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20 mai 2006 6 20 /05 /mai /2006 14:54
Entretien avec Thierry Deronne, Vive Tv
Thierry Deronne :
« Chávez a compris que la critique
est nécessaire à la révolution »

La chaîne nationale culturelle et éducative Vive TV fait partie de ces nouveaux médias participatifs en pleine expansion au Venezuela. Rencontre avec son vice-président, le Belge Thierry Deronne.

par Jérôme Rivollet
17 mai 2006

Etonnante trajectoire que celle de Thierry Deronne. Happé par le continent sud-américain depuis les années 1980, ce journaliste belge a d’abord vécu au Nicaragua, avant de s’installer il y a onze ans au Venezuela. Auteur notamment du Passage des Andes [1], un documentaire sur le processus bolivarien, M. Deronne est aujourd’hui vice-président de la chaîne citoyenne Vive. Ce canal télévisuel a été créé en novembre 2003 comme un espace médiatique participatif et national. Bien que rattachée au service public, Vive s’inspire dans son fonctionnement des expériences associatives décentralisées qui fleurissent dans le pays. Lui-même est issu de la chaîne communautaire de Maracay, Teletambores. Pour Le Courrier, Thierry Deronne évoque ces médias d’un genre nouveau, leur rôle dans la transformation du pays, et la liberté de parole que ceux-ci gardent, selon lui, vis-à-vis de l’action du gouvernement.

Le Courrier : Les médias associatifs se multiplient au Venezuela, comment expliquer un tel essor ?

Jusqu’il y a trois-quatre ans, les médias privés exerçaient un véritable monopole au Venezuela. Ils nous vendaient un mode de vie très américain, auquel 80% de la population ne pouvait s’identifier car l’information délivrée ne reflétait pas ce que les gens vivaient. Le peuple vénézuélien a toujours été très rebelle, et à un moment, la majorité a fini par occuper l’espace qu’elle méritait. C’est le premier pays qui apporte ainsi une réponse au problème médiatique. Nous avons l’avantage d’avoir un appui de l’Etat en terme de légalisation du cadre associatif. Cette loi se traduit à travers la formation permanente de groupes de production parmi les citoyens, la séparation message/média, ou des conditions précises concernant la diffusion de la publicité.

La position des médias dominants pendant la tentative de coup d’Etat de 2002 [2] a-t-elle été le détonateur de cette prise de conscience ?

Non, les médias associatifs avaient déjà un cadre législatif et constitutionnel. Mais pendant le coup d’Etat, ceux-ci ont continué d’informer et ont acquis une nouvelle aura. Durant cette période, ils ont eu la possibilité de faire valoir un autre point de vue que les médias privés, majoritaires et opposés à Chavez. Les médias associatifs ont montré qu’ils étaient les plus aptes à résister. Aujourd’hui, on en dénombre entre 300 et 400, légalisés et qui fonctionnent avec des appuis de l’Etat, mais sur lesquels, j’insiste, celui-ci n’a pas de contrôle idéologique.

Dans cette émulation, Vive tient une place particulière, en étant accessible à 80% de la population. Qu’est-ce qui différencie un tel support des médias « traditionnels » ?

Premièrement, il n’y a pas de division du travail. On applique le concept de la formation permanente du personnel. Par exemple, les gens de la sécurité ou du nettoyage peuvent devenir cadreurs. Chacun peut assumer ses envies. On arrive à casser le schéma dominant du travail. Vive ne pourrait parler de démocratie participative si elle ne l’appliquait pas elle-même. Deuxièmement, les mouvements sociaux sont présents et constituent un organe de décision. Par exemple, les paysans ont réagi à notre traitement de la réforme agraire. Nous avions évoqué le problème des grands propriétaires, mais ils souhaitaient que l’on insiste d’avantage sur la manière dont ils avaient repris possession de terres et mis en valeur celles-ci. On a pris en compte leur réflexion. A Vive, les gens participent à la conception des sujets et se reconnaissent en eux.

De quelle autonomie dispose Vive pour critiquer les institutions et l’action de l’Etat ?

Lors de la création de Vive, Blanca Eekhout, la présidente de la chaîne, avait interrogé Chávez en lui demandant jusqu’où elle pouvait aller. Celui-ci a répondu par une boutade, en lui affirmant qu’il y avait besoin de critiques mais que si l’une d’elles pouvait faire tomber son gouvernement, il lui demandait juste de le prévenir une heure avant. Il y a bien sûr dans ces propos une pointe d’humour, mais cela veut surtout dire que, selon lui, la critique est nécessaire à la révolution. Chávez est un expert en judo, qui a compris qu’on peut compter sur la puissance d’un mouvement social pour faire avancer les choses. C’est son concept de « démocratie révolutionnaire ». Après, s’il y a une tentative de contrôle, on a l’arme de la constitution. Il n’y a jamais eu autant de liberté dans les médias associatifs et publics qu’au Venezuela. Non seulement on peut dénoncer la corruption mais aussi critiquer des politiques en général.

On a dû mal à concevoir qu’une chaîne financée en totalité sur des fonds publics n’ait jamais de pression de la part des autorités...

Il y a des tensions avec certains secteurs de l’Etat, parfois des ministres, parfois des députés. Mais nous devons ramener l’Etat à son devoir de prendre en compte l’avis des gens. Je citerais deux exemples. Le premier concerne des indigènes dont nous nous sommes faits les porte-voix. Ceux-ci protestaient contre l’exploitation du charbon sur leurs terres [3]. A la suite du traitement de cette affaire, Blanca Eekhout a reçu des coups de fils. Ce problème précis suscite des positions diverses dans le gouvernement. Cela montre la lutte entre le vieil et le nouvel Etat. Vive, c’est le nouvel Etat qui est en train de se construire. On y retrouve la volonté de Chávez de bouger les vieilles structures. On agit pour faire valoir les voix de l’intérieur, et l’on renforce ainsi les courants révolutionnaires. Un autre exemple est celui de la répression de paysans par des représentants de la garde nationale soudoyés par des grands propriétaires terriens. Chávez a vu le reportage que nous y avons consacré, et a fait mener une enquête. A la suite de celle-ci, le général responsable a été destitué. C’est d’autant plus significatif que Chávez est militaire.

Mais vis-à-vis d’Hugo Chavez même, la critique est-elle possible ?

Mais les gens n’ont aucun problème à critiquer les politiques et ne tombent pas dans le culte de la personnalité de Chávez ! Même lors des manifestations contre le coup d’Etat, les gens ont avant tout défendu un processus, une Constitution. Il serait bon que des « intellectuels de gauche » qui nous répètent « oui, oui mais on nous disait la même chose sur Cuba, et puis ces militaires tout de même, etc. » enquêtent sur l’immense arsenal de la démocratie participative mis en oeuvre en six ans de gouvernement Chávez.

Ces médias ne dépendent-ils pas de la présence de Chávez ? Que se passerait-il en cas d’alternance ?

S’il y a un changement de régime, il faudrait un changement de Constitution. A moins d’un coup de force, je doute très fort que la population vénézuélienne laisse faire. Quelque part, le génie est sorti de la bouteille.

Notes:

[1] Voir à ce propos : http://www.zogma.org/rubrique.php3?....

[2] [NDLR] Consultez le dossier « Coup d’État au Venezuela  » sur RISAL.

[3] Lire Alain Cassani, La pétro-révolution d’Hugo Chávez suscite des résistances, RISAL, 12 avril 2006.


Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine
www.risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1732
Source : Le Courrier (www.lecourrier.ch), Genève.
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20 mai 2006 6 20 /05 /mai /2006 14:12
Vive-fr.org :
la voix du Vénézuéla
audible en Français

Version française du site de la télévision participative Vive, le site www.vive-fr.org offre désormais la possibilité d'entendre en Français la voix des citoyen(ne)s vénézuélien(ne)s.

Difficile aujourd'hui d'entendre, voir ou lire des nouvelles du Vénézuéla par le biais des médias classiques. Un black-out quasi total en accord avec les tentatives de déstabilisation venues du nord du continent américain, troublé par le processus un peu trop démocratique mais trop peu libéral mis en place par Hugo Chavez. Ne passent et repassent que les images organisées pour rendre "dangereux, autoritaire, putschiste, populiste, terroriste, antisémite" un président Vénézuélien pourtant confirmé à son poste par huit consultations électorales depuis 1998, validées par les observateurs internationaux dont l'Union Européenne, et qui en huit ans de gouvernement a mis en place un vaste arsenal de démocratie participative, du budget participatif aux conseils communaux en passant par la légalisation des médias associatifs.

Cette campagne est pourtant en désaccord avec les volontés européennes de coopération encore confirmées au récent sommet de Vienne.

Le processus de transformation sociale du Vénézuéla passe d'abord et avant tout par la participation de ses citoyens à la construction d'un nouveau pays, d'une nouvelle société libérée du joug des multinationales qui confisquaient toutes les richesses du pays. Ce processus, la démocratie participative, est visible et palpable à tous les niveaux du pays. Y compris dans les médias. Les citoyens vénézuéliens sont encouragés à créer leurs propres télévisions participatives, communautaires, car la liberté d'expression ne s'entend plus sans la réappropriation populaire et publique des fréquences radio et télé.
En plus des 380 radios et televisions associatives légalisées et soutenues matériellement par l'Etat mais parfaitement autonomes et libres de s'exprimer comme elles le veulent, une télévision nationale participative a ainsi vu le jour, créée et alimentée, elle aussi, par les citoyens : Vive.
Cette télévision est aussi visible du monde entier par l'intermédiaire d'un site internet : www.vive.gov.ve

Cette télévision recueille, amplifie jour après jour le flot continu de paroles libres, critiques, créatrices des venezuelien(ne)s eux-mêmes. La nouveauté d'un processus comme celui du Vénézuéla - ces milliers de citoyen(ne)s qui critiquent, inspectent, dénoncent, proposent, rêvent tout haut - permet de mettre à jour une véritable information d'un peuple devenu sujet et acteur et non plus objet des médias.

www.vive-fr.org est désormais la voix française du Vénézuéla. Dans la rencontre avec la vision française de la démocratie participative, ce nouveau site internet sera à la fois la traduction de cette libre expression des citoyens vénézuéliens et le support de la libre pensée des citoyens français qui croient que le Vénézuéla est en train de prouver l'existence d'une alternative politique au libéralisme. Pour y croire, il suffit de lire au jour le jour, les dépèches de Vive-fr.org.

Thierry DERONNE et René BALME

T. Deronne est Vice Président de VIVE  www.vive.gov.ve
R. Balme est Maire de Grigny 69520 Fondateur de ViVé www.vive-fr.org

Contacts en France : Thierry Borde : 04 72 49 52 31 tborde@sitiv.fr
Contatct Vénézuéla : Thierry Deronne : teletambores@yahoo.fr

http://www.grigny-citoyenne.org/newsletter/subscribe.php
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