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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 16:55

par Edwy Plenel

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« Monsieur le Président, cher François Hollande, je n’aurais jamais pensé que vous puissiez rester, un jour, dans l’histoire du socialisme français, comme un nouveau Guy Mollet ». 

 

Par Edwy Plenel, 23 juillet 2014 MEDIAPART


De l’alignement préalable sur la droite extrême israélienne à l’interdiction de manifestations de solidarité avec le peuple palestinien, sans compter l’assimilation de cette solidarité à de l’antisémitisme maquillé en antisionisme, François Hollande s’est engagé dans une impasse. Politiquement, il n’y gagnera rien, sauf le déshonneur. Mais, à coup sûr, il y perd la France. Parti pris en forme de lettre ouverte. 

Monsieur le Président, cher François Hollande, je n’aurais jamais pensé que vous puissiez rester, un jour, dans l’histoire du socialisme français, comme un nouveau Guy Mollet. Et, à vrai dire, je n’arrive pas à m’y résoudre tant je vous croyais averti de ce danger d’une rechute socialiste dans l’aveuglement national et l’alignement international, cette prétention de civilisations qui se croient supérieures au point de s’en servir d’alibi pour justifier les injustices qu’elles commettent. 

Vous connaissez bien ce spectre molletiste qui hante toujours votre famille politique. Celui d’un militant dévoué à son parti, la SFIO, d’un dirigeant aux convictions démocratiques et sociales indéniables, qui finit par perdre politiquement son crédit et moralement son âme faute d’avoir compris le nouveau monde qui naissait sous ses yeux. C’était, dans les années 1950 du siècle passé, celui de l’émergence du tiers-monde, du sursaut de peuples asservis secouant les jougs colonisateurs et impériaux, bref le temps de leurs libérations et des indépendances nationales.

Guy Mollet, et la majorité de gauche qui le soutenait, lui opposèrent, vous le savez, un déni de réalité. Ils s’accrochèrent à un monde d’hier, déjà perdu, ajoutant du malheur par leur entêtement, aggravant l’injustice par leur aveuglement. C’est ainsi qu’ils prétendirent que l’Algérie devait à tout prix rester la France, jusqu’à engager le contingent dans une sale guerre, jusqu’à autoriser l’usage de la torture, jusqu’à violenter les libertés et museler les oppositions. Et c’est avec la même mentalité coloniale qu’ils engagèrent notre pays dans une désastreuse aventure guerrière à Suez contre l’Égypte souveraine, aux côtés du jeune État d’Israël.

Mollet n’était ni un imbécile ni un incompétent. Il était simplement aveugle au monde et aux autres. Des autres qui, déjà, prenaient figure d’Arabes et de musulmans dans la diversité d’origines, la pluralité de cultures et la plasticité de croyance que ces mots recouvrent. Lesquels s’invitaient de nouveau au banquet de l’Histoire, s’assumant comme tels, revendiquant leurs fiertés, désirant leurs libertés. Et qui, selon le même réflexe de dignité et de fraternité, ne peuvent admettre qu’aujourd’hui encore, l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues.

Vous connaissez si bien la suite, désastreuse pour votre famille politique et, au-delà d’elle, pour toute la gauche de gouvernement, que vous l’aviez diagnostiquée vous-même, en 2006, dans Devoirs de vérité (Stock). « Une faute, disiez-vous, qui a été chèrement payée : vingt-cinq ans d’opposition, ce n’est pas rien ! » Sans compter, auriez-vous pu ajouter, la renaissance à cette occasion de l’extrême droite française éclipsée depuis la chute du nazisme et l’avènement d’institutions d’exception, celles d’un pouvoir personnel, celui du césarisme présidentiel. Vingt-cinq ans de « pénitence », insistiez-vous, parce que la SFIO, l’ancêtre de votre Parti socialiste d’aujourd’hui« a perdu son âme dans la guerre d’Algérie ».

Vous en étiez si conscient que vous ajoutiez : « Nous avons encore des excuses à présenter au peuple algérien. Et nous devons faire en sorte que ce qui a été ne se reproduise plus. » « Nous ne sommes jamais sûrs d’avoir raison, de prendre la bonne direction, de choisir la juste orientation, écriviez-vous encore. Mais nous devons, à chaque moment majeur, nous poser ces questions simples : agissons-nous conformément à nos valeurs ? Sommes-nous sûrs de ne pas altérer nos principes ? Restons-nous fidèles à ce que nous sommes ? Ces questions doivent être posées à tout moment, au risque sinon d’oublier la leçon. »

Eh bien, ces questions, je viens vous les poser parce que, hélas, vous êtes en train d’oublier la leçon et, à votre tour, de devenir aveugle au monde et aux autres. Je vous les pose au vu des fautes stupéfiantes que vous avez accumulées face à cet énième épisode guerrier provoqué par l’entêtement du pouvoir israélien à ne pas reconnaître le fait palestinien. J’en dénombre au moins sept, et ce n’est évidemment pas un jeu, fût-il des sept erreurs, tant elles entraînent la France dans la spirale d’une guerre des mondes, des civilisations et des identités, une guerre sans issue, sinon celle de la mort et de la haine, de la désolation et de l’injustice, de l’inhumanité en somme, ce sombre chemin où l’humanité en vient à se détruire elle-même.

Les voici donc ces sept fautes où, en même temps qu’à l’extérieur, la guerre ruine la diplomatie, la politique intérieure en vient à se réduire à la police.

Une faute politique doublée d’une faute intellectuelle

1. Vous avez d’abord commis une faute politique sidérante. Rompant avec la position traditionnellement équilibrée de la France face au conflit israélo-palestinien, vous avez aligné notre pays sur la ligne d’offensive à outrance et de refus des compromis de la droite israélienne, laquelle gouverne avec une extrême droite explicitement raciste, sans morale ni principe, sinon la stigmatisation des Palestiniens et la haine des Arabes.

Votre position, celle de votre premier communiqué du 9 juillet, invoque les attaques du Hamas pour justifier une riposte israélienne disproportionnée dont la population civile de Gaza allait, une fois de plus, faire les frais. Purement réactive et en grande part improvisée, elle fait fi de toute complexité, notamment celle du duo infernal que jouent Likoud et Hamas, l’un et l’autre se légitimant dans la ruine des efforts de paix.

Surtout, elle est inquiétante pour l’avenir, face à une situation internationale de plus en plus incertaine et confuse. À la lettre, ce feu vert donné à un État dont la force militaire est sans commune mesure avec celle de son adversaire revient à légitimer, rétroactivement, la sur-réaction américaine après les attentats du 11-Septembre, son Patriot Act liberticide et sa guerre d’invasion contre l’Irak. Bref, votre position tourne le dos à ce que la France officielle, sous la présidence de Jacques Chirac, avait su construire et affirmer, dans l’autonomie de sa diplomatie, face à l’aveuglement nord-américain.

Depuis, vous avez tenté de modérer cet alignement néoconservateur par des communiqués invitant à l’apaisement, à la retenue de la force israélienne et au soulagement des souffrances palestiniennes. Ce faisant, vous ajoutez l’hypocrisie à l’incohérence. Car c’est une fausse compassion que celle fondée sur une fausse symétrie entre les belligérants. Israël et Palestine ne sont pas ici à égalité. Non seulement en rapport de force militaire mais selon le droit international.

En violation de résolutions des Nations unies, Israël maintient depuis 1967 une situation d’occupation, de domination et de colonisation de territoires conquis lors de la guerre des Six Jours, et jamais rendus à la souveraineté pleine et entière d’un État palestinien en devenir. C’est cette situation d’injustice prolongée qui provoque en retour des refus, résistances et révoltes, et ceci d’autant plus que le pouvoir palestinien issu du Fatah en Cisjordanie n’a pas réussi à faire plier l’intransigeance israélienne, laquelle, du coup, légitime les actions guerrières de son rival, le Hamas, depuis qu’il s’est imposé à Gaza.

Historiquement, la différence entre progressistes et conservateurs, c’est que les premiers cherchent à réduire l’injustice qui est à l’origine d’un désordre tandis que les seconds sont résolus à l’injustice pour faire cesser le désordre. Hélas, Monsieur le Président, vous avez spontanément choisi le second camp, égarant ainsi votre propre famille politique sur le terrain de ses adversaires.

2. Vous avez ensuite commis une faute intellectuelle en confondant sciemment antisémitisme et antisionisme. Ce serait s’aveugler de nier qu’en France, la cause palestinienne a ses égarés, antisémites en effet, tout comme la cause israélienne y a ses extrémistes, professant un racisme anti-arabe ou antimusulman. Mais assimiler l’ensemble des manifestations de solidarité avec la Palestine à une résurgence de l’antisémitisme, c’est se faire le relais docile de la propagande d’État israélienne.

Mouvement nationaliste juif, le sionisme a atteint son but en 1948, avec l’accord des Nations unies, URSS comprise, sous le choc du génocide nazi dont les Juifs européens furent les victimes. Accepter cette légitimité historique de l’État d’Israël, comme a fini par le faire sous l’égide de Yasser Arafat le mouvement national palestinien, n’entraîne pas que la politique de cet État soit hors de la critique et de la contestation. Être antisioniste, en ce sens, c’est refuser la guerre sans fin qu’implique l’affirmation au Proche-Orient d’un État exclusivement juif, non seulement fermé à toute autre composante mais de plus construit sur l’expulsion des Palestiniens de leur terre.

Confondre antisionisme et antisémitisme, c’est installer un interdit politique au service d’une oppression. C’est instrumentaliser le génocide dont l’Europe fut coupable envers les Juifs au service de discriminations envers les Palestiniens dont, dès lors, nous devenons complices. C’est, de plus, enfermer les Juifs de France dans un soutien obligé à la politique d’un État étranger, quels que soient ses actes, selon la même logique suiviste et binaire qui obligeait les communistes de France à soutenir l’Union soviétique, leur autre patrie, quels que soient ses crimes. Alors qu’évidemment, on peut être juif et antisioniste, juif et résolument diasporique plutôt qu’aveuglément nationaliste, tout comme il y a des citoyens israéliens, hélas trop minoritaires, opposés à la colonisation et solidaires des Palestiniens.

Brandir cet argument comme l’a fait votre premier ministre aux cérémonies commémoratives de la rafle du Vél’ d’Hiv’, symbole de la collaboration de l’État français au génocide commis par les nazis, est aussi indigne que ridicule. Protester contre les violations répétées du droit international par l’État d’Israël, ce serait donc préparer la voie au crime contre l’humanité ! Exiger que justice soit enfin rendue au peuple palestinien, pour qu’il puisse vivre, habiter, travailler, circuler, etc., normalement, en paix et en sécurité, ce serait en appeler de nouveau au massacre, ici même !

Une atteinte sécuritaire aux libertés fondamentales

Que ce propos soit officiellement tenu, alors même que les seuls massacres que nous avons sous les yeux sont ceux qui frappent les civils de Gaza, montre combien cette équivalence entre antisémitisme et antisionisme est brandie pour fabriquer de l’indifférence. Pour nous rendre aveugles et sourds. « L’indifférence, la pire des attitudes », disait Stéphane Hessel dans Indignez-vous !, ce livre qui lui a valu tant de mépris des indifférents de tous bords, notamment parce qu’il y affirmait qu’aujourd’hui, sa « principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie ».

Avec Edgar Morin, autre victime de cabales calomnieuses pour sa juste critique de l’aveuglement israélien, Stéphane Hessel incarne cette gauche qui ne cède rien de ses principes et de ses valeurs, qui n’hésite pas à penser contre elle-même et contre les siens et qui, surtout, refuse d’être prise au piège de l’assignation obligée à une origine ou à une appartenance. Cette gauche libre, Monsieur le Président, vous l’aviez conviée à marcher à vos côtés, à vous soutenir et à dialoguer avec vous, pour réussir votre élection de 2012. Maintenant, hélas, vous lui tournez le dos, désertant le chemin d’espérance tracé par Hessel et Morin et, de ce fait, égarant ceux qui vous ont fait confiance.

3. Vous avez aussi commis une faute démocratique en portant atteinte à une liberté fondamentale, celle de manifester. En démocratie, et ce fut une longue lutte pour l’obtenir, s’exprimer par sa plume, se réunir dans une salle ou défiler dans les rues pour défendre ses opinions est un droit fondamental. Un droit qui ne suppose pas d’autorisation. Un droit qui n’est pas conditionné au bon vouloir de l’État et de sa police. Un droit dont les abus éventuels sont sanctionnés a posteriori, en aucun cas présumés a priori. Un droit qui, évidemment, vaut pour les opinions, partis et colères qui nous déplaisent ou nous dérangent.

L’histoire des manifestations de rue est encombrée de désordres et de débordements, de violences où se disent des souffrances délaissées et des colères humiliées, des ressentiments parfois amers, dans la contestation d’un monopole étatique de la seule violence légitime. Il y en eut d’ouvrières, de paysannes, d’étudiantes… Il y en eut, ces temps derniers, dans la foulée des manifestations bretonnes des Bonnets rouges, écologistes contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, conservatrices contre le mariage pour tous. Il y eut même une manifestation parisienne aux banderoles et slogans racistes, homophobes, discriminatoires, celle du collectif « Jour de colère » en janvier dernier.

S’il existe une spécialité policière dite du maintien de l’ordre, c’est pour nous apprendre à vivre avec cette tension sociale qui, parfois, déborde et où s’expriment soudain, dans la confusion et la violence, ceux qui se sentent d’ordinaire sans voix, oubliés, méprisés ou ignorés – et qui ne sont pas forcément aimables ou honorables. Or voici qu’avec votre premier ministre, vous avez décidé, en visant explicitement la jeunesse des quartiers populaires, qu’un seul sujet justifiait l’interdiction de manifester : la solidarité avec la Palestine, misérablement réduite par la propagande gouvernementale à une libération de l’antisémitisme.

Cette décision sans précédent, sinon l’atteinte au droit de réunion portée fin 2013 par Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, toujours au seul prétexte de l’antisémitisme, engage votre pouvoir sur le chemin d’un État d’exception, où la sécurité se dresse contre la liberté. Actuellement en discussion au Parlement, l’énième loi antiterroriste va dans la même direction, en brandissant toujours le même épouvantail pour réduire nos droits fondamentaux : celui d’une menace terroriste dont l’évidente réalité est subrepticement étendue, de façon indistincte, aux idées exprimées et aux engagements choisis par nos compatriotes musulmans, dans leur diversité et leur pluralité, d’origine, de culture ou de religion. 

Accepter la guerre des civilisations à l’extérieur, c’est finir par importer la guerre à l’intérieur. C’est en venir à criminaliser des opinions minoritaires, dissidentes ou dérangeantes. Et c’est ce choix irresponsable qu’a d’emblée fait celui que vous avez, depuis, choisi comme premier ministre, en désignant à la vindicte publique un « ennemi intérieur », une cinquième colonne en quelque sorte peu ou prou identifiée à l’islam. Et voici que hélas, à votre tour, loin d’apaiser la tension, vous vous égarez en cédant à cette facilité sécuritaire, de courte vue et de peu d’effet.

4. Vous avez également commis une faute républicaine en donnant une dimension religieuse au débat français sur le conflit israélo-palestinien. C’est ainsi qu’après l’avoir réduit à des « querelles trop loin d’ici pour être importées », vous avez symboliquement limité votre geste d’apaisement à une rencontre avec les représentants des cultes. Après avoir réduit la diplomatie à la guerre et la politique à la police, c’était au tour de la confrontation des idées d’être réduite, par vous-même, à un conflit des religions. Au risque de l’exacerber.

Là où des questions de principe sont en jeu, de justice et de droit, vous faites semblant de ne voir qu’expression d’appartenances et de croyances. La vérité, c’est que vous prolongez l’erreur tragique faite par la gauche de gouvernement depuis que les classes populaires issues de notre passé colonial font valoir leurs droits à l’égalité. Il y a trente ans, la « Marche pour l’égalité et contre le racisme » fut rabattue en « Marche des Beurs », réduite à l’origine supposée des marcheurs, tout comme les grèves des ouvriers de l’automobile furent qualifiées d’islamistes parce qu’ils demandaient, entre autres revendications sociales, le simple droit d’assumer leur religion en faisant leurs prières.

Cette façon d’essentialiser l’autre, en l’espèce le musulman, en le réduisant à une identité religieuse indistincte désignée comme potentiellement étrangère, voire menaçante, revient à refuser de l’admettre comme tel. Comme un citoyen à part entière, vraiment à égalité c’est-à-dire à la fois semblable et différent. Ayant les mêmes droits et, parmi ceux-ci, celui de faire valoir sa différence. De demander qu’on l’admette et qu’on la respecte. D’obtenir en somme ce que, bien tardivement, sous le poids du crime dont les leurs furent victimes, nos compatriotes juifs ont obtenu : être enfin acceptés comme français et juifs. L’un et l’autre. L’un avec l’autre. L’un pas sans l’autre.

Un antiracisme oublieux et infidèle

Si vous pensez spontanément religion quand s’expriment ici même des insatisfactions et des colères en solidarité avec le monde arabe, univers où dominent la culture et la foi musulmanes, c’est paradoxalement parce que vous ne vous êtes pas résolus à cette évidence d’une France multiculturelle. À cette banalité d’une France plurielle, vivant diversement ses appartenances et ses héritages, qu’à l’inverse, votre crispation, où se mêlent la peur et l’ignorance, enferme dans le communautarisme religieux. Pourtant, les musulmans de France font de la politique comme vous et moi, en pensant par eux-mêmes, en inventant par leur présence au monde, à ses injustices et à ses urgences, un chemin de citoyenneté qui est précisément ce que l’on nomme laïcisation.

C’est ainsi, Monsieur le Président, qu’au lieu d’élever le débat, vous en avez, hélas, attisé les passions. Car cette réduction des musulmans de France à un islam lui-même réduit, par le prisme sécuritaire, au terrorisme et à l’intégrisme est un cadeau fait aux radicalisations religieuses, dans un jeu de miroirs où l’essentialisation xénophobe finit par justifier l’essentialisation identitaire. Une occasion offerte aux égarés en tous genres.

5. Vous avez surtout commis une faute historique en isolant la lutte contre l’antisémitisme des autres vigilances antiracistes. Comme s’il fallait la mettre à part, la sacraliser et la différencier. Comme s’il y avait une hiérarchie dans le crime contre l’humanité, le crime européen de génocide l’emportant sur d’autres crimes européens, esclavagistes ou coloniaux. Comme si le souvenir de ce seul crime monstrueux devait amoindrir l’indignation, voire simplement la vigilance, vis-à-vis d’autres crimes, de guerre ceux-là, commis aujourd’hui même. Et ceci au nom de l’origine de ceux qui les commettent, brandie à la façon d’une excuse absolutoire alors même, vous le savez bien, que l’origine, la naissance ou l’appartenance, quelles qu’elles soient, ne protègent de rien, et certainement pas des folies humaines.

Ce faisant, votre premier ministre et vous-même n’avez pas seulement encouragé une détestable concurrence des victimes, au lieu des causes communes qu’il faudrait initier et promouvoir. Vous avez aussi témoigné d’un antiracisme fort oublieux et très infidèle. Car il ne suffit pas de se souvenir du crime commis contre les juifs. Encore faut-il avoir appris et savoir transmettre la leçon léguée par l’engrenage qui y a conduit : cette lente accoutumance à la désignation de boucs émissaires, essentialisés, caricaturés et calomniés dans un brouet idéologique d’ignorance et de défiance qui fit le lit des persécutions.

Or comment ne pas voir qu’aujourd’hui, dans l’ordinaire de notre société, ce sont d’abord nos compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmane qui occupent cette place peu enviable ? Et comment ne pas comprendre qu’à trop rester indifférents ou insensibles à leur sort, ce lot quotidien de petites discriminations et de grandes détestations, nous habituons notre société tout entière à des exclusions en chaîne, tant le racisme fonctionne à la manière d’une poupée gigogne, des Arabes aux Roms, des Juifs aux Noirs, et ainsi de suite jusqu’aux homosexuels et autres prétendus déviants ?

Ne s’attarder qu’à la résurgence de l’antisémitisme, c’est dresser une barrière immensément fragile face au racisme renaissant. Le Front national deviendrait-il soudain fréquentable parce qu’il aurait, selon les mots de son vice-président, fait « sauter le verrou idéologique de l’antisémitisme » afin de « libérer le reste » ? L’ennemi de l’extrême droite, confiait à Mediapart la chercheuse qui a recueilli cette confidence de Louis Aliot,« n’est plus le Juif mais le Français musulman ». De fait, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), dont vous ne pouvez ignorer les minutieux et rigoureux travaux, constate, de rapport en rapport annuels, une montée constante de l’intolérance antimusulmane et de la polarisation contre l’islam. Dans celui de 2013, on pouvait lire ceci, sous la plume des sociologues et politologues qu’elle avait sollicités : « Si on compare notre époque à celle de l’avant-guerre, on pourrait dire qu’aujourd’hui le musulman, suivi de près par le Maghrébin, a remplacé le juif dans les représentations et la construction d’un bouc émissaire. »

L’antiracisme conséquent est celui qui affronte cette réalité tout en restant vigilant sur l’antisémitisme. Ce n’est certainement pas celui qui, à l’inverse, pour l’ignorer ou la relativiser, brandit à la manière d’un étendard la seule lutte contre l’antisémitisme. Cette faute, hélas, Monsieur le Président, est impardonnable car non seulement elle distille le venin d’une hiérarchie parmi les victimes du racisme, mais de plus elle conforte les moins considérées d’entre elles dans un sentiment d’abandon qui nourrit leur révolte, sinon leur désespoir. Qui, elles aussi, les égare.

6. Vous avez par-dessus tout commis une faute sociale en transformant la jeunesse des quartiers populaires en classe dangereuse. Votre premier ministre n’a pas hésité à faire cet amalgame grossier lors de son discours du Vél’ d’Hiv’, désignant à la réprobation nationale ces « quartiers populaires » où se répand l’antisémitisme « auprès d’une jeunesse souvent sans repères, sans conscience de l’Histoire et qui cache sa “haine du Juif ” derrière un antisionisme de façade et derrière la haine de l’État d’Israël ».

Mais qui l’a abandonnée, cette jeunesse, à ces démons ? Qui sinon ceux qui l’ont délaissée ou ignorée, stigmatisée quand elle revendique en public sa religion musulmane, humiliée quand elle voit se poursuivre des contrôles policiers au faciès, discriminée quand elle ne peut progresser professionnellement et socialement en raison de son apparence, de son origine ou de sa croyance ? Qui sinon ceux-là même qui, aujourd’hui, nous gouvernent, vous, Monsieur le Président et, surtout, votre premier ministre qui réinvente cet épouvantail habituel des conservatismes qu’est l’équivalence entre classes populaires et classes dangereuses ?

Une jeunesse des quartiers populaires stigmatisée

Cette jeunesse n’a-t-elle pas, elle aussi, des idéaux, des principes et des valeurs ? N’est-elle pas, autant que vous et moi, concernée par le monde, ses drames et ses injustices ? Par exemple, comment pouvez-vous ne pas prendre en compte cette part d’idéal, fût-il ensuite dévoyé, qui pousse un jeune de nos villes à partir combattre en Syrie contre un régime dictatorial et criminel que vous-même, François Hollande, avez imprudemment appelé à « punir » il y a tout juste un an ? Est-ce si compliqué de savoir distinguer ce qui est de l’ordre de l’idéalisme juvénile et ce qui relève de la menace terroriste, au lieu de tout criminaliser en bloc en désignant indistinctement des « djihadistes » ?

Le pire, c’est qu’à force d’aveuglement, cette politique de la peur que, hélas, votre pouvoir assume à son tour, alimente sa prophétie autoréalisatrice. Inévitablement, elle suscite parmi ses cibles leur propre distance, leurs refus et révoltes, leur résistance en somme, un entre soi de fierté ou de colère pour faire face aux stigmatisations et aux exclusions, les affronter et les surmonter. « On finit par créer un danger, en criant chaque matin qu’il existe. À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel » : ces lignes prémonitoires sont d’Émile Zola, en 1896, au seuil de son entrée dans la mêlée dreyfusarde, dans un article du Figaro intitulé « Pour les Juifs ».

Zola avait cette lumineuse prescience de ceux qui savent se mettre à la place de l’autre et qui, du coup, comprennent les révoltes, désirs de revanche et volonté de résister, que nourrit un trop lourd fardeau d’humiliations avec son cortège de ressentiment. Monsieur le Président, je ne mésestime aucunement les risques et dangers pour notre pays de ce choc en retour. Mais je vous fais reproche de les avoir alimentés plutôt que de savoir les conjurer. De les avoir nourris, hélas, en mettant à distance cette jeunesse des quartiers populaires à laquelle, durant votre campagne électorale, vous aviez tant promis au point d’en faire, disiez-vous, votre priorité. Et, du coup, en prenant le risque de l’abandonner à d’éventuels égarements.

7. Vous avez, pour finir, commis une faute morale en empruntant le chemin d’une guerre des mondes, à l’extérieur comme à l’intérieur. En cette année 2014, de centenaire du basculement de l’Europe dans la barbarie guerrière, la destruction et la haine, vous devriez pourtant y réfléchir à deux fois. Cet engrenage est fatal qui transforme l’autre, aussi semblable soit-il, en étranger et, finalement, en barbare – et c’est bien ce qui nous est arrivé sur ce continent dans une folie destructrice qui a entraîné le monde entier au bord de l’abîme.

Jean Jaurès, dont nous allons tous nous souvenir le 31 juillet prochain, au jour anniversaire de son assassinat en 1914, fut vaincu dans l’instant, ses camarades socialistes basculant dans l’Union sacrée alors que son cadavre n’était pas encore froid. Tout comme d’autres socialistes, allemands ceux-là, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, finirent assassinés en 1919 sur ordre de leurs anciens camarades de parti, transformés en nationalistes et militaristes acharnés. Mais aujourd’hui, connaissant la suite de l’histoire, nous savons qu’ils avaient raison, ces justes momentanément vaincus qui refusaient l’aveuglement des identités affolées et apeurées.

Vous vous souvenez, bien sûr, de la célèbre prophétie de Jaurès, en 1895, à la Chambre des députés : « Cette société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage. » Aujourd’hui que les inégalités provoquées par un capitalisme financier avide et rapace ont retrouvé la même intensité qu’à cette époque, ce sont les mêmes orages qu’il vous appartient de repousser, à la place qui est la vôtre.

Vous n’y arriverez pas en continuant sur la voie funeste que vous avez empruntée ces dernières semaines, après avoir déjà embarqué la France dans plusieurs guerres africaines sans fin puisque sans stratégie politique. Vous ne le ferez pas en ignorant le souci du monde, de ses fragilités et de ses déséquilibres, de ses injustices et de ses humanités, qui anime celles et ceux que le sort fait au peuple palestinien concerne au plus haut point.

Monsieur le Président, cher François Hollande, vous avez eu raison d’affirmer qu’il ne fallait pas « importer » en France le conflit israélo-palestinien, en ce sens que la France ne doit pas entrer en guerre avec elle-même. Mais, hélas, vous avez vous-même donné le mauvais exemple en important, par vos fautes, l’injustice, l’ignorance et l’indifférence qui sont le ressort.

Source: Mediapart

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Published by Rouges et Verts - dans Solidarité Palestine
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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 13:48

 

Le Point

Ce citoyen israélien a reçu des mains de Christiane Taubira le prix des droits de l’homme de la République française. Portrait.

"Un sage radical de gauche." C’est ainsi que le décrivent ses amis. Mais Michel Warschawski, c’est d’abord un original. Un homme qui a baigné dans le judaïsme toute son enfance - son père était le grand rabbin de Strasbourg - et qui finira par devenir, il le dit lui-même, "complètement athée". Il reste cependant un traditionnel un peu "vieux jeu", s’amuse son ami Dominique Vidal, ancien journaliste du Monde diplomatique. "Michel ne loupera jamais un shabbat", lâche-t-il en riant. Son apparence traduit son âge : les cheveux gris tirés en arrière, le front dégarni, la peau basanée, une moustache à la Brassens comme seuls les sexagénaires savent la porter.

Michel Warschawski émigre en Israël peu avant sa majorité, dans les années 60. Aussitôt, il adopte la cause palestinienne, qui sera sienne pour le restant de sa vie. Il se fait très rapidement connaître pour ses positions radicales contre l’occupation israélienne dans les Territoires palestiniens. Il devient un anticolonialiste notoire, un juif renégat, un homme honni du pouvoir. Alors que sa foi disparaît, son engagement politique, lui, ne cesse de croître. Il se rapproche du mouvement trotskiste. Il y rencontrera des intellectuels de gauche comme Edwy Plenel.

"Nous, on l’appelle tous Mikado. C’était son pseudo, puis c’est devenu son surnom. Michel est un ami que je n’ai jamais perdu de vue", se souvient l’ancien directeur de la rédaction du Monde. "Nous sommes tous les deux issus d’un trotskisme non sectaire, internationaliste, profondément humaniste. C’était ne pas accepter les agissements d’Israël, tout en s’opposant à l’instrumentalisation de la Palestine par les pays arabes", poursuit-il. Aujourd’hui encore, les deux moustachus se voient autant que possible. Le lendemain de la remise du prix des droits de l’homme par la ministre de la Justice Christiane Taubira, lundi, ils déjeuneront ensemble... avec trois ambassadeurs palestiniens. On ne se refait pas. "Nous étions traités comme des parias" (Warschawski)

Jusqu’à la guerre du Liban, Michel Warschawski connaît en Israël une vie de marginal. "Nous étions traités comme des parias", raconte-t-il. "Nous vivions dans un ostracisme le plus total. À cette époque-là, c’était moins une répression policière qu’une répression sociale", se rappelle-t-il. En 1982, après les massacres des camps de Sabra et Chatila, la société civile israélienne se soulève. La population est scandalisée. "Nous qui étions des exclus, on devient presque de bon ton, explique Mikado. On commence à faire de la télé, on est invités à des colloques."

En 1984, il fonde le Centre d’informations alternatives (AIC), une des très rares ONG à avoir la double étiquette israélo-palestinienne. Son rôle ? Faire circuler les informations, dénoncer ce que Michel Warschawski estime être des exactions. "Nous aidions des organisations pro-palestiniennes à publier des tracts. Certaines étaient liées à l’Organisation de libération de la Palestine [à l’époque considérée par Israël comme une organisation terroriste, NDLR]. Nous l’assumions", soutient le militant. "On a tiré sur l’élastique des libertés publiques jusqu’au maximum, peut-être même au-delà", concède-t-il. Ces faits lui valent une réputation d’extrémiste, voire de terroriste, puis un procès. Il est condamné à huit mois de prison pour "prestation de services à organisations illégales". "Israël, le chien de garde de l’Occident" (Warschawski)

Lorsqu’il se rend à la prison pour y purger sa peine, Michel Warschawski a alors 41 ans. Ses amis organisent un cortège de voitures. Il s’en souvient avec nostalgie : "Les voisines, yéménites ou kurdes pour la plupart, nous avaient même apporté des gâteaux dans la rue. Elles m’ont dit un truc du genre : Ouais, on sait que t’es un communiste, on dit pas mal de choses dans ton dos, mais on t’aime bien quand même." À partir des années 2000, le militant ressent de nouveau un rejet latent de la cause pour laquelle il se bat. "La vérité, c’est qu’au moment des accords d’Oslo en 1991 on a cru qu’on atteignait des sommets. Puis on a dégringolé, on a compris que c’était seulement une parenthèse", soupire-t-il.

Mikado reprend alors son combat. Il ne mâche pas ses mots, il ne l’a jamais fait. Son discours est radical. Il ne voit "aucune symétrie" dans les rapports Israël-Palestine. Si ses amis lui prêtent une "grande sagesse", Warschawski n’est jamais mesuré dans ses propos. Cela lui cause du tort. Il dépeint les crimes des Israéliens comme des évidences. Les Israéliens le dépeignent comme un agité. "Israël n’aurait jamais trois milliards de dollars par an s’il n’y avait pas la guerre, s’agace-t-il. Je ne sais plus quel général disait qu’Israël était le chien de garde de l’Occident. Mais le rôle d’un chien n’est pas toujours de mordre. Et le problème d’un chien, c’est qu’il n’en fait parfois qu’à sa tête." Ses détracteurs l’accusent alors de dénoncer les exactions israéliennes, mais de cacher celles commises par la Palestine. Michel Warschawski s’en défend ardemment : "C’est complètement faux. J’ai toujours dit que la cause palestinienne était un moyen utile pour les dictatures arabes de détourner l’attention des masses." "Pas de récompense pour les traîtres" (Dora Marrache)

En France, Michel Warschawski est peu connu. Le seul fait de prononcer son nom fait frissonner une partie de la communauté juive. Lorsque sa nomination au prix des droits de l’homme a été connue, les tribunes ont commencé à pleuvoir. Sur le blog des radios juives francophones, Dora Marrache signe ainsi un billet intitulé "Non, non et non ! Pas de récompense pour les traîtres". La chroniqueuse écrit : "La pire catastrophe qui puisse arriver à Israël serait d’être gouverné par des gauchistes, des traîtres comme vous qui, pour se faire bien voir de la communauté internationale et des Arabes, se plieraient à toutes les exigences des Palestiniens."

Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), écrit lui aussi une lettre ouverte à Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH). Il y dénonce cette nomination. Du côté de la CNCDH, on répond simplement que le prix récompense un projet, celui du Centre d’informations alternatives, et pas un homme. En coulisse, on affirme cependant que Christiane Taubira a fait preuve de "courage politique en remettant ce prix à Warschawski". Une source raconte : "En 2009, on avait remis le prix au réseau des ONG palestiniennes. Ça avait fait un petit scandale. Du coup, Bernard Kouchner l’avait remis à Sciences Po, en catimini." "Michel honore la France" (Leïla Shahid)

"On présente souvent Michel comme une espèce d’antisémite. Moi, à chaque fois qu’on m’a traité de cette manière, j’ai demandé un droit de réponse. Mais pour lui les choses sont différentes. Je suis citoyen français d’origine juive. Lui est citoyen juif israélien. L’avis du Crif, il s’en fout", explique Dominique Vidal. Naturellement, Warschawski a aussi son avis. "Je lis souvent des revues américaines juives et, croyez-moi, j’ai beaucoup de sujets de désaccord avec elles. Mais la réflexion des intellectuels juifs français qui abordent la question palestinienne est désolante. C’est un véritable gâchis."

Pour tous les ardents défenseurs de la cause palestinienne, la remise de ce prix est une très grande victoire symbolique. Edwy Plenel en est profondément ému : "Dans quelques années, on se demandera pourquoi des gens comme Mikado n’ont pas été entendus. Il dit le juste, le raisonnable, la vérité." Leïla Shahid, déléguée générale de l’Autorité palestinienne auprès de l’Union européenne, amie de longue date de Warschawski, acquiesce : "Ce prix n’honore pas seulement Michel. Il honore une vie dévouée au respect des droits de l’homme. Michel honore la France." Pour sa part, Warschawski retrace son existence par un nouveau paradoxe, une phrase que son père aurait prononcée lors du cinquantenaire d’Israël : "Je suis fier de ce que fait mon fils, mais j’aurais préféré qu’il le fasse avec une kippa sur la tête."


- http://www.lepoint.fr/monde/warscha...

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 15:22
Si chacun apporte 10 euros

 

ON A LE BATEAU !

 

Au mois de mai prochain, une deuxième flottille de la liberté s'élancera pour briser le blocus de Gaza. Nous avons fait le pari qu'un bateau français se joindrait à cette initiative.


On a trouvé le bateau.

 

Si nous sommes 20 000 à trouver chacun 10 €, alors c'est simple, avec 200 000 € on peut l'acheter!

 

Première étape avant de le préparer au départ et d'acheter la cargaison.


Pour envoyer vos dons :

- par chèque libellé « MRAP – Un Bateau pour Gaza France », à envoyer à : Mrap, 43 boulevard Magenta, 75010 Paris ou à votre groupe local ou à l'AFPS 21 ter rue Voltaire 75011 Paris (en précisant au dos "un bateau français pour Gaza")

- ou bien télépaiement via le site : http://secure.mrap.fr/Un-bateau-pour-Gaza.html

Toutes les infos de la campagne
: http://www.unbateaupourgaza.fr/ ; http://www.france-palestine.org/article15994.html


--
Association France-Palestine Solidarité (AFPS)
21 ter Rue Voltaire 75011 Paris
Tél: 00.33.1.43.72.15.79
Fax: 00.33.9.56.03.15.79
afps@france-palestine.org
www.france-palestine.org

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 18:51

Cher Monsieur Hessel, chère Madame Shahid, chers participants,

 

Je suis désolée de ne pouvoir assister à cette importante conférence. Mais je tiens à exprimer mon admiration à Monsieur Hessel, et à tous les participants et à vous assurer que je suis de tout cœur avec vous.  J'ai lu l'éditorial du président du CRIF se félicitant de l'interdiction de notre conférence et remerciant des philosophes et écrivains hypocrites et ignorants, qui pérorent sous les ors des salons parisiens et pensent briller en étalant leur prose "politiquement correcte" tout en ignorant de manière étonnante la vie réelle des gens dans les Territoires palestiniens occupés et le caractère dictatorial du gouvernement israélien actuel. L'ignorance et l'hypocrisie de ces gens n'est pas une négligence, mais un crime, car ils encouragent la tendance fasciste qui menace de nous noyer tous, en Israël, en Palestine et en France.

En 2010, trente lois racistes visant les citoyens palestiniens d'Israël ont été proposées en Israël et, pour la plupart, approuvées. Elles séparent des familles. Elles permettent de confisquer des maisons et des terres, de refuser les traitements médicaux nécessaires à des invalides, de détruire les maisons des Bédouins, de discriminer des écoles quand elles sont druzes ou palestiniennes, d'incarcérer des enfants.

Bien plus, la justice, qui devrait de protéger les gens contre cette terreur, obéit aux lois racistes d'un régime d'apartheid. Comme en Afrique du Sud autrefois, toutes les discriminations anti-palestiniennes en Israël sont légales : nul n'est jamais puni pour les crimes perpétrés contre ces "non-citoyens".

En revanche, ce gouvernement où un Liebermann joue un rôle décisif considère comme un péché mortel la résistance non-violente à l'occupation, qui se développe dans les sociétés palestinienne et israélienne contre  les crimes et la répression découlant de l'occupation.

Ces derniers temps, la police et l'armée israéliennes arrêtent des militants des droits humains lorsqu'ils sont juifs, comme Yonathan Polack, et les tuent s'ils sont palestiniens, tels Bassem Abu-Rahma et sa sœur, Jawahr. Les organisations droits-de-l'hommistes en question sont désormais soumises à des enquêtes brutales et humiliantes par...  les criminels contre l'Humanité qui nous gouvernent. De surcroît, la pauvreté touche plus l'Israélien que jamais, et ses principales victimes sont les citoyens arabes.

Et le monde se tait… Et le CRIF soutient. Cet appui au gouvernement le plus extrémiste de l'histoire d'Israël, engendré par une peur irrationnelle à l'égard de tous les goyim (non-juifs) et aussi par la crainte réflexe de toute critique, nous met tous en danger : c'est la cause principale de la montée de l'antisémitisme en Europe. Ce sont ces Juifs-là, ces philosophes et écrivains ignorants et hypocrites qui alimentent la haine qui s'affirme contre les autres Juifs. D'autant qu'ils combattent la liberté de pensée en France et ailleurs, et prétendent interdire toute critique contre la politique criminelle et raciste d'Israël. Ainsi la fascisation nous menace vous et nous, ici et là-bas.  Les Juifs français devraient comprendre que soutenir un régime fasciste et cruel n'est ni juif ni humain et se rappeler la leçon de Hillel : "Aimez votre prochain comme vous-mêmes, voilà à quoi se résume toute la Torah." Ici, à Jérusalem, notre prochain, c'est le Palestinien. La moitié de la population dominée par Israël est palestinienne.

C'est pourquoi soutenir Israël, c'est soutenir les citoyens d'Israël, juifs comme arabes. Soutenir Israël signifie soutenir des personnes comme Haneen Zoabi, qui lutte avec un courage et une ténacité admirables pour une vraie démocratie.

Lutter pour un Etat d'Israël démocratique, c'est inséparablement lutter pour une Palestine libre, C'est aussi militer pour les droits des "non-citoyens" d'Israël, c'est-à-dire les Palestiniens des Territoires occupés, traités comme des esclaves, concentrés et incarcérés dans des camps énormes au sein même de leur propre pays, privés de tous les droits humains et civils. Soutenir Israël, cela veut dire libérer Israël de son régime criminel, des accords illégaux, des colonies de larrons, boycotter leurs marchandises - produits de terres volées, de l'eau volée, et changer Israël en un pays où chacun peut vivre dans la dignité. Tels sont les principes de sa Déclaration d'Indépendance d'Israël que les juifs du CRIF ont oublié - à moins qu'ils ne l'aient jamais lue ? Moi, mon grand-père a signé cette Déclaration, et je ne peux donc pas l'oublier.

J'espère que ce message arrivera aux oreilles de ces Juifs français que rend sourds la propagande du régime raciste d'Israël, des oreilles bouchées par le terrorisme intellectuel du CRIF.


Nurit Peled-Elhanan, mère israelienne d'une victime d'attentat, professeur à l'université hébraique de Jérusalem, prix Sakharov du Parlement européen.

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 17:59



Vendredi 15 octobre, le tribunal de Pontoise a déclaré « irrecevable » la plainte déposée par le soi-disant Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA) et de la Chambre de commerce franco-israélienne contre la sénatrice Alima Boumediene-Thierry et Omar Slaouti, dirigeant national du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Tous deux ont donc été relaxés !
Ce verdict – pour « vice de procédure » – doit beaucoup à la qualité de la défense assurée par Me Antoine Comte. Sans se prononcer sur le fond, il constitue néanmoins un revers sérieux pour les plaignants et la ministre, Mme Alliot-Marie, qui ont inventé de toute pièce un « boycott des produits casher » qu'aucun dirigeant, aucun groupe, aucun militant du mouvement de solidarité pour une paix juste et durable au Proche-Orient n'a jamais prôné. Dans ces conditions, comment infliger jusqu’à 45 000 euros d'amende et 3 ans de prison ferme à des citoyens dont le seul crime est d’exiger l’application du droit international par tous les Etats, y compris Israël ?

Mais ce jugement intervient aussi dans un contexte singulier : la colère d’une grande partie de l’opinion contre la politique du gouvernement israélien (en particulier depuis le massacre de Gaza de l’hiver 2008-2009 et l'attaque de la « Flottille » le 31 mai 2010). Nul doute également que la mobilisation autour d’Alima Boumediene-Thiery et d’Omar Slaouti ait aussi pesé lourd, renforcée par le grand succès de l'appel à la « Solidarité avec Stéphane Hessel, Alima Boumediene-Thiery et toutes les victimes de la répression ». La volonté de régler par voie judiciaire – en sortant et détournant de son sens une loi de 1881 aux lourdes conséquences – des problèmes politiques n’est pas, à juste titre, admise par des secteurs nombreux et divers de l’opinion publique de notre pays.

Si, pour paraphraser le général De Gaulle, nous avons remporté une bataille, reste à « gagner la guerre » contre la répression déclenchée par  pouvoir. Les prochains procès ne visent pas une sénatrice de la République ou le dirigeant national d’un parti politique, mais quatre-vingts militants ignorés par les grands médias. Grâce à l’appel de Stéphane Hessel et aux centaines de personnalités de toutes sensibilités qui l’ont signé, ces combattants de la justice disposent désormais d’un porte-voix et un bouclier qui, si nous les renforçons, leur permettront de balayer une accusation aussi injuste qu’infamante.

Cette mobilisation, bien au-delà des défenseurs traditionnels de la cause palestinienne, confirme que de plus en plus de citoyens (et de non citoyens) entendent prendre leurs responsabilités : pour la défense des droits citoyens remis en cause par ces procès ; contre l'impunité d'Israël et la complaisance dont le président de la République et le gouvernement font preuve à son égard (comme vis-à-vis des diffamations, voire du terrorisme intellectuel de ses inconditionnels français) ; pour que la France pèse à nouveau en faveur d'une paix juste et durable, conformément aux principes qui guident sa politique proche-orientale depuis juin 1967.

Fier d’avoir contribué à cette première victoire ,avec leurs partenaires du Collectif National pour une Paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens et pour garantir les suivantes, le Pôle Palestine – l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP), Génération Palestine et l’Union juive française pour la paix (UJFP) – appellent tous les défenseurs de la justice, des libertés et de la paix :

- à signer et à faire signer en masse  l’appel à la « Solidarité avec Stéphane Hessel, Alima Boumediene-Thiery et toutes les victimes de la répression » (http://www.collectifpaixjustepalestine.org/) ;

- à exiger ainsi le retrait immédiat des directives envoyées par la ministre de la Justice et son administration aux Parquets et la relaxe immédiate des citoyen(ne)s injustement poursuivi(e)s.

Chaque signature de plus, c’est une chance de plus qu’auront les accusés de triompher de leurs accusateurs. 

Pendant les procès, BDS continue ! Plus que jamais, c’est aux citoyens qu’il revient de prendre en mains – par le boycott, le désinvestissement et les sanctions contre l’occupation et la colonisation israéliennes - les responsabilités que le gouvernement français et ses homologues européens fuient. Ensemble, imposons le droit international ! Ensemble, mettons fin à l’impunité d’Israël ! Ensemble, permettons enfin la paix par le droit !


Paris, le 17 octobre 2010

Le pôle Palestine du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens

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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 18:16
publié le dimanche 7 février 2010 Sabastien Boussois

bertrand.jpgUn an après la guerre destructrice à Gaza, alors qu’il n’a jamais respecté les condamnations des Nations unies depuis soixante ans, Israël pourrait bien rapidement rendre des comptes grâce à cette instance dont la première session aura lieu en mars [1]. Le 16 décembre dernier, a eu lieu à Bruxelles la journée d’introduction à la première session du tribunal Russell sur la Palestine .Il a été lancé à l’initiative de Leila Shahid, déléguée générale de Palestine auprès de l’Union européenne, Nurit Peled, prix Sakharov 2001 et militante de la paix, et Ken Coates, politicien britannique et président de la fondation Bertrand- Russell pour la paix. Il se réfère notamment à la décision rendue le 24 juillet 2004 (1) par l’Assemblée générale des Nations unies, condamnant une nouvelle fois l’État hébreu pour l’occupation des territoires «demandant à Israël, la puissance occupante, de respecter ses obligations mentionnées dans le texte » et « appelant les États membres des Nations unies à se conformer à leurs obligations pareillement ».

À un tournant de l’Histoire


 Le tribunal pour la Palestine a été fondé sur le modèle du tribunal Russell pour la guerre du Viet-Nâm dirigé par Jean-Paul Sartre. À l’époque (1966), son fondateur, lord Russell, le formulait de la sorte : une instance « chargée d’expertiser et de juger la situation politique, diplomatique et humanitaire » issue de la guerre menée par les États-Unis contre les Vietnamiens. Il s’ouvrira officiellement le 1 er mars 2010 en Espagne, à Barcelone, la ville où l’idée symbolique d’une union des pays méditerranéens avait vu le jour en 1995. Son comité d’organisation est prestigieux : Stéphane Hessel ancien ambassadeur français et corédacteur de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1948, Pierre Galand ancien sénateur belge, François Maspero, écrivain et ex-éditeur français, et Marcel Francis Kahn ancien participant au tribunal Russell pour le Viet-Nâm. La liste des parrains ne l’est pas moins : l’ancien secrétaire égyptien des Nations unies Boutros Boutros-Ghali, l’ancien président algérien Ahmed Ben Bella, l’ex-vice-présidente du Parlement européen Luisa Morgantini, le réalisateur Costa-Gavras, l’ancien footballeur Éric Cantona, le pacifiste Michel Warschawski, la professeure Judith Butler, l’historien Ilan Pappé, ou encore le sociologue Jean Ziegler, pour ne citer qu’eux (2) . Des réunions de préparation sont chargées de recenser tous les arguments qui permettront au droit de prendre sa juste place dans les relations entre Israéliens et Palestiniens et à la justice d’être rendue. Le tribunal Russell sur la Palestine n’est donc nullement un acte de militants illuminés, mais un travail d’avocats et de juristes. Son but est bien de faire respecter le droit international, non d’avoir un parti pris pavlovien contre l’État hébreu. Rappelons qu’une centaine de résolutions des Nations unies n’ont jamais été respectées par Israël depuis plus de soixante ans. L’initiative intervient à un tournant de l’actualité et de l’Histoire pour l’établissement de cette instance. Car après le rapport Winograd en 2006 condamnant Israël pour sa guerre meurtrière menée au Liban, après le rapport Goldstone (3) établissant de possibles poursuites pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à la suite de l’opération « Plomb durci » menée par Israël à Gaza en 2008-2009, la sensibilisation de l’opinion internationale rend possible un tribunal Russell pour la Palestine. « Israël a été trop loin », a déclaré, lors de cette réunion inaugurale à Bruxelles, l’ambassadeur Stéphane Hessel, de retour de Gaza avec sa femme. Ajoutant : « Israël doit être jugé pour ce qu’il a fait subir aux Palestiniens au nom du droit. » Leila Shahid considère aussi que c’est le moment pour agir : « Je suis optimiste pour plusieurs raisons. D’abord le rapport Goldstone, mais aussi le mandat d’arrêt lancé contre Tsipi Livni, premier ministre l’année dernière, qui lui a fait vivre quelques moments désagréables en décembre, lors de son voyage au Royaume-Uni où elle a dû se cacher pour ne pas être arrêtée. Je crois aussi que la décision rendue dès 2004 par la Cour pénale internationale contre l’illégalité du mur (4) prend tout son sens aujourd’hui. Saluons aussi la Suède qui, en tant que pays dirigeant l’Union européenne les six derniers mois, a résisté et fait adopter par le Conseil européen des Affaires étrangères un avis très critique à l’égard d’Israël (5). Il s’agit plus que jamais d’être avec le droit, rien de plus. Mais rien de moins. » Pourquoi une telle initiative depuis la Belgique ? Parce que ce pays dispose d’une compétence universelle et peut ainsi juger des responsables gouvernementaux pour crimes de tous ordres hors du territoire. Comme au Royaume-Uni par exemple. Ce qui explique les désagréments de l’ancienne premier ministre Tsipi Livni (6). Leila Shahid a salué l’acte : « C’est la preuve aujourd’hui que les gens agissent dorénavant en citoyens et plus seulement au nom de l’État. »

Soutien indéfectible des États-Unis


Quels arguments le futur tribunal pourra-t-il invoquer pour justifier des crimes commis par Israël ? Lors de la réunion préparatoire à Bruxelles, Marcel Francis Kahn est revenu sur la démesure de l’opération israélienne à Gaza, mais aussi sur l’illégalité des armes employées, un argument de droit fort : « Israël disposait d’un surplus de bombes à fragmentation datant du Viet-Nâm et qui ont été données aux Israéliens qui les ont utilisées lors de la guerre au Liban . » Autre argument consistant : la multiplication des avis légaux contre la politique israélienne et, donc, contre les soutiens sans faille à Israël : « Le rapport Goldstone, l’avis de la Cour de justice de La Haye ont condamné Israël. Seuls les États-Unis soutiennent indéfectiblement Israël. Des ambiguïtés persistent en France (7) mais, finalement, l’avortement de la visite du ministre Bernard Kouchner à qui on a refusé l’entrée est la preuve que la France se plie à la volonté d’Israël », explique Marcel Francis Kahn. Ajoutant : « Contrairement au tribunal Russell du Viet-Nâm, celui sur la Palestine ne se construit pas sur rien. ». [2]

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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 17:27
Mohammed al-Saghir Abu Sharar avait 37 ans quand la Hagana et les autres gangs terroristes juifs ont attaqué Al-Dawwayema, un village situé à 18 kilomètres au nord-ouest d’Al-Khalil (Hébron) en 1948.

 « Quand ils sont arrivés, ils ont commencé à tuer la population civile en masse, les hommes, les femmes et les enfants, » se souvient Mohammed, qui a maintenant près de 100 ans.
 « Ils ont tué tous les gens qu’ils voyaient. Ils ont brisé les têtes des enfants et ouvert les ventres des femmes à la baïonnette. Ils ont même violé certaines femmes avant de les assassiner. » Mohammed dit qu’un des chapitres les plus sanglants a eu lieu dans la mosquée. « C’était un vendredi et beaucoup des vieux étaient déjà à la mosquée locale pour la prière, » se rappelle-t-il. « Environ deux heures avant les prières, vers 10h ou 10h30, plusieurs véhicules transportant des hommes en arme sont arrivés. Ils nous ont mitraillés, tuant les 75 vieux. Il n’y a pas eu un seul survivant, » ajoute-t-il, les larmes aux yeux.
« Ensuite, ils ont commencé à aller de maison en maison, tuant des familles entières. La tuerie a forcé les gens à fuir vers l’est. Cependant, les hommes de la Hagana les pourchassaient, tuant davantage de gens. »
Dans son livre « All That Remains », Walid al-Khalid, historien palestinien incontesté, a écrit que Al-Dawayema avait une population de 3.710 personnes en 1945.
Le monde commémore le 15 mai le « Jour de la Nakba », lorsqu’Israël a été créé sur les décombres de notre pays.
Le 18 avril 1948, le groupe Irgun de Menahem Begin s’est emparé de la ville palestinienne de Tibériade, mettant en fuite ses 5.500 habitants palestiniens.
Le 22 avril, Haifa est tombée aux mains des sionistes et 70.000 Palestiniens ont fui.
Le 25 avril, l’Irgun a commencé à bombarder les secteurs civils de Jaffa, terrifiant les 750.000 habitants qui ont fui, paniqués.
Le 14 mai, la veille de la création d’Israël, Jaffa était complètement encerclée par les militants sionistes bien mieux équipés, et seuls environ 4.500 résidents sont restés.

Aucun refuge
Mohammed, qui vit maintenant avec sa famille dans le petit village d’al-Majd, à environ 7 kilomètres au sud-ouest d’Al-Dawayema, dit que des dizaines de familles ont cherché refuge dans une grande grotte appelée “Turel Zagh”. « Les Juifs leur ont dit de sortir, de se mettre en ligne et d’avancer. Et lorsqu’ils ont commencé à marcher, ils les ont mitraillés, » ajoute-t-il. « Une femme, l’épouse de Mir’ie Freih, a survécu au massacre en faisant semblant d’être morte. » Mohammed dit que les victimes du massacres furent ensuite ensevelies dans les puits de Bir al-Shara et Bir al-Sil. Son témoignage est corroboré par les historiens et chercheurs israéliens, à partir d’archives déclassifiées de l’armée israélienne et d’entretiens avec des vétérans de l’armée. L’historien israélien Benny Morris avait interviewé un participant au massacre, qui lui a dit qu’environ 80 à 100 personnes, dont des femmes et des enfants, avaient été tués par « la première vague des conquérants.»
En 1984, un journaliste israélien a interviewé l’ancien Mukhtar (notable du village) de al-Dawayema, Hasan Mahmoud Ahdeib, et est revenu avec lui sur le site, pour la première fois depuis le massacre. Ihdeib lui a parlé des gens tués dans la mosquée et des familles assassinées dans la grotte, lui montrant le puits où les corps avaient été jetés. Quelques jours plus tard, le journaliste israélien a fait venir des ouvriers qui ont creusé et ont découvert les os et les cranes. En 1955, la colonie juive d’Amatzia était bâtie sur les ruines d’al-Dawayema. Aharon Zisling, le premier Ministre de l’agriculture d’Israël, avait comparé le massacre, au nom de code « Opération Yo’av », aux crimes nazis.

Mémoire vivante
Il y a quelques années, Mohammed et sa famille ont visité les ruines de son village, où son père, sa mère, son grand-père et ses ancêtres ont été enterrés. « Je suis resté là, en pleurs. J’ai vu notre maison, complètement délabrée. J’ai vu la pièce où mon père recevait les invités. J’ai vu les puits d’eau abandonnés. » Le vieux Palestinien centenaire espère toujours qu’il pourra revenir vivre dans son village natal. « Mon souhait reste inchangé, c’est de revenir dans mon village, d’y mourir et d’y être enterré. » A la question s’il accepterait une indemnisation pour sa propriété perdue, il reste un moment silencieux avant de répondre : « Ce n’est pas une question de propriété et de dédommagement, » dit-il. « C’est mon pays, mon histoire, ma maison, mes souvenirs d’enfance. Mes grands-parents ont été enterrés là. Vendriez-vous la tombe de votre père pour tout l’or du monde ? »
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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 22:31

Communiqué de l’AFPS*

Le tribunal de Nanterre se déclare compétent sur la procédure engagée par l’AFPS contre Véolia transport, Alstom et Alstom transport concernant la construction et l’exploitation d’un tramway à Jérusalem-Est

Au mois de février 2007, l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) a fait assigner les sociétés VEOLIA TRANSPORT et ALSTOM devant le Tribunal de Grande Instance de NANTERRE afin de faire reconnaître le caractère illicite du contrat signé par ces sociétés, au mois de juillet 2005, avec le gouvernement d’Israël, dans le cadre du consortium City Pass, chargé de la construction et l’exploitation d’un tramway à Jérusalem-Est.
L’AFPS a demandé également au Tribunal d’interdire à ces sociétés de poursuivre l’exécution du contrat qui viole notamment les dispositions de la Convention de Genève du 12 août 1949 relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, et favorise l’expansion de la colonisation illicite de Jérusalem Est par l’Etat d’Israël, le tracé de la ligne de tramway qui en est l’objet tendant à relier le centre de Jérusalem Ouest à des colonies de l’Est, installées sur des terres confisquées aux Palestiniens.
L’O.L.P. est intervenue à cette procédure et s’est jointe aux demandes de l’AFPS.
Les sociétés ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT, pour éviter tout débat au fond, ont soulevé devant le Tribunal divers moyens d’incompétence et d’irrecevabilité qui ont donné lieu à différents jugements (11 janvier 2008, 6 juin 2008) qui ont condamné ALSTOM ET VEOLIA TRANSPORT à communiquer la traduction jurée en français de la totalité du traité de concession et de ses annexes.
Les pièces communiquées à nos Conseils ont révélé que les sociétés ALSTOM et VEOLIA TRANSPORT participent directement à l’exécution de ce contrat, bien qu’elles ne soient pas signataires du contrat de concession signé le 22 septembre 2004 entre la société City Pass de droit israélien et l’Etat d’Israël.
Il en est de même pour la société ALSTOM TRANSPORT qui au surplus bénéficie d’un contrat d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction.
C’est la raison pour laquelle l’OLP et l’AFPS ont également assigné le 18 novembre 2008 la société ALSTOM TRANSPORT devant le Tribunal de Grande Instance de NANTERRE aux fins de faire constater le caractère illicite de son contrat et d’interdire à ladite société de poursuivre l’exécution de ses engagements.
L’ensemble des affaires concernant les sociétés ALSTOM, ALSTOM TRANSPORT et VEOLIA TRANSPORT a été plaidé sur les questions de compétence et les irrecevabilités de procédure à l’audience du 2 février 2009. Le Tribunal a rendu sa décision le 15 avril dernier.
Le jugement, reprenant en grande partie l’argumentation de nos avocats, nous donne satisfaction concernant la compétence du Tribunal de Grande Instance de NANTERRE et la recevabilité de l’AFPS même si, pour des raisons de forme, le Tribunal a déclaré l’OLP en l’état irrecevable, cette irrecevabilité pouvant être régularisée pour l’avenir. Le Tribunal a tout d’abord constaté, au regard des pièces que les sociétés ont été contraintes de verser aux débats, que VEOLIA TRANSPORT, ALSTOM et ALSTOM TRANSPORT participent à l’exécution du contrat de concession et qu’en conséquence elles étaient bien en situation de parties défenderesses, contrairement à ce que soutenaient les trois sociétés.
Le Tribunal s’est par ailleurs déclaré matériellement compétent, considérant notamment que les sociétés mises en cause ne pouvaient soulever l’incompétence au motif que l’Etat d’Israël bénéficierait de l’immunité de juridiction d’un Etat étranger.
Le Tribunal a en effet jugé : « outre que l’Etat d’Israël n’est pas partie à cette instance, cet Etat ne saurait en tout état de cause sérieusement soutenir et agir au titre des contrats querellés en qualité d’Etat souverain puisqu’il est en réalité puissance occupante de la partie de la Cisjordanie où est construit et où sera exploité le tramway litigieux, partie reconnue par la Communauté des Nations et la Cour internationale de justice comme relevant du territoire palestinien ».
Le Tribunal s’est également déclaré territorialement compétent, les sociétés défenderesses ayant leurs sièges sociaux dans son ressort. Il a au surplus motivé sa compétence de la façon suivante : « compte tenu du risque de déni de justice inhérent à la nature de ce litige, la juridiction française est bien, de prime abord, compétente pour son règlement dans le souci de garantir le libre accès à la justice des parties en cause, au visa des dispositions de l’article 6 § 1 de la convention européenne des droits de l’homme. Il est de jurisprudence constante que le risque de déni de justice est un critère de compétence des juridictions françaises dès lors que le litige présente un rattachement avec la France, ce qui est bien le cas dans les circonstances de la présente espèce, les défenderesses étant des entreprises françaises domiciliées en France, ALSTOM TRANSPORT reconnaissant notamment que ses usines de La Rochelle, le Mans, Le Creusot, Villeurbanne et Tarbes fabriquent 46 voitures du métro de Jérusalem ».
ALSTOM, ASTOM TRANSPORT et VEOLIA TRANSPORT avaient également plaidé l’irrecevabilité de la demande introduite par l’AFPS en soutenant que celle-ci, partie tiers au contrat querellé, n’établissait pas sa qualité pour agir. Là encore, le Tribunal a rejeté l’argumentation des défenderesses en reconnaissant la qualité de l’AFPS d’ester en justice, compte tenu de ses statuts.
Le Tribunal a par ailleurs rappelé : « il est désormais de principe qu’une association, peut même hors habilitation législative, agir en justice au nom d’intérêts collectifs dès lors que ces derniers entrent dans son objet social. En l’espèce une atteinte à l’objet social de l’AFPS du fait de l’exécution de contrats supposés illicites en référence au droit humanitaire international serait manifestement susceptible de lui causer à tout le moins un préjudice moral. »
C’est dans ces conditions que le Tribunal a renvoyé l’examen du dossier à une audience de procédure le lundi 8 juin 2009 pour fixation de la date des plaidoiries au fond.
Néanmoins, il convient de préciser que les sociétés ont la possibilité de faire appel du jugement rendu.

L’AFPS ne manquera pas de donner toutes informations utiles sur la suite de la procédure.

1] Paris le 20 avril 2009 [1] nous apprenons sans surprise, début mai 2009, que les entreprises ALSTOM, ASTOM TRANSPORT et VEOLIA TRANSPORT font appel * l’exemplarité de cette décision de justice nous amène à re-publier plus visiblement le communiqué de l’Afps, qui a mené cette action à laquelle s’est jointe l’OLP.

Paris, 3 mai 2009
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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 17:21
publié le mercredi 6 août 2008
Donald Macintyre

 
Shaul Mofaz, l’un des principaux candidats au poste de Premier ministre israélien demandait la mort de 70 Palestiniens à l’époque où il était chef de l’armée lors du deuxième Intifada, selon un best-seller écrit par deux journalistes israéliens.

Le compte-rendu d’un exposé s’adressant en Mai 2001 aux principaux commandants de l’armée en Cisjordanie renforce l’image de faucon dont jouit Shaul Mofaz.

Il apparaît aujourd’hui comme le principal rival de la Ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, pour la direction du parti Kadima abandonnée par Ehud Olmert.

M. Mofaz devrait mettre en avant ses références en tant qu’ancien chef d’Etat-Major et Ministre de la Défense dans sa campagne pour battre Mme Livni, la plus populaire des candidats israéliens auprès de l’opinion publique pour la succession de M. Olmert comme chef du parti.

Selon le livre Boomerang, d’Ofer Shelah, journaliste au Yedhiot Aharonot, et Raviv Drucker, de Channel 10, M. Mofaz a convoqué une réunion des commandants de Brigades et de régiments en Cisjordanie occupée à Ammunition Hill à Jérusalem. Cela s’est déroulé au début de la période où Ariel Sharon était premier ministre quand l’Intifada battait son plein.

Le livre, qui était très critique, est basé sur de nombreux interviews avec des responsables et sur une recherche documentaire, a surtout fait du bruit lorsqu’il a été publié en 2005 en raison de son allégation que M. Sharon avait, en grande partie, démantelé les colonies juives à Gaza pour éluder la menace d’une inculpation de corruption.

Les deux journalistes disent dans le livre que, lors de la réunion de Jérusalem - "dans un acte exceptionnel" - le chef d’Etat-Major a ordonné à la personne habituellement chargée dans de telles occasions d’enregistrer les déclarations des officiers de l’armée d’arrêter le faire. Le général alors prévenu, dit le livre, sans faire de remarques sous forme de citations directes, qu’il n’y aurait plus de "messages à l’Autorité Palestinienne pour lui dire comment agir ». Au lieu de cela, les auteurs disent que M. Mofaz a présenté ce que qu’ils appellent " un prix à fixer". Les auteurs disent qu’il a dit qu’il voulait "tuer 10 Palestiniens" dans chaque brigade territoriale.

Le livre continue en rapportant qu’un haut gradé a ensuite chuchoté au commandant du Commandement Central, Yitzhak Eitan, qu’il serait bien avisé de demander un tel ordre par écrit et a ajouté : "Il s’agit de 70 morts par jour".

Il a ensuite dit que le général Eitan avait convoqué le lendemain le même groupe d’officiers et "a précisé que ce qu’avait déclaré Mofaz ne devait pas être compris comme un ordre et ne devrait pas être considéré comme une directive d’action".

Mais le livre ajoute qu’un haut responsable, le commandant de brigade de la région d’Hébron, le colonel Yehuda Albek, "préférait la version de Mofaz" à celle du Général Eitan.

Le lendemain, il a commencé une action près de Dahariya contre la police palestinienne "qui n’avait pas commis d’actes hostiles". Un policier a été tué et plusieurs ont été blessés. Quand le colonel a été sommé au quartier général du Commandement Central d’expliquer l’opération à ses supérieurs concernés, il a déclaré qu’elle correspondait aux observations faites plus tôt par le chef d’Etat-Major, affirme le livre.

Hier, le bureau de M. Mofaz n’a pas donné de réponse immédiate aux questions posées sur la version du livre.

Pendant ce temps, Benjamin Netanyahu, le chef du Likoud, a appelé à une élection immédiate, élection qu’il gagnerait selon les sondages. "Peu import qui dirige Kadima. Ils font tous partie de la série d’échecs de ce gouvernement », a t-il dit. M. Nétanyahu pourrait y parvenir, si le vainqueur à la direction de Kadima ne parvient pas à former une coalition viable pour rester au pouvoir.

Dans ce cas, les élections pourraient avoir lieu au début de l’année prochaine - avec la possibilité que M. Olmert reste comme premier ministre intérimaire.

Source : http://www.independent.co.uk/ Traduction : MG pour ISM
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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 21:30
Une victoire à Bil’in
Palestine Monitor

 4 septembre 2007
 


La victoire du mouvement populaire pacifique à Bil’in montre la voie aux Palestiniens, déclare le responsable de l’Initiative nationale palestinienne.

Le docteur Mustafa Barghouthi, député et Secrétaire-général de l’Initiative nationale palestinienne, s’est exprimé sur la décision prise aujourd’hui par la Cour suprême israélienne de modifier le tracé du mur à Bil’in. C’est, selon lui, la résistance déterminée et pacifique des villageois de Bil’in qui a en partie entraîné la décision de déplacer partiellement le mur hors du village.

Mustafa Barghouthi a salué le combat héroïque de la population, des familles du village et des militants étrangers de la solidarité qui ont poursuivi pendant plus de deux ans un combat populaire pacifique contre le mur d’Apartheid, forçant finalement la Haute Cour de Justice israélienne à ordonner que le mur soit déplacé hors du village. Il a ajouté que le combat devait continuer jusqu’à ce que le mur tout entier soit enlevé de Bil’in et de toutes les terres palestiniennes.

Mustafa Barghouthi a salué la détermination héroïque des manifestants,les villageois d’abord bien sur et tous les sympathisants, palestiniens, israéliens et internationaux qui ont obtenu ensemble cette victoire importante.

Mustafa Barghouthi a appelé à reprendre ce modèle partout on l’on se bat contre le mur d’Apartheid, les colonies et l’occupation, comme à Umm Salumona, Artas et Yatta maintenant. Selon lui, cette décision de la Haute Cour de Justice israélienne prouve l’efficacité de la stratégie qui mêle la résistance populaire pacifique et la solidarité internationale. Ce qu’il faut aujourd’hui plus que jamais c’est que tous les partis palestiniens soutiennent la détermination du peuple dans les régions proches du mur et des colonies et qu’ils adoptent les modèles de combat populaire qui ont fait leurs preuves.

Mustafa Barghouthi a appelé tous les Palestiniens à continuer le combat contre le mur, les colonies et l’annexion de Jérusalem-Est, sur la base du droit international et de la résistance populaire pacifique.

Le dr Barghouthi a appelé la communauté internationale à faire appliquer la décision de la Cour internationale de Justice de La haye contre le mur.

Ramallah, 04/09/2007 Palestine Monitor http://www.palestinemonitor.org/spip/spip.php ?article87

traduction : C. Léostic, Afps

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