Faut-il se dire antilibéral ?
Un point de vue dissonnant dans le discours ambiant.
par Philippe Zarifian, signataire du texte "Pour un rassemblement antilibéral de gauche des candidatures communes"
J'ai signé ce texte parce que je le trouve opportun. Il existe. Il doit être pris en bloc. Simplement, je ne me définirai jamais (jamais !) comme anti-libéral. J'imagine que tout le monde sait ce qu'est le libéralisme, autant politique qu'économique, qu'il a été le courant de pensée et de pratiques qui a permis, aux 17 et 18ème siècle (avant l'essor du capitalisme industriel) de rompre avec l'Ancien Régime et d'instaurer le principe de la reconnaissance et du développement des libertés individuelles, de rejeter tout régime de pouvoir absolu et de reconnaître le rôle du marché comme régulateur des échanges économiques. Je pense que nous pouvons, à notre époque, dépasser le libéralisme, au sens d'aller au-delà (démocratie active et autogestion), mais certainement pas de revenir en-deçà. Se déclarer "anti-libéral" est, à mon sens, une position clairement réactionnaire, une vaste négation des acquis parmi les plus précieux (et fragiles) de notre histoire civilisationnelle et au moment où ces acquis sont directement attaqués, d'abord aux Etats Unis et maintenant en France. Il existe encore aujourd'hui dans le monde plus de gouverments anti-libéraux que l'inverse. Je propose donc aux "anti-libéraux" d'aller faire un tour dans ces pays ! J'aurais personnellement honte de me proclamer "anti-libéral" face à la situation de la grande majorité des pays du monde.
Mais je n'ouvre pas un débat. J'assume ma responsabilité : signer un texte pour des raisons d'opportunité politique, alors que je suis en désaccord profond avec sa principale "affiche" (ou effet d'affichage) : l'anti-libéralisme. Je ne suis pas sûr que des masses de citoyens français accepteront de soutenir un candidat "anti-libéral". J'espère que non d'ailleurs. Quant à ceux qui pensent que le capitalisme actuel "fonctionne" au libéralisme (parfois confondu avec la simple 'économie de marché'...), ils se trompent tout simplement. Nous vivons à l'âge des grandes entreprises mondialisées, qui fonctionnent de manière beaucoup plus féodale que libérale, c'est à dire en tentant de capter des clientèles, de les rendre durablement captives, de maximiser ainsi leur rentabilité et d'attaquer les territoires de quasi-monopole de leurs concurrents. Où est la libre concurrence là dedans et le rôle d'un supposé "marché" ? Qu' on m'explique en quoi Microsoft ou France Télécom sont "libéraux" ? Ce que dit Bruxelles est la pure idéologie pour ne pas étaler au grand jour la constitution de ces géants monopolistiques. La privatisation des services publics n'est pas du tout faite pour "relancer la libre concurrence", mais pour ouvrir de nouveaux territoires de clientèles et de nouvelles opportunités de rentabilité à ces géants.
Où est le libéralisme là dedans ? Philippe