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Mobilisation

18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 17:08

par Alain Badiou

LEMONDE.FR | 18.02.11 |

   

Le vent d'est l'emporte sur le vent d'ouest. Jusqu'à quand l'Occident désœuvré et crépusculaire, la "communauté internationale" de ceux qui se croient encore les maîtres du monde, continueront-ils à donner des leçons de bonne gestion et de bonne conduite à la terre entière ? N'est-il pas risible de voir quelques intellectuels de service, soldats en déroute du capitalo-parlementarisme qui nous tient lieu de paradis mité, faire don de leur personne aux magnifiques peuples tunisiens et égyptiens, afin d'apprendre à ces peuples sauvages le b.a.ba de la "démocratie" ? Quelle affligeante persistance de l'arrogance coloniale ! Dans la situation de misère politique qui est la nôtre depuis trois décennies, n'est-il pas évident que c'est nous qui avons tout à apprendre des soulèvement populaires du moment ? Ne devons-nous pas de toute urgence étudier de très près tout ce qui, là-bas, a rendu possible le renversement par l'action collective de gouvernements oligarchiques, corrompus, et en outre – et peut-être surtout – en situation de vassalité humiliante par rapport aux Etats occcidentaux ?

Oui, nous devons être les écoliers de ces mouvements, et non leurs stupides professeurs. Car ils rendent vie, dans le génie propre de leurs inventions, à quelques principes de la politique dont on cherche depuis bien longtemps à nous convaincre qu'ils sont désuets. Et tout particulièrement à ce principe que Marat ne cessait de rappeler : quand il s'agit de liberté, d'égalité, d'émancipation, nous devons tout aux émeutes populaires.

On a raison de se révolter. De même qu'à la politique, nos Etats et ceux qui s'en prévalent (partis, syndicats et intellectuels serviles) préfèrent la gestion, de même à la révolte, ils préfèrent la revendication, et à toute rupture la "transition ordonnée". Ce que les peuples égyptiens et tunisiens nous rappellent, c'est que la seule action qui soit à la mesure d'un sentiment partagé d'occupation scandaleuse du pouvoir d'Etat est le levée en masse. Et que dans ce cas, le seul mot d'ordre qui puisse fédérer les composantes disparates de la foule est : "toi qui est là, va-t'en." L'importance exceptionnelle de la révolte, dans ce cas, sa puissance critique, est que le mot d'ordre répété par des millions de gens donne la mesure de ce que sera, indubitable, irreversible, la première victoire : la fuite de l'homme ainsi désigné. Et quoi qu'il se passe ensuite, ce triomphe, illégal par nature, de l'action populaire, aura été pour toujours victorieux. Or, qu'une révolte contre le pouvoir d'Etat puisse être absolument victorieuse est un enseignement de portée universelle. Cette victoire indique toujours l'horizon sur lequel se détache toute action collective soustraite à l'autorité de la loi, celui que Marx a nommé "le dépérissement de l'Etat".

A savoir qu'un jour, librement associés dans le déploiement de la puissance créatrice qui est la leur, les peuples pourront se passer de la funèbre coercition étatique. C'est bien pour cela, pour cette idée ultime, que dans le monde entier une révolte jetant à bas une autorité installée déclenche un enthousiasme sans bornes.

Une étincelle peut mettre le feu à la plaine. Tout commence par le suicide par le feu d'un homme réduit au chômage, à qui on veut interdire le misérable commerce qui lui permet de survivre, et qu'une femme-flic gifle pour lui faire comprendre ce qui dans ce bas monde est réel. Ce geste s'élargit en quelques jours, quelques semaines, jusqu'à des millions de gens qui crient leur joie sur une place lointaine et au départ en catastrophe de puissants potentats. D'où vient cette expansion fabuleuse ? La propagation d'une épidémie de liberté ? Non. Comme le dit poétiquement Jean-Marie Gleize, "un mouvement révolutionnaire ne se répand pas par contamination. Mais par résonance. Quelque chose qui se constitue ici résonne avec l'onde de choc émise par quelque chose qui s'est constitué là-bas". Cette résonance, nommons-là "événement". L'événement est la brusque création, non d'une nouvelle réalité, mais d'une myriade de nouvelles possibilités.

Aucune d'entre elles n'est la répétition de ce qui est déjà connu. C'est pourquoi il est obscurantiste de dire "ce mouvement réclame la démocratie" (sous-entendu, celle dont nous jouissons en Occident), ou "ce mouvement réclame une amélioration sociale" (sous-entendu, la prospérité moyenne du petit-bourgeois de chez nous). Parti de presque rien, résonant partout, le soulèvement populaire crée pour le monde entier des possibilités inconnues. Le mot "démocratie" n'est pratiquement pas prononcé en Egypte. On y parle de "nouvelle Egypte", de "vrai peuple égyptien", d'assemblée constituante, de changement absolu d'existence, de possibilités inouïes et antérieurement inconnues. Il s'agit de la nouvelle plaine qui viendra là où n'est plus celle à laquelle l'étincelle du soulèvement a finalement mis le feu. Elle se tient, cette plaine à venir, entre la déclaration d'un renversement des forces et celle d'une prise en main de tâches neuves. Entre ce qu'a dit un jeune tunisien : "Nous, fils d'ouvriers et de paysans, sommes plus forts que les criminels" ; et ce qu'a dit un jeune égyptien : "A partir d'aujourd'hui, 25 janvier, je prends en main les affaires de mon pays."

Le peuple, le peuple seul, est le créateur de l'histoire universelle. Il est très étonnant que dans notre Occident, les gouvernements et les média considèrent que les révoltés d'une place du Caire soient "le peuple égyptien". Comment cela ? Le peuple, le seul peuple raisonnable et légal, pour ces gens, n'est-il pas d'ordinaire réduit, soit à la majorité d'un sondage, soit à celle d'une élection ? Comment se fait-il que soudain, des centaines de milliers de révoltés soient représentatifs d'un peuple de quatre-vingt millions de gens ? C'est une leçon à ne pas oublier, que nous n'oublierons pas.

Passé un certain seuil de détermination, d'obstination et de courage, le peuple peut en effet concentrer son existence sur une place, une avenue, quelques usines, une université… C'est que le monde entier sera témoin de ce courage, et surtout des stupéfiantes créations qui l'accompagnent. Ces créations vaudront preuve qu'un peuple se tient là. Comme l'a dit fortement un manifestant égyptien : "avant je regardais la télévision, maintenant c'est la télévision qui me regarde."

RÉSOUDRE DES PROBLÈMES SANS L'AIDE DE L'ETAT

Dans la foulée d'un événement, le peuple se compose de ceux qui savent résoudre les problèmes que l'événement leur pose. Ainsi de l'occupation d'une place : nourriture, couchage, garde, banderoles, prières, combats défensifs, de telle sorte que le lieu où tout se passe, le lieu qui fait symbole, soit gardé à son peuple, à tout prix. Problèmes qui, à échelle de centaines de milliers de gens venus de partout, paraissent insolubles, et d'autant plus que, sur cette place, l'Etat a disparu. Résoudre sans l'aide de l'Etat des problèmes insolubles, c'est cela, le destin d'un événement. Et c'est ce qui fait qu'un peuple, soudain, et pour un temps indéterminé, existe, là où il a décidé de se rassembler.

Sans mouvement communiste, pas de communisme. Le soulèvement populaire dont nous parlons est manifestement sans parti, sans organisation hégémonique, sans dirigeant reconnu. Il sera toujours temps de mesurer si cette caractéristique est une force ou une faiblesse. C'est en tout cas ce qui fait qu'il a, sous une forme très pure, sans doute la plus pure depuis la Commune de Paris, tous les traits de ce qu'il faut appeler un communisme de mouvement. "Communisme" veut dire ici : création en commun du destin collectif. Ce "commun" a deux traits particuliers. D'abord, il est générique, représentant, en un lieu, de l'humanité toute entière. Dans ce lieu, il y a toutes les sortes de gens dont un peuple se compose, toute parole est entendue, toute proposition examinée, toute difficulté traitée pour ce qu'elle est. Ensuite, il surmonte toutes les grandes contradictions dont l'Etat prétend que lui seul peut les gérer sans jamais les dépasser : entre intellectuels et manuels, entre hommes et femmes, entre pauvres et riches, entre musulmans et coptes, entre gens de la province et gens de la capitale…

Des milliers de possibilités neuves, concernant ces contradictions, surgissent à tout instant, auxquelles l'Etat – tout Etat – est entièrement aveugle. On voit des jeune femmes médecin venues de province soigner les blessés dormir au milieu d'un cercle de farouches jeunes hommes, et elles sont plus tranquilles qu'elles ne le furent jamais, elles savent que nul ne touchera un bout de leurs cheveux. On voit aussi bien une organisation d'ingénieurs s'adresser aux jeunes banlieusards pour les supplier de tenir la place, de protéger le mouvement par leur énergie au combat. On voit encore un rang de chrétiens faire le guet, debouts, pour veiller sur les musulmans courbés dans leur prière. On voit les commerçants nourrir les chômeurs et les pauvres. On voit chacun parler à ses voisins inconnus. On lit mille pancartes où la vie de chacun se mêle sans hiatus à la grande Histoire de tous. L'ensemble de ces situations, de ces inventions, constituent le communisme de mouvement. Voici deux siècles que le problème politique unique est celui-ci : comment établir dans la durée les inventions du communisme de mouvement ? Et l'unique énoncé réactionnaire demeure : "cela est impossible, voire nuisible. Confions-nous à l'Etat". Gloire aux peuples tunisiens et égyptiens qui nous rappellent au vrai et unique devoir politique : face à l'Etat, la fidélité organisée au communisme de mouvement.

Nous ne voulons pas la guerre, mais nous n'en avons pas peur. On a partout parlé du calme pacifique des manifestations gigantesques, et on a lié ce calme à l'idéal de démocratie élective qu'on prêtait au mouvement. Constatons cependant qu'il y a eu des morts par centaines, et qu'il y en a encore chaque jour. Dans bien des cas, ces morts ont été des combattants et des martyrs de l'initiative, puis de la protection du mouvement lui-même. Les lieux politiques et symboliques du soulèvement ont dû être gardés au prix de combats féroces contre les miliciens et les polices des régimes menacés. Et là, qui a payé de sa personne, sinon les jeunes issus des populations les plus pauvres ? Que les "classes moyennes", dont notre inespérée Michèle Alliot-Marie a dit que l'aboutissement démocratique de la séquence en cours dépendait d'elles et d'elles seules, se souviennent qu'au moment crucial, la durée du soulèvement n'a été garantie que par l'engagement sans restriction de détachements populaires. La violence défensive est inévitable. Elle se poursuit du reste, dans des conditions difficiles, en Tunisie, après qu'on ait renvoyé à leur misère les jeunes activistes provinciaux.

Peut-on sérieusement penser que ces innombrables initiatives et ces sacrifices cruels n'ont pour but fondamental que de conduire les gens à "choisir" entre Souleiman et El Baradei, comme chez nous on se résigne piteusement à arbitrer entre MM. Sarkozy et Strauss-Kahn ? Telle serait l'unique leçon de ce splendide épisode ?

Non, mille fois non ! Les peuples tunisiens et égyptiens nous disent : se soulever, construire le lieu public du communisme de mouvement, le défendre par tous les moyens en y inventant les étapes successives de l'action, tel est le réel de la politique populaire d'émancipation. Il n'y a certes pas que les Etats des pays arabes qui soient anti-populaires et, sur le fond, élections ou pas, illégitimes. Quel qu'en soit le devenir, les soulèvements tunisiens et égyptiens ont une signification universelle. Ils prescrivent des possibilités neuves dont la valeur est internationale.

Alain Badiou, philosophe

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 22:57
Les ALTERNATIFS 
 solidarités-écologie-féminisme-autogestion
 
 
 
    La bataille menée par la droite dure au service des forces du capital contre les services publics n'est pas nouvelle : combiner privatisations et marchandisation globales avec une once de capitalisme compassionnel en faveur des plus pauvres, alors que le nombre de victimes  d'exclusion et les inégalités progressent, asphyxier les servies publics en comprimant les budgets et en supprimant des emplois, puis tirer argument de la dégradation du service rendu pour dégrader encore plus, et amplifier le processus de privatisation.
 

    Avec la pression exercée par la finance sur les Etats, pression aggravée par leur endettement pour sauver le système bancaire, s'ouvre ce que les institutions financières et les ultra-libéraux caractérisent comme une "fenêtre d'opportunité", un moment historique qui peut permettre d'imposer politiquement aux peuples des mesures radicalement antisociales. Les services publics, le système de protection sociale sont clairement menacés par cette offensive.


    De vrais services publics sont incompatibles avec le projet des libéraux.

    L'offensive au niveau mondial (Accord Général sur le Commerce et les Services), les directives européennes, les politiques de démantèlement menées en France vont dans le même sens. Tout doit être mis en concurrence, tout doit rapporter. Tous les aspects de la vie doivent être marchandisés. La prochaine offensive s'annonce autour de la dépendance.

    Déjà avec la loi Bachelot, la loi de financement de la Sécu, les hôpitaux publics sont soumis à des critères de rentabilité, allant de pair avec la suppression de nombreux services et hôpitaux de proximité et avec le  partenariat entre cliniques privées et hôpitaux publics au détriment de ces derniers. Cette loi doit être abrogée ; les ARS (Agences régioanles de santé) doivent être remplacées par des structures non dépendantes du Ministère ; l'offre de soins doit être réorganisée et la prévention développée ; le maillage des territoires d'unités sanitaires de base autogérées doit permettre un accès gratuit et de proximité pour toutes et tous. Dans ce cadre, le rôle des usager-e-s, citoyen-ne-s, syndicats doit être primordial.

 

    Les dégats de privatisations sont connus.

    Sous le discours de la compétitivité, de la libre concurrence, la hausse constante des tarifs, les inégalités entre territoires, se cache la gestion aléatoire des risques...

    Mais la lutte nécessaire contre les privatisations passe aussi par la mise à plat des contradictions : partisans de la sortie du nucléaire et d'un nouveau modèle énergétique, les Alternatifs s'opposent aux nucléocrates privés... et publics.

    La pression de la technocratie d'Etat et de modes de gestion inspirés de ceux du privé dégrade les services publics. Elle facilite les processus de privatisation en divisant les personneles et en contribuant à la dégradation du service rendu.

 

    Pourquoi nous défendons les services publics ?

    Nous défendons les SP, et leur amélioration, en tant qu'éléments essentiels du bien vivre, de la réduction des inégalités et du bon fonctionnement de la démocratie. Il ne peut y avoir démocratie réelle  sans accès satisfaisant de tous à l'école, aux transports, à la santé, conditions de la citoyenneté. Dans les situations difficiles, les SP  constituent un rempart face à la précarisation, à la misère et aux discriminations dans les quartiers populaires, à la paupérisation de zones rurales.
     Les services publics sont propriété publique, un  patrimoine commun, ils jouent un rôle structurant pour toute la société. Nous luttons pour qu'ils ne soient pas bradés au secteur marchand et pour qu'ils bénéficient des moyens permettant l'exercice de leurs missions dans des conditions permettant à toutes et tous d'y accéder. C'est pourquoi il faut y développer l'emploi et non l'affaiblir, ni le précariser, ni en casser les statuts.

Pour défendre les services publics nous devons les reconquérir et les transformer
 
     Cette transformation passe par une nouvelle organisation des services publics de type autogestionnaire. La réponse alternative, c'est l'intervention des salarié-e-s et usager-e-s, c'est la définition démocratique d'objectifs d'utilité sociale et écologique. Elle permettra aussi de confronter des logiques parfois différentes et d'améliorer l'efficacité sociale des services publics. La présence au sein des instances de direction, au côté de représentant-e-s des salarié-e-s, des usager-e-s et d'élu-e-s locaux est indispensable, pour agir, dans la transparence, dans le sens de l'utilité sociale et écologique.

    Les formes d'appropriation collective et de gestion peuvent varier :

        - appropriation sociale des services en réseau (énergie, transports publics, télécommunications) et du secteur bancaire, sous contrôle populaire et citoyen ;

        - mise en place par des collectivités locales ou des initiatives populaires (crèches, maisons des associations, maisons des chômeurs, centres sociaux, centres de soins, service local du logement en lien avec des coopératives) ;

        - combinaison des deux formes dans certains cas : services locaux d'énergie autonomes mais articulés avec le service national de l'énergie avec gestion publique locale sous forme de régies publiques ou de Sociétés coopératives d'intérêt collectif (SCIC) des énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, biomasse, etc.) et des déchets ;

        - initiatives collectives, non-marchandes, pouvant être soutenues par contractualisation avec des collectivités territoriales (écoles associatives en langues des régions, dans la perspective d'une prise en charge progressive par l'Ecole Publique, crèches parentales, centres de soins autogérés).

 

    La centralisation nécessaire pour donner cohérence au réseau des services publics ne doit pas corseter, mais apporter des lignes directrices. Des adaptations aux réalités sociales et territoriales sont nécessaires. L'égalité implique des approches, des réponses spécifiques et l’affectation de moyens au bénéfice des secteurs ou usagers les plus fragilisés. Cela va à contre-courant des logiques d'exclusion et de paupérisation qui disloquent la société.

    L'extension du champ des services publics permettra de privilégier les solidarités et l'utilité sociale et écologique, plutôt que le chacun pour soi et l'aliénation consumériste. Cette extension est notamment urgente pour faire reculer la privatisation de l'eau.

    La reconquête de la maîtrise publique de l'eau, bien commun et de l'assainissement passe notamment par la mise en place de régies municipales ou de bassins. Des secteurs de l'économie sociale et solidaire peuvent également être soutenus, dans le respect d'un cahier des charges garantissant leur utilité sociale et écologique.

    L'appropriation sociale, publique, nécessite une dynamique de propositions et de mobilisation.

 

    Des collectifs pour défendre et développer les services publics !
  
  La mobilisation pour les services publics a besoin d'un large front poltico-social : s
yndicats, associations, collectifs unitaires, mouvements politiques : tous ensemble pour les solidarités sociales et territoriales.

    Le mouvement contre la privatisation de la Poste, même s'il n'a pu s'inscrire à une large échelle dans la durée, en a été un prémisse. Cette mobilisation durable est vitale dans les quartiers populaires et les secteurs ruraux sacrifiés à la logique capitaliste. Chaque lutte contre la liquidation d'un service à la population, chaque collectif unitaire, s'inscrit dans un mouvement global en construction.

    La reconquête, l'élargissement des services publics, prendront des formes diverses, dont les fils conducteurs seront l'utilité sociale et écologique, l'intervention populaire et citoyenne.


 

La coordination Générale des Alternatifs - le 16/01/2011

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:16

Le drapeau rouge hissé sur la raffinerie de Donges 22/10/10
Alors que de plus en plus de salariés soutiennent et participent à la lutte contre la réforme des retraites, l'Etat français réquisitionne les grévistes des dépôts de pétrole et des raffineries en envoyant l'armée (gardes mobiles) sur les entreprises occupées. L'Etat français bafoue le droit de grève et le code du travail.
L'attitude du gouvernement n'endigue cependant pas la colère sociale, les salariés de la raffinerie de Donges viennent de reconduire la grève jusqu'au vendredi prochain. Nous appelons à amplifier le mouvement et à participer aux actions de blocages économiques, dans la perspective des mobilisations unitaires de la semaine prochaine.
De même l'ensemble des salariés et précaires sont appelés à la solidarité ces prochains jours, d'une part avec les salariés en grève, mais aussi en soutenant les travailleurs poursuivis par la justice comme le 27 octobre prochain à Rennes.

http://www.breizhistance.tv
BREIZHISTANCE - Indépendance et Socialisme
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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:07

Le Monde dimanche 24 octobre 2010


Ils sont tous derrière l'intersyndicale. L'ensemble de la gauche radicale affiche un soutien sans faille aux mobilisations contre le projet de réforme des retraites. Toujours présents dans les manifestations, ils demandent à l'unisson de FO et de SUD le retrait de la réforme. Mais derrière cet appui répété, quelques dissonances se font encore entendre entre le Front de gauche, d'un côté, et le NPA, de l'autre.


Le Parti communiste s'était, dès les premières heures de la rentrée, mis dans les roues des centrales syndicales. Lors de la Fête de L'Humanité à la mi-septembre, Pierre Laurent, secrétaire national, avait expliqué que son parti se mettait au service du mouvement social. "C'est le moment pour la gauche d'être à la hauteur et nous ferons tout pour que personne ne faiblisse ni ne déserte", avertissait le numéro un.


Depuis, pas une once de critique à l'égard de la tactique syndicale unitaire. Journées d'action, manifestations unitaires ou opérations de blocage, tout est bon. Et si la majorité des syndicats jugent que la grève reconductible n'est pas jouable, ils ont raison. "Faut pas mégoter. Les syndicats ont très bien fait leur boulot dans une situation tendue. Il faut leur faire confiance et se mettre derrière à fond", explique Pierre Laurent encore aujourd'hui. Les militants communistes sont présents en masse dans les cortèges, tous autocollants et banderoles dehors.


Son homologue du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, est dans la même posture. S'il réclame toujours un référendum sur les retraites, le député européen continue à s'aligner derrière les syndicats : "Nous marchons dans les pas des syndicats : on veut le retrait de la réforme, donc on tient notre part de tranchée", affirme-t-il.

Dans cette stratégie de soutien, le Front de gauche a décidé de franchir un pas de plus en organisant, samedi 23 et dimanche 24 octobre, des collectes de solidarité. "Se mettre en grève est un engagement courageux quand on a un petit salaire et qu'on a du mal à finir les mois", insiste M. Laurent. "Un geste fraternel", qui se situe dans la tradition des drapeaux rouges tendus dans les meetings dans les années 1970.


Au NPA, la mobilisation se vit plus en direct. Les militants sont tous sur le front des manifestations, des blocages de raffineries et surtout des "interpros", ces collectifs unitaires interprofessionnels qui avaient surgi dans les grèves de 2003 (réforme Fillon). Là, enseignants, fonctionnaires territoriaux, salariés du privé ou étudiants se retrouvent pour décider d'opérations communes. C'est dans cette frange la plus militante que le NPA trouve le meilleur écho à ses slogans.


Le discours a cependant bougé. Fini les appels à la grève générale et l'insistance sur les arrêts de travail reconductibles comme seules actions à la hauteur de l'enjeu. Depuis début octobre, Olivier Besancenot a rangé ses critiques à l'égard des syndicats jugés trop mous et ses appels à un "nouveau Mai 68". Trop décalé dans une situation où les militants se rendent compte que le mot de grève générale est incantatoire et pas crédible sur les lieux de travail. Même les militants ont "du mal avec leur fiche de paye", reconnaît-on dans son entourage.

Alors ils collent aux plus radicaux. "Nous nous appuyons sur toutes les initiatives, notamment les blocages, qui peuvent faire accélérer et amplifier le mouvement", assure Pierre-François Grond, bras droit de M. Besancenot. Sur les ondes, le leader postier a trouvé une nouvelle formule : "L'unité et la radicalité, ça peut aller ensemble."

Sylvia Zappi

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 19:05


LEMONDE.FR | 23.10.10 | 08h52  •  Mis à jour le 24.10.10 | 14h23

 

Le mouvement contre la réforme des retraites peut-il durer ? Alors que commencent des vacances de la Toussaint perturbées par les blocages de raffineries et de dépôts de carburants, les syndicats appellent à des mobilisations les 28 octobre et 6 novembre. Et des blocages pourraient continuer pendant les vacances.

Une "grève par procuration", comme en 1995 ? Organisé par des groupes de militants qui rassemblent des syndicalistes de divers secteurs, les blocages se poursuivent même si le taux de grévistes reste faible. Cette persistance depuis début septembre fait penser au mouvement de l'hiver 1995, analyse le sociologue Philippe Corcuff : "Un secteur minoritaire de la population est en grève, il y a une mobilisation massive dans les manifestations et un soutien très large dans la population." Et de rappeler ce que le politologue Stéphane Rozès avait qualifié en 1995 de "grève par procuration". Ceux qui sont mobilisés aujourd'hui le font "pour" les salariés qui ne peuvent pas faire grève pour des raisons financières ou parce que leur secteur n'est pas mobilisé.

Président de la société de conseil Cap et enseignant à Sciences Po, Stéphane Rozès explique aujourd'hui que le même phénomène est à l'œuvre, mais que sa nature est différente. "En 1995, au travers du mouvement social, les Français envoyaient un message à [Jacques] Chirac. Aujourd'hui, ils disent qu'ils souhaitent une réforme des retraites mais jugent le contenu de celle du gouvernement injuste et inefficace. Ils se servent des sondages pour exprimer leur soutien au mouvement social." Vendredi 22 octobre, un sondage BVA rapportait que 69 % des Français étaient solidaires du mouvement et 46 % soutenaient le blocage des raffineries.

Le parallèle avec 1995 s'arrête pourtant assez vite, estime Guy Groux, directeur de recherche du CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po et spécialiste du syndicalisme. "En 1995, la totalité de la SNCF et de la RATP était en grève, on avait le sentiment d'une économie à l'arrêt, et surtout les taux de grévistes étaient beaucoup plus élevés", analyse-t-il, soulignant que "la situation politique était également différente : l'hiver 1995 arrivait six mois après l'élection de Chirac, alors qu'en 2010, nous sommes déjà dans la préparation de la présidentielle de 2012 pour Nicolas Sarkozy". 

Un mouvement multiforme. Comparer le mouvement avec mai 1968 n'est pas non plus pertinent, prévient Lilian Mathieu, sociologue et auteur de Comment lutter ? (Textuel). "En 1968, on a une grève générale de longue durée, ce qui n'est pas le cas en 2010 : certains secteurs sont partiellement en grève, d'autres connaissent des grèves de basse intensité, uniquement pour les journées d'action. D'autres salariés se relaient pour assurer la continuité du mouvement, tout en limitant les pertes de salaire."

C'est certainement une des spécificités du mouvement, estime Philippe Corcuff. "On est dans un mouvement polyphonique, composite, les gens vont parfois aux manifestations, parfois non, ils peuvent participer une fois à une action, une autre fois non. On peut entrer et sortir du mouvement à sa guise. C'est une sorte de guérilla sociale, durable et pacifique, dans la majeure partie des cas", explique-t-il.

Les modes d'action ne sont pas nouveaux, mais ils puisent dans les expériences des mouvements altermondialistes, comme le démontage du McDonald's de Millau en 1999 ou les Faucheurs volontaires d'OGM. Jeudi, un groupe de syndicalistes à ainsi tenté d'aller murer les locaux du siège de l'UMP à Paris.

Dans les manifestations, certains militants plaident pour un blocage total de l'économie. Une référence indirecte à l'ouvrage L'Insurrection qui vient (La Fabrique), que la police a attribué à Julien Coupat, mis en cause dans l'affaire de Tarnac ? L'idée fait sourire Eric Hazan, éditeur de La Fabrique, mais il y voit un "écho certain".

Pour Guy Groux, la raison d'être de ces modes d'action est plutôt à chercher du côté de la faiblesse du mouvement syndical. "Les syndicats maîtrisent de moins en moins leur base, beaucoup de choses leur échappent, estime-t-il. Les syndicats sont pris dans une contradiction : d'un côté ils appellent à des manifestations répétées et d'un autre côté ils n'arrivent pas à enclencher des grèves reconductibles suivies." "On aurait tort de penser que tout est contrôlé par les directions syndicales", acquiesce Lilian Mathieu.

Comment continuer ? Dans ces conditions, le mouvement peut-il se poursuivre après le vote de la loi, voire après les vacances scolaires ? "Oui, sous la forme d'une mobilisation semi-permanente", assure Philippe Corcuff, qui y voit une comparaison avec le "mai rampant" italien des années 1968-1969, qui s'était étendu sur plusieurs mois, bien au-delà des revendications d'origines.

Depuis les premières journées de mobilisation, les slogans et les affiches ont évolué : aux côtés des mots d'ordre contre la réforme des retraites, les revendications catégorielles et, globalement, le rejet de Nicolas Sarkozy, s'expriment de plus en plus. "Pour beaucoup de gens, ce n'est plus seulement la question des retraites, mais aussi un désir d'en finir avec le cynisme, l'arrogance, l'injustice", s'enthousiasme l'éditeur Eric Hazan.

Au contraire, le chercheur Guy Groux y voit un danger pour les syndicats : "Après les vacances, on va changer de cap. Quand la loi sera entérinée et promulguée, on va entrer dans un autre jeu, celui de contester la démocratie parlementaire par la démocratie sociale." Il pointe également un risque de déception chez les militants syndicaux, si le pouvoir ne cède pas d'un pouce.

"Pour l'heure, l'opinion s'est cristallisée derrière le mouvement", prévient Stéphane Rozès. Mais un retournement de l'opinion pourrait être fatal au mouvement. "Les gens sont solidaires mais ils sont aussi des consommateurs, des vacanciers, des automobilistes", énumère Guy Groux, qui pense que les blocages économiques vont provoquer une cassure avec la population. "Le sentiment d'être soutenu par l'opinion est très important pour les syndicalistes. Dans les assemblées générales, on discute de la manière de maintenir cette sympathie", raconte Philippe Corcuff.

Pour l'instant, cette cassure n'a pas encore eu lieu. Stéphane Rozès, comme d'autres, souligne que d'"éventuels débordements provoqueraient une telle rupture avec l'opinion". "Cela pourrait relégitimiser le discours de Sarkozy sur la sécurité", prévient Philippe Corcuff, qui estime que l'enjeu, pour la suite du mouvement, est plutôt d'arriver à assurer une coordination entre les syndicats de salariés et la jeunesse, en misant sur des modes d'actions "ludiques" et sur l'"inventivité" des militants.

Nabil Wakim

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 02:02

 

Par Europe1.fr avec Arthur Helmbacher

Publié le 23 octobre 2010 à 00h33 

Les employés de la raffinerie de Grandpuits, une première fois débloquée, ont pu faire suspendre l'arrêté préfectoral par la justice. Mais la préfecture a depuis déposé un second arrêté. 

Son arrêté suspendu par la justice, la préfecture en a formulé un second pour débloquer la raffinerie.

Après le ton ferme, le gouvernement a tenté la manière forte et multiplié les déblocages de raffineries. La raffinerie Total de Grandpuits, en Seine-et-Marne, dont les accès étaient bloqués par les grévistes depuis plusieurs jours, a ainsi été réquisitionnée vendredi matin par la préfecture. Mais les syndicats ont saisi la justice, provoquant une bataille des arrêtés préfectoraux.

 

Le premier arrêté suspendu par la justice

 

Le préfet de Seine-et-Marne, Michel Guillot, en compagnie de certains de ses collaborateurs, "est venu lui-même donner les réquisitions au personnel dans le but d'alimenter les stations-service et tous les clients de Total, tout ça sous prétexte d'un code Défense", s'est insurgé Charles Foulard, coordinateur CGT du groupe pétrolier Total. "Nous ne sommes pas en guerre, nous ne sommes pas en état de siège, le code défense ne s'applique pas dans ce cas-là", a-t-il martelé.

 

Ayant obtenu la suspension de l'arrêté préfectoral par le tribunal administratif de Melun, les syndicats pensaient avoir gagné une bataille.

 

La préfecture contre-attaque

Mais la préfecture a ensuite déposé un deuxième arrêté pour empêcher un nouveau blocage du site. "Le préfet relance une réquisition, cette fois-ci pour l’approvisionnement des grandes distributions permettant le ravitaillement des services publics prioritaires", a dénoncé Charles Foulard, coordinateur CGT du groupe pétrolier Total.

"De tout façon, nous réattaquons au tribunal de Melun, c’est le jeu du chat et de la souris", a-t-il ajouté. Mais le syndicat ne compte pas s’en tenir là : il a prévu d’attaquer au pénal le préfet de Sein-et-Marne. La bataille juridique ne fait que commencer.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 18:40

TCHAT Libération  Vendredi 22 octobre

Les forces de l'ordre ont été dépêchées en nombre à la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne), pour en dégager l'accès, ce matin. Emmanuel Lépine, secrétaire fédéral de la branche pétrole de la CGT a répondu à vos questions.


 

La police devant la raffinerie de Grandpuits, le 22 octobre 2010.

La police devant la raffinerie de Grandpuits, le 22 octobre 2010. (Benoit Tessier / Reuters)

 

Danielle Madeleine. Cela veut-il dire que les raffineries vont se remettre à fonctionner normalement, ce qui voudrait dire que c'est la fin du droit de grève?
Emmanuel Lépine. En fait, le déblocage qui a été organisé ce matin par le préfet de Seine-et-Marne est un coup médiatique. Pourquoi? La majorité des stockages d'hydrocarbures en France se trouve dans les raffineries, y compris sous forme de pétrole brut, et ces raffineries sont à l'arrêt. Le déblocage de la raffinerie de Grandpuits ne peut que de retarder une échéance de pénurie, même si ce n'est pas la pénurie que recherche les grevistes. Sur le droit de grève, c'est une attaque directe puisque nous considérons à la CGT que les pratiques utilisées par le préfet sont des pratiques mafieuses.

Olivier. Quelles actions avez-vous entreprises pour obtenir en référé l'annulation des décrets de réquisition?
Etienne. Avez-vous déposé une plainte auprès du tribunal administratif concernant la réquisition de la raffinerie de Grandpuits pour entrave au droit de grève?
Une action juridique en référé a bien été engagée sur chaque réquisition. Dès lors que nos avocats se présentent au tribunal pour obtenir un jugement, la justice nous apprend que les réquisitions ont été retirées une heure avant l'audience, ce qui éteint l'action juridique. Nous sommes dans une situation où ne pouvons pas obtenir l'avis de la justice sur la légalité des réquisitions. Aujourd'hui, on est en là. A Grandpuis, aujourd'hui, à 16h30, on attend le jugement sur la dernière réquisition de ce matin. L'Etat joue au jeu du chat et la souris avec la justice, parce qu'il sait que ces réquisitions sont illégales.

Solidaridad. J'aimerais savoir ce que veut dire débloquer une raffinerie puisque les robinets sont fermés. Les CRS débloquent quoi? les camions pleins de la semaine dernière?
 Il y a des stocks d'hydrocarbures dans les raffineries, mais ceux-ci sont limités. Ce qui crée l'essentiel de la pénurie c'est l'arrêt des installations de raffinage.

Nikita. Sous quel régime sont engagés les ouvriers réquisitionnés (droit privé ou droit public)? Peuvent-ils refuser de travailler? A quelles sanctions s'exposent-ils?
Les salariés restent sous droit privé, c'est paradoxal, puisque c'est la puissance publique qui ordonne le travail, mais sous droit privé. Les sanctions annoncées, en cas de refus, sont des peines de prison immédiates.

Duralex. Y a-t-il selon vous une différence entre la grève et le blocage? le blocage est-il légal? Est-il moral?
Pete. Ne considérez-vous pas que la CGT met en danger le droit de grève en ne respectant pas les lois qui le réglementent et en appelant explicitement les salariés à commettre des délits en réunion ?
Jojo. Ne pensez-vous pas que les actions organisées en dehors du droit de grève à proprement parler (blocages, opérations escargot, voire violence dans le cas des ouvriers du Livre il y a quelques années, lors du lancement des gratuits en France) vont entraîner une remise en cause de la grève elle-même?
On ne peut pas accepter qu'il y ait un amalgame entre les violences qui sont commises actuellement sur le terrain, et l'expression pacifique du droit de grève. A la CGT, on est en train de réunir des preuves de nombreuses provocations policières: des gendarmes mobiles qui chargent des queues de manifestations, des infiltrations de policiers affublés de badges syndicaux et des drapeaux de la CGT dans les cortèges, des agressions, y compris à Lyon, de pompiers en grève agressés par des CRS, mais également de lycéens. La violence est du côté de l'Etat.
Sur la question des blocages, je ne sais pas si Gandhi, qui a organisé la résistance passive en Inde, pouvait être qualifié de violent, pourtant il bloquait bien l'économie, ce que font les grévistes aujourd'hui, en France.

Ulrich. Je souhaiterais savoir à quel âge personnellement vous allez partir à la retraite, et de façon plus générale, l'âge de départ à la retraite des ouvriers de chez Total.
Svp59. Pourriez-vous nous en dire plus sur le régime de retraites dont vous bénéficiez?

Le régime de retraite des pétroliers est identique à celui du régime général, sauf pour les salariés travaillant en équipes tournantes en trois huit continus. Ces salariés bénéficient d'une anticipation au départ, qui va de 3 à 5 ans suivant les entreprises. Ces salariés subissent une réduction de l'espérance de vie, justement de cinq ans, par rapport aux autres ouvriers qui, eux-mêmes, ont une espérance de vie de sept ans inférieure à celle des cadres.
 En repoussant l'âge de la retraite de deux ans, et surtout en remettant en cause ces accords pétrole sur la pénibilité, la réforme aurait pour effet de faire partir en retraite ces salariés après leur espérance de vie moyenne.

Fab38. Vous avez déclaré que «Nicolas Sarkozy ne respectait pas le droit de grève» suite à l'intervention de Grandpuits. Considérez-vous que vous respectez le droit au travail de millions de Français en bloquant les carburants?
Steph. Comment justifier dans un pays démocratique que quelques centaines d'individus, syndiqués et donc responsables socialement, bloquent le pays contre une loi dont l'application se fera dans deux ans après une échéance électorale majeure?
Islay. Si on vous écoute les blocages ne sont pas une violence et sont légaux?

Je pense que des millions de Français s'expriment en permanence actuellement, et je pense que c'est nettement mieux que lorsqu'ils ne s'expriment que tous les cinq ans. Quand on voit qu'un sondage de ce matin place 69% des gens en accord avec les grèves et les manifestations, on ne peut pas opposer les grévistes avec le reste de la population.
 On voit, à Grandpuits, ce matin, comme ces derniers jours, que les blocages ne sont pas le fait d'une minorité de grévistes, mais d'un renouvellement permanent de citoyens qui viennent exprimer leur solidarité sur place aux salariés en lutte. La solidarité première c'est de rejoindre dans la grèves les salariés grévistes.

Arnold. Pourriez-vous nous dire comment vous soutenir financièrement ? Pourriez-vous nous donner une adresse pour envoyer notre aide? Merci camarade, nous sommes de tout cœur avec vous.
Luc. Je n'ai pas de question à poser, mais vous avez toute ma sympathie dans ce mouvement.
Stéphanie Stern. Je suis infirmière et je lutte, moi aussi, contre la réforme des retraites. Je suis de tout coeur avec vous. Que pouvons nous faire pour vous aider ? Y a-t-il une caisse de solidarité ?
Votre pseudo. Pour commencer, sachez que je suis totalement avec vous dans ce mouvement de contestation. Comment puis-je apporter ma contribution au mouvement ? Peu d'argent, mais prêt à apporter une petite contribution pour que la lutte continue. Et me conseillez-vous de rejoindre des points de blocages?
Damien. Pour aider au blocage de la raffinerie de Grandpuits (Seine-et-Marne), nous avons décidé de partir dès ce soir avec des provisions  merguez, chippo, baguette, de quoi remonter le moral des personnes présentes depuis déjà plus d'une semaine...

 L'intersyndicale a décidé de proposer deux prochaines mobilisations, le 28 octobre et le 6 novembre. On appelle les salariés à élargir le mouvement de grèves en France, contre la réforme des retraites. S'agissant de la solidarité financière, les salariés peuvent adresser leurs dons à la CGT en mentionnant «lutte sur les retraites», ou se rendre sur place s'ils habitent près des lieux de raffinage pour remettre en main propre.

Albert. Ne craignez-vous pas de faire perdre le seul acquis du mouvement (non négligeable), le support de l'opinion publique?
Busta Robert. Ne craignez-vous pas un retournement de l'opinion publique, jusqu'à maintenant très favorable aux mouvements en cours, et de faire le jeu du libéralisme de Sarkozy, en asséchant les pompes à essence ?

 On ne peut pas porter la responsabilité de la situation actuelle. Par le passé, lors de grèves dans le raffinage, les pouvoirs publics organisaient la distribution de carburant et combustible de manière à ne pas pertuber l'économie ni le fonctionnement des services publiques, hopitaux, pompiers...
 Aujourd'hui, c'est le gouvernement qui porte la responsabilité de la pénurie, en restant sourd aux demandes du peuple. Toute perturbation économique actuelle tient son origine de l'intransigeance du gouvernement dans son refus de discuter.

MaPe. La CGT était-elle préparée à ces réquisitions et ce scénario avait-il été envisagé dans vos préparations du conflit ?
Non, étant donné le caractère illégal et antidémocratique des réquisitions, on ne pouvait pas imaginer de prévoir ce genre de situation. Ceci étant, on a le soutien des citoyens pour éviter tout débordement dictatorial face à une mobilisation qui s'amplifie.

Mat63. Comment envisagez-vous la suite du mouvement si la réforme est adoptée par le Sénat ?
Titou. Après l'intervention des CRS, ce matin, pour dégager l'entrée de la raffinerie et réquisitionner des grèvistes, pensez-vous continuer votre combat pour que le gouvernement accepte de revoir sa réforme sur les retraites?
Crevette. Le gouvernement ne lâche rien, comment maintenir la pression sur le long terme sans perdre le soutien de l'ensemble de la population?

 A l'heure où l'on parle, l'ensemble des 12 raffineries françaises ne produisent pas. La suite du mouvement est décidé par les gens qui travaillent dans les raffineries. Il y a donc bien une démocratie qui s'exprime, par le fait que chacun se détermine individuellement sur son droit de gréve.
 Sur la suite du mouvement, le mouvement est lancé, il s'amplifie en France, et l'on souhaite qu'il s'amplifie de façon rapide et profond. J'entendais ce matin Raffarin dire que le gouvernement ne comptait pas reculer et qu'il était déterminé. Les salariés du raffinage sont dans le même état d'esprit.
 Pendant ce conflit, à la date d'hier, a été annoncé la fermeture de la raffinerie de Reichstett, en pleine table ronde sur le raffinage, nous considérons que c'est une provocation. On est en train, d'un côté de dire que la pénurie provient de l'arrêt des raffinerie, et on annonce hier la fermeture prochaine de Reichstett, et le tribunal vient d'autoriser Total à fermer sa raffinerie des Flandres. Tout ceci dans un contexte de profits énormes des pétroliers. La lutte n'est pas terminée, nous sommes convaincus qu'on va gagner.

Merci à toutes et à tous.

 

Source: http://www.liberation.fr/politiques/1201359-raffinerie-en-greve-posez-vos-questions-a-charles-foulard

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 16:55

 

Le 22 octobre 2010

Les manifestations d’hier ont confirmé que loin de s’essouffler,  la mobilisation contre le projet de la réforme des retraites continue à s’élargir dans le pays. Face à ce puissant mouvement social le gouvernement veut passer en force en écourtant les débats parlementaires et en usant de toujours plus de répression.

 

Lundi dernier, le Ministre de l’intérieur a activé un centre interministériel de crise pour « assurer la pérennité de ravitaillement en carburant ».

Ce matin, Nicolas Sarkozy en Conseil des ministres a annoncé avoir ordonné le déblocage de la totalité des dépôts de carburant.

 

 

Face au mouvement de grève qui touche les 12 raffineries du pays, le gouvernement a procédé à des réquisitions du personnel dès dimanche dernier notamment à la raffinerie de Grandpuits en Seine et Marne.

 

Ce coup de force est vivement dénoncé par les grévistes du site qui y voient une volonté du gouvernement de casser le mouvement. Face à cette situation, les élus du groupe Front de gauche et Alternatifs au Conseil régional Ile de France :

  • - condamnent fermement ces actes gouvernementaux qui violent le droit de grève, pourtant inscrit dans la constitution  
  • - apportent leur pleine solidarité aux grévistes de la raffinerie de Grandpuits
  • - encouragent le plus grand nombre de citoyens à venir soutenir sur place les grévistes ou à manifester leur solidarité active en versant aux caisses de solidarité des grévistes : Raffinerie de Grandpuits, Intersyndicale CGT/CFDT 77720 Mormant Cedex. Chèques à faire à l’ordre de l’Intersyndicale CGT/CFDT Total GPS

 

 

Ce gouvernement est aux abois, maintenons la pression jusqu’au retrait de son projet de loi sur les retraites. 

Quand les canaux de la démocratie sont bouchés, nous ne pouvons que soutenir les la désobéissance civique pour faire respecter le droit.

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 16:23

Les médias étrangers brossent peu ou prou le même tableau : celui d'un pays paralysé par un bras de fer qui va en durcissant, avec d'un côté un président qui martèle qu'il ne cédera pas, et de l'autre un mouvement qui se radicalise.

La Une du site The Economist le 19 octobre La Une du site The Economist le 19 octobre

De nombreux médias étrangers font leur Une, mardi 19 octobre, sur la mobilisation en France contre la réforme des retraites. Tous brossent peu ou prou le même tableau : celui d'un pays paralysé par un bras de fer qui va en durcissant, avec d'un côté un président qui martèle qu'il ne cédera pas, et de l'autre une mouvement de contestation qui se radicalise. Cette situation pourrait-elle mener au chaos ? Certains médias s'en inquiètent, mais d'aucun ne s'aventure pour autant à prédire l'issue de ce conflit.

D'emblée, le titre du Times donne le ton, sur son site internet : il ne parle pas de manifestations mais de "guérilla" qui "paralyse la France". Mais en dépit de l'emploi de ce mot, il est l'un des rares journaux à entrevoir pour Sarkozy une lueur d'espoir dans le bras de fer qui s'est engagé : "Les divisions au sein des forces syndicales entre radicaux et orthodoxes donnent à Sarkozy un peu de soulagement", écrit le quotidien britannique.

Une guérilla : c'est aussi ce que retient la BBC. Si le site de la radio britannique titre simplement "Les opposants français aux retraites se préparent à un nouveau jour de grève", la vidéo qu'elle a choisie pour illustrer son état des lieux de la mobilisation montre des scènes de guérilla urbaine entre jeunes et forces de l'ordre.

"Situation explosive", titre également le Financial Times au dessus de la photo d'une voiture incendiée à Nanterre, près de Paris.

"La révolte de la France qui fait le siège de Sarkozy", titre de son côté le quotidien italien La Repubblica (gauche), seul des grands journaux italiens à évoquer en Une la grogne sociale en France. "Des millions de citoyens dans les rues contre la réforme des retraites. Des travailleurs qui risquent leur emploi mais aussi des étudiants qui craignent pour leur avenir. Les grèves dans les transports et le carburant sur le point de finir. C'est l'automne chaud du président, assiégé par ceux qui l'avaient élu et jamais aussi bas dans les sondages", résume le quotidien.

"La France bloquée, Sarkozy ne fait pas marche arrière", écrit pour sa part le grand quotidien centriste de la botte, le Corriere della Sera (centre).

The Guardian, qui propose un suivi heure par heure de la situation sur son site, brosse également un tableau alarmiste et parie même sur une intensification de la contestation : "La contestation de la réforme des retraites du président Nicolas Sarkozy est partie pour s'intensifier alors que s'y ajoutent une généralisation des perturbations dans les transports, les inquiétudes au sujet de l'approvisionnement en carburant et le blocage des lycées".

El Pais insiste lui aussi, dans un article sur son site, sur la conjonction entre les mouvements de routiers, de lycéens, les transports aériens et ferroviaires perturbés, les stations-service à sec… Le quotidien espagnol conclut son tour d'horizon en donnant la parole à un cégétiste. Ce dernier rejette la responsabilité du blocage du pays sur le gouvernement français, qui "ne se rend pas compte que derrière les manifestations, il y a un problème plus profond que les retraites".

Du côté allemand, l'inquiétude point dans l'article du Zeit publié sur le site du journal et titré "La France submergée par les manifestants". Le quotidien souligne que même si Nicolas Sarkozy reste droit dans ses bottes, il n'est pas dit que le vote au Sénat mette fin à la contestation. Et alors, écrit l'auteur de l'article, "la situation pourrait s'aggraver". Avant de conclure sur un petit rappel : les syndicats français ont déjà deux fois - en 1995 et 2006 – fait plier des gouvernements…

Une piqûre de rappel qui figure aussi dans les colonnes de The Economist, qui souligne que contrairement aux habituelles grèves françaises, un nouveau paramètre a été introduit : la pression sur l'économie du pays via le risque d'une pénurie d'essence. Or le journal britannique voit dans ce "signe inquiétant", la possibilité que les manifestations "tournent au chaos", si l'exaspération populaire "échappe à tout contrôle". Ce qui remettrait à plus tard le remaniement annoncé par Nicolas Sarkozy, de l'avis du journal.

Pour l'espagnol ABC (conservateur), qui loue le "courage" de Nicolas Sarkozy, "les graves incidents en France (...) sont plus qu'une manifestation de rue contre une mesure concrète : c'est l'avenir de l'Etat providence qui est en question parce que la crise économique a déclenché toutes les alarmes sur un système (...) maintenant incapable de répondre aux attentes qu'il a suscitées".

Pour le New York Times, ce qui se joue en ce moment en France pourrait effectivement avoir des répercussions à bien plus long terme, mais d'une autre teneur que celles que souligne ABC. Le quotidien américain en ligne, qui titre "En France, les grèves des salariés s'acheminent vers une épreuve de force", estime que même avec la perspective d'une adoption du texte au Sénat, "Sarkozy se retrouve face à la possibilité que la victoire ne lui offre pas pour autant un gain politique". Car, souligne-t-il, avec 71% de Français qui soutiennent la mobilisation, le président français prend le risque de finir son mandat noyé dans l'impopularité…

 

(Sarah Halifa-Legrand - Nouvelobs.com)

 

Source:

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/social/20101019.OBS1509/la-presse-etrangere-s-inquiete-d-un-possible-chaos-en-france.html

 
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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 14:48

 

Depuis des semaines, l'Elysée et le gouvernement misent sur l'essoufflement et l'usure du mouvement. A défaut de les avoir obtenus, ils parient désormais sur le pourrissement, et un rejet par l'opinion des scènes de violence qui se multiplient.

Après des mois de journées d'action qui ont fait le plein de manifestants sur les pavés de tout le pays, avec de solides majorités dans l'opinion qui rejettent la réforme proposée, le gouvernement est resté « droit dans ses bottes », poussant son avantage parlementaire pour créer un fait accompli législatif.

L'objectif défini par le petit noyau de fins stratèges qui entoure Nicolas Sarkozy dans son réduit de l'Elysée est simple : montrer, comme disait finement Dominique Paillé, le secrétaire général adjoint de l'UMP, que le Président est « un mec qui en a » [1]. C'est-à-dire permettre à Nicolas Sarkozy de répéter à l'envi d'ici à l'élection présidentielle de 2012 que lui, au moins, a su imposer une « réforme-nécessaire-mais-impopulaire-pas-comme-ces-couilles-molles-qui-l'ont-précédé »…

Brouillage du dialogue social

En faisant de la réforme des retraites un objectif politique et pas seulement social et économique, Nicolas Sarkozy a introduit un élément de brouillage considérable. Il a au passage torpillé le dialogue social dont, pourtant, contre toute attente, il avait tenté de faire une force pendant la première période de son mandat, invitant les dirigeants des confédérations à discuter, leur donnant du « Bernard » ou du « François » et des claques dans le dos.

A l'arrivée, il n'a laissé d'autre choix aux centrales syndicales que de capituler ou de se lancer dans l'escalade, avec l'espoir que, dans les deux cas, le pouvoir soit gagnant.

L'escalade, elle se produit sous nos yeux, entre les blocages du secteur de l'énergie et l'irruption progressive de la jeunesse dans le paysage.

Et au passage, c'est tout le mouvement qui risque de changer de nature. Non pas tant avec l'entrée en scène d'éléments violents [2] qui risquent effectivement de discréditer l'ensemble du mouvement, mais surtout parce que la revendication de la jeunesse est plus large.

Le message de la jeunesse

Aux « vieux cons », et ils sont nombreux et pas nécessairement vieux, qui s'étonnent que des jeunes pas encore entrés dans la vie active manifestent pour le droit à la retraite à 60 ans, il leur suffirait de jeter un coup d'œil à cette magnifique photo prise ce mardi matin par Pascal Riché devant le lycée Hélène Boucher, dans le XXe arrondissement de Paris, et le slogan de la banderole des lycéens.

Devant le lycée Hélène Boucher, dans le XXe arrondissement de Paris, à 8h50 (Pascal Riché/Rue89)

Sur la banderole de droite, on peut lire : « 13 ans en taule, 16 pas responsable, 25 au chômage, 70 mort… au taf. »

Le risque que prennent les pyromanes qui nous dirigent est résumé dans cette banderole. La contestation sociale, centrée sur une loi spécifique, est en train de devenir une contestation plus générale de la société, et son incapacité à faire une place à ses jeunes. La France détient en effet l'un des records d'Europe des jeunes de moins de 25 ans au chômage. [3]

Cette génération est la première qui, avec certitude, a compris qu'elle vivra moins bien que celle de ses parents dans une France certes riche [4] mais incapable aujourd'hui d'éviter le décrochage dans un monde en pleine transformation.

En Mai 68, une jeunesse qui n'avait pas à se soucier de trouver une place dans la société contestait la nature même de la société bâtie par leurs parents. La génération 68 n'a pas réussi à la transformer, et laisse à sa descendance une société plus inégalitaire encore, moins accueillante encore…

Crise de société

En octobre 2010, c'est donc une jeunesse qui voit un horizon bouché qui descend dans la rue. Et qui interpelle tout le monde, à sa manière, sur ce « no future » qui se dessine à l'horizon.

Le défi s'adresse au pouvoir actuel, qui ne s'en tirera pas uniquement en montrant au journal de 20 heures des images de casseurs et de lycées brûlés. Le défi s'adresse aussi à la gauche, qui ne peut pas se contenter de surfer sur le rejet du sarkozysme, mais peine à définir des alternatives crédibles.

Pendant ce temps, le projet de loi de réforme des retraites continue son chemin parlementaire. Mais l'enjeu, progressivement, déborde de ce texte qui a mis le feu aux poudres ; c'est une crise de société qui se dessine.

Photo : devant le lycée Hélène Boucher, dans le XXe arrondissement de Paris, à 8h50 (Pascal Riché/Rue89)

 

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