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Le Blog des Alternatifs Vallée des Paillons (06) diffuse des informations, des débats, des appels, au service des mobilisations populaires et de l'alternative politique anticapitaliste et antilibérale

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L'insécurité disparaît du discours médiatique

03 mars 2007

Il n’y a plus d’insécurité en France

persan2.1172912340.jpg Tel pourrait être du moins le sentiment d’un Persan à la Montesquieu qui, après avoir séjourné dans notre pays en mars 2002, y reviendrait aujourd’hui et voudrait s’enquérir de la situation hexagonale à travers gazettes et journaux radio et télédiffusés. Selon le baromètre INA’stat, les faits divers n’ont en effet représenté que 4% des sujets traités au dernier trimestre 2006 dans les journaux des grandes chaînes de télévision (TF1, F2, F3, Arte, C+ et M6). On est loin des résultats de cette étude qu’avait menée il y a cinq ans l’Institut TNS Media Intelligence sur un panel de 80 médias français, qui concluait que l’”insécurité” avait été, entre mars 2001 et avril 2002, le thème le plus médiatisé.

mougeotte.1172912612.jpgLorsqu’au lendemain du 21 avril 2002, les responsables des grandes chaînes de télévision se virent reprocher d’avoir poussé leurs rédactions à la “surmédiatisation” des problèmes de délinquance durant toute l’année qui avait précédé, faisant ainsi (d’après leurs détracteurs) le “jeu de l’extrême droite”, ils répondirent généralement que le phénomène de l’insécurité était une réalité dont il était du devoir des journalistes de rendre compte puisqu’elle existait “bel et bien”, que cela plaise ou non. namias.1172913665.jpgEtienne Mougeotte, vice-président de TF1: “Ce n’est pas la télévision qui génère l’insécurité, c’est la montée de l’insécurité qui justifie que la télévision en parle” (Le Monde du 4 mai 2002). Michelle Fines, chef du service des informations générales de France 2 : “Est-ce qu’on a inventé l’insécurité ? Est-ce que notre boulot, c’est de se taire ou de mettre le doigt là où ça fait mal?” (Télérama du 30 avril 2002). Robert Namias (TF1): “Nous n’inventons pas les violences de toutes natures qui font en ce moment l’actualité” (Le Monde du 24 avril 2002).

venus.1172912863.jpgSi ces professionnels de l’information ont raison, on doit logiquement déduire du fait que leurs rédactions ne nous parlent pratiquement plus aujourd’hui d’insécurité que celle-ci a “bel et bien” quasiment disparu dans notre société (sans quoi, ils devraient considérer de leur devoir de nous en parler). S’ils ont tort (ce qui, après tout, n’est pas entièrement exclu), il faut en conclure que la médiatisation d’un phénomène obéit à de toutes autres logiques que celles du “miroir de la réalité” derrière laquelle ces professionnels se retranchent si promptement. C’est évidemment ce second point de vue que privilégie de son côté la sociologie des médias quand elle essaie de rendre compte des processus sociaux qui conduisent les journalistes à inscrire tel ou tel événement (thème, phénomène) sur l’agenda médiatique au détriment de tel autre.

agenda.1172914189.jpg Ces études sociologiques (exception faite des plus mauvaises) n’en concluent pas que “l’insécurité” (par exemple) ne serait rien d’autre qu’une construction médiatique. Elles visent plutôt à montrer non seulement qu’il ne suffit pas qu’un phénomène de grande ampleur existe “bel et bien” pour qu’il accède automatiquement à l’agenda médiatique mais encore et surtout que les sources ne sont pas à égalité dans leur capacité à mener le travail social et politique qui permet de conduire les journalistes à se persuader de la nécessité ou de l’inutilité de cette inscription.

saint-martin.1172915122.jpgLe problème ne vient pas tant du fait que les gens de presse informent le public à propos des phénomènes ou des évènements qui bénéficient à un moment donné d’un travail actif de mise à disposition des faits de la part de certaines sources influentes (comme ce fut le cas avec “l’insécurité” en 2002) et/ou d’un travail de conformation aux formats journalistiques (comme ce fut le cas il y a peu avec l’association des Enfants de Don Quichotte).

papy_voise.1172913521.jpgIl vient plutôt du fait qu’ils oublient bien souvent le respect qu’ils doivent, face à ces faits, à des règles comme la polyphonie (donner la parole à des contre-sources et non pas exclusivement, dans le cas de l’insécurité par exemple, aux pouvoirs publics et aux victimes) et à la conservation de l’initiative (s’obliger à parler aussi des phénomènes et des évenements qui ne sont pas aussi bien “mis à disposition” par des sources influentes et qui sont moins spontanément conformes aux formats).


Cyril Lemieux, sociologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales

http://medias.blog.lemonde.fr/

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