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Mobilisation

14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 18:07
  

     Réfugiés dans le lit du Var, à cause de l’absence d’emplacement disponible, un groupe de roms est menacé par les crues de ce fleuve. Alors que le préfet, dans un premier temps, propose une installation provisoire, Estrosi et Ciotti, qui, depuis des années font concurrence au Front National, s’opposent à cette installation. Selon le maire de Nice qui cherche à dresser la population contre les étrangers, la présence des Roms est contradictoire avec la construction d'une cantine scolaire et la création d'une nouvelle voie de 40 m liée au projet Ikea. Quant au député Ciotti, il reprend la thématique raciste du risque d’invasion en fustigeant la circulaire du gouvernement, pourtant bien timide, qui retarderait l’expulsion en Roumanie et créerait un “appel d’air”. 

  

 C’est maintenant le préfet lui-même qui accélère l’exécution de la décision d’une justice visiblement sensible aux arguments d’Eric Ciotti. Il renforce ainsi la position de ces édiles de l’UMP pour lesquels tous les hommes ne se valent pas !


    Encore plus grave : il décide de renoncer à l'hébergement que, pourtant, la circulaire Valls préconise pour les familles insérés dans le tissu local et, comble du comble, il décerne des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), pour expulser vers la Roumanie des ressortissant-e-s européen-ne-s. C’est l’Europe forteresse qui s’impose, non seulement pour les migrant-e-s, mais aussi pour ses propres habitant-e-s.

    Les Alternatifs, totalement partie prenante des actions que mènent les diverses associations de la ville et du département pour empêcher que ces familles ne se retrouvent à la rue et soient expulsés, favorables à la libre circulation et installation des personnes, s’opposent vivement au traitement inhumain et dégradant que la France fait subir aux roms depuis plusieurs années Dans la vallée du Var, ce traitement est aggravé par les déclarations des principaux élus UMP, visant à faire des roms les boucs-émissaires du ressentiment populaire.


    Ne nous trompons ni de colère ni d’adversaire ! C’est contre les patrons voyous qui licencient français-e-s et immigré-e-s à tour de bras et contre les politiciens complices, particulièrement dans les Alpes-Maritimes, que, toutes et tous ensemble, nous devons lutter.

La coordination départementale des Alternatifs

Nice, le 13 mai 2013

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 16:49

Régularisation

 

PETIT PAPA MANUEL
C'est la belle nuit de Noël,
La neige étend son manteau blanc,
Et les yeux levés vers le ciel,
à quoi pensent certains enfants ?
Avant de fermer les paupières,
ont une dernière prière.
Petit papa Manuel
Quand tu m’enverras au ciel
Avec tes amis policiers
N’oublie pas, j’allais au lycée
Mais avant de partir
Je voudrai quand même te dire
En France, je me sentais chez moi
C’est un peu à cause de tes droits
Il me tarde tant que ton peuple se lève
Pour crier qu’il faut me laisser…
Vivre ici un peu plus longtemps mes rêves
Et me donner des papiers
Petit papa Manuel
Si tu regardes bien le ciel
Les étoiles y brillent par millier
Comme moi dans mon petit lycée
Je voulais aussi te dire toute ma peine
Et combien de fois j’ai tremblé
En imaginant cette triste scène
Celle de mon père arrêté
Petit papa Manuel
Quand tu envoleras au ciel
Mon petit papa adoré
N’oublie pas qu’il va me manquer
La circulaire est arrivée
Et moi je reste dépité
J’avais vaguement imaginé
Pouvoir rester et m’intégrer
Alors je prépare mon bachot
En attendant des jours plus beaux
Petit papa Manuel
Si tu regardes bien le ciel
Les étoiles y brillent par millier
Tant de mondes que j’aimerais explorer
Toi aussi un jour tu as eu mon âge
Et la France elle t’a adopté
As-tu oublié tous ces bons visages
Qui-t'ont laissé t’installer
Petit papa Manuel
Regarde bien dans ce ciel
La valse des petits papiers

N’oublie pas mon petit soulier

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 15:52
 

Le conseil des ministres vient d'adopter un projet de réforme de la loi de 1990 sur les hospitalisations sous contrainte qui permettrait d’introduire l’extension de l'obligation de soin au-delà du temps de l’hospitalisation, c'est à dire y compris à domicile.

Le collectif des 39 contre la nuit sécuritaire dénonce vivement le contenu de ce projet sous tendu par une seule et unique idéologie : « les malades mentaux doivent être traités comme des délinquants et des récidivistes voire des criminels potentiels ».

Le soin en psychiatrie n'est pas une succession et un assemblage de techniques. C'est un mensonge de faire croire qu'une sélection de « bonnes pratiques » professionnelles reproductible d'une personne à une autre soulagera la souffrance de chacun. Chaque sujet est singulier et appelle à une proposition spécifique de soin.

Un dispositif gestionnaire, policier et sécuritaire se met progressivement en place depuis plusieurs années et tend à se substituer aux véritables soins dont les malades ont besoin.

Donner l'illusion de répondre à la détresse des malades et à l'inquiétude des familles par un système de contrôle permanent est une imposture qui ne fera qu'aggraver les conditions d'accueil des patients et de travail des soignants.

Nous dénonçons cette dangereuse dérive qui interdit toute possibilité de construire un projet sanitaire de qualité pour l'avenir qui tiendrait compte de la singularité des situations.

Le collectif demande le retrait immédiat de ce projet indigne et appelle à une mobilisation la plus large possible des patients, des familles, des professionnels, et des responsables politiques pour le faire abroger.

Article sur le site : http://www.collectifpsychiatrie.fr/?p=1278
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 15:13

LEMONDE.FR  le 02.02.11

 

   

Une vidéo montrant un gradé de la gendarmerie faisant usage de gaz lacrymogène contre des manifestants apparemment inoffensifs à Anduze (Gard) circule sur internet et sème l'émoi dans la gendarmerie, a-t-on appris de plusieurs sources. Mis en ligne le 23 janvier, le document totalise 72 000 vues ce mercredi 2 février et a été cité par le Canard enchaîné.

 

La direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) a indiqué mercredi à l'AFP n'avoir "aucun commentaire à faire pour l'instant" sur cette vidéo. Elle a précisé "qu'à ce jour (mercredi) il n'y a pas d'enquête disciplinaire engagée" contre ce gradé.

Contactée par Le Monde.fr, la gendarmerie d'Anduze renvoit vers l'échelon supérieur, la gendarmerie d'Alès. En déplacement, le commandant de la compagnie, Frédéric Warion, n'était pas joignable mercredi en début d'après-midi.

"VIOLENCE INOUIE"

Les manifestants. avaient, le 21 janvier dernier en gare d'Anduze, bloqué, par un sit-in sur les voies, un train touristique régional afin de protester contre une réorganisation locale de communes. Ces manifestants défendent la survie de la communauté de communes d'Anduze, menacée selon eux par l'extension de celle d'Alès.

La vidéo montre un (commandant) chef d'escadron aspergeant de gaz lacrymogène des personnes âgées et des élus, apparemment pacifiques. Il semble agir sans sommation, dans le document. Et vise le visage des manifestants. S'ensuivent des contacts avec les manifestants. Certains dénoncent des coups de matraque. L'un d'entre eux montre son tibia, surmonté d'une grosse bosse.

"LES RUSHES CHEZ UN HUISSIER"

De source proche de la DGGN, on a précisé que cette vidéo était "sans aucun doute parcellaire" et que la "manifestation n'était pas aussi pacifiste qu'on veut bien le dire ou le montrer".

Alain Beaud, de la communauté de communes d'Anduze, réplique : "Il n'y a eu absolument aucune violence ou dégradation de la part des manifestants, avant l'intervention des gendarmes." Quant à  la vidéo, il affirme : "Le réalisateur m'a dit qu'il avait déposé les rushes complets chez un huissier, par précaution. Ils sont à la disposition de la justice."

L'incident a suscité des vives protestations des élus locaux : il s'agit d'une "violence inouïe". Sur des blogs et sites de gendarmes — tenus en tant que militaires à un strict devoir de réserve —, qu'elle sème l'émoi parmi les gendarmes.

Son passage sur le forum Gendarmes et citoyens a suscité 120 commentaires, souvent très sévères envers les gendarmes visibles dans la vidéo.

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 16:20

Publié sur ACRIMED le 26 janvier 2011 par Julien Salingue


L’auteur du livre actuellement le plus vendu en France, invité sur de nombreux plateaux, interdit de parole à l’ENS ? L’affaire allait, sans nul doute, faire grand bruit. Et pourtant... L’interdiction d’une conférence-débat à l’ENS qui devait se tenir en présence de Stéphane Hessel, portant sur la criminalisation du mouvement militant en faveur du boycott d’Israël [1], n’a pas été ouvertement condamnée par la plupart des grands médias traditionnels, farouches défenseurs de la liberté d’expression, mais uniquement quand elle se confond avec la liberté de la presse, voire de leur presse.

Si quelques médias indépendants se sont clairement prononcés, la presse écrite, dans ses versions imprimées ou électroniques, a très tardivement et très peu réagi et, lorsqu’elle a évoqué l’affaire, l’a fait de manière approximative, partielle et parfois surprenante. Retour sur une tragicomédie en 4 actes.

Acte I : Un silence remarquable

La décision d’interdire la conférence à laquelle était convié Stéphane Hessel a été rendue publique le 12 janvier. Dès le 13, le Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), par la voix de son président Richard Prasquier se félicite de cette annulation et revendique, à mots à peine couverts, sa responsabilité dans la décision prise par la direction de l’ENS : « Valérie Pécresse, Ministre des Universités, ainsi que le rectorat de l’Université de Paris que nous avons contactés en urgence ont réagi sans ambiguïté : je leur rends hommage, ainsi qu’à Claude Cohen Tanoudij, Prix Nobel de Physique, Bernard Henri Lévy et Alain Finkielkraut, tous anciens élèves de l’Ecole Normale Supérieure ». Plusieurs organisations et associations membres du « Collectif National pour une Paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens » réagissent à leur tour et condamnent cette décision. C’est ainsi que l’Association France-Palestine Solidarités publie sur son site, le 15 janvier, le texte d’un « Collectif de Normalien-ne-s indigné-e-s d’une ENS indigne  », rédigé le 14 janvier par plusieurs élèves et enseignants de l’ENS.

L’information est donc, dès le 13-14 janvier, connue, publique et disponible. Gilles Paris, rédacteur en chef adjoint du service International du Monde, l’évoque d’ailleurs sur son blog le 14 dans un billet intitulé « Stéphane Hessel indigne le Crif »...

Mais un tour d’horizon des grands quotidiens nationaux et de leurs sites, ainsi que des sites des hebdomadaires et des dépêches d’agences nous apprend que l’information ne mérite même pas leur attention : l’annulation de la conférence n’est évoquée nulle part. Ce n’est pourtant pas tous les jours que l’auteur du livre le plus vendu en France (950 000 exemplaires imprimés à l’heure actuelle...) et qu’une ancienne Garde des Sceaux (Elisabeth Guigou) sont privés de la possibilité de s’exprimer dans un « haut lieu de la culture » comme l’ENS. Ce n’est pas tous les jours, non plus, qu’une organisation qui a pignon sur rue comme le CRIF déclare qu’une Ministre en exercice (Valérie Pécresse) et deux intellectuels des plus médiatiques (Finkielkraut et BHL) – qui ont démenti depuis - sont intervenus pour faire empêcher une réunion publique... Vous avez dit « silence assourdissant » ?

Acte II : Une dépêche AFP bricolée... mais largement reprise

L’information continue néanmoins de se diffuser, par ce que l’on a coutume d’appeler les « réseaux militants », mais aussi grâce à L’Humanité et à des sites comme rue89 et surtout Mediapart qui semblent, davantage que la presse traditionnelle, considérer l’événement digne d’intérêt. Est-ce pour cette raison que l’AFP se décide finalement, le 17 janvier, soit 5 jours après l’annulation, à publier une dépêche ? Nul ne le sait. A moins qu’une dépêche antérieure nous ait échappé – Acrimed n’est pas abonné à l’AFP - une première dépêche paraît donc le 17 en début d’après-midi : « Normale Sup annule un colloque d’Hessel décrié par des associations juives ». Une seconde, version un peu plus « étoffée » de la première, suivra aux environs de 17h. L’information telle qu’elle est diffusée par l’AFP est, comme bien souvent, reprise à l’identique ou à peine modifiée sur divers sites de journaux (Libération, Le Figaro, Le Nouvel Obs, 20 minutes, Les Echos...).

Le Monde se singularise en mettant en ligne sur son site un article plus fourni... après s’être singularisé quelques jours plus tôt en publiant dans l’édition datée du 15 janvier un long entretien avec Stéphane Hessel, dans lequel il n’est à aucun moment fait mention de l’interdiction. Peut-être l’entretien a-t-il été réalisé avant « l’affaire ». Mais un addendum n’aurait-il pas été le bienvenu ?

La dépêche AFP, largement reprise, est un modèle de bricolage et d’approximations journalistiques. Ainsi, la première version « présente » la conférence comme suit : « Cette conférence avait pour objet de soutenir une campagne de boycott contre Israël (Boycott, Désinvestissement, Sanctions, BDS), a affirmé à l’AFP le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier ». Rien de plus. L’AFP a donc choisi de reprendre, pour présenter l’objet d’une conférence, les termes de son plus farouche détracteur. Etonnant... Dans la seconde version de la dépêche, un membre du comité organisateur, Florian Alix, est interrogé. Mais sa parole et son honnêteté sont mises en doute par le ton et les termes de la dépêche : on y lit en effet que la conférence est « présentée comme un débat sur la liberté d’expression ». On retrouve cette méfiance sur les divers sites, par exemple sur celui du Nouvel Obs : « Le colloque était présenté comme un débat sur la liberté d’expression ».

Dominique Vidal, du Monde Diplomatique - qui devait intervenir lors de la conférence - a d’ailleurs adressé une lettre au PDG de l’AFP, publiée par Mediapart, dans laquelle il pointe d’autres erreurs factuelles et pose un certain nombre de questions :

« Il suffit de lire ce texte pour voir que son rédacteur a interrogé longuement les responsables et partisans de l’interdiction de la conférence-débat à laquelle Stephane Hessel devait prendre part mardi 18 à l’ENS de la rue d’Ulm, mais nettement moins les personnes qui l’avaient organisée, celles qui devaient y intervenir ainsi que les personnalités, associations, partis et syndicats ayant protesté contre cet acte de censure - à la seule exception de Florian Alix ».

Où sont les réactions du principal intéressé, Stéphane Hessel, pourtant facilement joignable par téléphone et par mel ? » […]

Pourquoi ne pas avoir contacté Leila Shahid, dont les coordonnées à Bruxelles, où elle représente la Palestine, sont connues de tous ? Et Benoit Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la Magistrature ? Et les enseignants comme les étudiants de l’ENS, premières victimes de cette censure ? [...]  »

Questions légitimes, auxquelles on pourrait en ajouter d’autres, à l’attention de l’AFP mais aussi des journalistes et des journaux qui ont repris l’information telle qu’elle était présentée par l’Agence et n’ont pas cherché à enquêter un peu plus. Par exemple :

- Pourquoi ne pas avoir contacté Valérie Pécresse, le rectorat de Paris, BHL et Alain Finkielkraut, qui, d’après le CRIF, seraient intervenus pour faire annuler la conférence ?
- Pourquoi ne pas avoir contacté d’autres « associations juives » que le CRIF ?
- Pourquoi ne pas s’être penché sur les conférences organisées à l’ENS par le passé, afin de vérifier si les motifs invoqués dans le cas qui nous préoccupe ont déjà justifié des annulations de ce type ? Certains auraient pu constater, en poussant l’investigation jusque sur un site aussi confidentiel que Facebook, qu’au moins une conférence récemment organisée à l’ENS semble démontrer que les explications fournies par sa directrice ne sont probablement pas aussi honnêtes qu’elles peuvent en avoir l’air.

Sauf erreur ou omission de notre part, aucun quotidien national, ni dans sa version papier ni sur son site, ne s’est ainsi demandé si cette interdiction était une première, que ce soit à l’ENS ou dans un autre établissement du même type. Seule la Charente libre, dans une comparaison qui n’engage que son auteur, a fait remarquer que l’annulation de la conférence-débat du 18 janvier avait de quoi surprendre, au regard d’autres événements passés : « En avril 2007, en pleine campagne présidentielle, Jean-Marie Le Pen avait été invité par le magazine Elle dans les locaux parisiens de l’Institut de sciences politiques. Les étudiants avaient protesté, mais le chef du FN avait pu discourir dans les locaux de l’IEP ».

Acte III : un rassemblement... qui n’a pas existé

Les organisateurs de la conférence-débat l’avaient annoncé : pour protester contre la décision de l’ENS, un rassemblement, au cours duquel plusieurs des personnalités qui devaient intervenir dans les locaux de la rue d’Ulm ont pris la parole, a été organisé le mardi 18 janvier, place du Panthéon. Cette initiative n’était pas clandestine, puisque même les dépêches AFP en parlaient : « Le comité d’organisation de la conférence, composé de plusieurs associations pro-palestiniennes, dénonce désormais la "censure" dont il ferait l’objet et appelle à participer mardi à Paris à un rassemblement "pour soutenir la liberté d’expression" ».

Nous nous sommes rendus sur place, et avons pu constater, non seulement la présence de plusieurs centaines de personnes, mais aussi de nombreuses personnalités qui se sont succédées à la tribune installée au pied du Panthéon : Stéphane Hessel bien sûr, mais aussi, entre autres, Leïla Shahid, Cécile Dufflot, Alain Krivine ou encore Daniel Garrigue, député UMP. Plusieurs d’entre eux ont rappelé qu’au-delà de leurs divergences (y compris sur le boycott), ils soutenaient la liberté d’expression et le principe de l’annulation des poursuites contre les militants de la campagne BDS. Tous se sont « indignés » de la « censure » dont étaient victimes Stéphane Hessel et les autres intervenants prévus lors de la conférence. Tous ont condamné la démarche du CRIF et la décision de la direction de l’ENS. Un événement et un plateau assez inhabituels. Et pourtant...

Et pourtant, la quasi-totalité des quotidiens a « oublié » de rendre compte de cette initiative,que ce soit dans leur version papier ou sur leur site. Les « tribunes libres » en plein air ne les intéressent manifestement pas. Une... dépêche AFP a pourtant été publiée le soir même : « Manifestation à Paris après l’annulation d’une conférence d’Hessel à l’ENS ». Curieusement, elle n’a été reprise nulle part. Est-ce parce que la teneur et le contenu des propos des intervenants ne « cadraient » guère avec la façon dont ces médias avaient présenté la conférence ? Est-ce parce que le large spectre des participants (gauche politique et syndicale, Ligue des Droits de l’Homme, magistrats, élus de droite...) ne correspondait guère à la caractérisation de « pro-palestiniens », utilisée dans les précédentes dépêches AFP et largement reprise ? Non seulement la dépêche n’a pas été reprise (événement rare) mais de plus aucun de ces journaux n’a jugé bon de faire une quelconque allusion a l’initiative. Elle est évoquée rapidement par Libération (« Hier soir, à l’appel des organisateurs du colloque interdit, un rassemblement "contre la censure et pour le respect des libertés démocratiques" s’est tenu place du Panthéon, non loin de l’ENS »). Mais les lecteurs n’en sauront pas plus. Ils n’avaient qu’à se déplacer.

Acte IV : la liberté d’expression en « débat »

L’explication de ce traitement a minima de « l’affaire » et du silence sur le rassemblement tient peut-être dans cette lumineuse et lugubre prédiction formulée à la fin d’un article publié le 18 janvier sur le site du Nouvel Obs : « Autour du mythique "bassin aux Ernest" de la rue d’Ulm, certains redoutent que l’atmosphère vire à l’Intifada dans les prochains jours ». « Certains » ?

Tout semble indiquer qu’une fois de plus, la question palestinienne et la critique de la politique d’Israël sont considérées comme une « patate chaude » dont nombre de journaux préfèrent se débarrasser. Mais en l’occurrence ce ne sont pas sur les controverses au sujet d’Israel et de la Palestine que ces journaux se sont tus, mais sur la liberté d’expression à leur propos !

C’est ainsi que l’article de Libération cité plus haut a été publié dans la rubrique... « Culture ». C’est ainsi, surtout, qu’après une évocation très factuelle (et très approximative) de l’annulation et de ses motifs, l’événement a été « transféré » dans les pages « débats » de différents journaux, notamment Le Monde et Libération. Le quotidien dirigé par Laurent Joffrin a publié, le 18 janvier, une tribune signée par de prestigieux « anciens » de l’ENS, dont Alain Badiou, Etienne Balibar et Jacques Rancière : « Pourquoi a-t-on annulé la conférence d’Hessel à l’ENS ? ». Dans son édition datée du 25 janvier, Le Monde publie à son tour un « point de vue », celui de Stéphane Hessel et Régis Debray : « Une censure indigne ». Les auteurs des textes y condamnent sans ambiguité la décision de la direction de l’Ecole. Mais leur « point de vue » n’engage évidemment pas les deux quotidiens. Il est soumis au « débat ». Plus intéressant encore, Libération publie deux tribunes le 21 janvier : « Ce que nous voulions dire à l’ENS », par Benoîst Hurel et Patrick Henriot, du Syndicat de la Magistrature, et « Monsieur Hessel est obsédé par Israël », par Richard Prasquier, du CRIF. Les deux « points de vue » sont ainsi invités à s’exprimer. Tout semble logique. Ou presque.

Depuis quand Libération, Le Monde et les autres considèrent-ils que la liberté d’expression fait « débat » ? Les deux tribunes publiées par Libé le 21 janvier sont à ce titre emblématiques, non pas tant sur le fond que sur la forme : le journal accorde en effet à peu près 5000 signes aux deux « parties », aux censeurs et aux censurés, sans se prononcer à aucun moment sur le fond de l’affaire. Cette mise en scène a de quoi surprendre, car elle semble indiquer que « tous les points de vue se valent », et que Libération n’aurait rien à dire sur la liberté d’expression et sur le silence imposé à Stéphane Hessel. On a connu le quotidien plus téméraire par le passé, et nul doute qu’il le sera de nouveau à l’avenir. Mais sur d’autres sujets.

De toute évidence, une information concernant de près ou de loin Israël et/ou les Palestiniens n’est pas une information comme les autres, et impose des précautions, ou une discrétion, exceptionnelles. Une prudence qui, dans le cas qui nous occupe, a fait perdre tout esprit critique aux responsables de rédaction.

En effet, ce qui était (et demeure…) en question n’est pas, du moins du point de vue journalistique et du nôtre, de « prendre partie » pour Israël ou pour les Palestiniens, ni de se prononcer « pour » ou « contre » le boycott d’Israël [2]. Il s’agit de savoir si l’on considère normal d’interdire à un ancien ambassadeur de France, une ancienne garde des Sceaux, une députée israélienne, des magistrats... de s’exprimer dans une « Grande école ». Ne sommes-nous pas en droit d’espérer que le caractère passionné de certains débats autour de la question palestinienne ne soit pas un prisme déformant qui empêche le traitement correct d’une information comme la censure de la conférence à l’ENS ?

À moins de considérer que la nécessité d’informer de manière rigoureuse et la défense de la liberté d’expression sont des notions à géométrie variable. Quitte à rejoindre, malgré soi, le camp d’Ivan Rioufol, éditorialiste du Figaro qui, alors qu’il s’insurge contre la « censure » (imaginaire) dont serait victime l’omniprésent Eric Zemmour, n’a pas eu un mot au sujet de celle (bien réelle) du débat de l’ENS [3].

À moins aussi d’accepter de se plier aux injonctions de chroniqueurs comme Raphaël Enthoven qui, dans un monumental article publié sur le site de L’Express, explique que tout ceci n’est en réalité qu’une banale affaire... d’antisémitisme. Evidemment. Contre toutes les évidences, et contre les revendications du Crif lui-même, Enthoven s’insurge : « Non, le Crif n’a pas censuré Stéphane Hessel ». Certes le CRIF n’a pas censuré, mais il est intervenu auprès de la Ministre des Universités. Pourquoi ? Pour l’informer de la tenue de la conférence ? Rappelons que Raphaël Enthoven est philosophe. C’est pourquoi il peut écrire en toute logique : « […] A aucun moment, le CRIF n’a revendiqué le moindre rôle dans une telle décision. Rien n’autorise à établir [...] la moindre influence du CRIF sur la décision de la directrice de l’ENS. Qu’importe. Le CRIF s’en réjouit ? Donc, il en est l’instigateur ! CQFD. Quand il s’agit des juifs, on ne croit plus au hasard. Les coïncidences sont toujours des collusions ». Et de se réjouir lui aussi de l’interdiction.

***

Une démonstration qui se passe de commentaires. Mais qui révèle à quel point les silences inquiets ouvrent la porte aux indignations sélectives et aux amalgameurs professionnels. On ne peut que s’interroger sur le crédit dont peuvent bénéficier ces médias qui – il faut le redire – ne défendent la liberté d’expression que lorsqu’elle se confond avec la liberté de la presse, le plus souvent la leur. Chacun pour soi ?

Julien Salingue

Notes

[1] Plus précisément des militants français du mouvement international Boycott-Désinvestissement-Sanctions, qui prône un isolement politique et économique de l’Etat d’Israël tant que celui-ci ne se conformera pas au droit international. La « charte » du mouvement est disponible sur le site BDS France.

[2] Débat auquel Libération a consacré une utile double page (dans laquelle il n’est pas fait mention de la conférence annulée) le 24 janvier, alors que nous rédigions cet article.

[3] Comme l’a fait remarquer Sébastien Fontenelle, sur son blog.

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:00

Ce qui c'est passé place Bellecour à Lyon, le 21 octobre 2010, ne peut pas être la simple décision d'un préfet. Le gouvernement est aux abois, et comme tout monstre à l'agonie, il peut être très dangereux. Ces gens qui nous gouvenenent sont des malades, sans grande culture et pas très intelligents, mais ils ont un réflexe de survie et un pouvoir de malfaisance aigus. Le gouvernement a donc choisi que la grande leçon soit donnée à Lyon, place Bellecour le 21 octobre 2010. Alors, apprenons cette leçon, découvrons ce gouvernement dit d'ouverture qui enferme les jeunes tout un après-midi, pour les gazer, les matraquer, les affoler.

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses, puisque nous devions nous retrouver, avec quelques collègues, dans un restaurant de la place Bellecour. À 20 heures, calme et désertée, la place était encore bloquée. Après avoir parlementé avec des robocops qui interdisaient l'accès, et ne semblaient pas comprendre grand-chose : oui, non, faites le tour, c'est aussi bloqué, l'un d'eux nous a accompagnés, un collègue et moi, jusqu'au restaurant, devant lequel était garée une fourgonnette d'autres robocops. Des collègues étaient déjà là. Nous avons trinqué, et de l'autre côté de la vitre, un robocops qui ôtait son harnachement, a symboliquement trinqué avec nous, brandissant une bouteille  de vin presque vide, heureux d'être con et vulgaire, comme son pote à la Rollex et aux talonnettes.

Retour sur l'action des forces de l'ordre place Bellecour 21/10/10

Le témoignage de 5 étudiants
parqués comme des bêtes

En ce 21 octobre, nous avons vécu ce que l'on pourrait appeler une garde à vue à ciel ouvert Place Bellecour à Lyon.

Tout commence en début d'après-midi, nous savons qu'un rassemblement pacifque est organisé place Antonin Poncet par l'UNL et la CGT (dans son petit break blanc). En tant que citoyens et concernés par l'amalgame jeune = casseur il nous semble important d'aller manifester dans le calme avec les jeunes et les syndicalistes.

Le dispositif policier déployé est impressionnant et dès la rue Victor Hugo on assiste à des barrages fltrants. Les CRS nous laissent passer sans aucun contrôle à notre grand étonnement. Nous sommes donc sur la place Bellecour.

Un grand nombre de personnes tentent d'accéder à la place Antonin Poncet, nous avons le cortège en visu. Cependant, le GIPN est présent et lourdement armé. Une ligne de CRS bloque de tous les côtés l'accès à la place d'où doit débuter la manifestation. Nous pensons qu'il s'agit juste d'une mesure temporaire.

Nous tentons de regagner la place en passant par la rue de la Barre. C'est alors que nous découvrons deux blindés anti-émeutes armés de canon à eau placés respectivement à l'entrée de la rue du Président Édouard Herriot et à la rue Gasparin. Ça commence à chauffer là où les CRS bloquent l'accès à la manifestation : premiers tirs de gaz lacrymo sur les personnes agglomérées dans la place Antonin Poncet et celles de l'autre côté de la ligne de démarcation.

Nous demandons alors aux CRS disposés en ligne rue de la Barre si nous pouvons sortir de cette place. « On ne veut pas se prendre des cailloux, ni des gaz nous voulons juste manifester pacifquement de l'autre côté de la rue» . Réponse sèche nous disant que de toute façon le secteur est bouclé et que les ordres sont clairs. Personne ne sort. On nous dit alors d'aller nous mettre au fond de la place (côté Saône) pour éviter les gaz et que « peut-être » là bas nous pourrions sortir.

La situation est inédite, nous faisons le tour de la place, toutes les rues adjacentes sont bloquées, à chaque barrage où nous demandons de sortir on nous répond toujours que c'est impossible. Et pourtant nous voyons des personnes qui arrivent à passer sans problème les barrages de CRS. Les personnes de plus de 25-30 ans sortent sans problème de cette place. Il est clair que le mot d'ordre est de laisser entrer les « jeunes » dans la place et de ne pas les laisser sortir pour une durée indéterminée.

Nos inquiétudes sont confrmées par un CRS qui nous dit que de toute façon « vous les jeunes vous ne sortirez pas avant 20h et même 21h si cela est nécessaire ».

Cela fait déjà 1h30 que nous attendons. Pas de mouvement, on croirait que le temps s'est arrêté. Il semble que le commandement central soit muet, les CRS au milieu de la place en petit groupe sont plus que détendus, enlèvent leurs casques, fument et parlent même avec les jeunes. L'hélicoptère de la gendarmerie ne cesse de tourner au-dessus de nous, équipé d'une caméra il passe et repasse au dessus des jeunes. Le climat est presque détendu. Mais il ne le restera pas longtemps : des groupes de CRS font des rondes, passent et traversent la place Bellecour pour « réveiller » les jeunes, peut-être trop calmes ? Deux policiers de la BAC tournent sur une moto depuis une bonne demi-heure dans la place.

Nous attendons, encore, toujours. C'est au bout de 3 heures que le harcèlement policier commence à porter ses fruits. Les jeunes au début très dispersés et calmes commencent à se rassembler et demandent à sortir.

Les jeunes sont pris dans un mouvement de foule, la police toujours en bloquant les sorties de la place, tire des grenades lacrymogènes sur le groupe nouvellement formé.

Des jeunes après s'être fait gazer se font matraquer. Il est impossible de sortir.

Les forces de l'ordre délivrent alors un message hallucinant depuis les fourgons blindés anti-émeutes : « Attention. Si vous ne vous dispersez par maintenant, nous allons devoir faire usage de la force ». Mais comment vont se disperser les jeunes alors que tout est bloqué ?

Au même moment, nous étions bloqués à un barrage en tentant de sortir pour la « 10e » fois. Les forces de l'ordre donnent l'assaut et balance la sauce sur des jeunes non armés, totalement encerclés et sans aucune protection : Canon à eau, gaz lacrymo sous toutes ses formes, matraquages, fumigènes, bangs, ...

Après cet assaut insensé il nous est ordonné de nous présenter à une sortie (enfn ouverte !) direction quai de Saône. L'humiliation continue : Contrôle d'identité avec des agents recensant toutes les infos sur chaque personne présente, fouilles corporelles et photographies. De plus la presse est là pour flmer la prise du jour. Tutoiement et petites blagues racistes de rigueur. On fait passer tous les « beurres » chez le photographe des RG. Ceux qui n'ont pas de pièce d'identité seront systématiquement mis en garde à vue et « stockés » dans les cars que nous voyons au loin sur le pont Bonaparte.

Voici comment l'État français traite sa jeunesse et ne résout en rien les problèmes d'insécurité. Il faut noter que seulement FR3 Rhône-Alpes et TLM ont fait état de ce qu'il s'était passé (à demi-mot cependant). FR2, chaîne de service public, à quand même réussi à dire que la place Bellecour était prise « toute l'après-midi par des casseurs ».

J'hallucine, les casseurs il n'y en avait que très peu, le reste est resté bloqué sous l'œil des caméras qui ont pu tourner des images et contribuer à la désinformation gouvernementale.

Ce sont des méthodes dignes d'un régime fasciste :

  • Humiliation
  • Violence gratuite
  • Atteinte au droit fondamental d'aller et venir

Un seul mot me vient à l'esprit : RÉSISTANCE.

5 étudiants
parqués comme des bêtes

Sources et informations complémentaires

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 00:16

Malgré les dénégations des autorités, vidéos et témoignages montrent que la police empêche la presse d'informer le public.

« Il n'y a évidemment pas de consigne », répond officiellement la police nationale quand on l'interroge sur plusieurs cas de journalistes dont le matériel a été matraqué ou confisqué par des CRS, quand les personnes n'ont pas été elles-mêmes violentées ou interpellées. Plusieurs documents et témoignages recueillis par Rue89 montrent pourtant une nervosité assez fréquente pour empêcher ces journalistes de rapporter au public des images des manifestations.

Il y a eu ce cas du mardi 12 octobre au soir, près de la Bastille à Paris : un preneur de son de TF1 et un journaliste de Canal + avaient été frappés et molestés par des CRS. Le second n'était pas en service, mais l'IGS, la police des polices, a tout de même été saisie.

Sur cette photo inédite qu'a obtenue depuis Rue89, on voit le journaliste de Canal+, à terre, brandissant sa carte de presse. Encore plus parlant est le haut de la scène : un caméraman filme, tout en tenant lui aussi sa carte d'identité professionnelle. Malgré cela, le CRS qui lui fait face l'asperge -ou s'apprête à l'asperger- de gaz lacrymogène.

Agression de deux journalistes par des CRS place de la Bastille à Paris, le 12 octobre 2010 (DR)

« Un CRS m'a mis un coup de poing, direct »

Toujours dans le quartier de la Bastille, encore le même soir, une manifestante est violemment frappée par un CRS. Elle est étudiante en photographie, et ne possède pas encore de carte de presse.

Mais comme les photojournalistes professionnels, Capucine Granier-Deferre utilise un appareil photo sophistiqué, le genre de matériel que son prix rend généralement inaccessible aux amateurs. Il est en tout cas volumineux, et donc visible par quiconque, y compris un CRS. Elle récolte pourtant un coup de poing qui lui vaudra six jours d'interruption temporaire de travail (ITT) et la conduira à déposer plainte à l'IGS :

« Avec d'autres photographes, on s'est retrouvés pris dans une souricière dans cette rue. Une ligne de policiers s'est mise devant nous. Un CRS a frappé un manifestant, j'ai mis mon bras pour me protéger, et là il m'a mis un coup de poing direct. » (Voir la vidéo tournée par le journaliste William Amsellem)


Une manifestante violemment frappée au visage par un CRS

« Je dis : “Je suis journaliste, je suis photographe.” »

Cinq jours plus tard, encore à la Bastille, les photoreporters Philip Poupin et Corentin Fohlen font un reportage pour Paris Match. Ils suivent une bande d'une trentaine de jeunes très excités, dont celui qui casse la vitrine d'une banque.

Les casseurs pénètrent dans l'opéra Bastille. Les deux journalistes veulent en faire autant, mais des CRS les en empêchent. « Là, on se dit que ce n'est pas la peine d'entrer », relate Philip Poupin. Mais les CRS sont agressifs :

« Je dis : “Je suis journaliste, je suis photographe.” Je mets mes bras en l'air, et je prends un coup de matraque sur le front et un autre sur le coude. »

Son médecin lui délivrera quatre jours d'ITT. En attendant, un autre photographe (un free-lance travaillant pour Le Parisien) reçoit un coup de matraque sur son appareil photo. « Tu sais combien ça coûte ce matériel ? », crie-t-il au CRS. Il sera ensuite bousculé et perdra une optique d'une valeur de 200 euros.

Les trois photojournalistes se retrouvent bloqués devant l'opéra par un cordon de CRS. Ils protestent, disent que la police n'a pas le droit de les empêcher de travailler. Au bout d'une dizaine de minutes, un gradé intervient et les « libère ».

« T'as une carte de presse ? […] Ta gueule ! »

Si ces soirées à la Bastille furent particulièrement riches en attaques de policiers contre des professionnels récoltant des images pour l'information du public, ce cas ne semble pas exceptionnel.

Le 1er octobre, un caméraman travaillant pour le site Actusoins.com couvre une manifestation d'infirmiers. Il n'a pas de carte de presse, et l'on entend le policier lui poser la question avant de l'interpeller de manière très musclée.

Deux caméras tournent la même scène selon deux points de vue différents : celle de LCI (à 1'15'') montre l'interpellation particulièrement violente du caméraman. (Voir la vidéo)

Et ses images à lui, pour Actusoins, qui enregistrent très bien les propos tenus par les CRS.

— « T'as une carte de presse ? […] »
— « J'travaille pour Actusoins ! Vous avez pas le droit de faire ça ! »
— « Ta gueule ! » (Voir la vidéo, à 0'49)


« On s'en fout de la presse, allez hop ! Taisez-vous ! »

 


Un journaliste de Reuters empêché de filmer par la police

 


Les policiers parisiens seraient-ils donc particulièrement excités ? Non, c'est le cas en province aussi. Le dimanche 17 octobre, le journaliste David Reid, un citoyen britannique qui travaille comme correspondant free-lance pour la BBC et l'agence de presse Reuters dans la région lyonnaise, veut couvrir un blocus de routiers au péage de Villefranche-sur-Saône.

Cette fois, les propos des policiers sont beaucoup plus clairs, même si les images sont moins spectaculaires. L'un d'eux lui arrache d'emblée sa caméra des mains, avec des mots qu'on entend très nettement puisque le policier ne stoppe pas l'enregistrement :

— « Non, vous filmez pas Monsieur. C'est terminé. Le droit à l'image, non. C'est terminé. Pour l'instant, vous ne filmez pas, sinon c'est : au poste ! »

— « Donnez-moi ma caméra. »

— « Non, ici c'est la police, vous vous taisez. Vous dégagez d'ici, allez hop hop hop ! […] On s'en fout de la presse, allez hop ! Taisez-vous ! […] »

Jusqu'ici, Reuters n'avait pas diffusé ces images, que voici. (Voir la vidéo)


David Reid a été très choqué par le comportement de ces policiers, au point de contacter Reporters sans frontières :

« J'ai travaillé en Amérique centrale, en Afrique, en Inde, jamais un policier ne m'a arraché ma caméra des mains. »

« En manifestation, on peut être filmé de partout »

Face au mutisme des autorités, qui ont répondu par le traditionnel renvoi de patate chaude d'un service à l'autre (préfecture de police de Paris, direction générale de la police nationale, cabinet du ministre de l'Intérieur), Rue89 a contacté le commissaire en retraite Jean-François Herdhuin, qui décryptait pour nous cette semaine les techniques de maintien de l'ordre en manifestations.

Il ne s'exprime donc qu'en son nom propre :

« Il est très clair qu'il n'y a pas de consigne pour empêcher la presse de travailler lors des manifestations. Quand on est dans une manifestation, on peut être filmé de partout, y compris par des téléphones portables. Dans ce contexte, je ne vois pas l'intérêt qu'il y aurait aujourd'hui à museler les journalistes.

Dans le contexte parfois tendu d'une manifestation, les policiers peuvent avoir des gestes d'énervement, des rebuffades qui sont regrettables, mais ne sont pas délibérées. Pour éviter ce genre de choses, j'avais proposé qu'il y ait de multiples caméras, mais ce n'est pas encore le cas. »

Pour lui, la réaction des policiers présents à Villefranche, qui invoquent le « droit à l'image » pour empêcher un journaliste de les filmer, est clairement « une erreur » :

« Dès lors qu'ils sont sur la voie publique, les policiers sont dans l'exercice de leurs fonctions et ne peuvent donc pas invoquer le droit à l'image ou au respect de la vie privée.

En revanche, il faut se mettre à la place du policier qui rentre chez lui et qu'on interpelle dans son immeuble car on l'a vu au 20 heures. »

Dans la police, il y aurait des consignes écrites et formelles pour interdire aux policiers d'empêcher les journalistes de faire leur travail d'information du public.

Les faits montrent qu'elles ne sont pas respectées.

Dessin de Baudry

Rectifié le 22/10/2010 à 22h39 : l'épisode de l'opéra Bastille s'est déroulé le 16 octobre, et non le 12 comme les épisodes précédents dans le même quartier.

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 23:45

Voici le témoignage d'un vieux militant présent à Chambéry lors d'accrochages entre "casseurs" et policiers.

Dans toute enquête criminelle on commence par se demander à qui profite le crime.
Brusquement à l'approche de la sixième journée nationale d'action contre la réforme des retraites il y a des violences. Alors que lors des cinq précédentes, tout était calme.
Bernard Thibault appelle au "dialogue".  Eric Woerth répond : "le temps du dialogue est terminé, il y a de la violence, il nous faut la combattre." [France Info, 19/10/2010, 19:00]

Il faut faire un dessin ou tout le monde a compris ?

Chambéry, 19/10/2010, 18h00 avenue de Boigne, des jeunes encagoulés jettent des pierres sur un cordon de robocops (CRS ou gendarmes mobiles). Ça dure un bon moment...

casseur-chambery.jpg

Source: http://www.dailymotion.com/video/xfa3o2_scenes-d-emeutes-rue-de-boigne-a-ch_news

casseur-chambery01.jpg
Puis trois des ces jeunes, l'instant d'avant les plus hardis à jeter des pierres, remontent un brassard orange sur leur manche droite, foncent sur l'un d'entre eux et l'immobilisent.
Remarquable coordination car immédiatement surgissent une dizaine de robocops qui protègent le groupe. Et devant les commerçants médusés on voit trois jeunes encagoulés embarquer un de leurs potes sous la protection des robocops.

Brassards_Oranges-copie-1.JPG
Sur la photo, un de ces "brassards oranges", sweat à cagoule gris et sac à dos noir, APRÈS l'interpellation.

(Petite parenthèse : Je me trouvais là pour montrer à un petit jeune comment les choses se passent. En gros j'étais un peu dans le rôle du vieux mustang qui montre à un jeune poulain quelle herbe ne pas brouter.
Avec un peu d'expérience et les policiers étant si prévisibles, je savais où me mettre pour montrer, en toute sécurité, la fameuse scène à mon jeune protégé. Merci aux policiers d'avoir été fidèles au rendez-vous. Sans quoi la leçon n'aurait pas été complète.)

En tous cas, je vous le dis, ces "casseurs", ils tombent chaque fois rudement bien pour arranger les affaires d'un gouvernement désapprouvé par 71% des Français sur ce projet des retraites, mais certainement approuvé par une majorité pour "maintenir l'ordre".

NB : Pour sembler "maintenir l'ordre" et rassurer les citoyens, encore faut-il qu'il y ait désordre ... non ? ...

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 23:10

Facebook Places en questions

15 octobre 2010

Le 30 septembre, Facebook a lancé en France "Lieux" ("Places"), son nouveau service de géolocalisation. La CNIL est très attentive aux conditions de déploiement de ce service et demande à Facebook d’améliorer les paramètres de confidentialité et l’information des personnes. En attendant, la CNIL invite les internautes à la prudence en matière de paramétrage de cette application.

Qu’est-ce que "Facebook Lieux"  ?

Accueil de facebook Places pour mobileFacebook "Places", ou "Lieux", est un service de localisation permettant aux utilisateurs du réseau social d’indiquer à leurs amis ou aux membres de Facebook qu’ils se trouvent à un certain endroit (restaurant, café, monument, …), et de visualiser où se trouvent leurs "amis" .

Ainsi, vous pouvez publier sur votre "mur" le lieu où vous vous trouvez à un instant donné et préciser par un tag si vos "amis" Facebook sont présents, de la même manière que sur une photo. Vous pouvez également voir quelles sont les autres personnes se trouvant au même endroit grâce à la fonction "Ici Maintenant" ("Here Now"), ou encore recevoir des notifications automatiques lorsqu’un ami est présent à proximité.

Comment fonctionne le service ?

Pour utiliser "Places" , il faut installer l’application Facebook pour Smartphones ou se rendre sur touch.facebook.com depuis un mobile et cliquer sur l’icône "Lieux".

Facebook collecte alors les données de géolocalisation (latitude/longitude) du mobile, puis propose une liste de lieux (restaurant, café, monument par exemple) se trouvant dans les environs. L’utilisateur peut effectuer un "check-in" (en cliquant sur "je suis là !" ) pour déclarer sur Facebook qu’il se trouve à cet endroit précis.

Pour chaque lieu, des informations peuvent être obtenues par simple clic. Les lieux proposés sont soit préalablement identifiés par Facebook, soit ajoutés par les internautes.

Quels sont les risques de cette application sur la vie privée ?

Dans la mesure où vous pouvez indiquer votre position à tout moment, le premier risque est de dévoiler trop d’informations sur vous. Par exemple, publier sa localisation au cours de la journée peut conduire à dévoiler aux cambrioleurs potentiels vos horaires de présence ainsi que votre adresse. Le site internet PleaseRobMe.com ("cambriolez-moi SVP" ) mettait justement en évidence ce danger. Toutefois, Facebook Places ne permet pas d’être géolocalisé automatiquement : chaque "check-in" résulte d’une action d’un utilisateur (soi-même ou un "ami" ).

Copie écran de facebook places : ajout d'un nouveau lieuIl faut garder à l’esprit que lorsque vous ajoutez un nouveau lieu, celui-ci sera accessible à l’ensemble des membres de Facebook et qu’il sera compliqué de le supprimer. Il faut donc éviter d’y faire figurer des informations personnelles.

Vos "amis" peuvent également signaler votre présence réelle ou supposée à un endroit en vous "taguant" . Comme pour les tags de photos, vous recevrez une notification lorsqu’un ami vous tague dans un lieu (sur le site de Facebook et par email). La CNIL juge cette notification insuffisante dans la mesure où l’autorisation des personnes devrait être systématiquement demandée avant qu’elles ne soient taguées.

Facebook indique aujourd’hui qu’il n’utilise pas les informations sur les lieux que vous visitez pour améliorer son système de publicité ciblée. Cependant, dans un proche avenir, on peut imaginer que si vous vous trouvez près d’un magasin où vous avez préalablement effectué un check-in, vous recevrez une publicité ou un coupon de réduction. En application de la loi "Informatique et Libertés" , vous devrez avoir été informé de cette utilisation et y avoir expressément consenti car il ne peut y avoir de publicité ciblée sans votre accord !

Quels sont les réglages de la confidentialité de places par défaut ?

Par défaut, l'application lieux est paramétrée de la manière suivante :

  1. le paramètre "Lieux dans lesquels j’indique me trouver" est activé mais les Lieux ne sont visibles que par mes "amis"  ;
  2. le paramètre "M’inclure dans la liste des personnes présentes" est activé : les personnes à proximité d’un lieu peuvent donc savoir que vous étiez présent dans ce lieu ;
  3. le paramètre "Mes amis peuvent indiquer que je me trouve à certains endroits" , est partiellement activé : quand un "ami" vous identifiera à un endroit, cela n'apparaîtra pas sur votre mur, mais sur celui de l'ami qui vous aura "tagué". Par conséquent, votre présence dans ce lieu sera visible par ses amis, sans que vous en soyez préalablement averti. Toutefois, une notification dans Facebook et un message électronique vous avertit à chaque fois qu'un ami vous a "tagué" dans un lieu.  

Ecran facebook places pour mobile - écran permettant d'accepter ou refuser la géolocalisationLorsque vous utilisez "Lieux" depuis votre téléphone pour la première fois, Vous devez cliquer sur le bouton "j'accepte " pour consentir à être géolocalisé. Mais ce consentement vaut également pour autoriser vos amis à indiquer votre présence dans un lieu.

Par exception, la localisation des mineurs n’est visible que de leurs "amis".

Puis-je contrôler le paramétrage de la vie privée ?

Facebook propose des outils de paramétrage de la vie privée à l’adresse suivante : www.facebook.com/settings/.
Toutefois, ces outils ne sont pas accessibles depuis les applications des terminaux mobiles et le paramétrage de ces outils est complexe.

Comme pour toutes les informations partagées sur les réseaux sociaux, et afin de protéger sa vie privée, le nombre de personnes qui peuvent accéder à ces informations doit être limité. Pour cela, il est possible de constituer une liste des personnes habilitées à voir les "Lieux dans lesquels j’indique me trouver" .
La CNIL regrette qu'il ne soit pas également possible de créer une liste des amis autorisés à vous taguer dans un lieu.

Quelles sont les demandes de la CNIL ?

La CNIL demande à Facebook d’améliorer les paramètres de confidentialité et l’information des personnes afin que la vie privée soit mieux garantie sur ce réseau social.

Dans l’attente de modifications effectives, elle recommande aux utilisateurs de Facebook la plus grande vigilance et leur propose de désactiver au minimum les options "M’inclure dans la liste des personnes présentes" et  "Mes amis peuvent indiquer que je me trouve à certains endroits" .
Elle recommande de personnaliser une liste des amis habilités à voir les lieux dans lesquels vous indiquez vous trouver.

 

 

Source:

http://www.cnil.fr/la-cnil/actu-cnil/article/article/facebook-places-en-questions-1/#

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 17:03

 

manif stylisee

 

 

 

En avril 2005, alors que les gouvernements s’étaient installés dans une habitude législative et policière ayant pour conséquence et parfois pour finalité la répression de nombreuses formes d’expression collective, le Syndicat de la Magistrature, fidèle à sa tradition d’accompagnement des luttes et des revendications du mouvement social, rédigeait son premier «Guide du manifestant arrêté».


Depuis, la situation s’est aggravée sur tous les fronts : interpellation de très nombreux lycéens manifestant contre le CPE en 2006, intimidations constantes contre les faucheurs d’O.G.M. ou les militants «anti-pub», projet de fichage généralisé des figures de la contestation, renvoi en correctionnelle de ceux qui refusent d’alimenter le fichier des empreintes génétiques, incidents extrêmement préoccupants survenus lors d’une manifestation à Montreuil, décret contre les cagoules et maintenant, loi contre les bandes...


La remise à jour et l’édition d’un nouveau «Guide du manifestant arrêté» était donc d’impérieuse nécessité. Plus précis, bénéficiant d’une visibilité plus large sur la toile, le présent guide n’a toutefois pas pour vocation à se substituer aux conseils des professionnels du droit intervenant dans le cadre de la procédure pénale.


Il n’a d’autre ambition que d’exposer les droits et devoirs des citoyens et de la puissance publique dans l’une des expressions majeures de la démocratie que constitue la manifestation, de rappeler l’impérative conciliation des nécessités de l’ordre public et du droit constitutionnel des citoyens à la sûreté contre les incursions de l’administration et par-dessus tout, de mettre chacun en garde contre les conséquences désastreuses d’une forme contemporaine de pénalisation de la contestation.

 

 

 Télécharger le Guide du Manifestant arrêté

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