Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 09:34

Manifestation Internationale du 1er Novembre, débats, ateliers, démonstrations et actions sur les 3 jours : les Alternatifs étaient présents !

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=> pour voir des photos à la frontière du paradis fiscal le plus proche c'est ici

Par Rouges et Verts
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Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 15:28

 

Alexandre Gabriac, jeune élu régional FN, est candidat au second tour des cantonales, dimanche, à Grenoble.

Alexandre Gabriac à droite (DR)

 

Un candidat Front national aux élections cantonales apparaît sur des photos en train de mimer le salut hitlérien. Alexandre Gabriac, candidat dans le canton n°6 de Grenoble, est présent au second tour de l'élection dont le scrutin à lieu ce dimanche 27 mars.

 

Sur les photos que Nouvelobs.com s'est procurées et dont nous publions la plus marquante, le jeune homme, en compagnie d'une ou plusieurs personnes et en différentes occasions, apparaît le bras tendu à la manière nazie. Sur celle que nous publions il est légèrement masqué, le bras tendu devant un drapeau portant la croix gammée, aux côtés d'un jeune homme au crane rasé dont nous avons masqué le visage. Il tient dans la main droite un poing américain.


 "Je ne suis pas au courant"

"Je ne suis pas du tout au courant de ces photos", a-t-il réagi. "Cela ne me dit rien du tout. De toute façon, j'avais reçu il y a quelque temps une lettre anonyme m'avertissant que des montages effectués par des anarchistescirculeraient", s'est-il justifié.

Des photos qui pourraient venir perturber la communication du Front national et de Marine Le Pen qui tentent de modérer leur image et de nier tout lien avec l'extrême-droite.

 

Source Nouvelobs.com

Par Rouges et Verts - Publié dans : La droite dans tous ses états
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Samedi 19 février 2011 6 19 /02 /Fév /2011 22:18


Michel Husson, Regards, mars 2011


Angela Merkel vient de proposer un pacte de compétitivité pour l’Europe, avec l’assentiment de Sarkozy. C’est la contrepartie de l’adoption du Fonds européen de stabilité financière : je participe au financement des dettes en échange d’une Europe compétitive. Parmi les six pistes proposées, trois sont a priori acceptables : reconnaissance mutuelle des diplômes, régime de gestion de crise pour les banques, et harmonisation de la fiscalité des entreprises. Mais tout dépend des modalités, par exemple du taux d’impôt sur les sociétés.


Le reste est une provocation. Supprimer l’indexation des salaires sur les prix (qui concerne la Belgique, le Luxembourg, mais aussi, en pratique, l’Espagne) revient à abandonner toute garantie d’un simple maintien du pouvoir d’achat. Dans le cas français, le Smic est indexé sur l’inflation : faudra-t-il supprimer cette règle ? Que les régimes de pension doivent s’ajuster à l'évolution démographique est une lapalissade, mais comment ? La Commission met les points sur les i dans son « examen annuel de la croissance » où elle recommande aux « États membres qui ne l’ont pas encore fait de relever l’âge de départ à la retraite » et d’encourager « le développement de l’épargne privée complémentaire ». Enfin, le projet, repris par Sarkozy,
d’inscrire dans la constitution de chaque pays une règle d’encadrement du déficit budgétaire serait une entorse grave à la souveraineté populaire que le Parlement est censé incarner en votant le budget.


Là où les partisans d’une Europe solidaire proposent la mise en place d’un budget européen suffisant pour financer des fonds d’harmonisation et des projets d’investissement écologiques, la réponse est encore une fois : compétitivité et rigueur budgétaire. L’Europe a déjà franchi un pas sur cette voie avec l’institution du « semestre européen » : les Etats membres doivent dorénavant intégrer les recommandations de la Commission avant de faire valider leur budget.
Cette procédure commence cette année.


Mais ce n’est pas tout : la Commission européenne a, elle aussi, son plan en six points, qui devrait être soumis au parlement européen en Avril pour être voté en Juin. Il s’agit d’abord de durcir le pacte de stabilité : les Etats se verront imposer un calendrier de réduction de leur dette publique et son non-respect sera assorti de sanctions automatiques de 0,2 % du PIB (4 milliards d’euros dans le cas français). Les choses vont plus loin avec l’introduction d’une nouvelle procédure « concernant les déséquilibres excessifs ». Les États « présentant des déséquilibres macroéconomiques graves ou qui menacent le bon fonctionnement de l'UEM » devront « soumettre un plan de mesures correctives au Conseil, lequel fixera des délais pour sa mise en oeuvre ». Un État membre de la zone euro qui persisterait à ne pas prendre ces mesures s'exposerait à des sanctions : amende annuelle de 0,1 % de son PIB ! Parmi les déséquilibres graves, il y aura à n’en pas douter le manque de compétitivité.


Cette logique punitive de réductions tous azimuts est affligeante. Dans l’esprit des néolibéraux, cette discipline antisociale est nécessaire pour prévenir une nouvelle crise. Mais elle risque de plonger l’Europe dans une nouvelle récession. Et, pendant ce temps, les marchés financiers, loin d’être désarmés, continuent à faire pression sur les pays en difficulté et à guetter leur prochaine proie. Sarkozy continue de se payer notre tête : où est donc passée la taxe sur les transactions financières défendue avec tant de passion devant le G20 ? Le patronat se frotte les mains puisqu’on applique son programme. Les députés européens sont rares à protester et, par exemple, un Vert allemand, Sven Giegold, trouve que les propositions de la Commission vont « dans le bon sens pour la création d’une structure de gouvernance économique ». La CES proteste vigoureusement mais n’est pas suivie au niveau national. Enfin, comment ne pas voir que ce corset européen renforcé ouvre un boulevard à l’extrême-droite nationaliste ? S’il y a une gauche dans ce pays, elle devrait s’emparer de cette question, car ce sont les nouvelles règles du jeu européen qui se discutent en ce moment.

Par Rouges et Verts
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Samedi 19 février 2011 6 19 /02 /Fév /2011 19:30

Notre objectif : placer l'environnement au cœur du débat agricole. Voici quelques pistes concrètes.

  • Traiter la question des algues vertes à la source

Les autorisations d'extension de cheptel  ne doivent plus être accordées dans les zones affectées par les algues vertes, dont la prolifération est liée à la surpopulation dans les élevages porcins. Nous devons atteindre les objectifs du Grenelle de la mer de réduction dans les zones vulnérables de 40 % des flux de polluants (nitrates, phosphates) provenant de l'agriculture, de l'industrie et des stations d'épuration.   

  • Interdire les pesticides les plus dangereux et/ou dont les risques sont mal évalués (notamment pour les pollinisateurs)

 A commencer par l'insecticide Cruiser : la décision du Conseil d'Etat du 16 février 2010 annule l’autorisation du Cruiser pour 2008 et 2009 pointe bien du doigt une insuffisance dans l’évaluation de l'innocuité du produit pour les abeilles.

  • Mettre en œuvre le plan Ecophyto sur le terrain.

Cet engagement du Grenelle de l’Environnement prévoit la réduction de l’usage des pesticides d’ici 2018. En mobilisant l’ensemble des acteurs, notamment les Préfets de régions, Présidents de Conseils régionaux et coopératives, avec une communication au public sur la mise en œuvre de ce plan, en particulier sur le réseau de fermes de démonstration.

  • Séparer le conseil de la vente des pesticides 

A l’image de la séparation des rôles du médecin et du pharmacien pour les médicaments,  nous souhaitons que des personnes indépendantes conseillent les agriculteurs pour les traitements à réaliser sur leurs cultures, avec une prescription écrite.

  • Réorienter les aides financières vers les agricultures les plus respectueuses de l’environnement

L’agriculture biologique, l’agriculture de haute valeur environnementale, et plus généralement, l’agriculture liée au sol - c’est-à-dire qui utilise peu d’intrants, de pesticides, d’énergie, d’eau d’irrigation, d’aliments du bétail importés... et produisant l’essentiel de l’alimentation de leurs animaux - doivent être favorisées.A court terme par des mesures nationales (ex. crédit d’impôt), à long terme par un engagement dans ce sens du gouvernement français dans la perspective de la réforme de la PAC. Le congrès de la fédération des 31 mars et 1er avril aura portera justement sur cette thématique.

  • Etiqueter les produits d’animaux issus d’élevages nourris sans OGM

Pour valoriser les bonnes pratiques. Une proposition de loi dans ce sens a été faite, nous souhaitons l'aboutissement de ces propositions.

  • Appliquer la législation et vérifier sur le terrain la réalité des plans d’épandage.
Par Rouges et Verts - Publié dans : Ecologie
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Samedi 19 février 2011 6 19 /02 /Fév /2011 19:27

Face au raz de marée de polluants, FNE a décidé de lancer une campagne portant sur trois fléaux majeurs que sont les importations d'OGM, les algues vertes et les pesticides.     

 

A la veille du Salon de l'Agriculture, France Nature Environnement lance une campagne choc sur les dégâts provoqués par une agriculture intensive peu respectueuse de notre environnement. Pas seulement un coup de poing médiatique, mais aussi l'occasion de proposer des solutions et d'ouvrir un dialogue. 

Notre agriculture est malade. Nous importons des OGM pour alimenter notre bétail alors que nous nous interdisons d'en cultiver et que le consommateur n'en veut pas. Des tonnes de lisier, issues des déjections  des élevages industriels , provoquent, en augmentant le taux de nitrates dans l'eau, des marées d'algues vertes. L'emploi massif de pesticides dangereux contribue au déclin des abeilles et des autres pollinisateurs. La France est le 1er consommateur européen de produits phytosanitaires. 

Nous avons souhaité alerter les Français sur les dégâts provoqués par cette agriculture intensive peu respectueuse de notre environnement. Depuis l'impulsion du Grenelle, la situation se dégrade. Il paraît que " l'environnement, ça commence à bien faire. " Notre rôle est d'alerter l'opinion.

Avec l'agence Mediaprism, nous avons choisi de communiquer de manière plus visible en élaborant ,  une campagne d'affichage aux visuels musclés, sur trois thèmes : les importations d'OGM, les pesticides et les algues vertes.  

 

Nous lançons également une pétition pour l'interdiction des pesticides les plus dangereux et l'application pleine et entière du plan Ecophyto 2018.  Pour la signer, cliquez sur ce lien !

 

 

Découvrez les visuels  

 

 

 

 

 



Par Rouges et Verts - Publié dans : Agriculture Bio
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Vendredi 18 février 2011 5 18 /02 /Fév /2011 17:08

par Alain Badiou

LEMONDE.FR | 18.02.11 |

   

Le vent d'est l'emporte sur le vent d'ouest. Jusqu'à quand l'Occident désœuvré et crépusculaire, la "communauté internationale" de ceux qui se croient encore les maîtres du monde, continueront-ils à donner des leçons de bonne gestion et de bonne conduite à la terre entière ? N'est-il pas risible de voir quelques intellectuels de service, soldats en déroute du capitalo-parlementarisme qui nous tient lieu de paradis mité, faire don de leur personne aux magnifiques peuples tunisiens et égyptiens, afin d'apprendre à ces peuples sauvages le b.a.ba de la "démocratie" ? Quelle affligeante persistance de l'arrogance coloniale ! Dans la situation de misère politique qui est la nôtre depuis trois décennies, n'est-il pas évident que c'est nous qui avons tout à apprendre des soulèvement populaires du moment ? Ne devons-nous pas de toute urgence étudier de très près tout ce qui, là-bas, a rendu possible le renversement par l'action collective de gouvernements oligarchiques, corrompus, et en outre – et peut-être surtout – en situation de vassalité humiliante par rapport aux Etats occcidentaux ?

Oui, nous devons être les écoliers de ces mouvements, et non leurs stupides professeurs. Car ils rendent vie, dans le génie propre de leurs inventions, à quelques principes de la politique dont on cherche depuis bien longtemps à nous convaincre qu'ils sont désuets. Et tout particulièrement à ce principe que Marat ne cessait de rappeler : quand il s'agit de liberté, d'égalité, d'émancipation, nous devons tout aux émeutes populaires.

On a raison de se révolter. De même qu'à la politique, nos Etats et ceux qui s'en prévalent (partis, syndicats et intellectuels serviles) préfèrent la gestion, de même à la révolte, ils préfèrent la revendication, et à toute rupture la "transition ordonnée". Ce que les peuples égyptiens et tunisiens nous rappellent, c'est que la seule action qui soit à la mesure d'un sentiment partagé d'occupation scandaleuse du pouvoir d'Etat est le levée en masse. Et que dans ce cas, le seul mot d'ordre qui puisse fédérer les composantes disparates de la foule est : "toi qui est là, va-t'en." L'importance exceptionnelle de la révolte, dans ce cas, sa puissance critique, est que le mot d'ordre répété par des millions de gens donne la mesure de ce que sera, indubitable, irreversible, la première victoire : la fuite de l'homme ainsi désigné. Et quoi qu'il se passe ensuite, ce triomphe, illégal par nature, de l'action populaire, aura été pour toujours victorieux. Or, qu'une révolte contre le pouvoir d'Etat puisse être absolument victorieuse est un enseignement de portée universelle. Cette victoire indique toujours l'horizon sur lequel se détache toute action collective soustraite à l'autorité de la loi, celui que Marx a nommé "le dépérissement de l'Etat".

A savoir qu'un jour, librement associés dans le déploiement de la puissance créatrice qui est la leur, les peuples pourront se passer de la funèbre coercition étatique. C'est bien pour cela, pour cette idée ultime, que dans le monde entier une révolte jetant à bas une autorité installée déclenche un enthousiasme sans bornes.

Une étincelle peut mettre le feu à la plaine. Tout commence par le suicide par le feu d'un homme réduit au chômage, à qui on veut interdire le misérable commerce qui lui permet de survivre, et qu'une femme-flic gifle pour lui faire comprendre ce qui dans ce bas monde est réel. Ce geste s'élargit en quelques jours, quelques semaines, jusqu'à des millions de gens qui crient leur joie sur une place lointaine et au départ en catastrophe de puissants potentats. D'où vient cette expansion fabuleuse ? La propagation d'une épidémie de liberté ? Non. Comme le dit poétiquement Jean-Marie Gleize, "un mouvement révolutionnaire ne se répand pas par contamination. Mais par résonance. Quelque chose qui se constitue ici résonne avec l'onde de choc émise par quelque chose qui s'est constitué là-bas". Cette résonance, nommons-là "événement". L'événement est la brusque création, non d'une nouvelle réalité, mais d'une myriade de nouvelles possibilités.

Aucune d'entre elles n'est la répétition de ce qui est déjà connu. C'est pourquoi il est obscurantiste de dire "ce mouvement réclame la démocratie" (sous-entendu, celle dont nous jouissons en Occident), ou "ce mouvement réclame une amélioration sociale" (sous-entendu, la prospérité moyenne du petit-bourgeois de chez nous). Parti de presque rien, résonant partout, le soulèvement populaire crée pour le monde entier des possibilités inconnues. Le mot "démocratie" n'est pratiquement pas prononcé en Egypte. On y parle de "nouvelle Egypte", de "vrai peuple égyptien", d'assemblée constituante, de changement absolu d'existence, de possibilités inouïes et antérieurement inconnues. Il s'agit de la nouvelle plaine qui viendra là où n'est plus celle à laquelle l'étincelle du soulèvement a finalement mis le feu. Elle se tient, cette plaine à venir, entre la déclaration d'un renversement des forces et celle d'une prise en main de tâches neuves. Entre ce qu'a dit un jeune tunisien : "Nous, fils d'ouvriers et de paysans, sommes plus forts que les criminels" ; et ce qu'a dit un jeune égyptien : "A partir d'aujourd'hui, 25 janvier, je prends en main les affaires de mon pays."

Le peuple, le peuple seul, est le créateur de l'histoire universelle. Il est très étonnant que dans notre Occident, les gouvernements et les média considèrent que les révoltés d'une place du Caire soient "le peuple égyptien". Comment cela ? Le peuple, le seul peuple raisonnable et légal, pour ces gens, n'est-il pas d'ordinaire réduit, soit à la majorité d'un sondage, soit à celle d'une élection ? Comment se fait-il que soudain, des centaines de milliers de révoltés soient représentatifs d'un peuple de quatre-vingt millions de gens ? C'est une leçon à ne pas oublier, que nous n'oublierons pas.

Passé un certain seuil de détermination, d'obstination et de courage, le peuple peut en effet concentrer son existence sur une place, une avenue, quelques usines, une université… C'est que le monde entier sera témoin de ce courage, et surtout des stupéfiantes créations qui l'accompagnent. Ces créations vaudront preuve qu'un peuple se tient là. Comme l'a dit fortement un manifestant égyptien : "avant je regardais la télévision, maintenant c'est la télévision qui me regarde."

RÉSOUDRE DES PROBLÈMES SANS L'AIDE DE L'ETAT

Dans la foulée d'un événement, le peuple se compose de ceux qui savent résoudre les problèmes que l'événement leur pose. Ainsi de l'occupation d'une place : nourriture, couchage, garde, banderoles, prières, combats défensifs, de telle sorte que le lieu où tout se passe, le lieu qui fait symbole, soit gardé à son peuple, à tout prix. Problèmes qui, à échelle de centaines de milliers de gens venus de partout, paraissent insolubles, et d'autant plus que, sur cette place, l'Etat a disparu. Résoudre sans l'aide de l'Etat des problèmes insolubles, c'est cela, le destin d'un événement. Et c'est ce qui fait qu'un peuple, soudain, et pour un temps indéterminé, existe, là où il a décidé de se rassembler.

Sans mouvement communiste, pas de communisme. Le soulèvement populaire dont nous parlons est manifestement sans parti, sans organisation hégémonique, sans dirigeant reconnu. Il sera toujours temps de mesurer si cette caractéristique est une force ou une faiblesse. C'est en tout cas ce qui fait qu'il a, sous une forme très pure, sans doute la plus pure depuis la Commune de Paris, tous les traits de ce qu'il faut appeler un communisme de mouvement. "Communisme" veut dire ici : création en commun du destin collectif. Ce "commun" a deux traits particuliers. D'abord, il est générique, représentant, en un lieu, de l'humanité toute entière. Dans ce lieu, il y a toutes les sortes de gens dont un peuple se compose, toute parole est entendue, toute proposition examinée, toute difficulté traitée pour ce qu'elle est. Ensuite, il surmonte toutes les grandes contradictions dont l'Etat prétend que lui seul peut les gérer sans jamais les dépasser : entre intellectuels et manuels, entre hommes et femmes, entre pauvres et riches, entre musulmans et coptes, entre gens de la province et gens de la capitale…

Des milliers de possibilités neuves, concernant ces contradictions, surgissent à tout instant, auxquelles l'Etat – tout Etat – est entièrement aveugle. On voit des jeune femmes médecin venues de province soigner les blessés dormir au milieu d'un cercle de farouches jeunes hommes, et elles sont plus tranquilles qu'elles ne le furent jamais, elles savent que nul ne touchera un bout de leurs cheveux. On voit aussi bien une organisation d'ingénieurs s'adresser aux jeunes banlieusards pour les supplier de tenir la place, de protéger le mouvement par leur énergie au combat. On voit encore un rang de chrétiens faire le guet, debouts, pour veiller sur les musulmans courbés dans leur prière. On voit les commerçants nourrir les chômeurs et les pauvres. On voit chacun parler à ses voisins inconnus. On lit mille pancartes où la vie de chacun se mêle sans hiatus à la grande Histoire de tous. L'ensemble de ces situations, de ces inventions, constituent le communisme de mouvement. Voici deux siècles que le problème politique unique est celui-ci : comment établir dans la durée les inventions du communisme de mouvement ? Et l'unique énoncé réactionnaire demeure : "cela est impossible, voire nuisible. Confions-nous à l'Etat". Gloire aux peuples tunisiens et égyptiens qui nous rappellent au vrai et unique devoir politique : face à l'Etat, la fidélité organisée au communisme de mouvement.

Nous ne voulons pas la guerre, mais nous n'en avons pas peur. On a partout parlé du calme pacifique des manifestations gigantesques, et on a lié ce calme à l'idéal de démocratie élective qu'on prêtait au mouvement. Constatons cependant qu'il y a eu des morts par centaines, et qu'il y en a encore chaque jour. Dans bien des cas, ces morts ont été des combattants et des martyrs de l'initiative, puis de la protection du mouvement lui-même. Les lieux politiques et symboliques du soulèvement ont dû être gardés au prix de combats féroces contre les miliciens et les polices des régimes menacés. Et là, qui a payé de sa personne, sinon les jeunes issus des populations les plus pauvres ? Que les "classes moyennes", dont notre inespérée Michèle Alliot-Marie a dit que l'aboutissement démocratique de la séquence en cours dépendait d'elles et d'elles seules, se souviennent qu'au moment crucial, la durée du soulèvement n'a été garantie que par l'engagement sans restriction de détachements populaires. La violence défensive est inévitable. Elle se poursuit du reste, dans des conditions difficiles, en Tunisie, après qu'on ait renvoyé à leur misère les jeunes activistes provinciaux.

Peut-on sérieusement penser que ces innombrables initiatives et ces sacrifices cruels n'ont pour but fondamental que de conduire les gens à "choisir" entre Souleiman et El Baradei, comme chez nous on se résigne piteusement à arbitrer entre MM. Sarkozy et Strauss-Kahn ? Telle serait l'unique leçon de ce splendide épisode ?

Non, mille fois non ! Les peuples tunisiens et égyptiens nous disent : se soulever, construire le lieu public du communisme de mouvement, le défendre par tous les moyens en y inventant les étapes successives de l'action, tel est le réel de la politique populaire d'émancipation. Il n'y a certes pas que les Etats des pays arabes qui soient anti-populaires et, sur le fond, élections ou pas, illégitimes. Quel qu'en soit le devenir, les soulèvements tunisiens et égyptiens ont une signification universelle. Ils prescrivent des possibilités neuves dont la valeur est internationale.

Alain Badiou, philosophe

Par Rouges et Verts - Publié dans : Luttes sociales
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Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 21:40
CANTONALES : RIEN SANS VOUS !
 
    En mars prochain (20 et 27), auront lieu les élections cantonales avec le renouvellement du conseil général dans 26 des 52 cantons de notre département.
 
    La contre-réforme territoriale imposée au forceps par le pouvoir entrera en vigueur à l'issue du mandat actuel : ce sont donc les dernières élections cantonales avant le scrutin territorial prévu en 2014 et qui désignera des élu-e-s à la fois départementaux/tales et régionaux/nales.
    Le but est clair : faire reculer la démocratie, aggraver la concentration des pouvoirs d'un nombre moins grand d'élus et faire reculer la parité hommes-femmes.
 
    Cette contre-réforme s'ajoute à l'avalanche de contre-réformes dans tous les domaines, imposée de manière brutale et autoritaire par une droite plus arrogante et cynique que jamais, fidèle, elle, à son mandat : aggraver davantage encore les inégalités et défendre bec et ongles les privilèges et la fortune des nantis de ce pays.
 
    Dans ce département, cette politique est défendue avec un zèle remarquable par le clan Estrosi-Ciotti qui a fait main-basse -davantage encore que ne l'avait fait le clan Médecin autrefois- sur notre département, et qui prolonge une tradition bien ancienne : faire des Alpes-Maritimes le laboratoire d'un capitalisme sans frein, en utilisant de manière éhontée l'écran de fumée sécuritaire, xénophobe et raciste inspiré de l'extrême-droite, et le clientélisme à tout crin.
 
Dans un tel contexte, la résistance est indispensable, la contre-offensive aussi !
 
    Elles le sont d'autant plus que face à cette droite, on a le sentiment qu'il n'y a pas d'opposition, ce qui alimente la résignation, la passivité, voire le désespoir.
    Comme au niveau national, la « gauche molle » ne s'oppose pas à la droite et à ses projets : les exemples abondent, hélas, dans ce sens !
 
Dans un tel contexte, il était indispensable que les forces de gauche et écologistes qui n'acceptent pas l'ordre établi et n'ont pas renoncé à transformer la société, cessent d'être divisées et se rassemblent enfin !
 
    Vous le savez : nous n'en avons pas été capables lors des précédents scrutins, des élections présidentielles de 2008 aux élections régionales de 2010.
 
    Cette fois-ci, nous avons réussi : à la suite d'une réunion unitaire de toutes les organisations de la gauche de transformation sociale et écologique (Alternatifs, FASE, NPA, Gauche Unitaire, PCF et PG, avec élargissement à Nice à l'association NICEA) tenue à Nice le … à l'initiative des Alternatifs et du NPA, plusieurs réunions de travail ont débouché de manière positive. Un accord départemental à l'échelle de 16 cantons sur 26 a été rendu public lors d'une conférence de presse tenue à Nice le mercredi 12 janvier.
 
    L'intitulé de cet accord et de ce rassemblement est : « Pour une alternative à gauche : Ecologie, Citoyenneté, Solidarités » et le texte de cet accord est en document joint.
 
    Dans deux cantons niçois supplémentaires, dans lesquels le PCF a passé un accord particulier avec le PS (réciprocité entre élus locaux sortants), nous présentons ensemble (NICEA, Alternatifs, FASE, NPA) une candidature sous l'intitulé « L'alternative à gauche : Ecologie, Citoyenneté, Solidarités ».
   
    Vous retrouverez dans cette campagne et dans le texte de l'accord « Pour une alternative à gauche », les principaux thèmes qui vous tiennent à coeur et les éléments d'une politique alternative à l'échelle de notre département.
    Pour nous, cet accord et ce rassemblement des forces de la Gauche alternative et radicale et du Front de Gauche ne sont pas sans lendemain : nous espérons qu'ils annoncent quelque chose de durable et qu'ils ouvrent une perspective politique à l'échelle des Alpes-Maritimes.
    Et nous pensons que cette démarche unitaire doit s'élargir aux citoyennes et aux citoyens intéressé-e-s par une alternative à gauche : c'est dans cette optique que d'ores et déjà nous avons mis en place un Forum citoyen à Nice, avec la participation de NICEA, des Alternatifs, de la FASE et du NPA.
 
    Enfin, même si nos résultats seront probablement modestes, vous savez que si nous avons des élu-e-s, ce seront les vôtres et aucun d'entre-eux ou d'entre-elles ne fera une carrière, ne fera prévaloir l'objectif de sa réélection comme perspective, ou ne cumulera des mandats !
    Vous le savez aussi : de la mobilisation en défense des retraites au soutien à la révolution tunisienne en cours, en passant par les nombreuses mobilisations citoyennes aux côtés des demandeurs/euses du droit d'asile, du réseau RESF, du peuple palestinien ou les luttes écologiques pour une alternative à l'incinération et à l'OIN, chacun-e de nos candidat-e-s est impliqué-e dans la vie de la cité.
 
    Rien n'est possible sans vous : voilà pourquoi nous faisons appel à chacun, chacune pour participer à la souscription, en sachant que nous pouvons compter sur votre fidélité.

Amicalement,
pour l'équipe d'animation de la campagne :
Radija Arabatziane, Daniel Dalbera, Bruno Della Sudda, Antonio Molfese

Important : Les versements doivent être faits en priorité à l'ordre de l'AFA qui couvre les dépenses matérielles de la campagne à l'échelle des six cantons où les candidatures seront présentées en commun par l'association NICEA, les Alternatifs, la FASE et le NPA présent-e-s directement (voir article rendant compte de la conférence de presse commune des 6 dans Nice-Matin du 12 février).

Les versements peuvent être faits aussi à l'ordre du ou de la mandataire financier-e de chaque candidature par canton : Daniel Dalbera pour la candidature de Claude Daumas et Loïc Fortuit (Nice 7) ; Véronique Poullet pour la candidature de Florence Ciaravola et Jonathan Arcamone (Nice 10) ; Alice Ribière pour la candidature de Yvon Guesnier et Geneviève Legay (Nice 12) ; Rossano Molfese pour la candidature commune de Sandrine Bouesnard et Mathieu Glasson (Nice 14) ; Etienne Charpentier pour la candidature d'Antonin Tommasso et Anne-Marie Dubois (Saint Laurent/Cagnes) et Guillaume Da Fonseca pour la candidature de Bernadette Bouchard et Guy Giani (Saint Vallier)
Courriers et chèques (pour tout versement) à expédier à : AFA - 31 rue Théodore de Banville, 06100 NICE


CANTONALES : RIEN SANS VOUS !

En mars prochain (20 et 27), auront lieu les élections cantonales avec le renouvellement du conseil général dans 26 des 52 cantons de notre département.

La contre-réforme territoriale imposée au forceps par le pouvoir entrera en vigueur à l'issue du mandat actuel : ce sont donc les dernières élections cantonales avant le scrutin territorial prévu en 2014 et qui désignera des élu-e-s à la fois départementaux/tales et régionaux/nales.

Le but est clair : faire reculer la démocratie, aggraver la concentration des pouvoirs d'un nombre moins grand d'élus et faire reculer la parité hommes-femmes.

Cette contre-réforme s'ajoute à l'avalanche de contre-réformes dans tous les domaines, imposée de manière brutale et autoritaire par une droite plus arrogante et cynique que jamais, fidèle, elle, à son mandat : aggraver davantage encore les inégalités et défendre bec et ongles les privilèges et la fortune des nantis de ce pays.

Dans ce département, cette politique est défendue avec un zèle remarquable par le clan Estrosi-Ciotti qui a fait main-basse -davantage encore que ne l'avait fait le clan Médecin autrefois- sur notre département, et qui prolonge une tradition bien ancienne : faire des Alpes-Maritimes le laboratoire d'un capitalisme sans frein, en utilisant de manière éhontée l'écran de fumée sécuritaire, xénophobe et raciste inspiré de l'extrême-droite, et le clientélisme à tout crin.

Dans un tel contexte, la résistance est indispensable, la contre-offensive aussi !

Elles le sont d'autant plus que face à cette droite, on a le sentiment qu'il n'y a pas d'opposition, ce qui alimente la résignation, la passivité, voire le désespoir.

Comme au niveau national, la « gauche molle » ne s'oppose pas à la droite et à ses projets : les exemples abondent, hélas, dans ce sens !

Dans un tel contexte, il était indispensable que les forces de gauche et écologistes qui n'acceptent pas l'ordre établi et n'ont pas renoncé à transformer la société, cessent d'être divisées et se rassemblent enfin !

Vous le savez : nous n'en avons pas été capables lors des précédents scrutins, des élections présidentielles de 2008 aux élections régionales de 2010

Cette fois-ci, nous avons réussi : à la suite d'une réunion unitaire de toutes les organisations de la gauche de transformation sociale et écologique (Alternatifs, FASE, NPA, Gauche Unitaire, PCF et PG, avec élargissement à Nice à l'association NICEA) tenue à Nice le … à l'initiative des Alternatifs et du NPA, plusieurs réunions de travail ont débouché de manière positive. Un accord départemental à l'échelle de 16 cantons sur 26 a été rendu public lors d'une conférence de presse tenue à Nice le mercredi 12 janvier

L'intitulé de cet accord et de ce rassemblement est : « Pour une alternative à gauche : Ecologie, Citoyenneté, Solidarités » et le texte de cet accord est en document joint.

Dans deux cantons niçois supplémentaires dans lesquels le PCF a passé un accord particulier avec le PS (réciprocité entre élus locaux sortants), nous présentons ensemble (NICEA, Alternatifs, FASE, NPA) une candidature sous l'intitulé « L'alternative à gauche : Ecologie, Citoyenneté, Solidarités  »,

Vous retrouverez en général dans cette campagne et le texte de l'accord « Pour une alternative à gauche », nous en sommes persuadés, les principaux thèmes qui vous tiennent à coeur et les éléments d'une politique alternative à l'échelle de notre département.

Pour nous, cet accord et ce rassemblement des forces de la Gauche alternative et radicale et du Front de Gauche ne sont pas sans lendemain : nous espérons qu'ils annoncent quelque chose de durable et qu'ils ouvrent une perspective politique à l'échelle des Alpes-Maritimes.

Et nous pensons que cette démarche unitaire doit s'élargir aux citoyennes et aux citoyens intéressé-e-s par une alternative à gauche : c'est dans cette optique que d'ores et déjà nous avons mis en place un Forum citoyen à Nice, avec la participation de NICEA, des Alternatifs, de la FASE et du NPA.

 

Enfin, même si nos résultats seront probablement modestes, vous savez que si nous avons des élu-e-s, ce seront les vôtres et aucun d'entre-eux ou d'entre-elles ne fera une carrière, ne fera prévaloir l'objectif de sa réélection comme perspective, ou ne cumulera des mandats !

 

Vous le savez aussi : de la mobilisation en défense des retraites au soutien à la révolution tunisienne en cours, en passant par les nombreuses mobilisations citoyennes aux côtés des demandeurs/euses du droit d'asile, du réseau RESF, du peuple palestinien ou les luttes écologiques pour une alternative à l'incinération et à l'OIN, chacun-e de nos candidat-e-s est impliqué-e dans la vie de la cité.

 

Rien n'est possible sans vous : voilà pourquoi nous faisons appel à chacun, chacune pour participer à la souscription, en sachant que nous pouvons compter sur votre fidélité.


Amicalement,
pour l'équipe d'animation de la campagne :
Radija Arabatziane, Daniel Dalbera, Bruno Della Sudda, Antonio Molfese

 

Important : Les versements doivent être faits en priorité à l'ordre de l'AFA qui couvre les dépenses matérielles de la campagne à l'échelle des six cantons où les candidatures seront présentées en commun par l'association NICEA, les Alternatifs, la FASE et le NPA présent-e-s directement (voir article rendant compte de la conférence de presse commune des 6 dans Nice-Matin du 12 février)

Les versements peuvent être faits aussi à l'ordre du ou de la mandataire financier-e de chaque candidature par canton : Daniel Dalbera pour la candidature de Claude Daumas et Loïc Fortuit (Nice 7) ; Véronique Poullet pour la candidature de Florence Ciaravola et Jonathan Arcamone (Nice 10) ; Alice Ribière pour la candidature de Yvon Guesnier et Geneviève Legay (Nice 12) ; Rossano Molfese pour la candidature commune de Sandrine Bouesnard et Mathieu Glasson (Nice 14) ; Etienne Charpentier pour la candidature d'Antonin Tommasso et Anne-Marie Dubois (Saint Laurent/Cagnes) et Guillaume Da Fonseca pour la candidature de Bernadette Bouchard et Guy Giani (Saint Vallier)
Courriers et chèques (pour tout versement) à expédier à : AFA - 31 rue Théodore de Banville, 06100 NICE

Par Rouges et Verts
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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 14:42

Nous publions ci-dessous le « Pacte » adopté lors des États Généraux du Service Public (qui se sont tenus les 29-30 janvier 2011 à Orly)


 


Préambule

En France, en Europe et dans le monde, les crises financières, sociales et écologiques qui se succèdent sont la démonstration des échecs du capitalisme et de la concurrence « libre et non faussée » sacralisée que l’on nous impose depuis des décennies.

Dans cette lutte sans fin au profit d’une minorité, les populations payent le prix fort. Partout, les services publics, les protections sociales sont la cible des agressions les plus violentes, car ils sont un symbole de prééminence de l’intérêt général, de progrès social et de solidarité. Depuis quatre décennies, les inégalités - que le service public contribue normalement à réduire - n’ont fait que croître.

C’est bien une inquiétante régression qui s’installe. Tant sur les plans économiques qu’écologiques, que sur ceux des droits et des libertés fondamentales, surtout pour les populations les plus dominées, marginalisées ou démunies (peuples du "Sud", personnes âgées démunies, femmes, réfugié(e)s et migrant(e)s, travailleurs(euses) précaires…)

Face à cette offensive de grande ampleur, les populations se mobilisent pour ne pas payer la note d’une crise dont elles ne sont pas responsables et pour construire des alternatives. Dans le domaine des politiques publiques de nombreuses luttes sociales ont eu lieu et se poursuivent : la santé, les retraites, l’éducation, la recherche, la Poste, l’énergie, l’eau, la petite enfance, le logement, la culture, les transports, etc.

Si nous voulons éviter la barbarie, la désespérance et le fatalisme, si nous voulons que les résistances et les luttes débouchent, il nous faut opposer et proposer un autre projet de société dont le Service Public est un des éléments moteurs.

À la priorité donnée aujourd’hui à l’accumulation des profits au bénéfice d’une minorité, nous opposons l’exigence de la satisfaction des besoins sociaux du plus grand nombre par une autre répartition des richesses.

Le Service Public est en effet seul capable de répondre à une définition et gestion démocratique des biens communs, et d’assurer la satisfaction des besoins fondamentaux de chacun sans discrimination d’aucune sorte, origine, croyances, et opinions philosophiques. L’élaboration et la mise en œuvre de l’intérêt général, la redistribution des richesses qu’il induit, la solidarité qu’il nécessite et mobilise, l’implication populaire qu’il exige, participent de la construction d’une société démocratique et durable, tant pour les humains que pour les ressources de la planète.

Partie prenante des luttes et convaincus qu’à partir d’elles il faut ouvrir un large débat de société sur le Service Public du 21e siècle une quarantaine de syndicats, d’associations et de partis politiques, s’appuyant sur tous les mouvements sociaux et d’usagers concernés, ont lancé l’Appel pour des États Généraux du Service Public.

 

À l’issue d’une première année de débats, de mobilisations, réunis à Orly les 29 et 30 janvier 2011, ils adoptent le « Pacte du Service Public » suivant.


1. Le service public a pour objectifs la satisfaction des besoins prioritaires des populations, concrétisés par des droits (droits civiques, droits sociaux, droits économiques, droits environnementaux et culturels), et de l’intérêt général, défini démocratiquement par les citoyens et leurs élus, dans une volonté et une recherche de liberté, d’égalité, et de solidarité.

Dégagés des contraintes du marché et du profit, les services publics contribuent à un développement économique participant à la fondation d’un État social, dans une société juste, solidaire, redistributive, garante des libertés publiques, sans discrimination et respectueuse de l’environnement.

Aucune réelle égalité, notamment entre les hommes et les femmes, entre les territoires, n’est possible sans services publics évolutifs, de qualité et de proximité. Dans cette perspective, nous nous engageons à soutenir, par une mobilisation associant tous les acteurs concernés, celles et ceux, qui se battent pour la création de nouveaux services publics, qui résistent ou s’opposent à leur destruction ou à leur affaiblissement.


2. Des services publics de l’énergie, de l’eau, des transports, des télécommunications, de la Poste, du logement, du crédit, de l’emploi sont à reconstruire.

Il faut stopper le démantèlement des services publics de la petite enfance, de l’Éducation, de la Recherche, de la Justice et de la Santé et au contraire les développer et les améliorer.

Il faut refonder un service public de l’information et de la culture, soustrait à l’emprise des pouvoirs politiques et économiques et garant d’un pluralisme politique et d’une diversité culturelle effectifs.

Il faut également de nouveaux services publics, définis avec les personnes concernées, pour faire face aux défis liés à la révolution de l’information, à l’émergence d’une société de la connaissance, aux exigences écologiques sans précédent, et aussi à l’allongement de la durée de vie et au vieillissement, aux mouvements migratoires.


3. Tous les dispositifs de protection sociale doivent relever d’une logique publique dans leur évaluation, leur financement et leur gestion.


4. Pour chaque service public, il convient de regarder quel est le niveau territorial le plus pertinent pour sa mise en œuvre par et pour les populations, notamment pour assurer le lien avec les citoyens, mais aussi pour s’assurer que ce niveau permette une réelle égalité sur tout le territoire et garantisse la mise en œuvre de l’intérêt général et la défense de la planète. Quel que soit le niveau territorial dont ils relèvent, les Services Publics doivent permettre à tous, un plein accès aux services rendus, dans le respect des principes qui sont les leurs : égalité, continuité territoriale, capacité d’évolution dans la qualité du service rendu, solidarité. À ces principes qui fondent l’identité des Services Publics il faut ajouter la laïcité, la proximité, la transparence de la gestion et son contrôle par les élu(e)s, les usager(e)s et les personnels.


5. Nous refusons tout dispositif qui fasse perdre à la puissance publique le plein contrôle du service rendu, de sa tarification, des investissements à consentir, ainsi que des conditions de travail et d’emploi des agents et de la place effective pour les usagers dans la définition et l’évaluation du service.


6. Les services publics, les politiques publiques doivent permettre une répartition des richesses qui garantit l’effectivité des droits. Le financement de services publics n’est pas une charge, c’est un investissement qui manifeste une confiance dans l’avenir et assure une redistribution des richesses.

Cela passe notamment par une fiscalité (nationale et locale) juste, fortement progressive, par une taxation des revenus et actifs financiers non taxés à ce jour, par une véritable taxation des revenus du patrimoine et par une suppression des niches fiscales profitant aux hauts revenus et aux multinationales.

Cela passe également par la remise en cause d’exonérations de cotisations sociales, et d’aides injustifiées aux entreprises.

Cela passe par le retour à la maîtrise publique de la politique monétaire et du crédit.

Cela passe aussi par une tarification qui tienne compte à la fois des péréquations nécessaires et des situations sociales.

Dans un souci de justice sociale les systèmes tarifaires ne doivent pas exclure la gratuité lorsque le service concerne de fait toute la collectivité publique, et doivent prévoir des mesures de non facturation des minimums vitaux de services pour les personnes en difficulté.

La défense et l’extension de la sphère de la gratuité, parce qu’elle impose des choix et s’oppose à la logique marchande, parce qu’elle oblige et favorise une citoyenneté active, constitue une des batailles importantes dans les années à venir.


7. Il est nécessaire de sortir du « tout marchand », mais également de contrer tout État bureaucratique et technocratique coupé des besoins réels et du contrôle des populations. L’État doit être conçu comme un « faisceau de services publics » (Léon Duguit) et être fondé sur une réelle démocratie, représentative et participative. Si « Là où est la propriété là est le pouvoir ! » il convient que ce pouvoir soit celui du peuple.

Nous plaidons donc pour l’appropriation sociale des services publics ; celle-ci passe par un transfert juridique de propriété à l’État ou une collectivité publique mais ne saurait s’y réduire. Elle doit, en effet, s’accompagner d’une extension de la démocratie : intervention des travailleurs dans la gestion ; participation des populations, définition des missions et des orientations des services, entreprises et organismes concernés par le débat des assemblées compétentes (nationale, régionale, départementale, municipale voire internationale), etc. Il s’agit aussi de donner aux citoyen(ne)s - usager(e)s, salarié(e)s, élu(e)s - de nouveaux droits pour exercer une démocratie effective avec pour objectifs : - une véritable égalité dans l’accès à ces services et leur plein usage, sur tout le territoire ; - la garantie de leur qualité et de leur efficacité ; - une vraie collégialité dans toutes les décisions.


8. La caractéristique commune de tous et toutes les salarié(e)s du secteur public (le quart de la population active en France) est que leur situation est définie par la loi et non par le contrat au sens du code du travail. Il en est ainsi parce que les fonctions et activités exercées relèvent de missions de Service Public, elles mêmes inspirées par l’intérêt général exprimé sur le terrain politique à l’issue d’un débat démocratique. C’est cette spécificité qui caractérise l’agent public. Il doit être l’agent, et le garant de la mise en œuvre d’une égalité réelle, de la continuité, de la qualité. C’est à ce titre que nous nous opposons à toute précarité et demandons que le même niveau de garanties soit reconnu dans le statut général des fonctionnaires (d’État, hospitalière, territoriale). Les conditions de travail, d’emploi, de formation et de rémunération doivent viser aux mêmes finalités et notamment permettre d’assurer à tous et partout un service de qualité.

Ceci doit être mené de façon convergente avec la construction d’un « statut des salarié(e)s du secteur privé » sur des bases, à la fois homogènes et différenciées.


9. Notre bataille pour le Service Public s’inscrit dans le cadre français, européen et mondial. Notre époque est celle d’une prise de conscience par les peuples de l’unité de leur destin. Nombre de biens et de services sont appelés à entrer dans le patrimoine commun de l’humanité ce qui appelle une large appropriation sociale et la mise en œuvre de services publics partout dans le cadre d’une planification démocratique.

* * *

Réunis à Orly les 29 et 30 janvier 2011 les associations, syndicats et partis signataires de l’Appel pour des États Généraux du Service Public, les représentants des collectifs locaux :
  • Décident de faire connaitre partout, dans les lieux de vie (villes, villages, quartiers…) et de travail, et au travers de débats ouverts au plus grand nombre ce « Pacte du Service Public ». De le porter dans la mobilisation populaire pour le Service Public.
  • Proposent à tous les réseaux (associatifs, syndicaux, politiques) qui luttent pour une véritable transformation sociale de s’en saisir pour travailler ensemble, au niveau local, national, européen et mondial à une contre- offensive convergente, concertée et durable, afin de défendre et de promouvoir le Service Public.
  • Proposent de soumettre à signature ce pacte, et de tout faire pour le traduire en loi constitutionnelle. Ils proposent une pétition (500 000 signatures) demandant au CESE l’ouverture d’un débat national.
  • Se fixent comme objectif de faire de 2011 une année d’initiatives de toute nature et de mobilisation populaire en faveur du service public, et pour cela :

 


- De soutenir et de populariser toutes les luttes et les mouvements de résistance et de développement des Services Publics, compatibles avec ce Pacte, qui se multiplient contre la démarche d’affaiblissement, de privatisation, de marchandisation du service public actuellement à l’œuvre. Notamment le 11 mars pour le petite enfance avec le collectif « Pas de bébés à la consigne », 19 mars dans l’éducation à l’appel du collectif « Un pays, une école, notre avenir », et le 2 avril dans la santé à l’appel de la Coordination des hôpitaux et maternités de proximité.

- De s’inscrire dans le contre sommet au « Forum mondial de l’Eau » à Marseille.

- De faire connaître, par tous les moyens dont elles disposent, les nouveaux champs de services publics qui s’ouvrent dans le monde ainsi que toutes les innovations développées notamment par des collectivités et par les agents du Service Public pour améliorer la qualité et favoriser l’égalité d’accès réelle.

- De proposer aux collectivités territoriales, d’organiser localement, un « Festival des Services Publics » destiné à populariser la diversité et la richesse des Services Publics existants, les innovations et reconquêtes, ainsi que les besoins non satisfaits.

- D’interpeller sur ce Pacte les candidat(e)s aux différentes élections, les organisations syndicales, les partis politiques, et les associations en charge de services publics et sociaux.

- D’intervenir dans les débats européens contre la prééminence donnée à la « concurrence libre et non faussée », qui assure la primauté de la rentabilité économique sur le social dans la construction de l’Union européenne et pour défendre la construction d’une Europe plus solidaire dont les services publics soient une des pierres angulaires. Cette dimension européenne de notre combat doit être la nouvelle étape des États Généraux du Service Public.

- De faire entendre leur point de vue et leurs expériences dans le cadre de la construction d’un « Agenda mondial pour des Services Publics de Qualité » proposé par la Confédération Syndicale Mondiale, ainsi que dans tous les forums sociaux et autres instances internationales qu’ils jugeront nécessaires.

Elles travailleront, enfin, dans la suite de toutes ces initiatives, à la construction d’une manifestation d’ampleur nationale, à l’automne 2011 pour imposer ce Pacte dans le débat politique et citoyen.

Les États Généraux du Service Public proposent que leur prochaine réunion nationale, permettant de faire le point et de décider de la manifestation nationale se tienne le 11 juin à Bagneux et ils proposent à cette occasion à toutes les collectivités territoriales engagées dans la lutte pour le Service Public et contre l’AGCS de venir témoigner et populariser leur combat.

 

Pacte soutenu par : Appel des appels / AITEC / ANECR / ACRIMED / Association Nationale des Sports / ATTAC / CADAC / CELSIG / CNAFAL / Convention Nationale de Défense et Développement des Services Publics / Coordination Nationale des Hôpitaux et Maternité de Proximité / Coordination Eau IDF / Fondation Copernic / Fédération Finances CGT / Fédération CGT des Services Publics / FSU / IRFSU / Gauche Avenir / GU / Les Alternatifs / LDH / MRAP / MPEP / NPA / PCF / PG / PS / République et Socialisme / Résistance Sociale / Solidaires / UFAL / UDB / UGFF CGT / UNRPA.

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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 14:30

Invitation à la réunion publique du

Forum citoyen 06

sur les déchets

 

 

mardi 15 février 2011 à 19 h

salle CMCAS de l’EDF

8 av des Diables Bleus

à Nice

(à 100 m de l’arrêt du Tram Risso. Stationnement à l’extérieur. Entrer par le grand portail, traverser le grand parking des voitures de fonction d’EDF, aller tout au fond puis à gauche. Suivre le fléchage)

 

Les poubelles: c’est urgent, ça déborde!!!

 

Depuis des années la gestion des déchets dans le 06 conduit à une situation catastrophique. Le nouveau Plan d’Elimination des Déchets du Conseil Général prône  le recours incontournable à un nouvel incinérateur. Ce choix est obsolète, dangereux pour la santé, non durable et onéreux à long terme. Des citoyens  ont constitué un FORUM pour travailler à des solutions ALTERNATIVES et faire connaitre celles appliquées ailleurs avec succès.

 

Venez nombreux rejoindre ce FORUM et faire avancer ses propositions.

 

 Contact : contact@forum-06-dechets.org

 

 Blog : que-ferons-nous-de-nos-dechets.over-blog.com/

Par Rouges et Verts - Publié dans : Alternative antilibérale
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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 09:54

Etre interviewé, jeudi soir sur TF1, par neuf Français « ordinaires » n'a fait qu'ajouter au confort rhétorique du Président.

Nicolas Sarkozy dans "Paroles de Français" (TF1).

Le président Sarkozy, ancien avocat, est un habile rhéteur. Mais, il est aisé, en prenant un peu de recul, de démonter quelques ficelles rhétoriques utilisées, et décortiquer les mécanismes concrets de son argumentation, faite de roublardises de prétoire, parfois de mensonges.

S'attribuer une mesure et son succès

« Lorsque j'ai créé le fichier d'empreintes génétiques pour les délinquants sexuels, souvenez-vous en 2003 le scandale que cela a fait. Aujourd'hui, on retrouve un coupable de viol sur deux ! »

Le fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) a en fait été créé en 1998 par la loi Guigou (garde des Sceaux du gouvernement Jospin) relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles. La loi pour la sécurité intérieure de 2003 à laquelle Sarkozy fait ici allusion a permis d'étendre ce fichier génétique à toutes les personnes à l'encontre desquelles il existe « des raisons plausibles de soupçonner qu'elles ont commis une infraction ».

En aucun cas, donc, il n'a « créé » ce fichier contre les délinquants sexuels, et en aucun cas le tollé que cette disposition a effectivement causé à l'époque n'était lié au fait de prendre les empreintes génétiques des délinquants sexuels.

Il s'attribue donc mensongèrement la paternité d'une mesure prise avant lui, en l'associant à un climat de scandale qui portait sur autre chose, et en enchaînant avec un « aujourd'hui », il fait un lien explicite entre le succès annoncé après (un viol sur deux élucidé) et la mesure, tout en sous-entendant que les belles âmes qui auraient alors protesté avaient bien tort car sa mesure est efficace.

Effacer ce que l'on a dit en jouant sur l'émotion

Extrait d'un reportage. Marc Fricoteaux, juge au tribunal de grande instance de Nantes, déclare :

« Voir accusés nos collègues, qui ont dénoncé le manque de moyens pour ne pas pouvoir assurer le suivi comme il le fallait, c'était tout à fait intolérable. Et je crois qu'il y a là une exaspération. C'était je crois, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. »

Nicolas Sarkozy commence par saluer l'action des juges dans leur ensemble. Puis :

« Ce magistrat, et c'est parfaitement son droit de le dire, dit : “ Ah, quand même le président de la République a dit : ‘S'il y a une faute, elle doit être sanctionnée.’” Il a raison : c'est ce que j'ai dit. […].

Et j'ai répondu aux parents de Laëtitia, je vous promets, je vais voir précisément ce qui s'est passé et s'il y a des fautes, il y aura des sanctions. »

Ce qu'a dit le juge n'est pas du tout la façon dont Nicolas Sarkozy en rend compte. Car « voir accusés » est une assertion. Dans la bouche du magistrat, cela repose sur l'idée que l'accusation a effectivement été prononcée, et non pas qu'elle est hypothétique, à venir.

Pourtant Nicolas Sarkozy rapporte les propos bien autrement : « S'il y a une faute, elle devra être sanctionnée. » Voici exactement ce que le président de la République avait déclaré la semaine précédente :

« Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle. »

Factuellement, il n'a donc pas émis une hypothèse, il a bien porté une accusation (« c'est une faute ») et l'annonce de la sanction est faite au futur et non au conditionnel. C'est justement le fait de condamner, avant même les résultats de l'enquête interne, qui a choqué les magistrats.

Double mensonge rhétorique

Nicolas Sarkozy, qui a manqué de prudence en annonçant une sanction à venir, cherche ici à rattraper le coup, en effaçant des mémoires la réalité de ses propos. Il réintroduit la notion d'hypothèse : s'il y a faute, il y aura sanction. Pour ce faire, il a recour à un ressort émotionnel : son propos n'est que la traduction publique du serment qu'il a fait aux parents de la victime. Et il met dans la bouche du juge interviewé la confirmation de sa tournure prudente (alors qu'il n'a jamais dit ça) : « Il a raison, c'est ce que j'ai dit. »

On est face à un double mensonge rhétorique : ce n'est pas ce que le juge a dit, ce n'est pas ce que Nicolas Sarkozy avait dit. Et un peu après, en conclusion d'un long rappel des faits concernant l'assassin présumé de Laëtitia, il assène une dernière fois sa reformulation en prétendant qu'il ne fait que confirmer :

« Donc, je confirme, s'il y a eu dysfonctionnement, il y aura responsabilité, et le responsable aura à en répondre dans le cadre des procédures. »

Induire une idée via des faits qui n'ont rien à voir

Le passage sur Laëtitia est riche d'astuces rhétoriques :

« Pour moi, ce qui fait déborder le vase, c'est cette jeune Laëtitia, violée par un récidiviste, assassinée par un récidiviste, découpée en morceaux par ce même récidiviste, s'il s'avère que c'est bien lui, les charges pesant sur lui étant très lourdes. Vous voyez, moi je suis plus choqué par ça que par toute autre chose. […]

Je veux d'abord aller à l'essentiel. Qu'est-ce qui s'est passé avec Laëtitia ? Ça intéresse les gens de savoir ça. C'est pas rien. Un monsieur, qui avait déjà violé, qui avait passé onze années en prison, est relâché, après sa peine, ce qui est normal, sans que personne ne le suive ! Et ne s'occupe de lui ! Personne ! Ce même monsieur, au même moment où sa compagne dépose au commissariat de police une plainte pour tentative de meurtre et viol, on ne le recherche pas. […] Soit l'enquête conclut que tout s'est bien passé (circulez, y a rien à voir).

C'est la fatalité ? Je peux pas l'accepter ! Je peux parfaitement comprendre la fatalité d'un homme qui n'a jamais violé et jamais tué et qui tout d'un coup commet l'irréparable. Ça, qui pouvait prévoir ? Mais il avait déjà violé, il avait déjà un passé judiciaire ! Donc je ne peux pas accepter qu'on me dise… [changement d'idée en cours d'énoncé] »

Oui, Tony Meilhon est un récidiviste. Oui, il a été condamné pour un viol commis en 1997, à cinq ans de prison dont deux avec sursis. Il avait alors 16 ans. Tel que Nicolas Sarkozy le raconte, on peut croire que le violeur mis en examen dans l'affaire Laëtitia est donc un délinquant sexuel qui s'est déjà attaqué à des femmes par le passé.

Or, les faits pour lesquels il a été condamné n'ont rien à voir avec cette association d'idée induite par le propos de Nicolas Sarkozy. Dans un foyer pour mineurs, en compagnie de deux codétenus, ils ont introduit un manche à balai dans l'anus d'un quatrième détenu mineur afin de le punir d'être ce que l'argot des prisons nomme un « pointeur » (des détenus inculpés pour des affaires de mœurs, pédophilie notamment).

Cet acte de torture est une punition contre des délinquants sexuels pédophiles qui sont victimes de l'opprobre en prison depuis très longtemps, comme Jean Genet par exemple a su le décrire. Car même les taulards se considèrent comme régis par un certain code de l'honneur, dans lequel figure le droit de martyriser ceux qui se sont sexuellement attaqués à des enfants, jugés des êtres faibles et incapables de se défendre.

« Il avait passé onze années en prison. » Dans le contexte énonciatif, on peut penser qu'il s'agit de onze années pour des faits de viol. Or, il n'a purgé pour cette affaire que trois ans, et les autres années sont liées à divers délits, essentiellement des attaques à main armée et une agressivité vis-à-vis des autorités de police et de justice (« rébellion », « outrage »…).

L'affaire Meilhon, fatalité que Sarkozy « peut comprendre »

Toujours dans le même contexte, le propos de Nicolas Sarkozy, par contiguïté des énoncés, laisse croire que, après ces onze années de prison pour délinquance sexuelle supposée, il a été mis en liberté sans suivi pour être soigné de ses pulsions.

Or, les faits ont été commis il y a plus de douze ans, la peine purgée pour cela il y a bientôt dix années. La justice a manifestement affaire à un être violent, pas à un délinquant sexuel récidiviste.

Quant à la plainte déposée par son ex-petite amie, elle date du 26 décembre 2010, et la disparition de Laëtitia date du 18 janvier. Si l'enquête concluait à l'absence totale de toute tentative de le retrouver, suite à cette plainte, il faut quand même noter qu'il ne s'est écoulé qu'une vingtaine de jours et qu'il est courant de voir des enquêtes et recherches s'enclencher en plus de temps.

Enfin, le motif de la plainte n'est pas celui énoncé par Nicolas Sarkozy, qui charge la barque pour renforcer sa démonstration : « Une plainte pour tentative de meurtre et viol. » Il s'agit en réalité d'une plainte pour « menace de mort » et « agressions sexuelles ». Très agressif avec sa compagne et encore après qu'elle soit devenue son ex-compagne, Tony Meilhon n'a pas accepté la rupture et lui a annoncé : « Je vais te tuer ! Je vais tuer ton fils ! Et j'irai tuer ta mère à Fougères [Ille-et-Vilaine] et je vais me tuer après » et « Il a répété ces menaces une dizaine de fois en quinze jours », ajoute-elle dans une interview au Parisien.

Elle n'a donc pas porté plainte pour meurtre, comme l'affirme Nicolas Sarkozy, mais pour des menaces. Ça ne le rend pas plus sympathique, mais cela relativise la gravité de la faute que Nicolas Sarkozy impute aux juges et aux policiers. Ce n'était pas un violeur récidiviste ni un assassin recherché suite à une plainte pour meurtre. En matière d'homicide, il n'était encore jamais passé à l'acte. Il est donc tout à fait dans le cadre « d'un homme qui n'a jamais tué et qui tout d'un coup commet l'irréparable », ce que Nicolas Sarkozy « peut parfaitement comprendre » selon ses propres dires…

Anaphores émotionnels

Le début de son propos sur cette affaire est fait d'anaphores, de cette répétition du même terme pour donner une sensation d'accumulation à l'auditeur. « Récidiviste » est ainsi répété trois fois de suite, pour montrer justement à quel point il a fait, refait, récidivé.

Ces anaphores introduisent en plus une série de trois crimes (viol, meurtre et découpage du corps) qui sonne comme une surenchère dans l'horreur et qui vise évidemment à provoquer émotion et compassion pour mieux faire ensuite passer son argumentaire.

Symétrie argumentative

Ensuite, la mise en exergue de sa posture « moi, je » est une opposition explicite à un autre (ici, le juge dont on a livré un extrait). Et il affirme qu'il est « choqué » par ce crime atroce, ce qui revient à sous-entendre que le juge, lui, ne l'est pas. Il s'oppose à lui en disant que ce qui a fait déborder le vase pour lui, c'est le crime.

Il construit donc une représentation des positions en jeu ainsi :

  • lui, est choqué par le crime ;
  • le juge et ses collègues sont choqués par ses seuls propos.

C'est aussi une façon de démonétiser la contestation des juges, en affirmant que leur protestation est moins légitime que la compassion avec un drame effroyable.

Un shérif capable de régler les problèmes

Sur un plan rhétorique, il est intéressant de noter que Nicolas Sarkozy ne va pas jusqu'au bout de la symétrie argumentative qu'il initie.

« Un homme qui n'a jamais violé et jamais tué et qui tout d'un coup commet l'irréparable. […] Mais il avait déjà violé, il avait déjà un passé judiciaire. »

Sachant que se laisser aller à affirmer que Tony Meilhon avait déjà commis un meurtre lui reviendrait en boomerang, il commence un parallèle – viol/viol – puis est obligé de nuancer son parallèle – tué/passé judiciaire. Ce qui d'un strict bon sens ne signifie rien, du coup. Vous pouvez avoir un passé judiciaire pour grivèleries, escroquerie, attentats à la pudeur, par exemple, cela ne fait de vous un tueur en puissance qu'il faudrait particulièrement surveiller.

Mais il faut dresser de cet individu un portrait monstrueux, aussi bien avant qu'après le crime, de façon à justifier ses accusations de faute qui lui permettent alors de donner des coups de menton et de surfer sur l'émotion pour s'afficher comme un shérif capable de régler les problèmes.

L'art de jongler avec les chiffres de la Justice

« Sur les moyens. Quel est le seul ministère, qu'avec le Premier ministre nous avons exonéré du non remplacement de un sur deux ? La justice avec l'université.

J'ai amené les chiffres. Je voulais que ce soit précis. Entre 2002 et 2010, le nombre de magistrats est passé de 7 300 à 8 510. Une augmentation de 16%. Les effectifs de greffiers sont passés de 8 700 à 10 700. Une augmentation de 22%. Et quant aux personnels d'insertion, leur nombre a augmenté de 143%.

Cette année même, le budget de la Justice : augmentation 4,3%. Donc tout n'est pas qu'une question de moyens ! »

Reprenons ces données chiffrées afin d'en tester la véracité et la fiabilité.

Si on prend les chiffres fournis par le ministère de la Justice lui-même (ici et ici, documents PDF), on constate d'abord que leur propre décompte annuel d'un rapport à l'autre n'est pas totalement similaire. Mais surtout on ne retrouve pas du tout les chiffres donnés par le Président, et à chaque fois son estimation semble plus haute quand cela arrange sa démonstration.

Dans ce dédale de chiffres pas toujours parfaitement ajustés on cherche donc, en 2002, 7300 magistrats. On les trouve, mais en 2003, 7 294 magistrats des services judiciaires. Ce doit être cela.

En revanche, impossible de retrouver les 8 510 annoncés. Sur la même ligne qu'en 2003, ne figurent, en effet, en 2009, que 7 893 magistrats. Et on peut ajouter que le mouvement ne va pas à la hausse, puisque la loi de finances pour 2011 prévoit la disparition de 76 postes de magistrats.

Tableau des créations d'emplois de magistrats de 2003 à 2010 (ministère de la Justice).

Ci-dessus, dans le tableau récapitulatif des emplois dans le projet de loi de finances 2011, on va retrouver des données aussi un peu différentes. En 2002, il y avait 7 005 magistrats en activité (et un peu plus de 300 ailleurs). Là, cela nous donne aussi les 7 300 annoncés. Rien de tel en revanche en 2010. Le nombre de magistrats en activité est de 8 258 (pas assez) ou, avec ceux affectés à autre chose, on arrive à 8 619 (trop).

Pour les greffiers, pas d'ambiguïté possible a priori, ils ne figurent tous que sur une seule ligne comptable, avec des effectifs assez constants. En 2002, ils étaient 9 135 (un an auparavant, ils n'étaient que 8 499 en revanche). Le chiffre de 8 700 présenté comme celui de 2002 n'est donc peut-être plutôt que celui de 2001. En 2009, ils n'étaient que 10 236, chiffre le plus bas depuis 2005 et qui tend donc à s'éloigner des 10 700 revendiqués, même si un effort est consenti dans le budget 2011 avec l'annonce de la création nette de 399 postes. Ces créations s'obtiennent en partie par redéploiement (baisse du nombre de magistrats et perte de 196 postes de personnels administratifs et techniques).

Nicolas Sarkozy face à Jean-Pierre Pernaut et les neuf Françias du panel de TF1.

Pour ce qui concerne les personnels d'insertion, il y a en effet eu un gros effort de recrutement fourni, mais il faut y apporter des bémols comme la Cour des comptes l'a fait dans son rapport (document PDF) sur « Le service public pénitentiaire : prévenir la récidive, gérer la vie carcérale », de juillet 2010. Elle souligne que compte tenu de la masse nouvelle de tâches et de nouveaux délits ajoutés dans les lois successives sur la délinquance, le nombre de dossiers par conseillers d'insertion n'a pas diminué en moyenne.

« Les effectifs des services pénitentiaires d'insertion et de probation (Spip) s'établissaient au 1er janvier 2009 à 3 747 agents (soit plus du double de leur nombre en 1998 à leur constitution).

Les recrutements n'ont cependant pas éteint toutes les difficultés relevées par la Cour en 2006. Nombreux sont ainsi les Dspip à souligner, dans leur rapport d'activité annuel, la précarité des recrutements de vacataires opérés entre 2006 et 2008.

Les fonctions de conseillers d'insertion et de probation (CIP) ont bénéficié d'un effort de recrutement soutenu depuis 2006. Ainsi, les promotions formées à l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire (Enap) sont deux à trois fois plus importantes que celles du début des années 2000. Ces recrutements n'ont cependant pas permis de faire diminuer le ratio des mesures suivies par CIP. En effet, le nombre de mesures en milieu ouvert et en milieu fermé n'a cessé de croître. Le ratio de personnes suivies par un conseiller était ainsi de l'ordre de 84 en 2009 contre 80 environ en 2006. »

Alors même que la tradition française d'interview journalistique du président de la République est souvent marquée au sceau de la déférence, on peut constater sans peine que d'être interviewé par un Français « ordinaire » ne fait qu'ajouter au confort rhétorique de Nicolas Sarkozy.

Il ne trouve aucun interlocuteur en face de lui pour oser vraiment contester sa parole, et surtout pour avoir les bagages techniques et d'information requis pour pouvoir, en pleine émission, contester les données exposées dans leur réalité ou dans leur agencement argumentatif.

 

Source: http://www.rue89.com/2011/02/11/paroles-de-francais-la-rhetorique-de-sarkozy-dissequee-190068

Par Rouges et Verts - Publié dans : La droite dans tous ses états
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