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Les sondages confidentiels dont dispose M. Sarkozy l'encouragent dans cette stratégie. Plus de 70 % des personnes interrogées soutiendraient désormais la réforme des régimes spéciaux de retraite, soit dix points de plus en dix jours. "Les grévistes ne peuvent pas tenir", conclut-on à l'Elysée, où l'on estime avoir gagné la bataille de l'opinion. Contrairement à 1995, où les nuisances de la grève avaient fortifié la solidarité des usagers envers les grévistes, chaque jour qui passe renforce le ressentiment des premiers à l'égard des seconds."On compte sur la population pour faire pression sur les grévistes", explique un conseiller. Un autre ajoute : "Il faut jouer sur l'exacerbation du conflit, ou du moins la constater."
Parallèlement, M. Sarkozy encourage toutes les initiatives destinées à faciliter la vie quotidienne des usagers des transports en commun, notamment en Ile-de-France. Les maires UMP réunis jeudi 15 novembre au siège du parti ont été incités à multiplier les signes envers le public. Des bus de substitution, des centrales de covoiturage devraient voir le jour dès ce week-end. Il leur a été conseillé d'allonger les horaires d'ouverture des services municipaux, tels que les crèches.
JONCTION ENTRE GRÈVE DES TRANSPORTS ET DE LA FONCTION PUBLIQUE
La distribution des tracts expliquant la réforme et stigmatisant "l'immobilisme" va s'amplifier. L'objectif est double, à quatre mois des municipales : présenter l'UMP comme un parti de bienfaisance dans les villes qu'elle gère, et prendre le Parti socialiste, favorable à l'alignement des régimes spéciaux sur le régime général, "au piège de ses contradictions".
Décrit comme "serein" par ses proches, M. Sarkozy envisage sans angoisse la jonction entre le conflit dans les transports publics et la grève, mardi 20 novembre, de la fonction publique. Il table sur le fait que les revendications particulières des agents de la SNCF et de la RATP "polluent" le mot d'ordre plus général sur le pouvoir d'achat et les effectifs des agents de l'Etat."S'il y a pollution, il y aura dilution", veut-on croire à l'Elysée, où l'on compte isoler les grévistes des transports dans des "revendications catégorielles".
Néanmoins, cette stratégie traduit une forme d'impuissance du chef de l'Etat. Constatant que ni la fermeté ni la souplesse ne sont venues à bout du conflit, il fait le pari du "peuple" et de l'exaspération. Il donne aussi raison à tous ceux qui le soupçonnent de vouloir "dresser les Français les uns contre les autres" ou de souhaiter le durcissement de la grève pour "mettre les syndicats à genoux". Mais l'idée de manifestations organisées au grand jour par l'UMP est toujours écartée par l'Elysée : "Nous ne sommes pas le 30 mai 1968", s'amuse un conseiller du chef de l'Etat.