Le Blog des Alternatifs Vallée des Paillons (06) diffuse des informations, des débats, des appels, au service des mobilisations populaires et de l'alternative politique anticapitaliste et antilibérale
La capture des soldats israéliens par le Hezbollah a dans un premier temps déclenché des flots de haine sur les grands medias israéliens.
On est très loin de l’époque où ils avaient la réputation parfois justifiée d'ailleurs, de constituer un contre pouvoir dans ce pays, comme à l'époque de la première intifada. Les premiers commentaires politiques et de la presse ont d’abord porté sur la nature du conflit le définissant clairement comme un conflit de civilisation, une guerre contre la Terreur ( ici c’est le mot qui est utilise pour dire terrorisme, et c’est bien plus fort, on est tétanisé par ce ’Terror’ prononce sur tous les tons de préférence en hurlant). Des phrases criées plus que proférées par des politiques et des journalistes telles: "c’est un problème de culture , pour nous un seul homme est très important, pour eux, regardez même lors de la guerre du Liban tous ces villageois et citadins déplacés des centaines ou des milliers de personnes, ils n’en n’ont rien à faire". "Nous devons leur apprendre le prix de la vie d'un seul de nos soldats, ils doivent payer très cher ce type d'action, et pas seulement le hezbollah, mais tout le Liban, le gouvernement libanais doit être obligé par notre réaction à se débarrasser du hezbollah."
Une commentatrice de radio après des rockets sur Haïfa : "mais rassurez vous, vous allez voir ce qui va leur arriver, maintenant, nos avions sont en train de monter vers le Liban".
Nombreuses émissions radio, ou les gens appellent exprimer leurs sentiments, ceux du nord touchés par les rockets en priorité : "Il faut effacer le sud Liban, et Beyrouth et tout le Liban..." Ou alors : "C’est la Syrie, rien que la Syrie, c'est là bas qu’ est la bête il faut la traquer là bas.’
Nous essayons avec mes amis Israéliens et Palestiniens de transposer ces discours à Gaza et sur Israël pour voir s’ils seraient audibles dans la presse internationale. Non, dans ce sens ça marche pas...
Les valeureux :
Bref tout le joli vocabulaire de guerre, et dans cette atmosphère, la manif de Tel Aviv, en pleine "guerre de défense" est assez héroïque je dois dire. Quelques centaines (500, chiffre à rapporter toujours à une population de 6 à 7 millions d' habitants si l'on veut un ordre d'idée sérieux) des militants très déterminés, défilent parfois sous les encouragements, parfois sous les insultes ( "vous êtes tous des travelos...", de certains balcons on arrose les manifestants) en scandant : "les enfants de Beyrouth et ceux des banlieues (de Haifa) veulent vivre"..."non à la guerre, oui à la paix, retour immédiat aux négociations..." Dans un pays travaillé depuis toujours par un discours global de propagande de l'école maternelle à l’université, et qui s'imagine en grand danger, en temps de guerre, ces quelques milliers de militants sont vraiment des valeureux, c’est à souligner, parce que la pression médiatique et du consensus national est ici particulièrement forte.
Quand la manif se termine, Anna une militante de Haïfa se met à hurler: "pourquoi vous arrétez vous, continuez, il n’y a rien derrière vous, vos maisons n'existent plus, continuez à marcher à hurler, que cela cesse immédiatement." Frustration évidente pour beaucoup, trop peu d'arrestations, pour espérer un écho dans la presse, d'autant que la télévision présente a clairement indiqué qu'elle ne filmerait pas pour "respecter le consensus" du pays. J'ai plutôt l'impression qu'ils le fabriquent.
Une nuit passée à écouter les chaines arabes chez une copine palestinienne, avec sa traduction, achevait de me convaincre qu'il y a deux types d informations aujourd’hui, tout à fait hermétiquement séparées, les medias arabes pour les Arabes et les medias ’occidentaux’ pour les autres. Voir et comprendre ce qui se passe au Liban me parait bien plus détaillé et clair sur les chaines arabes. Ces derniers jours, les femmes ont commence à organiser des groupes de travail sur les media, à Haifa d'abord, puis Jérusalem et un troisième groupe s'organise dans le sud : s'adresser aux media ici et à l’étranger, expliquer sans répit combien cette guerre est folle, comment le Liban est écrasé sous les bombes, combien la sécurité des citoyens israeliens est de plus en plus menacée, (nord, sud, ce matin centre...) et l'urgence d'arrêter cette opération criminelle et sans fondement et de retourner aux négociations. Et c’est payant ; deux pleines pages dans Yediyot Aharonot sur la manif.
Anna qui a commencé à s’exprimer sur des radios a déclenché des avalanches de malédictions et de menaces, sur les ondes, mais le journaliste l’a ensuite rappelée pour lui dire qu'ils avaient reçu des centaines d'appel de soutien à ses positions. Ceux là n'ont pas eté entendus. Ce matin elle a parlé sur la chaine 10 de télévision, la plus à gauche, et là ce sont les menaces de mort.
Pourtant sur la chaine 10 on entend des voix divergentes: des gens appellent pour dire qu'il n'y a aucune politique derrière cette opération, qu'elle met en danger le pays sans rien résoudre quant à la sécurité, au contraire. Une copine vient de m'appeler de son taxi, émue et ravie, le chauffeur, un vieux marocain à qui elle osait à peine parler a fini par lui dire : "Ca fait deux fois qu'on leur prend leur terre à ces gens, ça va s'arreter quand ?"
Les opérations aériennes :
Je viens d'entendre sur la première chaine un pilote de F16 (filmé de dos) expliquer qu il y avait une centaine d'avions dans le ciel libanais, ’un vrai embouteillage’ disait-il. A la question : ’est ce que l’opération aérienne est destinée à faire l'économie d'une intervention terrestre ?’, il a répondu : ’certainement à la réduire au maximum, mais elle risque d'être inévitable’. De meme il a demandé du temps pour pouvoir achever l'operation avec succès, ce que l'on entend de plus en plus des officiels israéliens, deux semaines, peut-etre plus. Il faudra tenir disent ils, on a vu pire. Pas sur, en tout cas pas pour la population des villes du nord, j'étais ici pendant la guerre de Kippour, je n’en garde pas un souvenir de bombardements sur Haifa où je vivais à cette époque, je me souviens des alertes, mais pas de bombes sur la ville. En ce moment, des dizaines de rockets tombent chaque jour, et même ce matin sans sirènes, (les sirènes se déclenchent sur le nord chaque fois qu'une rocket passe la frontière) . Les gens vivent très mal cette tension, enfermés dans les abris, à Naharia, Sfat, Akko, dans les moshav et les kibboutz du nord, à Tibériade.
La guerre de Kippour a été très dure évidemment, mais sur les frontières, pas en basse Galilée, et si les pertes militaires ont été lourdes, il n’y avait pas de victimes civiles, ni cette sensation d'être exposé au cœur des villes. La capacite d'atteindre a répétition la 3e ville du pays ne peut pas ne pas impressionner les Israeliens Quand le bruit a couru qu'un F 16 était tombé, la journaliste a presque naivement questionné : "mais ils ont la capacité de faire ça ?"
Lors d’un autre entretien ou un auditeur posait la question des civils touchés au Liban, la réponse est "bien sûr nous évitons les cibles civiles, nous prévenons même les civils quand nous allons bombarder, mais il faut comprendre que le Hezbollah cache ses armes et ses soldats au cœur des zones civiles alors oui on tire on pleure"... Je réalise alors combien de bases militaires je connais au cœur des villes israéliennes, et j’ imagine le Hezbollah reprendre ce raisonnement... avec l’accord international bien sûr.
Les "Arabes" d’ israel :
Interview televisée du responsable de la police du secteur nord du pays, sur les dents en ce moment avec tous les événements concentres la bas. On lui demande : "pensez-vous que les Arabes israéliens sont capables de causer des ennuis ?" Il répond bonhomme : "mais non, ils savent qu'ils n'ont pas interet à cela, et puis il y a aussi des villages arabes du nord qui ont reçu des rockets, au moins là-dessus nous sommes tous égaux."
On tire, on parle :
Désolée si je suis décousue, mais la situation morale semble évoluer d'heure en heure, et après les discours d’ Olmert et de Livni on entend de plus en plus sur les ondes une inquiétude grandissante sur le prix demandé à la population ici et l'impression que le Hezbollah ne recule pas, donc que l'opération militaire ne semble pas atteindre ses buts.
Les réponses gouvernementales se résument à "on a besoin de temps", mais l'option des négociations doit rencontrer l'option militaire, non pas la relayer mais la scander, la phrase "on tire on parle" revient chez les commentateurs. Une certitude affichée par les politiques : le soutien large de la communauté internationale est un atout majeur.
C’est une phrase martelée sur toutes les ondes. Nous avons les mains libres et le soutien international. On est même "ému" par l’identification internationale, en comparaison des attitudes de l’Europe par le passé.
Demain soir se tiendra la réunion de la coalition pour organiser la manifestation de samedi. J’y serai. J’ai trop besoin de rencontrer et d'être avec des gens dont le cœur est au Liban et à Gaza aussi.
Article publié sur le site de
l'Association France Palestine Solidarité : http://www.france-palestine.org