène : un caméraman filme, tout en tenant lui aussi sa carte d'identité professionnelle. Malgré cela, le CRS qui lui fait face l'asperge -ou s'apprête à l'asperger- de gaz lacrymogène.

Agression de deux journalistes par des CRS place de la Bastille à Paris, le 12 octobre 2010 (DR)

« Un CRS m'a mis un coup de poing, direct »

Toujours dans le quartier de la Bastille, encore le même soir, une manifestante est violemment frappée par un CRS. Elle est étudiante en photographie, et ne possède pas encore de carte de presse.

Mais comme les photojournalistes professionnels, Capucine Granier-Deferre utilise un appareil photo sophistiqué, le genre de matériel que son prix rend généralement inaccessible aux amateurs. Il est en tout cas volumineux, et donc visible par quiconque, y compris un CRS. Elle récolte pourtant un coup de poing qui lui vaudra six jours d'interruption temporaire de travail (ITT) et la conduira à déposer plainte à l'IGS :

« Avec d'autres photographes, on s'est retrouvés pris dans une souricière dans cette rue. Une ligne de policiers s'est mise devant nous. Un CRS a frappé un manifestant, j'ai mis mon bras pour me protéger, et là il m'a mis un coup de poing direct. » (Voir la vidéo tournée par le journaliste William Amsellem)


Une manifestante violemment frappée au visage par un CRS

« Je dis : “Je suis journaliste, je suis photographe.” »

Cinq jours plus tard, encore à la Bastille, les photoreporters Philip Poupin et Corentin Fohlen font un reportage pour Paris Match. Ils suivent une bande d'une trentaine de jeunes très excités, dont celui qui casse la vitrine d'une banque.

Les casseurs pénètrent dans l'opéra Bastille. Les deux journalistes veulent en faire autant, mais des CRS les en empêchent. « Là, on se dit que ce n'est pas la peine d'entrer », relate Philip Poupin. Mais les CRS sont agressifs :

« Je dis : “Je suis journaliste, je suis photographe.” Je mets mes bras en l'air, et je prends un coup de matraque sur le front et un autre sur le coude. »

Son médecin lui délivrera quatre jours d'ITT. En attendant, un autre photographe (un free-lance travaillant pour Le Parisien) reçoit un coup de matraque sur son appareil photo. « Tu sais combien ça coûte ce matériel ? », crie-t-il au CRS. Il sera ensuite bousculé et perdra une optique d'une valeur de 200 euros.

Les trois photojournalistes se retrouvent bloqués devant l'opéra par un cordon de CRS. Ils protestent, disent que la police n'a pas le droit de les empêcher de travailler. Au bout d'une dizaine de minutes, un gradé intervient et les « libère ».

« T'as une carte de presse ? […] Ta gueule ! »

Si ces soirées à la Bastille furent particulièrement riches en attaques de policiers contre des professionnels récoltant des images pour l'information du public, ce cas ne semble pas exceptionnel.

Le 1er octobre, un caméraman travaillant pour le site Actusoins.com couvre une manifestation d'infirmiers. Il n'a pas de carte de presse, et l'on entend le policier lui poser la question avant de l'interpeller de manière très musclée.

Deux caméras tournent la même scène selon deux points de vue différents : celle de LCI (à 1'15'') montre l'interpellation particulièrement violente du caméraman. (Voir la vidéo)

Et ses images à lui, pour Actusoins, qui enregistrent très bien les propos tenus par les CRS.

— « T'as une carte de presse ? […] »
— « J'travaille pour Actusoins ! Vous avez pas le droit de faire ça ! »
— « Ta gueule ! » (Voir la vidéo, à 0'49)


« On s'en fout de la presse, allez hop ! Taisez-vous ! »

 


Un journaliste de Reuters empêché de filmer par la police

 


Les policiers parisiens seraient-ils donc particulièrement excités ? Non, c'est le cas en province aussi. Le dimanche 17 octobre, le journaliste David Reid, un citoyen britannique qui travaille comme correspondant free-lance pour la BBC et l'agence de presse Reuters dans la région lyonnaise, veut couvrir un blocus de routiers au péage de Villefranche-sur-Saône.

Cette fois, les propos des policiers sont beaucoup plus clairs, même si les images sont moins spectaculaires. L'un d'eux lui arrache d'emblée sa caméra des mains, avec des mots qu'on entend très nettement puisque le policier ne stoppe pas l'enregistrement :

— « Non, vous filmez pas Monsieur. C'est terminé. Le droit à l'image, non. C'est terminé. Pour l'instant, vous ne filmez pas, sinon c'est : au poste ! »

— « Donnez-moi ma caméra. »

— « Non, ici c'est la police, vous vous taisez. Vous dégagez d'ici, allez hop hop hop ! […] On s'en fout de la presse, allez hop ! Taisez-vous ! […] »

Jusqu'ici, Reuters n'avait pas diffusé ces images, que voici. (Voir la vidéo)


David Reid a été très choqué par le comportement de ces policiers, au point de contacter Reporters sans frontières :

« J'ai travaillé en Amérique centrale, en Afrique, en Inde, jamais un policier ne m'a arraché ma caméra des mains. »

« En manifestation, on peut être filmé de partout »

Face au mutisme des autorités, qui ont répondu par le traditionnel renvoi de patate chaude d'un service à l'autre (préfecture de police de Paris, direction générale de la police nationale, cabinet du ministre de l'Intérieur), Rue89 a contacté le commissaire en retraite Jean-François Herdhuin, qui décryptait pour nous cette semaine les techniques de maintien de l'ordre en manifestations.

Il ne s'exprime donc qu'en son nom propre :

« Il est très clair qu'il n'y a pas de consigne pour empêcher la presse de travailler lors des manifestations. Quand on est dans une manifestation, on peut être filmé de partout, y compris par des téléphones portables. Dans ce contexte, je ne vois pas l'intérêt qu'il y aurait aujourd'hui à museler les journalistes.

Dans le contexte parfois tendu d'une manifestation, les policiers peuvent avoir des gestes d'énervement, des rebuffades qui sont regrettables, mais ne sont pas délibérées. Pour éviter ce genre de choses, j'avais proposé qu'il y ait de multiples caméras, mais ce n'est pas encore le cas. »

Pour lui, la réaction des policiers présents à Villefranche, qui invoquent le « droit à l'image » pour empêcher un journaliste de les filmer, est clairement « une erreur » :

« Dès lors qu'ils sont sur la voie publique, les policiers sont dans l'exercice de leurs fonctions et ne peuvent donc pas invoquer le droit à l'image ou au respect de la vie privée.

En revanche, il faut se mettre à la place du policier qui rentre chez lui et qu'on interpelle dans son immeuble car on l'a vu au 20 heures. »

Dans la police, il y aurait des consignes écrites et formelles pour interdire aux policiers d'empêcher les journalistes de faire leur travail d'information du public.

Les faits montrent qu'elles ne sont pas respectées.

Dessin de Baudry

Rectifié le 22/10/2010 à 22h39 : l'épisode de l'opéra Bastille s'est déroulé le 16 octobre, et non le 12 comme les épisodes précédents dans le même quartier.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 18:40

TCHAT Libération  Vendredi 22 octobre

Les forces de l'ordre ont été dépêchées en nombre à la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne), pour en dégager l'accès, ce matin. Emmanuel Lépine, secrétaire fédéral de la branche pétrole de la CGT a répondu à vos questions.


 

La police devant la raffinerie de Grandpuits, le 22 octobre 2010.

La police devant la raffinerie de Grandpuits, le 22 octobre 2010. (Benoit Tessier / Reuters)

 

Danielle Madeleine. Cela veut-il dire que les raffineries vont se remettre à fonctionner normalement, ce qui voudrait dire que c'est la fin du droit de grève?
Emmanuel Lépine. En fait, le déblocage qui a été organisé ce matin par le préfet de Seine-et-Marne est un coup médiatique. Pourquoi? La majorité des stockages d'hydrocarbures en France se trouve dans les raffineries, y compris sous forme de pétrole brut, et ces raffineries sont à l'arrêt. Le déblocage de la raffinerie de Grandpuits ne peut que de retarder une échéance de pénurie, même si ce n'est pas la pénurie que recherche les grevistes. Sur le droit de grève, c'est une attaque directe puisque nous considérons à la CGT que les pratiques utilisées par le préfet sont des pratiques mafieuses.

Olivier. Quelles actions avez-vous entreprises pour obtenir en référé l'annulation des décrets de réquisition?
Etienne. Avez-vous déposé une plainte auprès du tribunal administratif concernant la réquisition de la raffinerie de Grandpuits pour entrave au droit de grève?
Une action juridique en référé a bien été engagée sur chaque réquisition. Dès lors que nos avocats se présentent au tribunal pour obtenir un jugement, la justice nous apprend que les réquisitions ont été retirées une heure avant l'audience, ce qui éteint l'action juridique. Nous sommes dans une situation où ne pouvons pas obtenir l'avis de la justice sur la légalité des réquisitions. Aujourd'hui, on est en là. A Grandpuis, aujourd'hui, à 16h30, on attend le jugement sur la dernière réquisition de ce matin. L'Etat joue au jeu du chat et la souris avec la justice, parce qu'il sait que ces réquisitions sont illégales.

Solidaridad. J'aimerais savoir ce que veut dire débloquer une raffinerie puisque les robinets sont fermés. Les CRS débloquent quoi? les camions pleins de la semaine dernière?
 Il y a des stocks d'hydrocarbures dans les raffineries, mais ceux-ci sont limités. Ce qui crée l'essentiel de la pénurie c'est l'arrêt des installations de raffinage.

Nikita. Sous quel régime sont engagés les ouvriers réquisitionnés (droit privé ou droit public)? Peuvent-ils refuser de travailler? A quelles sanctions s'exposent-ils?
Les salariés restent sous droit privé, c'est paradoxal, puisque c'est la puissance publique qui ordonne le travail, mais sous droit privé. Les sanctions annoncées, en cas de refus, sont des peines de prison immédiates.

Duralex. Y a-t-il selon vous une différence entre la grève et le blocage? le blocage est-il légal? Est-il moral?
Pete. Ne considérez-vous pas que la CGT met en danger le droit de grève en ne respectant pas les lois qui le réglementent et en appelant explicitement les salariés à commettre des délits en réunion ?
Jojo. Ne pensez-vous pas que les actions organisées en dehors du droit de grève à proprement parler (blocages, opérations escargot, voire violence dans le cas des ouvriers du Livre il y a quelques années, lors du lancement des gratuits en France) vont entraîner une remise en cause de la grève elle-même?
On ne peut pas accepter qu'il y ait un amalgame entre les violences qui sont commises actuellement sur le terrain, et l'expression pacifique du droit de grève. A la CGT, on est en train de réunir des preuves de nombreuses provocations policières: des gendarmes mobiles qui chargent des queues de manifestations, des infiltrations de policiers affublés de badges syndicaux et des drapeaux de la CGT dans les cortèges, des agressions, y compris à Lyon, de pompiers en grève agressés par des CRS, mais également de lycéens. La violence est du côté de l'Etat.
Sur la question des blocages, je ne sais pas si Gandhi, qui a organisé la résistance passive en Inde, pouvait être qualifié de violent, pourtant il bloquait bien l'économie, ce que font les grévistes aujourd'hui, en France.

Ulrich. Je souhaiterais savoir à quel âge personnellement vous allez partir à la retraite, et de façon plus générale, l'âge de départ à la retraite des ouvriers de chez Total.
Svp59. Pourriez-vous nous en dire plus sur le régime de retraites dont vous bénéficiez?

Le régime de retraite des pétroliers est identique à celui du régime général, sauf pour les salariés travaillant en équipes tournantes en trois huit continus. Ces salariés bénéficient d'une anticipation au départ, qui va de 3 à 5 ans suivant les entreprises. Ces salariés subissent une réduction de l'espérance de vie, justement de cinq ans, par rapport aux autres ouvriers qui, eux-mêmes, ont une espérance de vie de sept ans inférieure à celle des cadres.
 En repoussant l'âge de la retraite de deux ans, et surtout en remettant en cause ces accords pétrole sur la pénibilité, la réforme aurait pour effet de faire partir en retraite ces salariés après leur espérance de vie moyenne.

Fab38. Vous avez déclaré que «Nicolas Sarkozy ne respectait pas le droit de grève» suite à l'intervention de Grandpuits. Considérez-vous que vous respectez le droit au travail de millions de Français en bloquant les carburants?
Steph. Comment justifier dans un pays démocratique que quelques centaines d'individus, syndiqués et donc responsables socialement, bloquent le pays contre une loi dont l'application se fera dans deux ans après une échéance électorale majeure?
Islay. Si on vous écoute les blocages ne sont pas une violence et sont légaux?

Je pense que des millions de Français s'expriment en permanence actuellement, et je pense que c'est nettement mieux que lorsqu'ils ne s'expriment que tous les cinq ans. Quand on voit qu'un sondage de ce matin place 69% des gens en accord avec les grèves et les manifestations, on ne peut pas opposer les grévistes avec le reste de la population.
 On voit, à Grandpuits, ce matin, comme ces derniers jours, que les blocages ne sont pas le fait d'une minorité de grévistes, mais d'un renouvellement permanent de citoyens qui viennent exprimer leur solidarité sur place aux salariés en lutte. La solidarité première c'est de rejoindre dans la grèves les salariés grévistes.

Arnold. Pourriez-vous nous dire comment vous soutenir financièrement ? Pourriez-vous nous donner une adresse pour envoyer notre aide? Merci camarade, nous sommes de tout cœur avec vous.
Luc. Je n'ai pas de question à poser, mais vous avez toute ma sympathie dans ce mouvement.
Stéphanie Stern. Je suis infirmière et je lutte, moi aussi, contre la réforme des retraites. Je suis de tout coeur avec vous. Que pouvons nous faire pour vous aider ? Y a-t-il une caisse de solidarité ?
Votre pseudo. Pour commencer, sachez que je suis totalement avec vous dans ce mouvement de contestation. Comment puis-je apporter ma contribution au mouvement ? Peu d'argent, mais prêt à apporter une petite contribution pour que la lutte continue. Et me conseillez-vous de rejoindre des points de blocages?
Damien. Pour aider au blocage de la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne), nous avons décidé de partir dès ce soir avec des provisions  merguez, chippo, baguette, de quoi remonter le moral des personnes présentes depuis déjà plus d'une semaine...

 L'intersyndicale a décidé de proposer deux prochaines mobilisations, le 28 octobre et le 6 novembre. On appelle les salariés à élargir le mouvement de grèves en France, contre la réforme des retraites. S'agissant de la solidarité financière, les salariés peuvent adresser leurs dons à la CGT en mentionnant «lutte sur les retraites», ou se rendre sur place s'ils habitent près des lieux de raffinage pour remettre en main propre.

Albert. Ne craignez-vous pas de faire perdre le seul acquis du mouvement (non négligeable), le support de l'opinion publique?
Busta Robert. Ne craignez-vous pas un retournement de l'opinion publique, jusqu'à maintenant très favorable aux mouvements en cours, et de faire le jeu du libéralisme de Sarkozy, en asséchant les pompes à essence ?

 On ne peut pas porter la responsabilité de la situation actuelle. Par le passé, lors de grèves dans le raffinage, les pouvoirs publics organisaient la distribution de carburant et combustible de manière à ne pas pertuber l'économie ni le fonctionnement des services publiques, hopitaux, pompiers...
 Aujourd'hui, c'est le gouvernement qui porte la responsabilité de la pénurie, en restant sourd aux demandes du peuple. Toute perturbation économique actuelle tient son origine de l'intransigeance du gouvernement dans son refus de discuter.

MaPe. La CGT était-elle préparée à ces réquisitions et ce scénario avait-il été envisagé dans vos préparations du conflit ?
Non, étant donné le caractère illégal et antidémocratique des réquisitions, on ne pouvait pas imaginer de prévoir ce genre de situation. Ceci étant, on a le soutien des citoyens pour éviter tout débordement dictatorial face à une mobilisation qui s'amplifie.

Mat63. Comment envisagez-vous la suite du mouvement si la réforme est adoptée par le Sénat ?
Titou. Après l'intervention des CRS, ce matin, pour dégager l'entrée de la raffinerie et réquisitionner des grèvistes, pensez-vous continuer votre combat pour que le gouvernement accepte de revoir sa réforme sur les retraites?
Crevette. Le gouvernement ne lâche rien, comment maintenir la pression sur le long terme sans perdre le soutien de l'ensemble de la population?

 A l'heure où l'on parle, l'ensemble des 12 raffineries françaises ne produisent pas. La suite du mouvement est décidé par les gens qui travaillent dans les raffineries. Il y a donc bien une démocratie qui s'exprime, par le fait que chacun se détermine individuellement sur son droit de gréve.
 Sur la suite du mouvement, le mouvement est lancé, il s'amplifie en France, et l'on souhaite qu'il s'amplifie de façon rapide et profond. J'entendais ce matin Raffarin dire que le gouvernement ne comptait pas reculer et qu'il était déterminé. Les salariés du raffinage sont dans le même état d'esprit.
 Pendant ce conflit, à la date d'hier, a été annoncé la fermeture de la raffinerie de Reichstett, en pleine table ronde sur le raffinage, nous considérons que c'est une provocation. On est en train, d'un côté de dire que la pénurie provient de l'arrêt des raffinerie, et on annonce hier la fermeture prochaine de Reichstett, et le tribunal vient d'autoriser Total à fermer sa raffinerie des Flandres. Tout ceci dans un contexte de profits énormes des pétroliers. La lutte n'est pas terminée, nous sommes convaincus qu'on va gagner.

Merci à toutes et à tous.

 

Source: http://www.liberation.fr/politiques/1201359-raffinerie-en-greve-posez-vos-questions-a-charles-foulard

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