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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 15:28

 

Alexandre Gabriac, jeune élu régional FN, est candidat au second tour des cantonales, dimanche, à Grenoble.

Alexandre Gabriac à droite (DR)

 

Un candidat Front national aux élections cantonales apparaît sur des photos en train de mimer le salut hitlérien. Alexandre Gabriac, candidat dans le canton n°6 de Grenoble, est présent au second tour de l'élection dont le scrutin à lieu ce dimanche 27 mars.

 

Sur les photos que Nouvelobs.com s'est procurées et dont nous publions la plus marquante, le jeune homme, en compagnie d'une ou plusieurs personnes et en différentes occasions, apparaît le bras tendu à la manière nazie. Sur celle que nous publions il est légèrement masqué, le bras tendu devant un drapeau portant la croix gammée, aux côtés d'un jeune homme au crane rasé dont nous avons masqué le visage. Il tient dans la main droite un poing américain.


 "Je ne suis pas au courant"

"Je ne suis pas du tout au courant de ces photos", a-t-il réagi. "Cela ne me dit rien du tout. De toute façon, j'avais reçu il y a quelque temps une lettre anonyme m'avertissant que des montages effectués par des anarchistescirculeraient", s'est-il justifié.

Des photos qui pourraient venir perturber la communication du Front national et de Marine Le Pen qui tentent de modérer leur image et de nier tout lien avec l'extrême-droite.

 

Source Nouvelobs.com

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 09:54

Etre interviewé, jeudi soir sur TF1, par neuf Français « ordinaires » n'a fait qu'ajouter au confort rhétorique du Président.

Nicolas Sarkozy dans "Paroles de Français" (TF1).

Le président Sarkozy, ancien avocat, est un habile rhéteur. Mais, il est aisé, en prenant un peu de recul, de démonter quelques ficelles rhétoriques utilisées, et décortiquer les mécanismes concrets de son argumentation, faite de roublardises de prétoire, parfois de mensonges.

S'attribuer une mesure et son succès

« Lorsque j'ai créé le fichier d'empreintes génétiques pour les délinquants sexuels, souvenez-vous en 2003 le scandale que cela a fait. Aujourd'hui, on retrouve un coupable de viol sur deux ! »

Le fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) a en fait été créé en 1998 par la loi Guigou (garde des Sceaux du gouvernement Jospin) relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles. La loi pour la sécurité intérieure de 2003 à laquelle Sarkozy fait ici allusion a permis d'étendre ce fichier génétique à toutes les personnes à l'encontre desquelles il existe « des raisons plausibles de soupçonner qu'elles ont commis une infraction ».

En aucun cas, donc, il n'a « créé » ce fichier contre les délinquants sexuels, et en aucun cas le tollé que cette disposition a effectivement causé à l'époque n'était lié au fait de prendre les empreintes génétiques des délinquants sexuels.

Il s'attribue donc mensongèrement la paternité d'une mesure prise avant lui, en l'associant à un climat de scandale qui portait sur autre chose, et en enchaînant avec un « aujourd'hui », il fait un lien explicite entre le succès annoncé après (un viol sur deux élucidé) et la mesure, tout en sous-entendant que les belles âmes qui auraient alors protesté avaient bien tort car sa mesure est efficace.

Effacer ce que l'on a dit en jouant sur l'émotion

Extrait d'un reportage. Marc Fricoteaux, juge au tribunal de grande instance de Nantes, déclare :

« Voir accusés nos collègues, qui ont dénoncé le manque de moyens pour ne pas pouvoir assurer le suivi comme il le fallait, c'était tout à fait intolérable. Et je crois qu'il y a là une exaspération. C'était je crois, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. »

Nicolas Sarkozy commence par saluer l'action des juges dans leur ensemble. Puis :

« Ce magistrat, et c'est parfaitement son droit de le dire, dit : “ Ah, quand même le président de la République a dit : ‘S'il y a une faute, elle doit être sanctionnée.’” Il a raison : c'est ce que j'ai dit. […].

Et j'ai répondu aux parents de Laëtitia, je vous promets, je vais voir précisément ce qui s'est passé et s'il y a des fautes, il y aura des sanctions. »

Ce qu'a dit le juge n'est pas du tout la façon dont Nicolas Sarkozy en rend compte. Car « voir accusés » est une assertion. Dans la bouche du magistrat, cela repose sur l'idée que l'accusation a effectivement été prononcée, et non pas qu'elle est hypothétique, à venir.

Pourtant Nicolas Sarkozy rapporte les propos bien autrement : « S'il y a une faute, elle devra être sanctionnée. » Voici exactement ce que le président de la République avait déclaré la semaine précédente :

« Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle. »

Factuellement, il n'a donc pas émis une hypothèse, il a bien porté une accusation (« c'est une faute ») et l'annonce de la sanction est faite au futur et non au conditionnel. C'est justement le fait de condamner, avant même les résultats de l'enquête interne, qui a choqué les magistrats.

Double mensonge rhétorique

Nicolas Sarkozy, qui a manqué de prudence en annonçant une sanction à venir, cherche ici à rattraper le coup, en effaçant des mémoires la réalité de ses propos. Il réintroduit la notion d'hypothèse : s'il y a faute, il y aura sanction. Pour ce faire, il a recour à un ressort émotionnel : son propos n'est que la traduction publique du serment qu'il a fait aux parents de la victime. Et il met dans la bouche du juge interviewé la confirmation de sa tournure prudente (alors qu'il n'a jamais dit ça) : « Il a raison, c'est ce que j'ai dit. »

On est face à un double mensonge rhétorique : ce n'est pas ce que le juge a dit, ce n'est pas ce que Nicolas Sarkozy avait dit. Et un peu après, en conclusion d'un long rappel des faits concernant l'assassin présumé de Laëtitia, il assène une dernière fois sa reformulation en prétendant qu'il ne fait que confirmer :

« Donc, je confirme, s'il y a eu dysfonctionnement, il y aura responsabilité, et le responsable aura à en répondre dans le cadre des procédures. »

Induire une idée via des faits qui n'ont rien à voir

Le passage sur Laëtitia est riche d'astuces rhétoriques :

« Pour moi, ce qui fait déborder le vase, c'est cette jeune Laëtitia, violée par un récidiviste, assassinée par un récidiviste, découpée en morceaux par ce même récidiviste, s'il s'avère que c'est bien lui, les charges pesant sur lui étant très lourdes. Vous voyez, moi je suis plus choqué par ça que par toute autre chose. […]

Je veux d'abord aller à l'essentiel. Qu'est-ce qui s'est passé avec Laëtitia ? Ça intéresse les gens de savoir ça. C'est pas rien. Un monsieur, qui avait déjà violé, qui avait passé onze années en prison, est relâché, après sa peine, ce qui est normal, sans que personne ne le suive ! Et ne s'occupe de lui ! Personne ! Ce même monsieur, au même moment où sa compagne dépose au commissariat de police une plainte pour tentative de meurtre et viol, on ne le recherche pas. […] Soit l'enquête conclut que tout s'est bien passé (circulez, y a rien à voir).

C'est la fatalité ? Je peux pas l'accepter ! Je peux parfaitement comprendre la fatalité d'un homme qui n'a jamais violé et jamais tué et qui tout d'un coup commet l'irréparable. Ça, qui pouvait prévoir ? Mais il avait déjà violé, il avait déjà un passé judiciaire ! Donc je ne peux pas accepter qu'on me dise… [changement d'idée en cours d'énoncé] »

Oui, Tony Meilhon est un récidiviste. Oui, il a été condamné pour un viol commis en 1997, à cinq ans de prison dont deux avec sursis. Il avait alors 16 ans. Tel que Nicolas Sarkozy le raconte, on peut croire que le violeur mis en examen dans l'affaire Laëtitia est donc un délinquant sexuel qui s'est déjà attaqué à des femmes par le passé.

Or, les faits pour lesquels il a été condamné n'ont rien à voir avec cette association d'idée induite par le propos de Nicolas Sarkozy. Dans un foyer pour mineurs, en compagnie de deux codétenus, ils ont introduit un manche à balai dans l'anus d'un quatrième détenu mineur afin de le punir d'être ce que l'argot des prisons nomme un « pointeur » (des détenus inculpés pour des affaires de mœurs, pédophilie notamment).

Cet acte de torture est une punition contre des délinquants sexuels pédophiles qui sont victimes de l'opprobre en prison depuis très longtemps, comme Jean Genet par exemple a su le décrire. Car même les taulards se considèrent comme régis par un certain code de l'honneur, dans lequel figure le droit de martyriser ceux qui se sont sexuellement attaqués à des enfants, jugés des êtres faibles et incapables de se défendre.

« Il avait passé onze années en prison. » Dans le contexte énonciatif, on peut penser qu'il s'agit de onze années pour des faits de viol. Or, il n'a purgé pour cette affaire que trois ans, et les autres années sont liées à divers délits, essentiellement des attaques à main armée et une agressivité vis-à-vis des autorités de police et de justice (« rébellion », « outrage »…).

L'affaire Meilhon, fatalité que Sarkozy « peut comprendre »

Toujours dans le même contexte, le propos de Nicolas Sarkozy, par contiguïté des énoncés, laisse croire que, après ces onze années de prison pour délinquance sexuelle supposée, il a été mis en liberté sans suivi pour être soigné de ses pulsions.

Or, les faits ont été commis il y a plus de douze ans, la peine purgée pour cela il y a bientôt dix années. La justice a manifestement affaire à un être violent, pas à un délinquant sexuel récidiviste.

Quant à la plainte déposée par son ex-petite amie, elle date du 26 décembre 2010, et la disparition de Laëtitia date du 18 janvier. Si l'enquête concluait à l'absence totale de toute tentative de le retrouver, suite à cette plainte, il faut quand même noter qu'il ne s'est écoulé qu'une vingtaine de jours et qu'il est courant de voir des enquêtes et recherches s'enclencher en plus de temps.

Enfin, le motif de la plainte n'est pas celui énoncé par Nicolas Sarkozy, qui charge la barque pour renforcer sa démonstration : « Une plainte pour tentative de meurtre et viol. » Il s'agit en réalité d'une plainte pour « menace de mort » et « agressions sexuelles ». Très agressif avec sa compagne et encore après qu'elle soit devenue son ex-compagne, Tony Meilhon n'a pas accepté la rupture et lui a annoncé : « Je vais te tuer ! Je vais tuer ton fils ! Et j'irai tuer ta mère à Fougères [Ille-et-Vilaine] et je vais me tuer après » et « Il a répété ces menaces une dizaine de fois en quinze jours », ajoute-elle dans une interview au Parisien.

Elle n'a donc pas porté plainte pour meurtre, comme l'affirme Nicolas Sarkozy, mais pour des menaces. Ça ne le rend pas plus sympathique, mais cela relativise la gravité de la faute que Nicolas Sarkozy impute aux juges et aux policiers. Ce n'était pas un violeur récidiviste ni un assassin recherché suite à une plainte pour meurtre. En matière d'homicide, il n'était encore jamais passé à l'acte. Il est donc tout à fait dans le cadre « d'un homme qui n'a jamais tué et qui tout d'un coup commet l'irréparable », ce que Nicolas Sarkozy « peut parfaitement comprendre » selon ses propres dires…

Anaphores émotionnels

Le début de son propos sur cette affaire est fait d'anaphores, de cette répétition du même terme pour donner une sensation d'accumulation à l'auditeur. « Récidiviste » est ainsi répété trois fois de suite, pour montrer justement à quel point il a fait, refait, récidivé.

Ces anaphores introduisent en plus une série de trois crimes (viol, meurtre et découpage du corps) qui sonne comme une surenchère dans l'horreur et qui vise évidemment à provoquer émotion et compassion pour mieux faire ensuite passer son argumentaire.

Symétrie argumentative

Ensuite, la mise en exergue de sa posture « moi, je » est une opposition explicite à un autre (ici, le juge dont on a livré un extrait). Et il affirme qu'il est « choqué » par ce crime atroce, ce qui revient à sous-entendre que le juge, lui, ne l'est pas. Il s'oppose à lui en disant que ce qui a fait déborder le vase pour lui, c'est le crime.

Il construit donc une représentation des positions en jeu ainsi :

  • lui, est choqué par le crime ;
  • le juge et ses collègues sont choqués par ses seuls propos.

C'est aussi une façon de démonétiser la contestation des juges, en affirmant que leur protestation est moins légitime que la compassion avec un drame effroyable.

Un shérif capable de régler les problèmes

Sur un plan rhétorique, il est intéressant de noter que Nicolas Sarkozy ne va pas jusqu'au bout de la symétrie argumentative qu'il initie.

« Un homme qui n'a jamais violé et jamais tué et qui tout d'un coup commet l'irréparable. […] Mais il avait déjà violé, il avait déjà un passé judiciaire. »

Sachant que se laisser aller à affirmer que Tony Meilhon avait déjà commis un meurtre lui reviendrait en boomerang, il commence un parallèle – viol/viol – puis est obligé de nuancer son parallèle – tué/passé judiciaire. Ce qui d'un strict bon sens ne signifie rien, du coup. Vous pouvez avoir un passé judiciaire pour grivèleries, escroquerie, attentats à la pudeur, par exemple, cela ne fait de vous un tueur en puissance qu'il faudrait particulièrement surveiller.

Mais il faut dresser de cet individu un portrait monstrueux, aussi bien avant qu'après le crime, de façon à justifier ses accusations de faute qui lui permettent alors de donner des coups de menton et de surfer sur l'émotion pour s'afficher comme un shérif capable de régler les problèmes.

L'art de jongler avec les chiffres de la Justice

« Sur les moyens. Quel est le seul ministère, qu'avec le Premier ministre nous avons exonéré du non remplacement de un sur deux ? La justice avec l'université.

J'ai amené les chiffres. Je voulais que ce soit précis. Entre 2002 et 2010, le nombre de magistrats est passé de 7 300 à 8 510. Une augmentation de 16%. Les effectifs de greffiers sont passés de 8 700 à 10 700. Une augmentation de 22%. Et quant aux personnels d'insertion, leur nombre a augmenté de 143%.

Cette année même, le budget de la Justice : augmentation 4,3%. Donc tout n'est pas qu'une question de moyens ! »

Reprenons ces données chiffrées afin d'en tester la véracité et la fiabilité.

Si on prend les chiffres fournis par le ministère de la Justice lui-même (ici et ici, documents PDF), on constate d'abord que leur propre décompte annuel d'un rapport à l'autre n'est pas totalement similaire. Mais surtout on ne retrouve pas du tout les chiffres donnés par le Président, et à chaque fois son estimation semble plus haute quand cela arrange sa démonstration.

Dans ce dédale de chiffres pas toujours parfaitement ajustés on cherche donc, en 2002, 7300 magistrats. On les trouve, mais en 2003, 7 294 magistrats des services judiciaires. Ce doit être cela.

En revanche, impossible de retrouver les 8 510 annoncés. Sur la même ligne qu'en 2003, ne figurent, en effet, en 2009, que 7 893 magistrats. Et on peut ajouter que le mouvement ne va pas à la hausse, puisque la loi de finances pour 2011 prévoit la disparition de 76 postes de magistrats.

Tableau des créations d'emplois de magistrats de 2003 à 2010 (ministère de la Justice).

Ci-dessus, dans le tableau récapitulatif des emplois dans le projet de loi de finances 2011, on va retrouver des données aussi un peu différentes. En 2002, il y avait 7 005 magistrats en activité (et un peu plus de 300 ailleurs). Là, cela nous donne aussi les 7 300 annoncés. Rien de tel en revanche en 2010. Le nombre de magistrats en activité est de 8 258 (pas assez) ou, avec ceux affectés à autre chose, on arrive à 8 619 (trop).

Pour les greffiers, pas d'ambiguïté possible a priori, ils ne figurent tous que sur une seule ligne comptable, avec des effectifs assez constants. En 2002, ils étaient 9 135 (un an auparavant, ils n'étaient que 8 499 en revanche). Le chiffre de 8 700 présenté comme celui de 2002 n'est donc peut-être plutôt que celui de 2001. En 2009, ils n'étaient que 10 236, chiffre le plus bas depuis 2005 et qui tend donc à s'éloigner des 10 700 revendiqués, même si un effort est consenti dans le budget 2011 avec l'annonce de la création nette de 399 postes. Ces créations s'obtiennent en partie par redéploiement (baisse du nombre de magistrats et perte de 196 postes de personnels administratifs et techniques).

Nicolas Sarkozy face à Jean-Pierre Pernaut et les neuf Françias du panel de TF1.

Pour ce qui concerne les personnels d'insertion, il y a en effet eu un gros effort de recrutement fourni, mais il faut y apporter des bémols comme la Cour des comptes l'a fait dans son rapport (document PDF) sur « Le service public pénitentiaire : prévenir la récidive, gérer la vie carcérale », de juillet 2010. Elle souligne que compte tenu de la masse nouvelle de tâches et de nouveaux délits ajoutés dans les lois successives sur la délinquance, le nombre de dossiers par conseillers d'insertion n'a pas diminué en moyenne.

« Les effectifs des services pénitentiaires d'insertion et de probation (Spip) s'établissaient au 1er janvier 2009 à 3 747 agents (soit plus du double de leur nombre en 1998 à leur constitution).

Les recrutements n'ont cependant pas éteint toutes les difficultés relevées par la Cour en 2006. Nombreux sont ainsi les Dspip à souligner, dans leur rapport d'activité annuel, la précarité des recrutements de vacataires opérés entre 2006 et 2008.

Les fonctions de conseillers d'insertion et de probation (CIP) ont bénéficié d'un effort de recrutement soutenu depuis 2006. Ainsi, les promotions formées à l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire (Enap) sont deux à trois fois plus importantes que celles du début des années 2000. Ces recrutements n'ont cependant pas permis de faire diminuer le ratio des mesures suivies par CIP. En effet, le nombre de mesures en milieu ouvert et en milieu fermé n'a cessé de croître. Le ratio de personnes suivies par un conseiller était ainsi de l'ordre de 84 en 2009 contre 80 environ en 2006. »

Alors même que la tradition française d'interview journalistique du président de la République est souvent marquée au sceau de la déférence, on peut constater sans peine que d'être interviewé par un Français « ordinaire » ne fait qu'ajouter au confort rhétorique de Nicolas Sarkozy.

Il ne trouve aucun interlocuteur en face de lui pour oser vraiment contester sa parole, et surtout pour avoir les bagages techniques et d'information requis pour pouvoir, en pleine émission, contester les données exposées dans leur réalité ou dans leur agencement argumentatif.

 

Source: http://www.rue89.com/2011/02/11/paroles-de-francais-la-rhetorique-de-sarkozy-dissequee-190068

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 22:32

 

Pour Michel Winock, prof à Sciences-Po, la contestation actuelle vise l'hyperprésident et son manque de perspective pour la France.

Des policiers près de la raffinerie de Grandpuits, au sud-est de Paris, le 22 octobre 2010 (Benoit Tessier/Reuters).

Prof émérite à Sciences-Po, cofondateur de la revue L'Histoire, Michel Winock se penche depuis une quarantaine d'années sur les comportements des Français et sur leurs institutions. La revue Agents d'entretiens a recueilli son analyse du mouvement social, qui tourne autour de notre hyperprésident.

 

Agents d'entretiens : Quelle est, selon vous, l'explication sous-jacente à ce mouvement social ?

Michel Winock : Je crois que le chef de l'Etat est aujourd'hui profondément contesté pour toutes sortes de raisons. Qu'il s'agisse de sa personnalité, de son style, de ses discours, de ses décisions sur le terrain de la sécurité, du hiatus entre le discours et la réalité sur cette question, etc, il y a une usure évidente de la présidence. On peut se demander à ce moment-là si ce ne sont pas les institutions qui sont en défaut, s'il ne faut pas rééquilibrer le système politique français.

Nous nous trouvons encore une fois devant une question historique. Depuis la Révolution, la France a échoué à établir une système d'équilibre entre les pouvoirs. Nous avons eu en alternance tantôt un pouvoir exécutif fort et un pouvoir législatif faible, ou vice versa. En France, nous n'avons pas réussi sur le plan constitutionnel, c'est un des échecs de la Révolution.

Nous en payons encore le prix, notamment dans cette cinquième République où le déséquilibre s'est renforcé cette fois au profit de l'exécutif, et plus particulièrement avec Sarkozy qui n'a pas eu la prudence de la distanciation nécessaire entre la législation et lui-même, le Premier ministre paraissant totalement tributaire du chef de l'Etat. On a appelé ça « l'hyperprésidence ».

Par conséquent, le mouvement social va concentrer toutes ses forces sur une cible qui s'est autodésignée. On verrait, dans un régime plus équilibré, les responsabilités réparties qui permettraient aux contestataires de discuter avec un ministre spécialisé, mais il n'existe pas. On connaît certes un peu leurs noms, monsieur Woerth, oui, mais quelle est leur marge de manœuvre ?

 

Dès le début de son mandat, nombreux étaient ceux qui pointaient le risque que cette hyperprésidence se retourne contre celui qui, seul, l'incarnait…

Vous abordez là un problème psychologique, facilité par nos institution. Nous avons affaire à un homme qui a certainement toutes sortes de qualités mais qui a un défaut évident, qu'il arrive difficilement à corriger. Je cherche le mot exact : orgueil, vanité, démesure, mégalomanie… En tout cas, cette tentation qu'il a de se mettre en avant, ce qui est normal pour un président de la République, mais d'être omniprésent sur tous les fronts, non !

Il y a un mot du cardinal de Retz, qu'il ne faudrait jamais oublier, ni en politique, ni ailleurs. Ce personnage haut en couleur, écrivain, héros de la Fronde au milieu du XVIIe siècle, notait avec acuité qu'il faut différencier « le frivole et la substance ». Sans aller jusqu'au frivole, j'ai le sentiment que notre Président s'occupe de tout, de la substance, bien sûr, mais aussi de l'accessoire. C'est un trait de caractère. Peut-être croit-il être le seul à pouvoir régler tous les problèmes ?

 

Nicolas Sarkozy bouleverse-t-il les codes de la droite française, telle que l'avait par exemple analysée votre confrère René Rémond ?

René Rémond avait distingué trois droites. Une droite contre-révolutionnaire qu'il appelait légitimiste, une droite modérée libérale, dite orléaniste, et la droite bonapartiste. Il faudrait, je crois, y ajouter la droite populiste ou national-populiste qui correspondrait à celle de Le Pen ou de sa fille : le Front national, à l'exception de son aile traditionaliste, se situant à mon sens loin des légitimistes.

Très franchement, je ne vois Nicolas Sarkozy dans aucune de ces filiations, ou alors dans toutes. Mon collègue et ami Alain-Gérard Slama a eu récemment ce mot sur France Culture : « Des trois droites de René Rémond, Sarkozy a su prendre tous les défauts. »

Du côté du légitimisme, ce sont notamment ses imprudences en matière de laïcité. Son dernier voyage à Rome est assez étonnant dans notre tradition laïque, c'est une rupture par rapport à ses prédécesseurs, y compris le général de Gaulle qui était pourtant très catholique. Aux Orléanistes, il a emprunté le côté « gouvernement des riches ». Enfin, il a pris l'autoritarisme à la droite bonapartiste.

Cela reste une boutade, mais je ne vois pas chez lui une véritable tradition. Il est très largement opportuniste. Regardez la manière dont il a fait l'ouverture : tantôt il est de gauche, tantôt de droite dans ses réformes -ce qui le rapproche du bonapartisme, mais on ne sent pas une ligne générale. C'est ce qui me préoccupe le plus. On pouvait certes aussi dire la même chose de Jacques Chirac, mais aujourd'hui, je ne vois pas de projet de société, de ligne de conduite.

Fut un temps où des hommes d'Etat savaient donner des directions. Prenez le discours de Chaban-Delmas sur la nouvelle société. C'est un grand discours qui a été prononcé en 1969 après l'arrivée de Pompidou au pouvoir. Chaban-Delmas, Premier ministre, avait fait avec Jacques Delors et Simon Nora un discours magnifique qui appelait les Français à fonder la nouvelle société. Il donnait une perspective.

Ne parlons pas de de Gaulle qui a voulu remettre la France au premier rang. Pompidou parlait de « l'impératif industriel », Giscard de « la modernisation nécessaire », etc.

Tous nos chefs d'Etat en général et nos premiers ministres ont tenté de donner une perspective aux Français. Avec Sarkozy, je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu'il veut. On dirait qu'il est dans l'immédiat, ou à tout le moins dans le court terme. On ne sait pas où il veut entraîner les Français.

Il aurait pu faire de l'Europe, par exemple, un vrai cheval de bataille. C'est une grande cause. Quand il a pris la tête de l'Union, on a vu qu'il était capable d'agir dans ce sens. Ensuite, terminé, il est passé à autre chose. Le problème, c'est qu'il passe toujours à autre chose. On ne le voit pas saisir cet ensemble dans une perspective historique. C'est pour ça, je pense, que les Français ressentent un malaise profond : ils ne savent pas du tout où on les mène, ni où ils se mènent eux-mêmes.

 

Comment expliquez-vous le malaise, la mal-être français, en général ?

Des sondages européens montrent régulièrement que les Français forment le peuple le plus pessimiste d'Europe. Une tentative d'explication que j'ai donnée, une parmi d'autres bien sûr, est historique. Selon moi, les Français sont plus ou moins conscients que nous ne sommes plus au premier rang.

Jusqu'en 1940, la France a été une des grandes nations qui comptaient dans le monde. En toile de fond, la France, c'était Versailles, la Révolution, Napoléon et sa conquête de l'Europe, Clémenceau, la victoire, certes difficile, de 14-18. Et brutalement, en 1940, c'est le choc, la rupture dans la confiance en soi. La plus grande armée du monde, ainsi qu'on le disait, se fait battre en quelques semaines. C'était imprévisible.

Michel Winock (Agents d'entretiens)Succède à cette débâcle l'épouvantable régime de Vichy, servile vis-à-vis de l'occupant. C'est la honte. Les Français vont retrouver la confiance par intermittence, notamment avec de Gaulle qui la rétablit parce que cet homme-là était un homme supérieur, un grand patriote qui redonnait de l'espoir aux Français, qui prenait des décisions intrépides sur le plan international, qui a doté la France de l'arme nucléaire. Le tout en pleine croissance économique.

Mais lorsque survient la crise des années 70, la fin des Trente Glorieuses, le retour du chômage, la désindustrialisation, ces Français qui assistent à la fin de la grande sidérurgie, aux délocalisations, voient leur pays s'affaiblir.

Notre cas est très différent de celui d'autres pays qui ont toujours vécu avec plus de modestie, peut-être avec plus de bons sens. Je pense notamment aux Etats du Nord. Il y a belle lurette que les Danois n'ont plus rêvé de grandeur, pour reprendre un mot gaullien. Ce pessimisme français n'est donc pas conjoncturel, il est le fruit d'une histoire.

Michel Winock, « Parlez-moi de la France » - Histoires, Idées, Passions, 2010, 347 pages

 

Source: http://www.rue89.com/2010/10/25/winock-sarkozy-sest-designe-cible-du-mouvement-social-173202

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 15:23

"Parodie du film "La Chute" montrant le monde après la victoire du peuple.

C'est en effet aussi simple que ça. La DÉSOBÉISSANCE a apporté la victoire au peuple.

Leur pouvoir ne tient qu'à un fil.

Car si nous ne nous laissons plus gouverner, ils ne gouvernent plus rien."

 

C'est gentil, naïf, mais fin et amusant.

 

http://www.facebook.com/video/video.php?v=153941754645608

 

Vidéo publiée par:  On sait ce que l'on veut qu'on sache

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 18:38

Ce n’est pas au vieux singe que l’on apprend à faire la grimace.

La maxime est aussi valable à l’extrême droite. Philippe Vardon, 29 ans, co-fondateur du Bloc Identitaire, chanteur du groupe Fraction , président de l’association Nissa Rebella  et candidat à Nice lors des dernières municipales, l’a appris à ses dépens samedi 9 janvier, lors d’un débat qui l’opposait-notamment, mais au final principalement- à Jean-Marie Le Pen, 81 ans, le président du FN, sur France 3 Côte d’Azur. Débat qui s’est déroulé un peu à la manière du dernier Rocky, où le boxeur vieillissant et sur le retour remettait un jeune boxeur sûr de lui à sa place.

Il faut dire que les Identitaires se sont associés à Jacques Bompard- le maire d’Orange (Vaucluse), ex-FN et ennemi intime de M. Le Pen, dans une liste baptisée Ligue du Sud,en Provence-Alpes-Côte-d’Azur pour les prochaines régionales. Une liste qui marche sur les plates-bandes du FN et de son président (voire ici sur notre blog "Droites extrêmes").

Dès le début de l’émission, le ton est donné. “Nous ne sommes pas politiquement de la même dimension. M. Vardon représente une liste fantôme” lance d’entrée de jeu Le Pen, un poil agressif. Et de décocher un direct: “Je crois savoir que M. Vardon n’est plus éligible et qu’il n’est même plus électeur à la suite de décisions de justice qui ont été prises contre lui.” M. Le Pen fait référence à un arrêt  tout récent de la Cour de cassation confirmant la condamnation de Vardon par la cour d’appel d’Aix en Provence en septembre 2008 à des peines d’amende et de sursis auquel s’ajoute une privation de droits civiques. Vardon répond: “Ce qui m’étonne, c’est de voir quelqu’un comme vous qui a tellement subi les foudres du politiquement correct, de la pensée unique, y compris dans les tribunaux, se placer sur ce terrain-là. […] Je vous rappellerais une simple arithmétique électorale: lors de la dernière cantonale partielle en septembre à Nice, votre mouvement a fait 8 voix de plus que celui que je représente”.

Mais le leader frontiste, entré en politique il y a plus de 50 ans, ne laisse pas son adversaire respirer, ne retient pas ses coups et l’enchaîne dans les cordes: “M. Vardon, si vous le prenez sur ce ton-là, vous m’obligez à être plus clair. Vous avez 30 ans et vous avez appartenu à 5 partis politiques différents: FN, MNR, Unité radicale -le parti de l’assassin (sic) de Chirac-, le Bloc identitaire et maintenant vous êtes derrière le MPF de Bompard qui veut constituer une béquille pour l’UMP. Vous êtes une liste de supplétifs velléitaires.”

“Pacaman”

Philippe Vardon, un tantinet accroché à ses notes et qui avait des soutiens dans le public, réplique, notamment sur les actions des Identitaires et sur l’ancrage régional et l’identité niçoise. Peine perdue. Petit extrait du dialogue:

Le Pen: “Je ne me crois pas obligé de parler nissard ou de me déguiser en “Pacaman” parce que je suis tête de liste dans cette région où j’ai été conseiller régional pendant 12 ans” […]

Vardon: “Vous êtes insultant avec ma langue, avec mes ancêtres”

Le Pen: “Est-ce qu’au moins vous la parlez cette langue? Je n’en suis pas si sûr”.

Une agressivité lepenienne qui démontre aussi que le président du FN craint que la liste emmenée par Jacques Bompard et les Identitaires l’empêche d’atteindre les 10% des voix lui permettant le maintien au second tour. Et qu’elle le laisse sur un échec pour son dernier combat politique. D’ailleurs, selon Novopress, site de la galaxie identitaire, Le Pen serait parti sans saluer le directeur de campagne de la Ligue du Sud dans les Alpes-Maritimes. Fin du 1er round.


Source: http://droites-extremes.blog.lemonde.fr/2010/01/11/jean-marie-le-pen-et-philippe-vardon-se-cognent-dans-un-debat-a-la-tele/
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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 15:11
Le  Président de la République a décidé de professer un cours de morale et de civilité à l'intention des jeunes de notre pays. Et là, naturellement, c'est l'exemple qui compte !

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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 22:57
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 17:55

« Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! »
C'est le titre de l’éditorial du magazine Challenges signé par Denis Kessler

« Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

 

À l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées – toujours qualifiées d’« historiques » – et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises. Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

 

Cette « architecture » singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les « tabouise » en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après-guerre apparaissent sacrilèges. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasidisparition du Parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux.

 

Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse. »

Le magazine Challenges, 4 octobre 2007


Denis Kessler (né le 25 mars 1952 à Mulhouse), a été vice-président du MEDEF, est actuellement président du groupe Scor. Diplômé de HEC, il a commencé une carrière d'universitaire en économie, prenant une part active à l'émergence en France du débat sur la « fin des retraites », en collaboration avec Dominique Strauss-Kahn, un des anciens professeurs à HEC, ou André Masson. Il est devenu président de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) puis, vice-président du MEDEF, symbolisant l'accroissement du poids du secteur des assurances dans l'organisation patronale. Promu en 1997 directeur international d’Axa et bras droit de son président Claude Bébéar, il est licencié au bout de seize mois. Il défend un démantèlement total du système de protection sociale français comme il l'a confié au magazine Challenges en octobre 2007 : « la liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception ». (Wikipedia)
 
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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 20:22
Nicolas Sarkozy,
une vision américaine de l’Orient

Alain Gresh

dimanche 2 septembre 2007
 


A l’occasion de la conférence des ambassadeurs, Nicolas Sarkozy a prononcé son premier grand discours de politique étrangère en tant que président de la République.

Pour Nicolas Sarkozy, nous faisons face à trois défis :

« - Premier défi, sans doute l’un des plus importants : comment prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident. Ce n’est pas la peine d’employer la langue de bois : cette confrontation est voulue par les groupes extrémistes tels qu’Al Qaeda qui rêvent d’instaurer, de l’Indonésie au Nigeria, un khalifat rejetant toute ouverture, toute modernité, toute idée même de diversité. Si ces forces devaient atteindre leur sinistre objectif, nul doute que le XXIe siècle serait pire encore que le précédent, pourtant marqué par un affrontement sans merci entre les idéologies. »

Le deuxième défi étant d’intégrer au nouvel ordre mondial les géants comme la Chine, l’Inde et le Brésil ; le troisième est de faire face aux risques majeurs (réchauffement, pandémies, etc.).

Deux remarques sur le premier défi : d’abord, le risque d’une confrontation entre l’Islam et l’Occident, risque tout à fait réel, serait, selon Sarkozy, de la seule responsabilité des groupes extrémistes musulmans ; rien n’est dit de la responsabilité américaine dans cet engrenage, notamment le rôle que jouent la guerre en Irak, le soutien inconditionnel de Washington à la stratégie israélienne, etc. Ensuite, Nicolas Sarkozy agite cet épouvantail du khalifat, comme si c’était une menace réelle, un "sinistre objectif" que les groupes radicaux pourraient atteindre. C’est typiquement le langage de l’administration Bush qui dit, en substance : "Ils" nous haïssent non pas à cause de ce que "nous" faisons, mais parce que "nous" représentons la liberté !

Ces propos sont dans la droite ligne des discours de Sarkozy durant la campagne présidentielle, avec, peut-être, moins de nuances.

Et, poursuit Nicolas Sarkozy, « prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident, c’est aussi encourager, aider, dans chaque pays musulman les forces de modération et de modernité à faire prévaloir un Islam ouvert, un Islam tolérant, acceptant la diversité comme un enrichissement. Dans ce domaine, il n’est pas de recette miracle, unique. Mais l’évolution de pays comme le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Jordanie, l’Indonésie témoigne, malgré des différences importantes, de l’existence d’un mouvement des sociétés, encouragé par les gouvernements. Je souhaite que notre coopération renforce les programmes tournés vers l’ouverture et le dialogue des sociétés, en lien, pourquoi pas, avec les représentants de l’Islam de France ».

Ainsi, la Tunisie serait un exemple ? ou encore l’Algérie ? Le soutien à des régimes dictatoriaux ou autoritaires serait-il un rempart contre les groupes radicaux ? Toute l’histoire récente du Maghreb et du Proche-Orient montre le contraire : le soutien occidental à des pouvoirs qui barrent la route à toute évolution pacifique vers plus de démocratie, alimente les discours extrémistes.

Sur le conflit israélo-palestinien, Nicolas Sarkozy est dans la droite ligne de ses discours de campagne : appui verbal à une solution fondée sur la création d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat d’Israël ; insensibilité au drame palestinien ; sympathie affirmée pour Israël.

« Tout a été dit, beaucoup a été tenté à propos du conflit israélo-palestinen. Le paradoxe de la situation est que nous savons quelle sera sa solution, deux Etats - et en ce qui me concerne, je voudrais ajouter : deux Etats-Nations - vivant côte à côte dans la paix et la sécurité à l’intérieur de frontières sûres et reconnues. Nous connaissons le contenu détaillé de cette solution à travers les paramètres Clinton et le legs de Taba. Nous avions une idée du chemin à parcourir : la feuille de route, qu’il faut certainement revisiter. Nous connaissons enfin les parrains de la paix : les membres du Quartet, désormais représentés par une personnalité de premier plan : Tony Blair, et les pays arabes modérés. Alors que l’on sait tout cela, chacun a le sentiment désespérant que la paix ne progresse pas. On sait ce que l’on doit faire, on sait qui doit le faire, et pourtant cela stagne. »

« Pire, on a parfois le sentiment que la paix recule dans les esprits et dans les cœurs. J’ai la réputation d’être l’ami d’Israël et c’est vrai. Je ne transigerai jamais sur la sécurité d’Israël. Mais tous les dirigeants des pays arabes, à commencer par le président Mahmoud Abbas, qui sont venus nombreux à Paris depuis mon élection, connaissent mes sentiments d’amitié et de respect envers leurs peuples. Que cette amitié m’autorise à dire aux dirigeants israéliens et palestiniens que la France est déterminée à prendre ou à soutenir toute initiative utile, mais que la France a une conviction : la paix se négociera d’abord entre Israéliens et Palestiniens. »

« Dans l’immédiat, nos efforts, ceux du Quartet et des pays arabes modérés, doivent aller à la reconstruction de l’Autorité palestinienne, sous l’autorité de son Président. Mais il est tout aussi indispensable de relancer sans délai une authentique dynamique de paix conduisant à la création d’un Etat palestinien. Que les parties et la communauté internationale se dérobent à nouveau à cette ambition, et la création d’un " Hamastan " dans la bande de Gaza risque d’apparaître rétrospectivement comme la première étape de la prise de contrôle de tous les territoires palestiniens par les islamistes radicaux. »

Un mot est absent de cette évocation, celui d’occupation. Nicolas Sarkozy oublie de dire que la question fondamentale est celle de l’occupation de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est ; il oublie aussi la politique de colonisation ; enfin il accorde la priorité à la reconstruction de l’Autorité palestinienne, comme si les insuffisances de celle-ci étaient la cause de l’impasse actuelle.

Sur l’Irak, Nicolas Sarkozy confirme que la France a eu raison de s’opposer à la guerre de 2003 et affirme qu’une solution nécessite « que soit défini un horizon clair concernant le retrait des troupes étrangères. Car c’est la décision attendue sur ce sujet qui contraindra tous les acteurs à mesurer leurs responsabilités et à s’organiser en conséquence. C’est alors, et alors seulement, que la communauté internationale, à commencer par les pays de la région, pourra agir le plus utilement ».

Un des points les plus inquiétants du discours concerne l’Iran. Il faut toutefois dire qu’il se situe dans ligne des infléchissements de la politique française sur la question depuis 2004. Mais Nicolas Sarkozy va plus loin :

« La France maintient avec ses dirigeants (de l’Iran) un dialogue sans complaisance, qui s’est avéré utile en plusieurs occasions. La France a pris l’initiative, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, d’une négociation où l’Europe joue un rôle central, rejointe par les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Les paramètres en sont connus ; je n’y reviens pas, sinon pour réaffirmer qu’un Iran doté de l’arme nucléaire est pour moi inacceptable, et souligner l’entière détermination de la France dans la démarche actuelle alliant sanctions croissantes mais aussi ouverture si l’Iran fait le choix de respecter ses obligations. Cette démarche est la seule qui puisse nous permettre d’échapper à une alternative catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran. Cette quatrième crise est sans doute la plus grave qui pèse aujourd’hui sur l’ordre international. »

Si les mots ont un sens, Nicolas Sarkozy semble prêt à suivre les Etats-Unis dans une aventure en Iran. L’Iran doté de l’arme nucléaire est inacceptable, comme l’Irak doté d’armes de destruction massive était inacceptable. Mais qui déterminera que l’Iran est doté de l’arme nucléaire ? Rappelons que tous les ans depuis 20 ans, Washington annonce que Téhéran aura la bombe dans deux ans. Et que fera la France quand Washington affirmera agir préventivement (les dirigeants américains ont toujours dit qu’ils agiraient avant que l’Iran puisse disposer de l’arme nucléaire) ? S’il faut éviter la prolifération nucléaire, il faut aussi éviter une nouvelle explosion dans la région qui, non seulement risque d’amner l’Iran à accélérer son programme nucléaire, mais contribuera à l’extension du chaos dans toute la région.

le publié sur blog du Monde diplomatique :

http://blog.mondediplo.net/2007-08-30-Nicolas-Sarkozy-une-vision-americaine-de-l-Orient

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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 18:10
«Sarkozy confisque à son profit
tout l'espace politique»

Par Christophe ALIX
LIBERATION.FR : vendredi 18 mai 2007
    
  
Dominique Reynié est politologue et professeur à Sciences-Po Paris. Il analyse pour libération.fr les premiers «signaux» lancés à l’opinion par le nouveau président de la République.

Comment jugez-vous le casting gouvernemental annoncé ce matin?
Il ne faut pas s’y tromper, c’est un gouvernement de campagne électorale. Sa composition est directement liée à la nécessité pour Nicolas Sarkozy, d'une part de sortir de sa position parfois très à droite durant la campagne et d'autre part d’empêcher la reconstitution d’un centre autonome. Bernard Kouchner, Martin Hirsch, Jean-Pierre Jouyet ou Hervé Morin sont là pour faire cette équipe de rassemblement dont rêveraient les Français, mimer cette intention bayrouiste du choix des meilleurs à droite, au centre et à gauche. C’est un gouvernement moins «clivant» que ce à quoi l’on pouvait s’attendre qui est aussi là pour essayer de préparer dans l’esprit de l’opinion des réformes qui arriveront plus tard.
 
 
 
S’il ne fallait retenir qu’un seul nom, un seul signe caractéristique selon vous de l’intention présidentielle?
L’idée de mettre Martin Hirsch me semble très emblématique et fait déjà beaucoup réagir. C’est l’héritier de l’abbé Pierre, il apporte cette tonalité compassionnelle sur laquelle le nouveau président semble vouloir jouer. Ça n’a à première vue rien à voir mais l’idée de lire chaque année dans les établissements scolaires la lettre qu’a écrit le résistant Guy Môquet avant d’être fusillé par les Allemands me paraît rechercher le même effet, de même que les images de la famille Sarkozy lors de la cérémonie de passation de pouvoirs à l’Elysée. Il s’agit de toucher la corde sensible du public qui peut s’émouvoir de ce nouveau pouvoir de la même manière ou presque que quand il regarde la Star Ac' ou une émission de téléréalité. Sarkozy avait une image dure, clivante, de chef de guerre et là, il change de style…, il ferait presque pleurer dans les chaumières.

Les femmes sont également très représentées...
Oui, c’est la première fois, à ma connaissance, qu’on a un vrai gouvernement paritaire. Là aussi le signe envoyé paraît clair. Il y a là, me semble-t-il, comme une volonté d’absorber la défaite de Ségolène Royal, de récupérer à son propre compte cette tentation qu’ont eu 47% des Français de porter une femme à la tête de l’Etat. Car ce fut une des nouveautés très marquantes de cette campagne.

Comment, dans ces conditions, le centre autonome de François Bayrou ou l’opposition socialiste peuvent-ils faire entendre leur voix?
Ils ne sont pas au mieux ! François Bayrou n’a plus d’idées ni de troupes. Les socialistes ont encore des troupes mais l’ouverture pratiquée par Ségolène Royal leur est aujourd’hui reprochée et c’est Sarkozy qui mobilise toute l’attention, les rendant inaudibles voire archaïques. C’est lui qui est en train d’injecter chaque jour des images nouvelles. Il captive et risque pendant quelque temps de confisquer à son profit tout l’espace politique. Le PS et Bayrou peuvent soit s’opposer et comme rien n’a encore été fait ni ne le sera vraiment avant les législatives, ce sera considéré comme mécanique ou de mauvaise foi, soit chercher eux aussi à mettre en œuvre cette modernité et ce renouvellement mais là, ils n’ont plus vraiment de cartes dans leur jeu. La seule, finalement, pour la gauche, c’est de mettre en avant Ségolène Royale, la femme candidate.
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