La folie des dirigeants israéliens
Il arrive un moment où le comportement d'un gouvernement et d'un commandement militaire (qui commande qui, d'ailleurs ?) échappe à l'analyse rationnelle. Il y a, de la part d'Israël, un dérapage dans la folie, folie froide certes, toujours capable d'être argumentée au plan tactique, mais qui devient purement réactive et pulsionnelle, sans aucune perspective stratégique. La journée d'aujourd'hui est particulièrement inquiétante de ce point de vue. Au lieu de diminuer et de se concentrer sur les positions du Hezbollah, près de la frontière, l'agression israélienne, par l'usage particulièrement facile des bombardements, a gagné en intensité et en extension. Elle a dépassé toutes les attaques précédentes. Beyrouth, à nouveau bombardé (bientôt, on bombardera et rebombardera des ruines, summum de la folie !), des secteurs chrétiens bombardés, la plaine de la Bekaa bombardée... Cela n'a pas de sens de le réduire à une attaque militaire "rationnelle" contre les forces militantes du Hezbollah. Cette folie, pour autant qu'elle soit explicable, ne peut avoir qu'une seule raison d'être : terroriser un pays tout entier. Un terrorisme d'Etat à l'état pur. Il y a actuellement, officiellement, 1 million de réfugiés. Mais il faut prendre la mesure du Liban, qui est un tout petit pays, au maximum de 4 millions d'habitants. 1 libanais sur 4 est en exode. En France, en proportion, cela donnerait 15 millions de réfugiés, partis à pied, à cheval, en voiture sur les routes (elles-mêmes bombardées régulièrement). Difficile d'expliquer. Soit la folie gagne les dirigeants israéliens, parce qu'ils avaient totalement sous-estimé la résistance du Hezbollah, parce qu'ils se croyaient militairement invisibles (et plus largement la résistance du Sud Liban, qui, probablement, mais nous ne sommes que très mal informé ici en France, comporte d'autres forces politiques que le Hezbollah, comme le PC Libanais qui, très justement, a rejoint la lutte armée), soit, avec le soutien inconditionnel des Etats-Unis, ils se croient tout permis. Les dirigeants d'Israël appliquent effectivement le principe : quand on échoue en frappant fort, frapper encore plus fort. Ils ne sont parvenus, avec cette logique, à aucun succès durable : la résistance palestinienne continue, la résistance libanaise montre ses capacités et, de toutes façons, va perdurer. Il y a folie, précisément parce qu'il y a échec. C'est d'ailleurs ce qu'il peut y avoir d'inquiétant dans cette folie meurtrière : frapper encore plus fort, Israël le peut. Jusqu'à quand va-t-il s'abstenir d'utiliser des micro-bombes nucléaires ou des bombes par aspiration d'oxygène ??? Il peut paraître fou d'envisager une telle hypothèse, mais, face à la folie, il faut envisager la folie... Il faudrait déjà absolument qu'on sache quels types de bombes Israël utilise actuellement. L'avenir ? La solution onusienne, pourtant habile, a pris aujourd'hui du plomb dans l'aile. L'un des mandats principaux sera de désarmer le Hezbollah et de protéger l'agresseur (Israël !). Déjà il est clair qu'aucun pays arabe ne pourra, aux yeux de sa propre opinion publique, participer à la force de l'ONU déployée (la Jordanie l'a dit). Pour les Etats Unis, ce sera difficile. Il se sont trop engagés aux côtés d'Israël pour paraître impartiaux. La Russie probablement s'abstiendra, comme d'habitude. Et la Chine reste une inconnue: il est possible qu'elle oppose son veto. En clair, les principales forces militaires de la force d'intervention "robuste" de l'ONU seront... des européens. Mais il n'existe pas que des gouvernements en Europe. Il existe aussi des peuples et de citoyens !!! Pourra-t-on accepter cette intervention (parfaitement pro-israélienne) et occupation d'une partie du territoire d'un Etat souverain (Le Liban) par une telle force, autour du mandat tel qu'il se négocie en ce moment ? Et comment fera-t-on pour désarmer le Hezbollah, avec, chaque jour davantage, l'hostilité de la majorité des Libanais ? C'est peut être d'ailleurs l'une des causes de la folie meurtière des dirigeants israéliens : n'ayant aucune confiance dans cette force onusienne, ils veulent à tout prix écraser eux-même physiquement le Hezbollah. Mais, comme eux-mêmes l'ont reconnu, ils ne peuvent pas l'éliminer politiquement. Pourquoi alors la folie d'aujourd'hui ? Peut être parce que c'est une folie, tout simplement. C'est le Liban tout entier qui devient, pour eux, dangereux.... Philippe ZARIFIAN, le 4 août 2006
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Forum des Alternatifs