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...Écrasante
par Jean-Paul Piérot
François Fillon semble rêver tout haut d’une France sans opposition, d’une « Chambre introuvable » à l’image de celle de la Restauration de 1815, qui, au lendemain des élections législatives de juin, se mettrait au garde-à-vous pour ratifier en rafale le plan autoritaro-libéral annoncé par Nicolas Sarkozy.
Le nouveau premier ministre aimerait pouvoir tenir en respect les syndicats, enjoints de « négocier » au plus vite avec le MEDEF de lourdes remises en cause du droit du travail, sous la menace, le cas échéant, d’un recours à la voie parlementaire, dont on devine le sens.
Donnant le coup d’envoi à la campagne de l’UMP pour les élections législatives, mercredi soir à Marseille, le discours de François Fillon éclaire d’une lumière particulièrement crue le danger que représenterait pour le monde du travail, et aussi pour la démocratie, la constitution d’une majorité écrasante de droite que l’hôte de Matignon a appelée de ses voeux.
Affirmer que l’Assemblée nationale n’est pas un « contre-pouvoir, mais le pouvoir », c’est pour lui manière de suggérer qu’à ses yeux le Parlement est bien davantage une chambre d’enregistrement des orientations présidentielles que la représentation nationale dans toute sa diversité politique.
L’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier, décidés en leur temps par Jacques Chirac et Lionel Jospin, avait déjà marqué un jalon dans la présidentialisation accrue de la Ve République. La « rupture » revendiquée par Nicolas Sarkozy risque de faire franchir une étape dangereuse vers un nouveau recul de la démocratie.
Des médias audiovisuels aux mains des hommes de confiance du président, une Assemblée réduite à l’impuissance par une domination sans partage de la droite sarkozyste, le rêve de M. Fillon est un peu le cauchemar de la démocratie. L’enjeu parlementaire est de taille. À la hauteur de la gravité des réformes, on devrait plutôt dire des contre-réformes, que la droite veut imposer au pas de charge à la société française.
Elle veut frapper vite et fort, saisir ce que M. Fillon appelle « une occasion historique de transformer la France en profondeur ». La victoire électorale de Nicolas Sarkozy, l’affaiblissementde la gauche constituent pour la droite « moderne et conquérante », comme dit Fillon, une fenêtre de tir contre tout ce qui subsiste de notre modèle social issu de la Résistance. Et les snipers, semble-t-il, veulent tirer en rafale ! Le bouclier fiscal et la suppression des droits de succession en guise de premiers cadeaux aux plus riches. La « libération » des heures supplémentaires défiscalisées, l’instauration du contrat unique facilitant les licenciements et précarisant encore davantage les salariés répondent aux attentes enthousiastes du MEDEF. Le droit de grève est également sur la sellette sous le prétexte de service minimum dans les transports publics. L’autonomie des universités, la fin programmée de la carte scolaire, les peines planchers, la remise en cause de la minorité pénale, mais aussi la privatisation de GDF sont au programme de la nouvelle Assemblée, dès cet été, qui peut s’avérer meurtrier.
Dans un tel contexte, quelle valeur peut-on accorder aux nouvelles rencontres entre le président Sarkozy et les « partenaires » qui débutent aujourd’hui et vont se prolonger la semaine prochaine ? Les dirigeants syndicaux ont toutes les raisons d’exprimer leurs inquiétudes.
La campagne des élections législatives est donc entrée, avec le discours de François Fillon, dans le vif du sujet. Il veut une majorité écrasante. Mais il n’est pas donné pour acquis que les citoyens seront disposés à se laisser écraser.
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